Chapitre trois : Orphelinat Sera Hutton, Coronet City.

« Les méandres de la rue ».

A l'orphelinat, Erane aussi se remémorait sa rencontre avec Jaina…

La jeune fille et elle étaient comme des sœurs depuis cette rencontre et Erane s'inquiétait maintenant pour sa sœur. Au début, c'était elle qui l'avait prise sous son aile, mais depuis qu'Erane avait voulu voler une dame de prestance, pensant trouver quelques bijoux sur elle, les rôles avaient été inversés, Jaina s'était retrouvée seule et Erane avait été emmenée par sa "victime" dans son orphelinat. Sera, une femme de bonne naissance, usée par la vie et dévouée depuis longtemps aux jeunes enfants dont elle s'occupait ne pensa même pas à livrer la jeune voleuse aux autorités, elle ne vit en Erane qu'une victime de la vie, obligée de voler pour vivre, elle fut prise de pitié pour cet enfant et l'enleva à l'a rue.

Erane avait d'abord été, comme Jaina plus tard, réticente à quitter la rue où elle avait toujours vécu. Mais surtout la tristesse de la séparation avec son amie, l'empêcha de se plaire dans l'orphelinat où elle aurait enfin pu vivre comme dans une famille. Elle venait à peine de s'adapter à sa nouvelle vie et à commencer à apprécier Sera quand Jaina, sous le nom de Jena Suul, avait rejoint à son tour l'orphelinat Hutton. Jaina ne fit jamais l'effort de s'habituer à vivre dans un bâtiment comme celui-ci. Il lui rappelait en fait trop le confort qu'elle avait eu dans son ancienne maison et les murs blancs et gris lui rappelaient ceux de l'école où elle aurait dû aller, là-même où Bendo avait toujours refusé de l'inscrire… Jaina n'ayant jamais su vraiment les raisons de son père adoptif, considérait comme une trahison envers cet homme si bon de vivre dans un lieu communautaire ressemblant tant aux écoles qu'il évitait. Elle avait donc dès son arrivée commencé à détester les lieux et ceux qui l'occupaient; Et trop sauvage et trop attachée encore à Jaina, Erane avait été convaincue par son amie.

Depuis, elle détestait autant qu'elle cet orphelinat comme à son arrivée, deux ans plus tôt. Et elle détestait autant Sera Hutton, elle la croyait coupable de l'arrivée de la CorSec, du départ et de l'humiliation de Jaina, sa seule amie.

En réalité, Sera n'y était absolument pour rien et était autant fâchée qu'Erane des malheurs de sa pensionnaire… Mais la jeune fille ne voyait pas cette peine dans les yeux de la bonne dame corellienne. Elle n'y voyait plus que du mépris.

"Erane, dit Sera en s'approchant d'elle, tu veux être dispensée de cours pour cet après-midi?"

La cafétéria de l'orphelinat se vidait déjà mais Erane était encore assise à sa place. Elle était certainement plus rouge de colère que se l'imaginait la Dame Hutton mais depuis le départ forcé de Jaina, elle gardait sa tête baissée et n'osait croiser le regard de personne. Surtout pas celui de Sera… La bonne femme la croyait donc malade? Ce serait parfait pour cacher le gliterstim si elle pouvait retourner dans sa chambre un court instant. Erane se mit à pleurer un peu et se fit une tête des plus fatiguées, les larmes aidant, puis elle hocha la tête pour ne pas dire un mot. Sera consentit donc à ce qu'elle retourne dans sa "cellule". Erane monta donc les escaliers d'abord lentement jusqu'à être sûre qu'on ne la verrait plus. Elle se mit alors à courir jusqu'à la chambre qu'elle partageait avec Jena. Tapant le code avec une dextérité et une rapidité étonnante, elle entra puis referma immédiatement la chambre qu'elle n'oublia pas de verrouiller. Jaina en avait pris très vite l'habitude et Erane l'imitait à présent.

" C'est toi, d'habitude, qui me sort du pétrin, murmura Erane aux murs silencieux de la petite chambre."

Erane sortit le flacon de sa poche et le posa sur le petit bureau accolé à son lit. Elle savait aussi bien que Jaina qu'elle risquait gros si quelqu'un le découvrait mais à présent, ça n'avait plus autant d'importance… Pourtant, avec les crédits qu'elle pouvait récupérer de la vente du flacon d'épices, elle aurait peut-être assez pour faire sortir Jaina de prison, et elles pourraient même avoir encore assez pour quitter Coronet ou peut-être même la planète. Jaina avait sûrement déjà une idée du revendeur le plus sûr et le plus profitable aux deux filles. Mais Erane ne pouvait plus compter que sur elle-même. Prenant son courage à deux mains, elle reprit le flacon, le déposant de nouveau dans sa poche intérieure. La jeune fille se reposa une bonne demi-heure, juste assez pour que son retour ne soit pas trop suspect et pour pouvoir préparer un plan solide.

A treize heures quarante-cinq à son chrono, Erane ressortit de sa chambre et descendit les escaliers à nouveau. Comme elle s'en doutait, le couloir de l'entrée était vide. Elle s'engageait vers la porte, quand Sera sortit de son bureau.

" Ca va mieux, ma petite, demanda Hutton.

- Un peu, dit Erane d'une petite voix, mais je voudrais bien prendre l'air un peu. J'étouffe ici…"

Erane savait si bien joué la douleur, et Sera était tellement préoccupée du sort de sa petite Jena, qu'elle la laissa sortir comme l'avait prévu la jeune fille. Erane la remercia, puis, toujours jouant une faiblesse qu'elle seule savait imaginaire, elle se glissa hors de l'orphelinat. Elle se mit ensuite à courir au cas où Sera Hutton ne change d'avis ou veuille la suivre. Elle reprit ensuite son souffle quelques rues plus loin et se dirigea d'un pas moins empressé vers les cantinas du quartier des spatioports, lieux qu'elle connaissait par cœur et où elle savait trouver des revendeurs de ces épices illégales.

Corellia, Coronet City, Commissariat de la CorSec ;

Heures après heures, la cellule où on l'avait jetée – et le mot était bien choisi vu la résistance physique que Jaina avait eu à l'égard de ses chaperons… Elle y avait même été trainée de force comme jusqu'au commissariat avant ça - lui semblait de plus en plus petite, triste et désolante. Jaina en était seulement sortie une fois, quelques heures plus tôt, et ce juste après son arrivée au commissariat de la CorSec.

On l'avait amenée dans une pièce blanche, nue et froide, où un officier plus âgé et encore plus sévère que ses précédents chaperons l'attendait avec une femme, visiblement bien mûre. Cette femme était humaine et avait des traits corelliens. Elle était habillée de façon très élégante, presque trop bien habillée selon Jaina. En effet, toute sa parure n'était que luxe… et Jaina la reconnaissait ; elle l'avait volé quelques jours plus tôt. Une cible qui lui avait alors semblé bien facile… Plus autant à présent. Jaina se demanda si la présence de la vieille Dame était une bonne chose pour elle et Erane - puisqu'elle n'était pas là pour le glitterstim ou son intention de fuir l'orphelinat - ou bien, au contraire, une bien pire que ce à quoi elle s'y était attendue. Derrière la vieille dame, était assis à la table d'interrogatoire un autre homme en costume. Sans avoir besoin de recourir à la Force, Jaina sut qu'il s'agissait de son avocat. Ce n'allait pas être une partie de plaisir…

« Mademoiselle Jena Suul, de l'orphelinat Hutton, la présenta l'officier aux deux autres.

- Oui, c'est bien elle, confirma la Dame, elle m'a volé mon sac à main avec dedans une superbe bague que je tiens de mon défunt mari et d'autres tout aussi remarquable pièces de joaillerie. »

Jaina Solen s'en souvenait fort bien, elle se souvenait aussi que si la cible lui avait semblé facile, elle n'en avait pas tiré grand-chose. La Dame inventait sûrement beaucoup, la pierre précieuse de la bague était fausse et les autres tout autant… Mais face aux policiers de la CorSec qui devaient déjà bien savoir son passé – et son présent – de chapardeuse, elle n'aurait aucune chance de paraître dire la vérité. Et elle l'avait bien volé malgré tout. Jaina ne pouvait cependant pas avouer son crime. Erane l'aurait peut-être fait par peur du système mais Jaina le connaissait et s'était depuis longtemps juré de ne jamais faire confiance à personne, encore moins aux Autorités.

« Alors Mademoiselle Suul ? Reconnaissez-vous avoir dérobé ces joyaux à ma cliente ? Demanda l'avocat en se tournant vers Jaina.

- Non. Je n'ai pas de bijoux sur moi, ni à l'orphelinat.

- Elle l'a sûrement déjà revendus…

- J'aurais aimé, marmonna Jaina entre ses dents, assez bas pour n'être pas entendue. »

Erane avait essayé de la revendre comme toujours car elle avait de meilleurs contacts en joaillerie que son amie. Et Jaina se souvenait fort bien de sa colère envers Jaina quand elle avait appris que les bijoux ne valaient rien du tout. Toutes les deux avaient décidé de s'en débarrasser, même si aucune des deux n'auraient pensés que cela leur retomberait dessus…

Devant le silence de Jaina, l'avocat en bon professionnel considéra le refus de parler de la jeune fille comme une preuve de sa culpabilité. Il déclara que sa cliente et lui iraient jusqu'au procès si Jaina n'avouait pas où étaient les bijoux volés. Jaina ne les écoutait même plus. Elle savait que ça ne servirait à rien de s'en défendre contre de telles accusations. Et aussi que sans preuves, ils ne pourraient rien contre elle. Elle choisit donc le mutisme face à toutes les accusations des enquêteurs et de l'avocat. En elle-même, elle ne pensait qu'à Erane et se demandait si elle serait aussi touchée par cette erreur qu'elle avait faite. Son amie n'avait pas encore été inquiétée et ça la rassurait. Mais Jaina n'était pas sûre qu'elle ne le soit pas plus tard…

« Erane, qu'elle s'appelle ? »

La voix d'un officier de la CorSec la reconnecta à la réalité. Erane ? Ils avaient donc aussi quelque chose contre elle ? Rapidement, Jaina comprit qu'il ne s'agissait aucunement des questions qui lui étaient sans cesse adressées sans résultat. L'officier qui avait parlé se tenait au seuil de la pièce et avait sur lui une photo de son amie. En-dessous de la photographie sur filmsplat, était gravé E. Terrik. Mais Jaina reconnaissait le visage de sa meilleure alliée et sa seule confidente. Concentrant toute son attention sur la conversation entre les deux officiers de la CorSec, Jaina parvint à en comprendre l'essentiel. Ce qui suffit à lui glacer le sang quelques instants : Erane, sa meilleure amie de toujours, avait disparue. Certainement enlevée car on avait retrouvé ses effets personnels dont de l'argent en crédicartes – volées bien sûr – là où les caméras l'avaient vu la dernière fois. Erane s'était volatilisée. Et elle n'aurait jamais osé le faire sans elle…

...

Depuis, elle était retournée dans sa cellule. Seule. Et elle s'inquiétait. Les heures passaient et elle n'avait ni de nouvelles d'Erane ni la sensation de sa présence. Elle s'était volatilisée aussi de la Force… Elle n'avait plus le temps d'attendre à présent : elle devait s'évader. Et seule.

Mais comment sortir de là ? Là était toute la question. Jaina n'avait eu de cesse de parler d'évasion depuis son aventure à l'orphelinat Hutton, mais jamais elle n'aurait pensé qu'il s'agirait de s'évader d'une véritable prison. Prison dont les portes et les fenêtres n'étaient pas seulement verrouillées mais où les cellules étaient cloisonnées par des barreaux en duracier et où les tours de garde n'étaient pas effectués par un droïde incompétent. Pourtant, elle savait bien que le temps lui était compté, ou plutôt celui de son amie, sa sœur des rues. Et jamais la CorSec n'enverrait ses meilleurs enquêteurs à la recherche d'une petite orpheline sans le sou ; Elle-seule avait assez d'affection pour retrouver Erane. Et, sans très bien savoir comment, Jaina était aussi persuadée qu'elle seule pouvait la retrouver tout court. Il fallait qu'elle s'évade pour le bien d'Erane, elle n'avait pas le choix.

Cette résolution prise, il ne lui restait plus qu'à concocter rapidement un très bon plan. Ça n'avait jusque-là jamais été un souci pour la jeune corellienne mais la peur de se faire prendre et ses conséquences, qui ne la toucherait pas seulement elle, la retenaient d'agir… Sans être sûre du succès de son entreprise. Il lui fallut ainsi une bonne demi-heure pour oser enfin mettre son plan d'évasion en action.

Le garde était jeune et très certainement novice dans le métier, elle ne devrait pas avoir de mal à le distraire pour pouvoir s'échapper. Pour ce qui était de sortir du centre pénitentiaire de la CorSec ça allait, elle ne devrait pas avoir trop de mal à le faire, mais pour ce qui était de quitter le commissariat, Jaina craignait que ce ne soit une autre paire de manches pour elle.. La jeune fille avait répété son plan dans sa tête des centaines de fois et était assez confiante dans la réussite de celui-ci ; Elle appela le garde des cellules. Puis tout alla très vite par la suite : le garde s'approcha de la cellule de Jena Suul alors que celle-ci, puisant dans la force, attirait son attention vers une autre cellule où il ne se passait absolument rien qui puisse retenir son attention car celle-ci était vide. Jaina usa ensuite de sa grande dextérité pour voler au garde ses clés sans qu'il ne s'en rende compte. Elle attendit que le garde revienne à elle pour cesser l'illusion.

« J'ai soif, lui dit-elle sèchement. »

Le jeune garde soupira et se détourna de sa cellule pour rejoindre la salle des officiers, quii était située au bout du couloir où se logeaient les nombreuses cellules. A l'exacte extrémité de celui-ci, se trouvait l'accueil du commissariat : sa future porte de sortie. Dès qu'il eut de nouveau le dos tourné, Jaina fit glisser la clé dans sa serrure de sa cellule et sans bruit sortit de celle-ci avant de la refermer et de jeter le trousseau de clés dans sa poche intérieure. Jaina se faufila ensuite vers la sortie du centre administratif de la CorSec de Coronet City Est.

La salle était heureusement vide et la seule âme vivante était celle d'une jeune secrétaire humaine. Sur son bureau, il y avait de nombreux écrans et Jaina comprit tout de suite qu'il s'agissait des vidéos de surveillance du bâtiment. Faisant bien attention depuis son évasion à rester dans les angles morts des caméras de surveillance, la jeune fille savait qu'elle devait changer de tactique pour passer devant le bureau de l'accueil. Jaina vit sur l'écran un local de réserve tout proche. Elle envoya ses clés glisser jusqu'au dossier de la réceptionniste.

Celle-ci se pencha pour les ramasser tandis qu'au même moment Jaina les faisait dériver vers les piliers du bureau. Pestant, la jeune femme se leva et quitta des yeux ses écrans de surveillance le temps suffisant pour qu'à quatre pattes, Jaina se faufile jusqu'au local. Ceci fait, elle provoqua une légère interférence sur tous les écrans le temps d'enfiler une blouse blanche et noire, plus large que ses habits, certainement abandonnée là par un technicien, mais bon tant pis pour lui... Erane avait besoin d'elle.

Fouillant dans la poche, Jaina trouva – comme elle s'y était attendue – un passe d'accès pour passer les portes d'entrée du commissariat. Elle sortit du local et sans se dépêcher marcha jusqu'aux dites portes, glissa la carte de sécurité dans la fente appropriée et vit le voyant devenir vert alors que les portes automatiques s'ouvraient. Jaina sortit sans attirer l'attention de la secrétaire qui la salua même d'un « bonsoir » et ensuite alla jusqu'à l'arrête nord de la rue pour se défaire de sa blouse qu'elle laissa au sol sans plus y faire attention. Elle devait faire vite à présent. Le plus dur n'était pas encore fait.

Jaina n'avait finalement pas eu à chercher son amie dans toute la ville. De toute façon, fouiller Coronet City dans son intégralité aurait été bien trop ardu... Et Jaina savait qu'Erane ne connaissait assez bien qu'un seul coin de la ville pour aller s'y réfugier, et donc pour y être enlevée… Arrivée, dans les quartiers mal famés proches du spatioport, Jaina sentit d'ailleurs la vague présence d'Erane dans la Force, une présence récente certes mais pas assez pour pouvoir en suivre la piste... Jaina Solen s'en remit donc à son seul instinct et, comme elle l'avait déjà fait des milliers de fois, se mit à vagabonder dans ces quartiers fort peu recommandés de la capitale. Aux aguets – plus encore qu'à son habitude - Jaina reconnut soudainement sa dernière cible : le duro à qui elle avait volé le gliterstim. Le lien entre Erane et lui qui s'imposa à Jaina fut immédiat. Elle se décida alors à le suivre aussi discrètement qu'elle en avait et l'habitude et le secret. Le duro la mena à l'un des spatioports civils.

C'était un lieu qu'elle connaissait assez bien, surtout par Erane, mais où pourtant elle n'avait jamais, même après toutes ces années, osé s'aventurer. Les souvenirs affluaient toujours en masse à proximité du port spatial. La voix de Roan Bendo lui revenait encore en mémoire, lui disant de courir, de ne pas se retourner, de s'enfuir, de vivre... Aujourd'hui pourtant elle dut faire cet effort car c'était bien aussi une vie, celle d'Erane, qui était dans la balance. Le passé s'envola enfin et la jeune fille revint au présent : Le duro ne l'avait pas repéré et continuait d'avancer vers le spatioport.

Jaina le fila jusqu'aux docks d'embarcation où elle espérait toujours trouver Erane. Ne la voyant pas, Jaina se décida à embarquer clandestinement dans le vaisseau du duro. De toute façon, se glisser à l'intérieur ne pouvait pas être bien plus compliqué que d'échapper à la vigilance de la CorSec. Attendant que le duro ait embarqué, Jaina se glissa donc à l'intérieur à sa suite. À peine était-elle à l'intérieur du vaisseau que le pilote en refermait le sas d'entrée.

Jaina soupira de soulagement, puis, sentant un danger approcher, elle alla se cacher dans la soute du vaisseau où des caisses d'épices étaient entreposées. Elle s'accroupit et vit le duro inspecter les lieux… Retenant sa respiration, Jaina attendit qu'il ait fini. Epuisée, elle s'allongea ensuite et s'endormit assez vite.

Le vaisseau décolla et, Jaina à bord, fila vers les étoiles. Le passé ne pouvait plus avoir d'influence sur elle à présent, elle venait de quitter l'atmosphère de Corellia et la voix de Roan, les cris et les détonations étaient remplacées dans l'esprit de la jeune fille par le silence du vide intersidéral.