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Le sous-sol était très sombre. Will pouvait distinguer le début d'un escalier droit en pierre qui descendait mais sa perception s'arrêta là. Il tâtonna autour de l'encadrement de la porte quand il trouva finalement un interrupteur. Une lumière bleutée l'aveugla un moment mais il put enfin voir devant lui.
A mesure qu'il descendait les marches, il observa son environnement. Il faisait définitivement plus froid dans le sous-sol. Il était grand et très clair, aussi lumineux qu'une aile d'hôpital. L'escalier donnait directement sur une pièce centrale qui menait vers d'autres pièces aux portes soigneusement fermées. Will se dit que ces pièces devaient renfermer la cave à vin, voire la cave à fromage du docteur. C'était bien son style d'avoir une cave à fromage dans sa propre maison. Une odeur de javel régnait néanmoins dans l'air, comme si Hannibal avait fait le grand nettoyage juste avant d'accueillir Will. La maison du psychiatre étant propre et immaculée comme sa personne, le jeune homme n'y prêta pas une grande attention.
Will contourna la table en fer qui était au centre et se dirigea vers le fond de la pièce. Il n'en croyait pas ses yeux. A côté de nombreuses étagères contenant des produits secs et des conserves, il y a avait là trois immenses réfrigérateurs et un congélateur en bac qui pouvait facilement contenir deux hommes. Les réserves alimentaires d'Hannibal étaient en quantité industrielle. Si la fin du monde devait arriver, Will savait à présent où se cacher pour survivre. Il espérait néanmoins trouver le bon morceau de bœuf entre toutes les denrées que pouvaient renfermer ces appareils.
Il ouvrit le premier réfrigérateur et n'y trouva qu'une quantité astronomique de plats en verre contenant toute sorte de choses. N'osant pas les identifier, il ferma la porte et ouvrit le deuxième. Il vit tout d'abord un morceau de viande rouge fermement emballé dans du plastique transparent et il crut avoir trouvé ce qu'il cherchait. Quand ses yeux se posèrent sur les autres aliments, il recula, au bord de la nausée.
Il y avait dans le réfrigérateur différents organes entassés les uns sur les autres : foie, poumon, cervelle, rein… et ils étaient tous… humains. Will avait assez travaillé au FBI pour reconnaître un cœur d'homme et un cœur de bœuf. Il chancela en arrière et le choc l'empêchait de réfléchir. Lorsque la porte du réfrigérateur se renferma, Will tituba vers le congélateur pour se convaincre qu'il n'avait pas rêvé ou encore halluciné. Il l'ouvrit doucement, plein d'appréhension de ce qu'il pourrait trouver dedans et ne fut pas déçu. La lumière de l'appareil éclairait des morceaux entiers de corps humain recouvert d'une fine pellicule de glace. Les mains tremblantes cramponnées au bord du congélateur, Will n'arrivaient pas à détourner son regard devant cet horrible spectacle. Il y avait au moins trois corps là-dedans. Tous découpés d'une façon chirurgicale… Hannibal était donc…
Un bruit sec et un noir soudain le sortirent de ses pensées. Quelqu'un avait fermé la porte et éteint la lumière… non, pensa Will. Pas quelqu'un. Hannibal. Seule la faible lumière du congélateur lui permettait de voir à quelques mètres autour de lui. Si le psychiatre était là, il ne pouvait pas le distinguer. Il regrettait amèrement d'avoir laissé son arme à Wolf Trap.
Will se déplaça lentement vers le côté de la pièce, essayant de contrôler sa respiration et ses tremblements. Il guettait le moindre bruit mais n'entendit rien. Hannibal l'aurait-il simplement enfermé ? Le claquement d'un objet métallique contre la table de fer lui fit signe que non. Il n'était pas seul dans la pièce, mais il était totalement sans défense. Vers la gauche, la voix du psychiatre se fit entendre : « William, susurra-t-il doucement. Tu n'étais pas censé voir ça. »
Le concerné était au aguet. Un seul mouvement de la part d'Hannibal et…
« Je suis vraiment désolé que cette soirée doive se finir ainsi, continua-t-il. Ce n'était pas du tout ce que j'avais prévu. Mais je ne peux m'en prendre qu'à moi-même, c'est moi qui ai pris une conversation téléphonique alors que nous avions une discussion ensemble. »
Will avait la gorge serrée. Comment avait-il pu penser que ce monstre était son ami ? Qu'il était inquiet pour lui ? Un goût amer de déception lui restait dans la bouche. Il aurait voulu fermer les yeux et imaginer que tout ça n'était qu'un autre de ses cauchemars. Si seulement il pouvait atteindre l'escalier…
« Mais tu dois admettre, reprit le docteur, que la curiosité est un vilain défaut. »
Il ne pouvait toujours pas le distinguer dans le noir, mais la voix froide d'Hannibal se déplaçait. Il ne l'avait jamais entendu parler de cette manière. Son ton était presque inhumain. Will savait qu'il allait mourir. Il devait tenter le tout pour le tout. Sentant son adrénaline parcourir son corps, il prit une grande inspiration et courra aveuglement en direction de l'escalier. Ne rencontrant aucun obstacle il crut réussir, bien trop tôt. Une main lui attrapa la jambe et il trébucha lourdement contre le sol. Sa tête cogna un objet dur, qu'il cru être la première marche de l'escalier. Il sentit un liquide s'écouler se ta tempe mais cela n'avait aucune importance. Il donna un coup de pied dans le vide puis rencontra une masse molle. Entendant avec satisfaction un bruit étouffé, il tenta de remonter l'escalier mais Hannibal réussit à se relever et à l'attraper par la taille. Tiré en arrière, un objet froid lui transperça le bras droit. La douleur lui fit échapper un cri mais il essaya néanmoins de se débattre. Il se retourna et réussit à attraper ce qui semblait être le cou du psychiatre. La lame tomba au sol dans un bruit sourd. Pressant de toutes ses forces, Hannibal le lâcha enfin et Will crût avoir l'avantage… jusqu'à que son ennemi lui attrape le poignet gauche et lui brise dans un craquement sourd. Will ferma les yeux et se plia de douleur sur le sol. Il entendit Hannibal se saisir du couteau. Il ramassa et plaqua Will en sueur contre le mur, non loin du congélateur encore ouvert. Lorsqu'il sentit la lame du couteau contre sa gorge, il arrêta de se débattre.
« Ouvre les yeux William. » ordonna Hannibal.
Le concerné gardait les yeux obstinément fermé tandis que la lame fleuretait dangereusement avec sa jugulaire.
« Ouvre les yeux, je veux que tu me vois. Que tu vois le vrai moi. »
Le couteau s'enfonça un peu plus dans sa gorge et Will commença à sentir une douleur à ce niveau. Il ouvrit doucement les yeux. Il s'arrêta de respirer devant ce qui se tenait devant lui : un Hannibal méconnaissable était légèrement éclairé par le congélateur. Bas les masques. Une animosité sans égale régnait dans ses yeux, une faim émanait de lui. Ses cheveux d'ordinaire si bien coiffés étaient dans un désordre sans nom et sa chemise était tachée de sang. Seule la blessure qui perturbait le sourire du psychiatre, cadeau de Will, lui redonnait un peu d'espoir. En revanche il n'osait pas imaginer dans quel état, lui, était.
Hannibal semblait prendre plaisir à être lui-même devant un spectateur. Il scrutait Will comme s'il essayait de savoir ce qu'il pensait. Ce dernier le voyait enfin pour ce qui il était… et son esprit fit les connexions nécessaires.
« L'Ev-éventreur de Chesapeake, bredouilla-t-il. Et… et l'Imitateur… c'est vous. »
Les yeux du psychiatre s'illuminèrent d'une joie intense. Il se servit de sa main qui ne tenait pas couteau pour mettre en coupe le visage de Will. Etrangement, il était en adoration devant lui.
« Oh, Will, souffla-t-il. Mon cher et si intelligent Will. Nous aurions pu faire tellement de chose ensemble. Nous sommes tellement semblable tous les deux. Nous nous comprenons si bien. Tu me comprends si bien. »
Le concerné tenta de se dégager du geste, sans succès. Il ne pouvait pas faire un mouvement sans que la lame lui transperce la gorge. « Je ne suis en rien comme vous, cracha-t-il. Comment… comment ai-je pu être si stupide… tout ça… tout ça n'était que des mensonges depuis le début. Depuis notre première rencontre.
— Notre amitié est bien réelle, William. Je tiens énormément à toi, et je sais que tu tiens à moi. »
Hannibal semblait sincèrement blessé par ses propos, autant que si quelqu'un lui avait dit que son bœuf bourguignon était infâme.
« Je tenais à cette fausse relation que vous aviez créé. Maintenant je ne vois qu'un monstre qui—
— Je ne suis pas un monstre. »
Will eut un rire nerveux.
« Les monstres sont des représentations de nos peurs les plus sincères. As-tu peur de moi, Will ? »
Le cœur battant, Will ne répondit pas. Le psychiatre s'approcha doucement du visage de Will. Ce dernier tressaillit lorsqu'il sentit son front se poser délicatement contre le sien. Hannibal avait fermé les yeux.
« Nous aurions pu faire des choses merveilleuses toi et moi, repris-t-il. Ça aurait été parfait si tu avais été prêt pour m'accepter. Mais tel le fruit de mes désirs, tu n'es pas encore assez mûr, cette… prise d'information est bien trop prématurée.
— Allez-vous faire foutre. »
Cette réponse lui valut une main qui se resserrait redoutablement autour de son cou. Sa respiration se coupa et il sentait son esprit l'abandonner.
« Ton langage William. » chuchota Hannibal tandis qu'il sombrait dans l'inconscience.
