Affalé sur son bureau, Ranpo ne faisait... rien, comme d'habitude. Enfin... il ne faisait rien en apparence car son cerveau était complètement tourné vers l'intervention de Mori. Il repassait tout en revue, chacune de ses paroles, chaque action de la Mafia ces dernières années, chaque action ou dire de Kôyô. Il n'avait pas besoin d'utiliser son super-pouvoir pour comprendre où ça allait mener, et c'était son devoir de prévenir le président, si celui-ci n'avait pas déjà tout anticipé.

- Le détective allait se motiver à bouger quand une voix féminine l'interrompit.

- Alors Ranpo, toujours au summum de l'effort à ce que je vois.

- Akiko-chan ! Chantonna l'interpellé, daignant se tourner vers son amie. Tu cherches quelqu'un à soigner ?

- Ca m'a traversé l'esprit.

Le médecin prit la chaise à côté de Ranpo et s'y installa, se saisissant au passage d'une brique de jus d'orange qui n'était pas à elle mais ce n'est pas ça qui allait la déranger. Comme on le savait, Ranpo était beaucoup plus tolérant envers Akiko Yosano que le reste de ses collègues.

- Tu as l'air perturbé, commenta son amie entre deux gorgées.

- Mmh... je réfléchis. D'ailleurs dis moi, Mori est bel et bien incapable de s'attacher à quelqu'un ?

- J'en suis absolument certaine, il ne tolère que sa propre intelligence.

- Le médecin jeta un regard en travers au détective.

- Encore en train de ressasser ce qu'il a dit en venant ici ? Ca fait bientôt une semaine déjà.

- Elle va accepter. C'est la seule conclusion logique.

Yosano mentirait si elle disait qu'elle pensait le contraire. Seulement elle voulait aussi penser que ce n'était pas si noir.

- Fukuzawa arrivera à la faire rester, tout comme il l'a utilisée jusqu'à présent. Sinon il l'empêchera de partir.

- Je suis pas sûr qu'il y parviendra. Tu l'as vu toi aussi, le bandage le jour où Mori était là.

- Ah ? Tu vas pas me dire que ce charlatan a dit vrai et qu'il y a quelque chose entre Ozaki et le Président ?

- Non, non... j'espère bien que non mais je sais qu'ils s'entraînent ensemble.

- Je croyais qu'il n'entraînait que Kunikida.

- Akiko-chan, tu m'as habitué à mieux. Le Président sait manier le sabre, et elle aussi, c'est la seule qui le sait parmi nous d'ailleurs, et c'est loin d'être une débutante, autrement elle n'aurait pas réussi à le blesser. Même si c'est qu'une égratignure, ça m'inquiète.

- Tu peux pas t'empêcher de le protéger hein.

- Bien sûr ! C'est notre Président après tout, on doit tout faire pour l'aider !

La jeune femme arbora alors son magnifique sourire carnassier et sortit -dont on ne sait où d'ailleurs- une pile de feuilles.

- Aide- le en complétant ces dossiers alors.

Un long gémissement plaintif échappa les lèvres de Ranpo. Avec le Président, Yosano était sans aucun doute la seule qui pouvait se vanter de réussir à faire travailler le détective adepte aux cactus.

Un peu plus loin, Atsushi ouvrait un paquet que lui avait donné Kyôka.

- Super Kyôka-chan, et merci encore. Avec le travail à faire, je n'ai pas eu le temps de tout acheter moi-même.

- De rien ! Chantonna la jeune femme.

- Tu as pris quoi pour toi ?

- Un kimono bleu, je voulais changer. Il y a des motifs argentés de vagues dessus.

- Oooh, hâte de te voir avec !

Le tigre continuait d'admirer le haori bleu foncé que lui avait acheté son amie tandis que celle-ci allait voir Ranpo.

- Tiens, j'ai pris le tien aussi.

- Merci. Tu as aussi pris...

- Oui, voilà tes snacks.

Elle lui tendit deux paquets de ses snacks favoris sous le regard amusé d'Akiko qui ne put s'empêcher une petite remarque.

- Arrête de le fournir avec toutes ces saletés, je ne tiens pas à devoir utiliser mon pouvoir pour le sauver d'une attaque cardiaque.

- Maiiiiiis Akiko-chan, je vais très bien ! Couina le détective.

Kyôka les laissa se chamailler et alla ranger les autres paquets -les siens- dans un coin où ça ne dérangerait personne. Elle s'installa ensuite à une table et se mit à travailler. Contrairement à l'époque, l'ex-mafieuse ne participait plus dans les affaires, ou du moins uniquement en tant que 'bénévole'. L'Agence avait exigé qu'elle obtienne le diplôme du lycée. Bien qu'elle ne pouvait pas s'inscrire dans un établissement scolaire à cause de son passé dans la Mafia, la jeune fille avait pris des cours particuliers pour ensuite s'inscrire en candidat libre. Kunikida l'aidait régulièrement et s'était montré étonnamment pédagogue -comme quoi il ne hurlait vraiment que contre Dazai et Ranpo-, et était aidé par Kôyô qui, si elle n'avait aucun diplôme non plus, avait reçu une éducation solide grâce à son mentor à l'époque. Celui-ci avait toujours eu l'intention de la projeter dans les hautes sphères de l'organisation il semblerait.

Les épreuves de ce fameux diplôme devaient avoir lieu dans trois semaines, autant dire que Kyôka travaillait dur pour mettre toutes les chances de son côté. L'intention de l'Agence, en la poussant à faire tout ça, était de lui permettre de changer de voie quand elle le désirait, si un jour elle ne voulait plus continuer à jouer les détectives. Contrairement à la Mafia, aucun d'entre eux ne tenait à lui imposer une vie, une attention qu'elle appréciait particulièrement.

Kyôka aurait cependant aimé éclaircir le mystère sur le lien entre Kôyô et elle. L'ex-cadre tenait à elle, mais pourquoi ? Car elles partageaient le même pouvoir ? Car elle n'avait pas voulu que la jeune fille connaisse le même sort qu'elle à l'époque ? Impossible de savoir. Le fait est que la rousse l'avait protégée jusqu'à présent en persuadant Mori de limiter les représailles à son encontre. Mais en même temps, elle s'était distancée et évitait tout rapprochement en dehors de l'aide pour ses cours ou quelques séances shopping. A vrai dire, Kôyô n'était vraiment proche de personne et c'est ce qui inquiétait Kyôka. Personne ne méritait de vivre au milieu de tant de solitude, pas même elle, pas même après tout ce qu'elle avait fait pour la Mafia. N'avait-elle pas prouvé, après tout, via Chûya combien elle était capable d'amour ? La jeune fille était persuadée qu'il ne manquait pas grand chose pour que Kôyô accepte complètement l'Agence et mette ses actions de cadre derrière elle comme l'avait fait Dazai. Malheureusement, l'offre de Mori la semaine dernière risquait de tout faire échouer.

La jeune fille fut enfin tirée de ses pensées par la voix de son ancienne mentor qui venait de revenir.

- Je n'accepterai aucune discussion. Vois ça comme un cadeau, mais il est hors de question que tu remettes ce haori démodé cette année !

Kôyô obligea le Président à accepter le paquet qu'elle lui tendait. Il chercha à rétorquer quelque chose mais la jeune femme avait déjà tourné les talons sous les regards ahuris des autres membres de l'Agence. C'était bien la première fois que quelqu'un autre que Ranpo parvenait à s'imposer de cette manière, même s'il s'agissait d'une simple histoire de tenue. C'était connu, Fukuzawa laissait passer ses subordonnés d'abord et il avait un mode de vie très simple qui ne changeait qu'au compte-gouttes. Voilà pourquoi il acceptait de les accompagner aux festivals, et voilà pourquoi aussi il refusait de dépenser pour quelque chose d'aussi futile qu'un vêtement qui ne servirait qu'à quelques occasions par an.

L'année passée, Kôyô avait fait une remarque à la tenue de son supérieur qui était certes élégante mais indubitablement passée de mode. N'y connaissant rien, celui-ci n'avait pas réagit et se contentait de ses vêtements habituels. Il avait été loin de se douter que cette année, sa dernière recrue comptait brusquer ses habitudes vestimentaires en lui offrant quelque chose qui n'était pas lié à son anniversaire. Les finances de la jeune femme le lui permettait sans aucun doute -ayant mis de côté de l'argent tout au long de ses années en tant que cadre sur un compte secret « au cas où » qu'elle utilisait aujourd'hui-, mais il ne parvenait pas à l'accepter. Il faudrait qu'il lui rende la politesse un de ces jours. Oui « un de ces jours », car lui non plus ne voulait pas la laisser retourner à la Mafia.

- Kyôka-chan, voilà pour toi.

L'interpellée sursauta alors qu'elle s'était replongée dans ses devoirs. Kôyô s'était assise en face d'elle et lui tendait un petit paquet.

- Kôyô-san..., commença l'étudiante.

- Je t'ai vu t'attarder sur ce kimono bleu et argent, j'ai pensé que cet accessoire irait bien avec. A toi de voir si tu le mettras ou non.

Kyôka se saisit du paquet et remercia son aînée. Comme toujours, elle agissait de manière distante, ou du moins essayait. Offrir un cadeau puis ensuite faire comme si ça ne lui importait pas de connaître la réaction de son ancienne protégée... typiquement l'attitude des trois dernières années.

Kôyô partit sous le regard d'Atsushi qui avait observé toute la scène. La demoiselle ouvrit alors le petit paquet, ne pouvant résister à la tentation de savoir quel accessoire pouvait aller avec son kimono.

- Qu'est-ce que c'est ? Interrogea le tigre, curieux.

- C'est... un accessoire pour les cheveux... de chez Tatsuko ?

Atsushi s'étrangla à moitié en entendant le nom de l'enseigne. Il s'agissait d'une bijouterie experte en bijoux traditionnels qui se vendaient à prix d'or. Kyôka savait que l'ex-cadre était une de leur cliente, avant, mais aujourd'hui c'était devenu plus rare... très rare... en fait, elle n'y avait plus mis les pieds. Pourquoi donc une telle fantaisie aujourd'hui ? La seule conclusion qui frappa la jeune fille fut celle d'un cadeau d'adieu...

En attendant, son regard ne pouvait se détacher de l'accessoire. Une épingle à cheveux en argent en forme de phénix. Les plumes de ce dernier pendaient et tintaient délicatement à chaque mouvement tandis qu'à leurs extrémités, les saphirs bleus reflétaient le moindre rayon de lumière. C'était surréaliste d'imaginer porter un tel bijou pour un simple festival où ils se contenteraient de piquer-niquer avant d'aller parcourir les stands proposant nourriture et amusements divers.


Il était 17h30 quand l'Agence trouva enfin un coin disponible dans le parc où ils pouvaient s'installer tous ensemble. La foule était au rendez-vous, comme à chaque festival, aussi trouver un endroit où tous les détectives pouvaient se retrouver tenait d'une tâche herculéenne. C'est donc avec soulagement que Kunikida dressa la nappe avec l'aide des Tanizaki. Atsushi et Dazai faisaient passer les coussins sur lesquels ils s'assieraient et Ranpo prenait des photos en attendant patiemment le Président.

Ce dernier arriva peu de temps après, accompagné d'Akiko et de Kenji. Ils apportaient tous les trois les victuailles à partager qui, comme on s'en doute, étaient fort nombreuses. A la vue du docteur en somptueux kimono rouge et cheveux attachés, Ranpo en oublia Fukuzawa et la prit en photo à son insu, avant qu'elle ne le réprimande. Atsushi observa ce numéro et se demanda pourquoi les deux là n'étaient toujours pas ensemble. A moins qu'ils le soient en fait.. il n'en savait rien... Et à vrai dire, il n'osait pas poser cette question personnelle à Yosano sous peine de passer sous la tronçonneuse -une pensée partagée par tous les autres d'ailleurs-.

Kyôka et Kôyô étaient les deux absentes. Enfin presque, car Kyôka arrivait justement à l'instant.

- Kyôka-chan, tu es ravissante !

Un compliment sincère venant du tigre qui fit rougir la demoiselle, et tous les autres approuvèrent sans hésiter aussi. Le kimono bleu aux motifs d'argent lui seyait à la perfection. On était loin du kimono rouge simple dans lequel ils l'avaient rencontrée il y a trois ans. La douceur de son visage était encore plus relevée par ses cheveux, attachés sur le côté en un élégant chignon dans lequel était piqué l'accessoire offert par Kôyô. Comme prévu, il correspondait parfaitement à la tenue de l'adolescente.

- Il faut une photo !

Atsushi prit l'appareil photo des mains de Ranpo et prit son amie en photo avant de demander à Akiko et Naomi de la rejoindre pour faire une photo de groupe entre filles. Le détective numéro un bouda en constatant que le médecin acceptait sans problème alors qu'il était sûr qu'elle aurait dit non s'il l'avait demandé avant. Enfin... cela lui permit de constater que des trois, c'était quand même elle la plus élégante -à ses yeux-.

- Miss Ozaki va arriver ? Demanda Kenji.

De toute l'Agence et fidèle à lui-même au même titre qu'Atsushi, il avait complètement oublié le passé de la jeune femme et la considérait comme sa collègue, ni plus ni moins. Il lui rendait volontiers service et Kôyô en faisait de même.

- Normalement oui. Je lui ai dit où on était mais elle m'a répondu de ne pas l'attendre pour commencer, informa Kunikida.

Au moins elle compte venir, pensa le blond. Cela dit, son côté perfectionniste aurait apprécié que tout le monde soit à l'heure. Enfin... c'était une après-midi et une soirée détente, il ne pouvait pas être si strict. Le groupe commença donc par sortir les verres et autres coupes pour servir l'alcool en premier et ainsi marquer le début du festival pour eux.

Alors qu'ils sortaient les snacks et autres mets réservés à ce genre d'occasion, l'ex-cadre arriva, non sans sa... modestie habituelle.

La première chose qui frappait était son ombrelle, pourtant accessoire assez commun en ce jour. Le rouge vif mettait en valeur le noir du kimono qu'elle portait, réhaussé par son obi en rouge et or aux motifs de phénix. L'intérieur du kimono était lui aussi rouge et on ne le distinguait qu'à l'ouverture laissant apparaître ses pieds chaussés de geta traditionnelles noires. Si on la regardait de dos, alors on prenait toute la mesure du luxe de cette tenue. La ceinture obi était courte afin de laisser apparent la broderie unique : des fils d'or formant le dessin d'un spectre dégainant son sabre qui prenait tout le bas de l'étoffe. Ceux ayant déjà vu de leurs propres yeux Yasha la reconnurent sans hésitation. Les manches, longues au point de toucher presque le sol, étaient brodées de motifs plus classiques mais toujours de fils d'or. Au final, son visage à peine sans maquillage n'avait besoin de rien d'autre. Exceptionnellement, ses cheveux eux aussi attachés avaient toutefois deux longues mèches tombantes pour encadrer son visage. Un chrysanthème jaune ornait simplement son chignon et projetait son ombre sur la nuque dégagée de la jeune femme.

Même si aujourd'hui nombre de jeunes femmes étaient habillées de yukata ou autre, Kôyô avait tout fait pour rester au dessus et attirait les regards. Alors qu'elle arrivait au niveau du groupe de détectives, elle referma son ombrelle et s'assit à l'ombre à côté du Président.

- Désolée d'être en retard, je n'ai plus l'habitude de me vêtir de la sorte, s'excusa t-elle.

Même pour les autres festivals ou son propre anniversaire, la jeune femme n'avait jamais porté ce kimono-là, ce qui expliqua donc les quelques regards étonnés de ses collègues. Fukuzawa retrouva la parole le premier.

- Depuis quand as-tu ce kimono ? Tu ne l'as pas fait faire uniquement pour aujourd'hui ?

- Non, je l'ai pris lorsque je suis partie de la Mafia. Je ne pouvais pas prendre toute ma garde robe avec moi mais celui-ci... je n'ai pas pu me résoudre à le laisser.

- Je vois...

- En tout cas, je suis ravie de voir que tu portes mon cadeau Yukichi.

Heureusement le soleil le cachait mais Fukuzawa rougit malgré lui.

- Je n'allais pas laisser un cadeau dans un tiroir, expliqua t-il.

Kôyô sourit, contente d'avoir gagné cette bataille vestimentaire et accepta la coupe que lui tendait Kyôka. Elle adressa un autre sourire à la jeune fille, heureuse -mais sans l'admettre- qu'elle porte son cadeau, elle-aussi.

Les conversations reprirent et la bonne humeur surpassa l'étonnement et l'extravagance des tenues. A vrai dire, les vêtements traditionnels allaient bien aux détectives, même s'ils ne pouvaient les garder tous les jours pour des raisons pratiques. Ranpo discutait avec Akiko, Kunikida surveillait tout le monde (enfin essayait), Dazai cherchait un moyen d'embêter Kunikida et Atsushi complimentait Kyôka en faisant des plans sur ce qu'ils allaient faire ce soir en parcourant les stands. Fukuzawa s'entretenait avec Kôyô et ça n'échappa pas au regard aiguisé de Ranpo que l'élégance du kimono d'Akiko ne parvenait pas à attirer son attention exclusive. Malgré les atouts de la médecin, l'inquiétude du détective pour sa figure paternelle était trop forte, et tout criait en lui « Danger » lorsqu'il voyait l'ex-cadre et le Président côte à côte. Un sentiment de plus en plus fort depuis ces derniers mois car il avait bien remarqué, lui, que l'homme mûr baissait sa garde en présence de la jeune femme. Et oui, ça le dérangeait qu'il puisse la considérer complètement comme une membre de l'Agence. Ce soir, Ranpo avait bien l'intention de prouver qu'elle n'avait pas sa place avec eux.

- Action/Véritééééééé ! Proposa soudainement un Dazai ayant clairement forcé sur l'alcool.

- Dazai ! Tenta, vainement, de raisonner Kunikida qui sentait son fardeau s'alourdir à chaque minute.

- Ku-ni-ki-da-san ! Vérité pour toi !, insista le brun. Mmmh, as-tu déjà embrassé quelqu'un ?

Il était connu que le second de l'Agence était très sélectif vis à vis de ses partenaires, aussi les rumeurs sur ses relations allaient assez bon train, même si tout le monde éviter de l'évoquer face à lui. Le blond essaya de profiter de l'obscurité de la nuit en train de tomber pour cacher sa rougeur, mais malheureusement ce n'était pas suffisant et cela n'échappa pas à Dazai.

- Oooooooh, à quoi elle ressemblait ? Blonde, brune, rousse ? C'est dur d'imaginer que tu aies pu faire quoique ce soit à quelqu'un qui est pas ton idéal mais si elle l'était, t'aurais été plus loin...

- Dazai, s'étrangla le pauvre détective qui n'aimait pas être le centre d'attention, pas dans ces conditions.

Heureusement pour lui, Atsushi vint à son aide.

- Dazai-san ! Action ou vérité ?

- Action !

- Mmmmmmmh, va acheter un cadeau à Kunikida-san !

- Aaaah ? Mais...

- C'est toi qui as proposé ce jeu, rappela le tigre, fier de lui en voyant le brun obtempérer et se lever.

Tous les détectives eurent une moue appréciative, sans voix de constater que Dazai faisait effectivement ce qu'on lui demandait. Enfin... restait à voir ce qu'il allait rapporter. En attendant, les autres se prirent au jeu et même Fukuzawa participa.

- Fukuzawa-san, à vous, interpella Kenji.

- Vérité.

- Alooors... Ah, je sais ! Dites nous une chose embarrassante que Ranpo a fait quand vous viviez ensemble !

- HEY, s'offusqua le concerné.

Il s'offusqua encore plus quand le Président répondit honnêtement à la question.

- A 16 ans il a encore demandé à pouvoir dormir avec moi car il avait peur d'un monstre dans son placard.

Hilarité générale, y compris Akiko qui asséna une large tape sur l'épaule de son ami qui ne savait plus où se mettre.

- Fukuzawa-san... c'est pas sympa, se plaignit-il.

- KUNIKIDA SAAAAAAAN !

La voix de Dazai interrompit tout le monde alors qu'il revenait, visiblement très content, un petit paquet à la main. Le brun se rassit à sa place et tendit son cadeau à deux mains vers le blond. Ce dernier le regarda d'abord d'un air surpris puis accepta, quoique timidement, le paquet rectangulaire.

- Ouvre le maintenant.

Son partenaire s'exécuta et sortit de l'emballage un cadre... un très beau cadre dans lequel se trouvait une sorte de document officiel. Kunikida crut d'abord à une blague, comme ces faux diplômes « meilleur collègue au monde » etc... mais non, c'était BEL ET BIEN un document officiel tamponné par... la police ? Il commença à lire.

- « Moi, Dazai Osamu, membre de l'Agence des Détectives Armés, jure sur ce document et sous témoins que j'accomplirai le travail de mon estimé collègue, Kunikida Doppo, pendant deux mois entiers à compter de ce jour. Lu, signé et approuvé à Yokohama, le... »

Tous les regards s'étaient tournés vers Dazai qui ne s'était pas séparé de son sourire. Il finit par prendre la parole pour s'expliquer.

- Je voulais quelque chose qui sorte de l'ordinaire, mais beaucoup de magasins étaient fermés. Alors j'ai été voir la police, et j'ai fait ça sous leurs yeux. Maintenant tu pourras exiger ce que tu veux de moi pendant deux mois, je pourrais pas fuir ma parole !

- Je... je...

Kunikida était visiblement choqué et, si c'était dans sa nature, il en viendrait presque aux larmes d'une telle initiative de la part de son partenaire. Connaissant ce dernier, il risquait d'y avoir anguille sous roche mais ce soir, il voulait y croire.

- C'est touchant, commenta Ranpo, content qu'on se soit détourné de lui et son histoire embarrassante. Ozaki-san, à vous !

- Quoi ? Action ou vérité ? Je pense passer mon tour, merci.

- S'il vous plait Miss Ozaki ! Plaida Naomi qui était subjuguée par le kimono de l'ex-cadre.

- Allez, au moins une fois, supplia aussi Atsushi, soutenu par Kyôka.

- Bien bien... si vous me suppliez de la sorte. Vérité alors, céda Kôyô.

Elle devina que c'était une très mauvaise idée lorsque son regard tomba sur le sourire en coin de Ranpo.

- Est-ce que vous avez encore de la famille ?

Ses yeux scrutèrent le détective en une interrogation muette. Quel genre de famille ? Lié par le sang, famille adoptive, famille qu'elle s'était recréée ? Avec son passé et la mafia, tout était possible. Ranpo comprit la question non formulée et précisa donc pour que tout le monde entende.

- Votre vraie famille je veux dire. Père, mère, frère, sœur...

- Pas que je sache, répondit calmement la jeune femme.

Cependant il devint vite clair que le jeune homme ne comptait pas la laisser s'en sortir de la sorte et qu'il avait tout prévu.

- Vraiment ? Pourtant en faisant des recherches, j'ai découvert que votre père était encore en vie. Takihito Ozaki, c'est ça ? C'était pas difficile à trouver, une cadre comme vous avait largement les moyens de se renseigner.

- Et alors ? Pourquoi je m'intéresserais à lui ?, répondit prudemment la rousse.

Les conversations s'étaient soudainement tues et tous écoutaient, non sans se demander à quel moment ça allait tourner au vinaigre. Kôyô parlait assez peu de sa vie à la Mafia, autant dire alors que son passé AVANT son recrutement dans l'organisation n'était jamais évoqué. Que Ranpo la pousse dans cette partie de sa vie pouvait avoir deux conséquences : soit elle s'en moquait royalement et ne réagirait pas car il n'y avait rien de spécial à en dire, soit c'était sensible et elle finirait par s'en prendre au détective.

- C'est vrai, continua ce dernier. Je comprends, ça a pas dû être facile d'être vendue par son propre père. 3 millions de yen c'est ça ? Tout ça pour des dettes de jeu, c'est triste. J'ai appris qu'il s'était remarié trois ans plus tard et il a deux autres enfants maintenant.

- Vous avez bien fait vos devoirs, détective. Tant mieux pour lui, que voulez-vous que je fasse de ces informations ?

- Rien rien, répondit Ranpo d'un air faussement détaché. Je me demandais juste d'où pouvait venir ce détachement et votre incapacité à protéger quelqu'un mais au final c'est normal. Votre seul parent vous a abandonné à 8 ans, ça a pas dû être facile alors de s'occuper de Chûya j'imagine.

Kôyô, qui était sur le point de boire une autre coupe de saké, stoppa son geste pour planter son regard dans celui du détective.

- Faites bien attention à vos paroles, Edogawa.

- J'essaie juste de comprendre pourquoi il y a une telle différence de comportement entre Kyôka, Dazai et Chûya. Je sais bien qu'à la Mafia on vous demande de pas avoir de sentiments, mais de là à laisser mourir son collègue quand même...

- Ranpo, assez, intervint Fukuzawa, le ton sec.

Seulement, le détective voulait pousser l'ex-mafieuse dans ses retranchements, prouver que sa maîtrise n'était qu'une façade et qu'elle ne pourrait jamais se séparer de ses réflexes d'antan. Il continua donc, désobéissant à l'ordre indirect du Président pour la première fois de sa vie.

- Ca n'a pas été trop difficile d'être en face du Boss qui l'a poussé à la mort ? Parce qu'au final c'est ça quand même non ?

Kôyô se saisit tout à coup du manche de son ombrelle pour en tirer la lame, mais la poigne ferme de Fukuzawa la stoppa. Elle le fusilla du regard et il le soutint sans relâcher son poignet une seule seconde.

- Mafieuse un jour, mafieuse toujours... la violence avant tout, n'est-ce pas ? Déclara pour conclure le détective, satisfait de lui.

- Ranpo, pars d'ici, intervint à nouveau le Président.

- AH ?

Cette fois, c'était la goutte d'eau, même pour ses collègues. Yosano se leva, tenant fermement le bras du détective pour le forcer à la suivre et s'éloigner du groupe qui était devenu aussi muet qu'une tombe. Seules les conversations des groupes alentours leur parvenaient.

Kôyô relâcha enfin son emprise sur le manche de son arme et son supérieur la lâcha également.

- Ton éducation laisse à désirer, se contenta t-elle de commenter sèchement.

- Je ne sais pas ce qui lui a pris.

- Vraiment ?

Pendant ce court échange, Dazai s'était levé à son tour et avait pris la direction du docteur et son collègue.

Kunikida s'éclaircit la gorge.

- Il appréhende votre réponse à Mori Ougai.

- Parce que je risque d'accepter pour résoudre une affaire qui traîne depuis trois ans ? Parce que ma position est ambiguë car personne ne veut croire que Mori m'a effectivement laissée partir ?

Il y a trois ans, Kôyô et lui avaient pourtant convenu d'une mise en scène pour faire croire que le Boss avait tenté de l'éliminer avant qu'elle parte. Seulement, la vérité n'avait pas été dissimulée bien longtemps et tout le monde savait qu'il avait consenti à son départ.

- Ou encore parce que vous craignez que je me retourne contre vous au premier claquement de ses doigts ? Acheva t-elle.

- Nous...

- Votre vision de la Mafia est complètement noire, sans aucune nuance, et vous espérez me voir la renier totalement comme Dazai l'a fait sans vous rappeler que j'ai aimé ma vie là-bas contrairement à lui. Cela ne veut pas pour autant dire que je vais revenir là-bas en rampant.

Si Fukuzawa remarqua l'utilisation du passé pour parler de sa vie dans l'organisation, Kunikida lui s'était arrêté à la première partie.

- La Mafia est une organisation criminelle dont on se passerait bien. Je me doute que votre vie là-bas a été très dure et...

- Ne vous avisez même pas de me montrer de la pitié, Kunikida. La Mafia est nécessaire, quoique vous en pensiez.

- Encourager le crime, les trafics et les assassinats est nécessaire d'après vous ?

Le jeune homme s'emportait -l'alcool ayant considérablement réduit sa retenue-, pour se heurter à la froideur intransigeante de l'ancienne cadre, qui n'avait jamais autant frôlé en trois ans son attitude de dirigeante que ce soir. Ranpo pouvait être fier de lui, sa nature mafieuse revenait en effet au grand galop, une vraie seconde peau.

- Je n'ai pas dit ça. Je dis uniquement que la nature humaine provoque tout cela. Certains trafics peuvent être évités, certes, mais il y aura toujours des brutes, des assoiffés de sang, des ambitieux,... La Mafia est comme un empire qui les régit tous là où les agences gouvernementales échouent. Les lois impartiales condamnent la violence, l'usage de la force, mais c'est précisément les seules choses qui mettent au pas les pires représentants de l'espèce humaine.

- Je vois, grinça le blond. Vous êtes donc... une œuvre de charité, c'est ça ? Désolé de ne pas vous remercier pour vos services rendus.

- Ne soyez pas si condescendant. La solution n'est pas parfaite, mais il n'y a guère mieux. Même si vous parveniez à faire disparaître cette organisation, la Guilde a prouvé qu'elle n'était pas la seule et que d'autres étaient prêtes à prendre sa place.

- Ce n'est qu'une question de pouvoir. La violence appelle la violence. Vous dites que les criminels ne reconnaissent que la force, mais ils cherchent alors le moyen pour détrôner le plus fort et ainsi de suite. C'est un cercle vicieux qui ne s'arrête jamais.

- J'en ai parfaitement conscience. Osez toutefois me dire que par nature nous aspirons tous à la paix. L'Histoire et ses conquêtes militaires prouvent le contraire. Pourquoi aussi les êtres capables de grande bonté et de pacifisme complet sont donc mis sur un piédestal ? Précisément car ces comportements sont rares.

- Il y a beaucoup plus de personnes capables d'altruisme que ce que vous croyez.

- De toute évidence nous n'avons pas grandi dans le même milieu.

- De toute évidence oui, cela ne justifie pas l'existence de la Mafia pour autant, ni le pardon de ses actes.

Kôyô prit une autre coupe de saké sous le regard des autres personnes présentes qui suivaient attentivement le débat. Elle reprit.

- Vous qui êtes si consciencieux, observez. Observez le nombre de crimes de la Mafia depuis l'arrivée de Mori au pouvoir. Vous verrez qu'il y a de l'amélioration au milieu du chaos.

-Je l'ai déjà fait. J'ai récolté des informations sur vous aussi.

- Il aurait été surprenant que vous ne le fassiez pas. Et alors ?

- Vos crimes seraient suffisants pour vous condamner à la prison à vie.

- Dites moi quelque chose que j'ignore.

- La Mafia a étendu son territoire de 27%

- Ce qui a diminué les luttes de pouvoir dans les dits-territoires.

- Les 5 premières années après le changement de Boss, 348 personnes sont mortes dans des affaires liées à la Mafia.

- Ce qui est bien moins que les 483 personnes exécutées dans les 5 années précédant ce changement sur ordre du Boss.

- Les dommages collatéraux ont causé la mort de 42 civils et fait plus de soixante blessés l'année dernière.

- Des pertes regrettables qui sont moins que l'incendie dans le ghetto ayant causé la mort de 68 civils il y a 23 ans.

- Vous avez réponse à tout..., conclut le détective, frustré.

- Bien sûr. Croyez-vous que j'ai toujours dirigé et simplement donné des ordres à la volée aux premiers sbires que je voyais ? Comme l'a à moitié hurlé votre collègue tout à l'heure, j'ai été vendue à la Mafia quand j'avais 8 ans. Ayant déjà un contrôle total sur mon spectre, on m'a rapidement mis aux premières lignes. J'ai vu plus de bains de sang que vous n'en verrez probablement dans toute votre vie, alors n'essayez pas de me faire pleurer en me brandissant l'immoralité de la Mafia. Mori Ougai a ses méthodes, ses travers, mais je partage sa vision de l'organisation, et même si je suis inutile pour lui désormais, je n'irai pas non plus l'empêcher d'agir. Au final, Yokohama n'est rien de plus que le ying et le yang... Maintenant, si vous voulez bien m'excuser.

Kôyô se leva, remit ses getas et s'éloigna du groupe après avoir pris son ombrelle. Les autres se regardèrent, mal à l'aise et ne savaient pas quoi dire après de tels sujets. Fukuzawa désamorça la tension en proposant à tout le monde de remballer les affaires et d'aller se détendre dans l'allée aux multiples stands avant d'assister au feu d'artifices. Tous avaient en plus l'autorisation d'arriver une heure plus tard que d'habitude le lendemain.

Enthousiastes à cette idée, les personnes restantes remballèrent tout rapidement, allèrent tout mettre dans la voiture de Kunikida et repartirent vers les stands d'où provenaient de délicieuses odeurs.


Plus loin, un médecin s'emportait.

- Qu'est-ce qui t'as pris de balancer tout ça ? Je te croyais intelligent.

- Je te l'ai dit Akiko-chan, je voulais rappeler au Président qu'elle peut pas rester ici. C'est un danger !

- Le seul danger actuellement c'est mon poing dans ta figure !

- C'est pour l'Agence ! Elle pourrait révéler des informations à la Mafia.

- Si c'était son intention, tu ne crois pas qu'elle l'aurait déjà fait ?

Ranpo scruta le visage bien aimé de la jeune femme. Il n'aimait pas ce qu'il y voyait.

- Tu la respectes ?

- Oui. Je ne suis pas d'accord avec ses méthodes, ni sa manière de penser mais elle a réussi à s'imposer dans la Mafia, même Mori la respecte.

- C'est bien ça le problème. Il a toujours cherché à ramener Dazai alors qu'il déteste la Mafia, et il essaierait pas pour elle alors qu'elle était parfaitement à l'aise là-bas ? Aïeuh, Akiko !

Le médecin lui pinçait l'oreille.

- Toi aussi tu aurais du mal à quitter tes habitudes alors que ça fait 18 ans que tu vis comme ça. Fukuzawa la surveille, Dazai la surveille, c'est pas suffisant pour toi ?

Quand on parlait du loup... Dazai approchait justement, mains cachés dans son haori. Son visage, inexpressif au possible, prouvait que son ivresse de tout à l'heure était en grande partie mise en scène. Il ne daigna pas toutefois expliquer sa présence et, arrivé au niveau de Ranpo enfin libéré de l'emprise de Yosano, il le gifla.

- Dazai !

Les voix du docteur et du détective claquèrent en même temps, mais il n'y prêta pas attention.

- Agresse la encore une fois Edogawa, et c'est toi qui finis dans la rivière. Elle ne rejoindra pas la Mafia, je m'en assure.

- Et comment ? Elle te parle même pas...

- Pas besoin, tout comme il n'y a pas besoin de lui rappeler qu'elle est là car je ne suis pas intervenu à temps.

- C'est pas parce que tu te sens coupable qu'il faut te lâcher sur lui, s'immisça Yosano.

- Ce n'est pas ça Akiko-san, expliqua t-il d'une voix plus douce. Mais elle mourra si elle retourne à la Mafia.

- Mori ne compte pas la reprendre, c'est bien ce que je me disais.

- Je crois que si, il lui fait confiance, à sa manière. Et même si je l'ai mise sur des affaires où elle aurait pu s'opposer à lui, elle ne l'a jamais fait, alors il n'a pas de raison de l'éliminer. Le reste de la Mafia en revanche ne partagera pas cet avis et elle a perdu trop d'influence pour être intouchable, sans compter la disparition de son spectre.

- Tu tiens vraiment à elle hein...

Dazai leur offrit alors un sourire enfantin.

- Bien sûr, c'est ma grande sœur ! Bien, faut y aller maintenant, sinon on va manquer le feu d'artifice !

Il repartit sur ses mots, laissant son collègue se masser la joue.


Une fois séparé des autres, Fukuzawa se mit à chercher sa subordonnée qui, de part sa tenue, ne devrait pas être trop difficile à repérer. Seulement la foule était dense et il fut vite perdu malgré lui au milieu de la profusion de kimono aux couleurs variées. Les jeunes s'amusaient, des enfants couraient et il se permit même d'hésiter à prendre des petites figurines en forme de ses félins préférés. Il se retint toutefois et reprit sa recherche.

Impossible de la trouver au niveau des stands, et l'heure du feu d'artifice approchait. Il suivit donc le mouvement de la foule et s'approcha du lac à partir duquel serait tiré le spectacle de lumières. C'est alors qu'il remarqua l'ombrelle rouge, ouverte malgré la nuit tombée, et surtout sa propriétaire au bras d'un homme en costume trois pièces, les cheveux ramenés en arrière... Fukuzawa s'approcha d'eux, voulant entendre ce qu'ils échangeaient sans être intimidé le moins du monde par la présence d'Akutagawa et d'une autre sbire blonde non loin, surveillant leur boss. Il n'eut pas l'occasion d'arriver à ses fins toutefois car, au bout de quelques pas, il vit Kôyô se pencher vers Mori pour l'embrasser sur la joue puis lâcher son bras. Le Mafieux hocha respectueusement la tête et s'éloigna de la foule, suivi par ses gardes du corps.

Pendant un instant, le cœur du Président se serra. Si elle restait là, c'est donc qu'elle avait refusé ? Il n'allait pas cacher qu'il avait eu quelques doutes ces derniers jours, et encore plus depuis le numéro de Ranpo.

Une explosion attira tous les regards de la foule sur le lac, le feu d'artifice commençait.

- Tu as refusé ? Chercha t-il à confirmer en arrivant à son niveau.

Elle ne parut pas du tout surprise de le trouver à ses côtés et sourit.

- J'ai refusé... et j'ai peur que les conséquences pleuvent désormais... et que je vais le regretter.

- C'était le bon choix.

- S'il te plait Yukichi, tu sais bien que je n'ai pas ton dégoût pour la Mafia, tu l'as bien entendu.

- Pourquoi rester alors ?

Quelques fusées explosèrent au dessus d'eux, illuminant le parc et leur visage de rouge, bleu et doré.

La jeune femme glissa son bras sous celui du Président et posa sa tête contre son épaule -espérant intérieurement que Ranpo les voit et s'étrangle à cette vision-.

- Je te dirai la même réponse que j'ai donné à Mori : mon retour n'aiderait en rien et provoquerait simplement d'autres luttes de pouvoir que je ne suis pas sûre de remporter, ce qui ralentirait les recherches du coupable de l'attaque il y a trois ans. En restant à l'Agence, je vous donne plus de poids car la Mafia a tendance à vous sous-estimer, encore aujourd'hui. Avec nos réputations, à Dazai et moi, ça permet de faire barrière à certaines provocations.

- Mais au final tout n'est qu'une histoire d'ordres provenant de Mori

- C'est vrai, et peut-être qu'il ordonnera ma mort à peine rentré au QG. En attendant, l'équilibre est assuré.

- L'équilibre ?

- Je t'en prie... je connais assez bien Mori et toi maintenant pour avoir remarqué que malgré la guerre ouverte, au final vous assurez un équilibre dans la sécurité de Yokohama. La Mafia gère la nuit et tous les trafics où la police ou vous n'ont aucun poids, et vous, vous vous occupez de tout le reste avec l'approbation du gouvernement. Un gouvernement qui aurait eu quelques doutes à l'égard de l'Agence si j'étais repartie. En trois ans, tu as bien dû leur garantir à un moment ou un autre que je finirais par vous rejoindre définitivement.

Fukuzawa ne répondit pas, et comme dit l'adage « qui ne dit mot, consent ». Ils restèrent ainsi jusqu'à la fin du feu d'artifice. Le Président offrit ensuite à sa subordonnée de la ramener chez elle plutôt que la laisser prendre un taxi. Kôyô accepta et, sur le trajet, ne put s'empêcher de remettre en question sa propre décision.