La Rencontre
Washington D.C.
(Deux jours plus tard)
L'agent Fox Mulder reposa le combiné du téléphone en affichant un air soucieux et préoccupé. Il se leva subitement et s'empressa de fouiller dans ses classeurs surchargés de dossiers non classés. Spécialiste et passionné des phénomènes dits paranormaux, la plupart de ses dossiers se classait dans la catégorie de l'étrange et de l'inexplicable. Les sujets étaient aussi variés que la vie après la mort, le paranormal, les ovnis et tous les faits mystérieux que la vie réserve aux personnes sachant encore voir.
- Que cherches-tu, Mulder? demanda sa collègue en levant les yeux de son ordinateur.
-Je cherche le dossier 1946-1947 traitant d'une série de meurtres d'enfants dans un village du Maine et d'un bas quartier, en banlieue de Los Angeles. Ah! Enfin! Le voilà!
- Fais voir, fit sa collègue en s'approchant de lui et en jetant un œil par-dessus son épaule.
Elle dégageait un agréable parfum léger et discret qui adoucissait, selon Mulder, l'austérité de leur bureau que les autres agents du FBI. surnommaient l'Oubliette avec un grand "O".
Il s'écarta pour lui permettre d'étudier le dossier plus à fond, soucieux de son opinion première.
Même s'ils n'étaient pas toujours d'accord sur certaines questions de fond, chacun respectait l'autre et chacun respectait les théories de l'autre. Avec toute la rigueur scientifique qui la caractérisait, l'agent Dana Scully parcourut attentivement l'épais dossier concernant les meurtres d'enfants. Elle sentit le désir d'en savoir plus long sur ces meurtres et sur le profil du tueur. Elle comprit instantanément que c'était le signal lui annonçant qu'une fois de plus elle était accrochée à une enquête et que cela risquait de leur réserver bien des surprises.
- Qu'en penses-tu, Scully? demanda Mulder qui s'était déjà fait sa propre opinion.
Il avait plus d'ancienneté que sa jeune collègue. Il avait monté ce bureau grâce à des relations hauts placées. Cela l'amenait à être au courant de la plupart des dossiers non classés mais il n'était pas du type à « snobber » ses collaborateurs. Au contraire! Il était trop heureux de pouvoir partager ses connaissances avec sa collègue et de faire équipe avec elle. La première fois qu'elle s'était présentée à son bureau, deux années plus tôt, il avait eu le sentiment qu'ils sauraient former une super équipe même si leurs formations académiques et leurs façons de voir certaines choses étaient différentes.
Scully avait une formation médico-légale et un doctorat en science physique espace-temps alors que Mulder était formé et avait un talent naturel en psychologie, science des comportements.
- Je pense, qu'il y a matière à enquête, répondit-elle après mûres réflexions. J'ai l'intuition par contre que certaines choses ne collent pas, Mulder. Je ne suis pas prête à dire qu'il s'agit d'un tueur en série. Mais lafaçon dont ces enfants disparaissent et sont assassinés demeure étrange.
Il lui jeta un regard qu'elle connaissait trop bien et elle sedéfendit aussitôt.
« Je n'ai émis aucune hypothèse qu'il puisse s'agir d'une histoire d'extraterrestres ou de l'au-delà, Mulder. Mais je pense tout de même que cette histoire d'assassinats d'enfants est étrange et sent mauvais ».
- Eh bien! On fait des progrès, Scully,lança Mulder avechumour.Nous sommes d'accord sur plus d'un point. Cette histoire est étrange et elle sent mauvais. Quelle est ta théorie sur le profil du tueur?
- C'est un homme de race blanche âgé entre 35 et 45 ans. C'est probablement un pédophile porté vers la catégorie des pré-adolescents. Mais je ne crois pas qu'il se limite seulement à cette catégorie d'âge. Il est précis et méthodique mais en même temps il apprécie la variété.
Il peut donc se risquer vers des enfants plus jeunes ou plus âgés à l'occasion. C'est pour lui une façon de démontrer à la société son pouvoir ainsi que sa frustration. Il doit vivre seul, dans une maison, pour maintenir ces jeunes victimes en vie et leur infliger ce qu'il veut jusqu'à ce que mort s'en suive. Il ne s'arrêtera jamais.
- Pourquoi dis-tu cela? demanda Mulder intrigué.
- Les rapports d'autopsie démontrent que les enfants qu'on a retrouvés ne sont pas morts sur le coup. La plupart sont morts de peur. Tant qu'à notre meurtrier, je crois qu'il préfère vivre seul parce qu'il prend goût à ce qu'il fait et qu'il le fait de mieux en mieux. Il ne faut surtout pas oublier qu'en faisant disparaître ces enfants, il mobilise tout un système, que ce soit policier, judiciaire ou local. Il ne subit plus l'autorité puisque les rôles sont inversés. Les médias, les policiers et le monde en général parlent de lui. Il devient le centre d'attraction et du coup, il détient le pouvoir tant recherché. Enlever et assassiner ces enfants est son ultime acte de pouvoir.
- Ouais… C'est ça!murmura Mulder songeur. Le pouvoir... Le pouvoir d'une force qui se tapit quelque part et se nourrit de ces enfants ou peut-être bien de la peur de ces enfants.
L'agent Mulder sentit un frisson de terreur lui parcourir l'échine.
- Je ne comprends pas, Mulder. Que veux-tu dire?lança Scully légèrement exaspérée.
- Le coup de fil que je viens de recevoir,répondit Muldertoujours songeur,vient de Los Angeles, Scully. J'ai une cousine là-bas. Elle travaille dans un poste de police. Elle est spécialisée en psychologie criminelle. C'est une jeune fille très brillante et un peu spéciale pour quelqu'un ne la connaissant pas.
Intriguée par l'attitude mystérieuse de son collègue, Scully se dirigea vers Mulder, repoussa une mèche de ses cheveux auburn en arrière et le regarda bien en face.
- Dis-moi franchement, Mulder! Qu'est-ce qui te trotte derrière la tête et où veux-tu en venir?
- Je ne sais pas, Scully. Mais je sais une chose. Ce coup de téléphone de Sindy réveille en moi certains souvenirs nébuleux qui ont rapport avec le dossier que tu tiens entre les mains.
- Et...? fit Scully d'un ton interrogateur. Ça nous mène à quoi?
Mulder hésita un instant et se tourna brusquement vers Scully, le visage à quelques centimètres seulement de celui de la jeune femme.
Elle sursauta, eut un léger geste de recul, mais remarqua tout de même le regard hanté de son collègue et ami.
- Je veux aller à Los Angeles pour en savoir plus long sur ces meurtres d'enfants et je souhaite que tu m'accompagnes, Scully.
- Mais pourquoi tant de cérémonies pour cette affaire? Cela fait partie de notre boulot d'enquêter sur ces meurtres. À moins que tu me caches quelque chose, Mulder.
- Je ne te cache rien, Scully. Mais c'est simple… Pour cette affaire je n'ai confiance qu'en toi et Sindy. Autrement dit, je n'ai pas envie que le gouvernement se mêle de cette enquête. Surtout pas après ce qu'ils t'ont fait subir,fit-il en la regardant intensément.
Mal à l'aise, Scully détourna son regard de Mulder, feuilleta le dossier 1946-1947 et se concentra sur le rapport d'autopsie d'un enfant de trois ans qui avait été retrouvé mystérieusement noyé dans un petit ruisseau bien trop loin de la maison pour un si petit être.
Mulder venait de toucher un point sensible et ils le savaient tous les deux.
- Quand partons-nous? demanda Scully tranquillement. Je meurs d'envie de connaître ta cousine et de coincer ce tueur.
- Tout est prêt pour notre départ de cet après-midi. Je me suis occupé de la paperasse cette fois. Ah! Au fait! Pour les besoins de notre enquête, Scully, apporte ton violon.
Le visage de Scully fut traversé par une série d'expressions: étonnement, surprise, interrogation comique.
- Mulder! Tu te paies ma tête ou quoi? Comment un instrument de musique peut-il être utile à notre enquête?
- Je ne sais pas exactement. Mais je suis certain qu'il servira. En tous les cas, moi je ne prends pas de chance. J'apporte mon harmonica. On se retrouve ici après le dîner.
Le voyage en avion s'avéra légèrement mouvementé. Le tempsétait maussade et ils frappèrent des orages assez forts. Lespassagers furent secoués comme des pruniers et nombre d'entre euxfurent malades. Cela n'empêcha pas Mulder de dormir comme unloir. Scully regarda son collègue endormi et l'envia.Elle dormait rarement quand elle était tracassée par une enquête. Elle se plongea à corps perdu sur les photographies des enfantsdisparus et les étudia minutieusement, à la recherche du plus petitindice. Il s'agissait d'enfants des deux sexes âgés entre 2 et16 ans. Aucun n'avait été retrouvé vivant. Peut-être que le corpsde la petite fille découvert dans le parc leur fournirait desindices sur le tueur?
Les interrogations de Scully furentbrutalement interrompues lorsque l'avion tomba dans une poche d'air,projetant tous ses documents sur Mulder qui dormait sur le siège à ses côtés.Mal réveillé, il la regarda:
- Je crois bien que les problèmes commencent, Scully.
- À qui le dis-tu, déclara-t-elle en récupérant ses documents.
Comme pour leur donner raison, l'hôtesse vint les avertir de bien boucler leur ceinture.
- J'adore quand on joue au yoyo avec mon estomac, lança Mulder à sa collègue. Rappelle-moi d'utiliser une voiture du bureau la prochaine fois.
Ils finirent toutefois par atterrir en un seul morceau au grand soulagement de tous les passagers de ce vol.
« Ça va, Scully? » (Mulder était pâle comme un drap.)
- Je me porte comme un charme. L'action commençait à me manquer, souffla Scully.
- Et bien, accroche-toi, Scully! Quelque chose me dit que tout cela ne fait que débuter.
Ils étaient à peine arrivés que Fox se sentait déjà envahi par de mauvais pressentiments. Et en observant attentivement le visage fermé de sa collègue, il eut l'intuition qu'elle éprouvait la même chose que lui. Mais la connaissant comme il la connaissait, Mulder se doutait bien qu'elle préférerait la torture plutôt que d'avouer qu'elle puisse croire à quelque chose de surnaturelle sans preuves tangibles.
- Bonjour Fox! Bonjour Dana! lança tout à coup une voix féminine et enjouée.
Surpris, Mulder et Scully se retournèrent dans un synchronisme parfait.
- Sindy! s'exclama Mulder d'un ton ravi.
Ils se jetèrent dans les bras l'un de l'autre et s'étreignirent joyeusement.
- Tu es superbe! s'exclama Mulder en la serrant dans ses bras. Tu ressembles à Lea Salonga, la petite chanteuse, lui dit-il pour la taquiner.
Sindy éclata de rire.
-Merci. Et toi, mon cher Fox, tu me sembles en pleine forme bien que tu me paraisses un peu pâle.
- Disons que l'atterrissage a été assez mouvementé. Ah! Au fait, je te présente l'agent spécial, Dana Scully. Dana… je te présente Sindy Cahill.
- Bonjour, fit Sindy aimablement. (Elle lui serra la main avec un charmant sourire). Alors… c'est vous l'énigmatique agent Scully?Je suis contente que vous ayez accepté de vous joindre à nous. Vos qualités d'agent et de musicienne nous serons très utiles pour cette enquête, vous savez.
Dana jeta un coup d'œil intrigué à Mulder. Il ne lui faisait aucun doute que Sindy Cahill devait être un drôle de numéro. Mais en même temps, il se dégageait d'elle une spontanéité charmante. Scully ne put s'empêcher de répondre au sourire de la jeune fille.
- Je suis enchantée de faire votre connaissance, Sindy.
Les deux jeunes femmes se dévisagèrent discrètement et devinrent amies pour la vie.
- Vous me paraissez exténués tous les deux. Venez! Je vous amène dans un petit café. Nous pourrons parler de notre affaire loin des oreilles indiscrètes.
- Attelles toi, Sindy, lorsque tu raconteras ton histoire. Ma collaboratrice est du genre sceptique si tu vois ce que je veux dire.
Scully garda une expression neutre même si elle se sentait de plus en plus curieuse.
-Ce n'est pas un mal d'être sceptique, Fox, dit Sindysimplement. Ce qui est risqué, c'est d'être borné et fermé à tout. Plus de questions. Pas de réponses.
Ils quittèrent l'aéroport.
« Je vous ai réservé une jeep », les informa Sindy.
Je sais que ça fait longtemps que tu en rêves, Foxi. Lavoilà! s'exclama-t-elle fièrement. Vous n'avez qu'à me suivre ».
Elle les guida jusqu'à un petit café, non loin du parc où une fillette avait été retrouvée noyée dans une rivière en crue. Ils s'installèrent loin des oreilles indiscrètes et Dana commença à poser des questions.
- J'aimerais que vous nous donniez plus de détails sur la mort de cette petite fille dans le parc, Sindy.
- Cette enfant s'appelait Angela Anderson et était âgée de neuf ans. Elle provenait d'une famille dysfonctionnelle. Beau-père alcoolique, mère névrosée. Son petit frère Bruno est mort mystérieusement l'année dernière. Crise cardiaque provoquée par une peur extrême.
(Sindy hésita avant de continuer.) Nous avons également découvert que le garçonnet portait deux petites perforations à la jugulaire. Il était vidé de tout son sang.
Mulder dévisagea Sindy et pâlit.
Au même instant, une scène incompréhensible troubla l'esprit de Scully. Elle perçut rapidement l'image d'une seringue argentée s'enfonçant dans son bras et d'une étrange lumière blanche qui l'éblouissait. Elle respira profondément par le nez et dit d'une voix ferme:
- Je veux examiner le corps de cette fillette!
Sindy jeta un regard qui en disait long à Mulder. Il était encore pâle. Elle étudia discrètement le visage de Scully. La jeune femme semblait maîtriser presque parfaitement le jeu de ses sentiments.
Sindy ne se sentait pourtant pas tranquille. Sa sensibilité exceptionnelle lui faisait percevoir que Dana Scully avait vécu récemment une épreuve terrifiante et inexpliquée. Les souvenirs de cette expérience devaient être refoulés dans l'esprit de la jeune femme car Sindy ne voyait que des images fragmentaires de douleur et de peur. Sindy, Fox et le « groupe des Tigres » n'étaient plus les seuls à devoir déterrer leurs fantômes. Dana faisait parti des leurs.
"Elle ne le sait pas encore. Je ne suis même pas certaine que Fox le sait. Mais elle est des nôtres. Désormais, elle a besoin de nous comme nous avons besoin d'elle." songea la jeune femme.
-D'accord, Dana. Je vous amène voir le corps de la petite,répondit Sindy en revenant aux affaires pratiques.
Sindy n'avait pas réussi à trouver une salle d'autopsie libre pour Scully. Mais elle avait convaincu le Veteran
Memorial Hospital de mettre à sa disposition cette pièce hermétique qui servait en temps normal à entreposer des échantillons de nouvelles mutations de virus ou de pestes tropicales peu connues. Scully n'avait pas rouspété. On lui avait apporté tout le matériel dont elle avait besoin. Évidemment, et comme elle s'y attendait, tout le monde s'était tiré en quatrième vitesse dès qu'on avait amené le corps de la fillette.
Scully procéda à un examen minutieux de l'enfant. Dana avait disséqué et analysé tellement de cadavres qu'elle avait arrêté de compter, voilà longtemps. Mais elle savait déjà qu'elle ne pourrait jamais oublier celui-ci. Elle avait mis une blouse et des gants classiques. Quant à ses lunettes, elle les mettait toujours, comme le règlement le demandait, pour éviter que des fluides ne lui sautent dans l'œil lorsqu'elle ouvrirait des organes mous comme les poumons ou le foie.
Dana voulait en finir le plus rapidement possible.
Elle vérifia les instruments posés sur le plateau argenté qu'on avait installé pour elle sur une petite table et inspira à fond. Plus tôt elle commencerait, plus tôt elle pourrait quitter cette pièce. Cela lui donnait toujours un coup au cœur quand il s'agissait de déterminer la mort d'un enfant et renforçait sa détermination de trouver et punir l'assassin. Elle mit en marche le magnétophone.
- Sujet: Angela Anderson, commença-t-elle d'une voix peu enthousiaste. Sexe féminin, âge neuf ans.
Les froides lumières des lampes éclairaient le petit corps de la pauvre Angela. Dana ne risquait pas de manquer le moindre détail. La jeune femme toucha d'un geste expert et plein de respect le corps de la petite fille. Elle déglutit avec difficulté et préleva tous les organes de la petite, les pesa, les examina. Au bout de deux heures de travail, Scully avait tiré ses conclusions. Il y avait quelque chose d'inexplicable, d'incompréhensible, d'effrayant dans cette affaire.
Elle sortit son téléphone cellulaire et appela Mulder.
« Mulder… Je veux que toi et Sindy vous me rejoignez au Memorial Hospital de toute urgence », fit Scullyd'un ton légèrementanxieux. « J'ai d'importantes informations à vous communiquer ».
- D'accord, Scully. Nous arrivons tout de suite.
Pieds au plancher, Mulder se dirigea vers l'hôpital et appela Sindy qui terminait sa patrouille.
Sans l'ombre d'une hésitation, la jeune femme cria:
-Je vous rejoins immédiatement!
Sindy et Fox arrivèrent en même temps au bout d'un quart d'heure.
-Que se passe-t-il, Dana?fit Mulder d'une voix essoufflée.
-Ce n'est pas une noyade accidentelle, Mulder. Cette petite fille a été tirée brutalement dans la rivière en eau peu profonde. Regarde! Sa cheville droite est écrasée. Et la terre sous ses ongles… Cette enfant s'est débattue et agrippée à ce qu'elle pouvait. Tout indique qu'elle a tenté de se sauver en rampant et qu'elle devait être dans un état d'hypothermie avancé. Mais son cœur a fini par flancher.
Scully lança un regard impénétrable à Mulder et Sindy. Elle avait enlevé ses lunettes de travail et sous la lumière halogène, ses yeux paraissaient aussi bleus que le ciel et aussi énigmatique qu'un félin.
« Je suppose que vous étiez déjà au courant tous les deux que cette enfant est morte de peur ».
Elle jeta un regard noir à son collègue.
« Est-ce que vous me cachez d'autres petites surprises de ce genre? »
-Non, Scully, répondit doucement Mulder.
Une main derrière les épaules de la jeune femme, Mulder conduisit Scully vers la porte et d'un geste de la tête, il indiqua à Sindy de les rejoindre.
« Asseyons-nous dans la voiture. Nous serons plus à l'aise pour parler ».
- Je suppose que tu vas me dire que ce n'est pas la première fois qu'une série de meurtres d'enfants a lieu dans ces endroits précis et que toi et Sindy, vous avez des raisons personnelles de vouloir résoudre cette affaire, dit Scully avec un éclair de lucidité.
- Tu vises en plein dans le mille, Scully répondit Mulder. Je me souviens de très peu de choses. Mais le coup de téléphone de Sindy a éveillé en moi des fragments de souvenirs dont je me serais passés.
Il inspira profondément avant de poursuivre.
« Quelques années avant la disparition mystérieuse de ma sœur, le frère aîné de Sindy a disparu lui aussi.
Nous vivions dans le Maine à cette époque. Le petit jouait près d'un étang non loin de la maison lorsqu'un voisin l'a entendu crié. Il est accouru aussi vite qu'il le pouvait mais il n'y avait plus aucune trace de Barry. Le courant n'était pas exceptionnellement fort mais Barry s'était tout de même volatilisé. Son corps ne fut jamais retrouvé hélas », murmura Mulder d'une voix étranglée parl'émotion.
Scully tiqua mais demeura profondément attentive.
Sindy continua de garder une expression neutre.
« Près de deux ans après la disparition de ma sœur, continua Mulder, Sindy et moi, nous nous sommes liés d'amitié avec cinq autres enfants. Nous étions sept et nous découvrîmes avec le temps que chacun de nous avions une histoire d'horreur cachée au fond de notre cœur. De plus, nous avions tous failli y rester. Pour Sindy, le tueur était un croque-mitaine dévorant les petits enfants. Pour moi, le tueur ressemblait à un monstre interplanétaire. Pour Peter, il s'agissait d'un serpent géant. Keven nous appris qu'il avait failli se faire décapiter par un féroce zombie. Martin avait entendu des grognements d'outre-tombe provenant de son placard. Notre copain, Steve, était certain que sa chambre était possédée par un démon maléfique. Il sentait sa présence nauséabonde et il fit d'horribles cauchemars pendant tout l'été. Et Dan fut terrifié par une brume étrange et lumineuse qui le laissa muet cinq jours consécutifs. Il ne nous en reparla jamais. Sa mémoire était comme bloquée, nous disait-il ».
- Mais c'est absolument délirant, Mulder! Tout ce que tu me décris là, ce sont des terreurs de mômes à l'imagination fertile.
- Vous avez raison, Dana, intervint doucement Sindy. Mais ce n'est pas cela qui est important. Ce qui est important c'est que ces meurtres d'enfants semblent cycliques aux quinze ans environ. Et ce qui est le plus délirant comme vous dites, c'est que malgré toute la paperasse qui existe, ces meurtres n'ont jamais été dénoncés et encore moins résolus, puisque Fox et vous, vous les avez découvert dans le département des dossiers non classés.
- Ces meurtres sont une réalité, Scully, dit Mulder d'un ton ferme. (Il la regarda droit dans les yeux.) Tu as lu les rapports et examiné le corps de la petite fille qu'on a retrouvé dans le parc, non!
- Oui. Les faits sont là, Mulder. Mais de là à impliquer le surnaturel, il y a une énorme marge.
Elle regarda en direction du parc.
« Allons examiner le lieu du crime ».
Sous la pluie battante, ils se rendirent près de la rivière où l'enfant avait été retrouvée. Comme la nuit commençait à tomber, ils sortirent leur lampe de poche. Sindy se pencha la première.
-Regardez! L'enfant aurait été traînée ici, en amont de la rivière,déclara-t-elle.
Mulder se pencha, s'empressa d'enfiler ses gants de latex et récupéra une petite espadrille rouge. Il la rangea soigneusement dans un sac.
-On fera examiner la chaussure de la fillette dans un laboratoire.
-D'accord. Je vous en ferai libérer un dès que possible, fit Sindy.
Pendant ce temps, Scully parcourait le cours de la rivière à l'affût du moindre indice. À en juger par les marques, l'enfant s'était probablement agrippée à ce vieux banc renversé mais l'agresseur avait été plus fort. Soudain, quelque chose sur le sol attira l'attention de la jeune femme. Elle y dirigea son faisceau lumineux et remarqua des lettres maladroites inscrites sur le sol.
« Les monstres existent ».
-Mulder! Sindy! Venez! Vite!
Ils accoururent rapidement.
Éclairés par la lampe de poche de Dana, Sindy et Fox regardèrent en même temps les inscriptions sur le sol. Le regard des deux jeunes gens était terrifié.
-Ça recommence! chuchota Sindy d'un ton angoissé.
- Nom de dieu de nom de dieu! souffla Mulder d'une voix étranglée. Prends une photo, Scully.
La gorge serrée, Scully sortit une caméra numérique de son étui et s'exécuta sans prononcer un mot. Elle se sentait étrangement tiraillée mais n'osait se l'avouer. Il devait y avoir une explication rationnelle mais pour l'instant, c'était l'enfant qui dominait en elle. L'enfant qui croyait en l'existence des monstres, des goules, des croque-mitaines, etc.
Scully ferma les yeux, prit une profonde inspiration et se secoua mentalement.
- Nous trouverons ce tueur et résoudrons cette affaire coûte que coûte, déclara-t-elle d'un ton sans équivoque.
Elle fit brusquement demi-tour et se dirigea vers la jeep.
Sindy et Fox se regardèrent.
- Elle a raison, Foxi. Nous devons faire quelque chose.
- Mais nous sommes des adultes maintenant, Sindy. Et nous ne nous rappelons pratiquement rien.
- Je sais. Mais nous devons nous fier à notre instinct. C'est tout ce qu'il nous reste.
Mulder acquiesça.
A suivre…
