Yo ! Je sais même pas si les gens se souviennent encore de ce machin qui est plus ou moins ma contribution à la liste des 100 thèmes, mais voilà, ça, c'était un truc que j'avais en tête dès le début mais que j'avais pas trouvé l'occasion d'écrire, parce que je savais pas tant comment raconter tout ce qui se passait là, sans trop en dévoiler sur Kairi, parce que sinon ce serait pas drôle. Mais voilà, le thème « Café » donné pour la Nuit du FoF m'a ramené vers ça, donc, ouais, c'est encore un texte-de-Nuit-fait-en-décalé, sur le thème Café.
Thème 3 : Making History (Faire l'Histoire)
Rating : K+
Personnages : Kairi, Yuffie, Reno
Bonne lecture !
Hôtel des causes perdues
Quatre cafés par jour (et ils ne nous rattraperont pas)
Morning coffee
Yuffie jouait distraitement avec les clés de sa voiture, pas vraiment certaine de ce qu'elle allait faire de sa journée. À côté d'elle, Kairi lisait une bande-dessinée qui était paraît-il connue, mais dont la brune n'avait jamais entendu parler avait que sa meilleure amie ne commence à la lire. Elle finit par se relever et chercher dans le placard de Kairi les gobelets refermables qu'elles avaient acheté ensemble, quand elles avaient douze ou treize ans. C'était sans doute une idée bizarre, pour des gamines comme elles, et autour les autres filles partageaient des colliers d'amitié, cœurs séparés en deux pendentifs qui s'emboîtaient, ou des bonbons, des bouts de maquillage, parfois des vêtement. Mais Yuffie en avait déjà assez, des bijoux et du joli et du sucré. Autant Kairi, elle n'aurait pas dit non à l'idée de se partager une paire de boucles d'oreilles, autant Yuffie elle aurait préféré crever que de jouer à ces jeux-là.
Yuffie avait six mois de moins que Kairi, mais elle avait des avis tranchés sur tout. Il avait deux catégories de choses dans le monde : ce qu'elle aimait, et ce qu'elle n'aimait pas. Elle n'avait pas de case « indifférente », ni de case « inconnu », et elle disait qu'il était si peu certain que ce qu'elle ne connaissait pas existe réellement qu'il serait stupide de ranger ça où que ce soit. Dans ce qu'elle aimait, il y avait la science-fiction, les materias – Kairi ne comprenait toujours pas exactement ce dont il s'agissait, mais bon – Kairi, les ninjas et les photos floues des années 90. Dans ce qu'elle n'aimait pas, il y avait les répercussions de la Seconde Guerre Mondiale sur le Japon, les pop-corns sucrés, le vernis à ongles beige, et pas mal de gens. Parfois, Kairi enviait sa vision des choses. Ça devait être plus simple, non ? Mais à la place, la rouquine se laissait guider, parce qu'elle était toujours plus ou moins d'accord avec Yuffie. Elle protestait bien contre les bêtises les plus graves, mais il était miraculeux que ça aie un impact sur la solution finale.
C'était donc Yuffie qui avait eu l'idée de ces gobelets. À l'époque, elles traînaient pas mal en ville, vers le parc ou l'église, et finissaient souvent par dépenser leur argent de poches en boissons chaudes, d'où l'idée des gobelets. Dès lors, il y eut plus encore de sorties, et cette espèce de rituel entre elles. L'une arrivait chez l'autre, comme toujours, mais plutôt que de proposer une sortie, elle préparait à boire, remplissait les gobelets et les posait sur la table. L'autre en choisissait un, et elles sortaient, glissant un vague mot à leurs parents. Aussi, quand les deux gobelets se plantèrent devant Kairi, remplis à ras-bord de café, elle écarquilla les yeux. Ça faisait longtemps qu'ils n'avaient pas servi, ces gobelets. Avec un sourire à la fois excité et nostalgique, Kairi referma sa BD, fit son baise-en-ville et franchit la porte sans dire un mot. De toute façon, ses parents n'avaient plus tant leur mot à dire sur ses allées et sorties, du moins de son point de vue.
« On va où ? »
Yuffie haussa les épaules, ouvrit la portière de sa voiture et invita la rouquine à monter.
« On verra. »
Et Kairi, au final, ça la bottait bien.
Midday coffee
Le soleil tapait fort, sur l'aire d'autoroute, et Kairi ne se souvenait plus exactement de quand est-ce que c'était devenu sa norme, le bruit des voitures lancées à pleine vitesse et les bâtiments en pré-fabriqué Total. Ça lui convenait bien, et elle se rendait compte qu'elle ne regrettait pas. Quand elle était montée dans la voiture de Yuffie, un an et demi plus tôt, elle avait pensé qu'elles rouleraient un peu, peut-être jusqu'à un parc naturel ou n'importe quel autre endroit où Yuffie aurait l'idée saugrenue d'aller foutre les pies, qu'elles y passeraient quelques heures, et qu'elles rentreraient. Pourtant, quand la radio de la voiture avait indiqué treize heures, la brune n'avait pas stoppé l'engin une seule fois, et ne semblait pas seulement proche de prendre une sortie d'autoroute. Kairi avait fini son café, et ça signait en règle générale la fin de leurs virées, parce que les gobelets étaient vraiment grands et qu'elles ne tarderaient pas à avoir envie de vider leur vessie. Alors elle avait posé la question à Yuffie, de quand est-ce qu'elles s'arrêteraient. La brune n'avait pas répondu, pas vraiment. Elle avait dit :
« Tu veux t'arrêter ? »
Et Kairi avait réfléchi longuement à la question. Inhabituellement silencieuse, Yuffie avait attendu sa réponse. Au bout de plusieurs minutes, la rousse avait admis :
« Non. »
Elle avait songé, encore, que ça serait peut-être une sortie de deux jours, que ses parents allaient criser mais que ça allait être drôle. Tout juste majeure, elle voulait bien, si elle le pouvait, goûter à cette liberté nouvelle.
Depuis, les deux jeunes filles s'étaient arrêtées plusieurs fois, pour faire pipi, le plein d'essence, racheter du café ou gagner un peu d'argent plus ou moins légalement. Mais elles n'avaient jamais fait demi-tour. Finissant son sandwich en triangle, Kairi en jeta l'emballage dans une poubelle envahie de guêpes et puis se rassit à la table de pique-nique, ouvrant internet sur son téléphone. Elle en avait changé, depuis le temps. Elle avait balancé l'ancien à la poubelle quand les messages de ses parents avaient failli réussir à la faire culpabiliser. Sage décision ou pas, le geste avait fait rire Yuffie, qui l'avait imitée. Comme elle commençait à s'inquiéter de ne pas voir son amie revenir, enfin, la silhouette de la brune apparut à la sortie de l'épicerie, les deux gobelets fraîchement remplis de café à la main. Et un grand rouquin sur les talons.
« C'est Reno, dit-elle en arrivant à la hauteur de Kairi, il est comme nous. »
Kairi ne savait pas exactement ce que ça pouvait vouloir dire, « comme elles », parce qu'elle n'était pas bien certaine de ce qu'elles étaient. Des voyageuses ? Peut-être, mais le terme ne lui convenait pas, ce n'était pas quelque chose d'aussi grand, leur vie. Des fugueuses ? Plus proche, mais pas encore ça. Éludant son questionnement interne, Kairi offrit un grand sourire au rouquin qui tenait dans sa main un gobelet en carton rempli de café.
Afternoon coffee
« Mon père voulait me marier. »
Kairi referma la carte autoroutière dans sa main, et accepta avec gratitude le café que Yuffie lui offrait tout en lui jetant un regard plein de questions. Yuffie s'assit sur le capot de sa voiture, face à la rousse, et soupira. Après un moment d'hésitation, elle sortit un paquet de cigarettes de son sac à bandoulière et le balança à Kairi.
« Merci. »
La rousse l'ouvrit sans quitter des yeux son amie, qui n'avait toujours pas rajouté quoi que ce soit à son information lancée à l'arrachée. La japonaise semblait hésiter, ce qui n'était pas caractéristique du personnage. Après un soupir, Yuffie se passa une main dans les cheveux et dit finalement :
« J'étais trouillée. Il était limite prêt à me forcer, enfin, tu le connais, quoi, et … À l'époque je savais pas que je pouvais tomber amoureuse d'un homme. »
La flamme du briquet de Kairi vacilla, manquant sa cible comme la rousse se sentait les bras lui tomber, se demandant si elle comprenait ce qu'elle était supposée comprendre. Yuffie et elle n'avaient jamais parlé d'amour. Elle avait toujours cru que c'était parce que son amie ne se sentait pas concernée par la question, et en ce qui concernait Kairi, elle n'avait jamais eu rien de plus que de légers béguins qui fuyaient vite, son monde se centrant plutôt sur l'amitié. Sur Yuffie. Est-ce que la brune venait de lui balancer qu'elle lui avait délibérément caché son homosexualité si longtemps ? Enfin, sa supposée homosexualité, puisque sa relation avec Reno bousculait les certitudes de Yuffie. Est-ce que la brune avait eu peur de lui en parler ? Est-ce qu'elle croyait que Kairi l'aurait rejetée ? La rousse savait qu'il y avait mille raisons pour lesquelles quelqu'un pouvait éviter le sujet de sa sexualité auprès de ses proches, mais elle ne pouvait cependant pas s'empêcher de se sentir blessée profondément par le peu de confiance que Yuffie lui avait accordé. Évitant le regard de la brune pour ne pas montrer sa rancoeur, elle alluma finalement sa cigarette, attendant que Yuffie poursuive. Et Yuffie poursuivit.
« Kairi, soupira la brune en voyant son manège, je voulais pas te le cacher. Enfin, un peu. Mais t'imagines même pas à quel point … à quel point j'étais amoureuse de toi. Je pensais pas que je pourrais arrêter de t'aimer un jour, alors je me suis dit que le mieux ce serait encore de fuir avec toi, tu vois. »
La nouvelle faisait du grabuge en ricochant contre les parois de la cage thoracique de Kairi. Le ton de Yuffie était badin, mais ça ne trompait pas son amie une seconde. Elle l'avait aimée, alors. En un sens, ça expliquait beaucoup de choses. Sirotant son café, Kairi n'osa pas répondre autre chose que des banalités. Quand Reno revint de sa douche, les cheveux humides et le sourire grand, qu'il déposa un baiser sur les lèvres de Yuffie et taxa une cigarette à Kairi, cette dernière sentit ses entrailles commencer une symphonie dissonante à la lumière de ces nouvelles informations.
Tu m'as aimée, hein ?, ne dit-elle pas. Eh bien je crois que je t'aime encore.
Midnight coffee
Assise à une des tables de son hôtel, seule dans la nuit malgré la population qui habitait les lieux à tout moment de l'année, Kairi caressait du bout de l'ongle la photographie de sa jeunesse. Dans ces moments-là, elle se sentait vieille, marquée par les années si profondément qu'elle avait l'impression de ne plus avoir grand-chose à vivre, que sa vie était passée, derrière elle. Dans une pâle copie de ces instants qui gardaient dans sa mémoire des couleurs vives, il lui arrivait parfois de boire un café, pour changer de son thé habituel, et d'allumer une cigarette en regardant cette photographie. Elle n'arrivait pas à savoir si le rituel lui faisait du bien ou non. Tout ce qui était certain, dans ces moments, c'était l'effet laxatif du mélange café-cigarettes.
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Oh, le lien entre l'histoire et le thème de la liste « Making History » (Faire l'Histoire) peut sembler pas très clair, eh bah c'est juste parce que sans ça l'Hôtel des Causes Perdues serait jamais né, même si on le voit pas être construit ici. Du coup, j'ai peur que ce soit hors-thème de ce côté là mais … C'est ce thème qui m'a inspirée, donc bon, voilà quoi.
Ça vous a plu ? Des bisous à toutes !
