Chapitre 3

Six mois plus tard, à l'Institut Jefferson

« Il est tard, ma chérie. Tu devrais rentrer te reposer » dit Angela à sa meilleure amie, qui est en train de corriger un rapport. Tempérance relève la tête : « J'ai presque terminé. Je pars dans un quart d'heure, promis » Elle sourit à la jeune artiste « Ne fais pas attendre ton mari… ». Angela acquiesce, fait un signe de la main à Brennan et s'éloigne. Tempérance se replonge dans sa lecture. Elle ajoute rapidement quelques phrases puis referme le dossier. Elle se lève, fait la grimace et porte les mains à ses reins. Elle commence à peine son quatrième mois de grossesse et déjà il lui est difficile de rester assise plusieurs heures d'affilée à cause des douleurs dans les sciatiques. Tempérance met sa main sur son ventre qui commence à peine à s'arrondir. La sensation la fait sourire et calme sa mauvaise humeur.

Elle enfile son manteau et rentre chez elle. Après avoir avalé une soupe et une salade, elle se couche et, comme tous les soirs, ouvre le tiroir de sa table de nuit et déplie soigneusement une feuille de papier. C'est une lettre que Booth lui a adressée et qu'elle a trouvée dans la boite que lui avait remis Cullen, ce terrible soir. Elle la connait par cœur et n'a pas besoin de la lire mais elle aime regarder la large écriture de son partenaire. Elle imagine la voix de son partenaire qui chuchote à son oreille.

Ma chère Tempérance, Bones.

Si tu reçois cette lettre, c'est que j'aurais été tué. Je t'en prie, pardonne-moi de t'avoir abandonnée.

Tu es ma meilleure amie, tu m'as sauvé la vie plusieurs fois et de plus d'une manière : en me donnant la force de ne plus jouer, tu as fait de moi un homme meilleur, en m'accordant ton écoute sans jugement ni pitié, tu m'as permis d'être plus serein par rapport à mon passé. Tu m'as enfin donné le droit de croire en moi et je t'en remercie.

Saches que je t'aime plus que je ne saurais l'exprimer. Tu m'es plus indispensable que l'air que je respire, tu es tout pour moi.

S'il te plait, prends soin de Parker et de toi.

Avec tout mon amour. Seeley.

Elle replie la lettre et la remet dans le tiroir. Elle ferme les yeux, les souvenirs l'assaillent. Elle revoit les instants heureux, d'autres plus graves, mais toujours Seeley est à ses côtés sa force, sa bravoure, son sourire remplissent sa mémoire. Il la serre très fort contre lui lorsqu'elle attend le verdict lors du procès de Max il la tire par le bras et l'extrait du sable dans lequel elle était enterrée avec Hodgins il l'entraine en courant hors du bar sans payer leurs consommations…

Puis elle se souvient du soir de l'enterrement de Booth. Il y avait eu une messe puis une cérémonie militaire au cours de laquelle le drapeau avait été remis à Parker, et le petit bonhomme s'était comporté avec courage et dignité. En le regardant, Tempérance s'était comme toujours émerveillée de la ressemblance entre le père et le fils, tant au niveau physique que dans le caractère. Ce soir là, après la veillée, Parker s'était approché de Tempérance, il avait glissé sa menotte dans la main de la jeune femme et lui avait chuchoté «Papa m'a laissé une lettre dans laquelle il me demande de veiller sur toi, Docteur Bones. Mais tu sais, je l'aurais fait quand même… ». Elle se pencha pour le serrer dans ses bras. Parker avait continué « Je serai comme ton fils, je te protègerai et je m'occuperai de toi, au moins tant que tu n'auras pas d'autres enfants. ». Tempérance avait ouvert la bouche pour lui expliquer qu'elle n'envisageait pas d'avoir un enfant, quand l'idée s'était imposée à elle, comme une évidence.

Dès le lendemain, elle avait pris rendez-vous avec son gynécologue et huit semaines plus tard, elle avait eu la confirmation : l'insémination avait réussi, elle était enceinte du bébé de Booth.

Elle était partie deux mois en congé et n'avait parlé à personne de sa décision. Lorsqu'elle avait repris son poste à l'Institut Jefferson, tout le monde avait été très gentil avec elle. Mais rien n'est plus pareil aujourd'hui.

Elle vit désormais dans le souvenir de son amour perdu et pour le bébé à venir. Elle travaille toujours beaucoup mais a perdu le « feu sacré ». Ce qui était auparavant une vocation n'est plus qu'un travail comme un autre, qui lui permet d'occuper son esprit mais ne lui apporte plus les mêmes satisfactions qu'avant. Seules les visites de Parker lui donnent le sourire désormais. Tempérance n'est plus que l'ombre d'elle-même, ce qui désole ses amis, surtout Angela.

Le lendemain matin, vers 7 heures, Tempérance est en train de déjeuner lorsqu'on frappe à sa porte. Elle va ouvrir. Sam Cullen, blanc comme un linge, se trouve sur le seuil. Sans un mot, elle recule pour le laisser entrer. Le Directeur Adjoint a les mains qui tremblent, soudain des larmes coulent sur ses joues et il dit d'une voix étranglée « Ils l'ont retrouvé ». Tempérance sent le sol se dérober sous ses pieds, elle titube jusqu'au canapé. « Quoi, qui… » Cullen se laisse tomber à côté d'elle et attrape ses poignets « Ils l'ont trouvé, il est en vie. L'avion sanitaire atterrit dans une heure. » Tempérance se jette dans les bras de Cullen puis elle se lève d'un bond et attrape son manteau « Allons-y ! ».

Arrivés à l'aéroport militaire, Cullen et Brennan se précipitent vers l'avion de la croix rouge qui vient d'atterrir. Mais un grand homme roux leur barre le passage.

- Je suis le Docteur Evans, je suis en charge des rescapés.

- Sam Cullen, Sous-directeur du FBI et voici le Docteur Brennan. Nous venons voir le Capitaine Booth.

- Il est sous sédatifs, vous ne pouvez pas lui parler.

- Laissez-moi le voir, je vous en supplie, lui dit Tempérance.

Le Docteur Evans la dévisage puis, semblant comprendre les sentiments de la jeune femme, il grogne « Ok, quelques minutes seulement. Et je dois absolument vous parler ensuite. »

Tempérance s'approche des civières, pleine d'espoir et de crainte. Sur le premier lit se trouve un jeune homme noir. Elle continue d'avancer. Sur le second git Booth. Elle se penche et tend la main pour toucher ses cheveux. C'est bien lui, il est d'une maigreur cadavérique, sale et barbu, défiguré par une balafre qui lui traverse le visage et une brûlure suppurante sur le côté de son cou. Elle n'ose y croire. Elle fait délicatement glisser ses doigts le long du front puis de la joue de l'homme endormi. Des larmes coulent sur son visage sans qu'elle s'en aperçoive. Les infirmiers la repoussent gentiment pour faire glisser la civière dans l'ambulance.

Tempérance se tourne vers le Docteur Evans. « Comment va-t-il ? » Le Docteur les fait entrer dans un petit bureau et s'adresse à la jeune femme :

- Je dois connaître vos liens avec le Capitaine. Etes-vous de la famille ?

- Je suis sa partenaire…

Cullen l'interrompt : « Traitez-la comme une épouse, j'en prends la responsabilité. »

Le Docteur Evans regarde Tempérance avec compassion :

- Vous devez bien comprendre qu'il a enduré des choses terribles et qu'il est en état de choc.

- Booth est l'homme le plus fort que je connaisse. Il va s'en sortir.

Evans la regarda et sembla prendre une décision : « Il aura besoin de votre soutien pour guérir. Allez-vous le prendre en charge à sa sortie d'hôpital ? » Elle acquiesce. Le Docteur Evans se tourne alors vers Cullen et lui dit « Excusez-moi, Monsieur, mais je préfère que vous attendiez plus loin. » Cullen se lève sans mot dire et sort du hangar.

Le Docteur Evans s'adresse à nouveau à Tempérance, cette fois d'un ton clinique et détaché :

- Une patrouille est tombée par hasard sur un camp de rebelles dans la montagne. Lors de l'opération de « nettoyage » qui a eu lieu, ils ont trouvé une cage avec trois soldats américains. D'après les interrogatoires menés, il semble que ces soldats aient été faits prisonniers il y a environ six mois. Pendant ce laps de temps, ils ont été torturés et battus. Trois autres de leurs camarades étaient avec eux mais ils sont morts des mauvais traitements. Leurs corps décomposés se trouvaient dans la cage. La cage elle-même était très basse, à peine 1,20 mètres de haut, empêchant les hommes de se tenir debout.

Tempérance porte une main à sa bouche pour s'empêcher de hurler. Elle regardait le Docteur Evans avec horreur. Celui-ci continue son exposé :

- Le Capitaine Booth a été identifié d'après ses empreintes digitales car il ne parle pas. Il est plongé dans un état catatonique dont il ne sort qu'à l'occasion d'épisodes brefs mais extrêmement violents au cours desquels il se met à hurler et à frapper tout ce qui se trouve autour de lui.

Tempérance pleure maintenant à chaudes larmes, les bras serrés autour de son torse, comme pour se réconforter. La voix du Docteur Evans se fait plus douce : « Nous allons le garder quelques jours à l'hôpital pour tenter de stabiliser son état mental avec un traitement psychotrope et pour soigner ses plaies les plus importantes. Vous pourrez ensuite le ramener chez vous. »

La jeune femme hoche la tête, incapable de parler. Evans repousse sa chaise : « Je vous attends à l'hôpital Saint James à Washington, si vous voulez le voir. Sinon, je vous appellerai pour confirmer sa date de sortie». Il quitte la pièce sans se retourner.