Les choses changent qu'on le veuille ou non. Même si ça fait mal. Même si c'est atrocement douloureux. Les choses changent. Pour le meilleur ou pour le pire. Le temps, c'est comme la vie, il se fout pas mal de ce qu'il se passe, il continue de filer..... Il file, il file et on se retrouve la plupart du temps comme un con les bras balant se demandant ce qu'il s'est passé. Les choses changent et on change avec... La plupart du temps. Parfois sans même s'en apercevoir, parfois avec difficulté, parfois avec beaucoup d'effort... Parfois dans le mauvais sens. Alors, on nous ré-aiguillone et on se retrouve de nouveau comme un con. Les choses ont évolués dans un sens et vous dans un autre et vous ne savez pas comment réparer le tir. Le peut-on seulement?

C'est ce que Karen se demandait justement alors qu'elle regardait Lucas entrer dans la maison qui fut jadis la sienne. Rien sur son visage ne pouvait laisser paraître qu'il reconnaissait l'endroit. Karen, elle, se souvenait bien de chaque moment des six premières années de la vie de son fils. Elle pouvait dire dans quelles pièces il avait fait ses premiers pas ou prononçer son premier mot. Dans quelle pièce il était tombé pour la première fois et où est-ce qu'il s'était fracturer le tibia. Elle pouvait dire sur quel mur, il marquait sa taille chaque jour et dans quelle pièce il se réfugiait quand l'orage grondait. Et s'il le fallait, elle s'en souviendrait pour deux.

Lucas se tenait maladroitement au milieu de le pièce principale. Elle disait être sa mère. Il lui avait toujours dit qu'elle l'avait abandonné. Qu'elle ne voulait plus de lui. Après tout, son père l'avait déja fait non? Alors pourquoi pas elle? Il se souvenait bien d'avoir longtemps pleurer, il se souvenait bien que cela l'avait exaspérer. Il se souvenait bien des coups qui n'avaient cessé de pleuvoir depuis ce jour. Et elle lui disait être sa mère. La même mère qui l'avait abandonné à ses mains? Il se souvenait aussi avoir douter. Sa mère ne pouvait pas lui avoir fait ça.... Mais il était revenu avec une cassette vidéo.... Et sa mère riait dessus. Riait tellement dans les bras de celui qui avait été comme un père pour lui. Il n'avait plus douter après ce jour-là. Il se souvenait d'avoir été surpris par l'image de sa mère. Les souvenirs ont tendances à foutre le camp quand tout va mal. Le visage de sa mère faisait partie des souvenirs qui s'étaient fait la malle. Peut-être tout simplement avait-il oublier pour ne pas souffrir davantage? Pour ne pas mêler, son enfance jusque là normal et gaie, à l'enfer dans lequel il vivait chaque jour? Peut-être avait-il voulu se protéger et les protéger eux, leur souvenir? Ne pas les contaminer avec l'obscénité qui avait résumé sa vie ces dix dernières années?

Il ne se souvenait plus très bien d'elle. Il se souvenait juste qu'elle était sa mère. Et ce mot avait perdu de sa chaleur, de sa douceur depuis bien longtemps. Il se souvenait aussi à peine de celui qu'il savait être son oncle. Keith, si ses souvenirs était bon. Il avait été comme un père pour lui. Mais aujourd'hui, savait-il encore ce qu'un père était sensé faire? Savait-il seulement ce qu'une personne aimante était sensée faire?

Perdu dans ses pensées, c'est presque machinalement qu'il se dirigea vers la cuisine. Il n'avait pas réfléchi et s'il l'avait fait, il n'aurait su dire où elle était mais perdu dans ses pensées, il s'était juste laisser guider par ses pieds et son instinct. Il se retrouva dans une petite cuisine parfaitement équipée, il n'aurait su dire si elle avait changé ou non. On ne pouvait pas dire qu'il aimait cuisiner, disons juste qu'il n'avait pas vraiment eu le choix. Il était préposé à la cuisine et à bien d'autre chose encore avec Lui....

Mais les mêmes règles s'appliquaient-elles ici? Devait-il préparer les repas ici aussi? Après tout, si c'était sa mère qui l'avait envoyé là-bas, les choses ne devait pas être fort differentes ici, non? Bien, de tout évidence, ce n'était pas la chose à faire s'il en jugeait par les regard dubitatif de sa mère et de son oncle. Et que devait-il faire alors?

-Lucas, pourquoi es-tu venu dans la cuisine? Souffla doucement Karen.

Lucas ne répondit pas et Karen soupira. Elle devra pourtant s'habituer à son silence pour encore quelque temps. Tout ce que fit Lucas, s'est rester planté devant eux en leur lançant des regards méfiant et interrogateur sous ses mèches. Il détestait que Lucas le regarde dans les yeux. Lucas ne regardait plus personne dans les yeux. Surtout pas lui, surtout pas ses amis.

-Tu voulais manger? Demanda Karen. Je vais préparer un bon repas alors.... Lança-t-elle plus gaiement. Keith va te montrer ta chambre. On y a pas toucher.... Rajouta-t-elle plus bas.

Keith acquièsça doucement et fit encore un pas dans la direction de Lucas, qui recula... Encore.

-Je....Je.... Viens..... C'est par-là.... Tu te souviens, non? Demanda Keith d'une petite voix.

Non, a-t-il envie de crier, il ne se souvient pas. Il ne se souvient pas de son ancienne chambre et à du mal à se souvenir de la chaleur d'un vrai lit. Lucas est persuadé qu'il ne pourra plus jamais dormir une nuit entière. Il suit Keith dans les escaliers, il est tout de même étonné qu'il ne doit pas faire la cuisine. Avec un peu de chance, il aura aussi droit à un repas....Keith s'arrête devant une porte et lui fait signe d'entrer en premier en lui disant que c'est sa chambre après tout. Il se tend encore presque malgré lui quand il passe à côté de l'homme et voit très clairement la douleur s'afficher sur son visage pendant quelque secondes mais qu'en peut-il lui? Il ne se souvient pas de la porte et est sure de ne pas se souvenir de sa chambre. Parce que quand il ferme les yeux et qu'il essaye de se rappeler sa vie d'avant, avant Lui, il ne voit rien. Rien sinon une femme qui rit dans les bras de son nouveau mari, rien sinon une cassette vidéo. Pourtant quand il rentre dans la chambre, les murs d'un bleu roi lui rappelle quelque chose, quelque chose qu'il n'arrive pas à préciser. Son regard effleure les posters et les statuettes, il s'arrête sur un ballon orange posé sur le lit. Un ballon de basket. Il adore le basket. Il y joue souvent avec une balle de papier ou une veille balle lui ayant appartenu à lui. Et il y joue quand il n'a rien à faire, ça lui remonte le moral et il oublie son enfer juste pendant quelque temps.

Il prend le ballon dans ses mains et entend presque Keith retenir son souffle. Il le fait tourner quelque minutes dans ses mains avant de le laisser tomber et de la ranger. L'homme semble décu et là, il ne comprend pas pourquoi.

-Je te laisses alors.... Lançe alors l'homme d'un ton doux et Lucas se retient de demander ce qu'il est sensé faire. La porte se referme et Lucas se retrouve debout au milieu de cette chambre qu'il ne reconnaît plus. Alors, il s'assied et prend le ballon qu'il a ranger tout à l'heure. Il faut juste attendre maintenant, alors il lança la balle contre l'armoire devant lui encore et encore.

Ketih ferme la porte et s'appuye contre le mur. Il soupire. Bon Dieu, que lui ont-ils fait? Il ferme les yeux et derrière ses paupières, il voit un enfant blond comme les blès qui lui demande de le prendre encore sur ses épaules. Un enfant plein de vie et de joie de vivre. Un enfant qui ne cesse de sourire et partage sa joie. Il se retourne vers la porte et regrette de l'avoir laissé là, seul et sûrement perdu mais c'était trop dur de le voir ainsi...Si impassible. Si froid. Il touche du bout des doigt le bois de la porte et jure tout bas contre les salaud qui ont osés porter la main sur un enfant. D'un geste rageur de la main, il essuye les larmes qui ont commençés à s'accumuler dans ses yeux. Karen doit l'attendre en bas.

Sa femme est bien là, devant la cuisinière. Elle à l'air de s'affairer au repas, il sait qu'elle relfechit. Il sait qu'elle aussi à des larmes plein les yeux. Il sait qu'elle aussi a du mal à ne pas le prendre dans ses bras, ne pas lui ébourriffer les cheveux, ne pas le serrer encore et encore, juste pour être sur qu'il est bien là....Il sait que son coeur doit être bien lourd et que la colère doit faire bouillir son sang comme elle fait bouillir le sien. Il sait tout ça, et il sait aussi que cela n'ira pas forcement en s'arrangeant. Il sait que le psychologue viendra demain et que tôt ou tard, il découvriront ce que Lucas a subit. Il sait que chaque jour de plus en plus d'atrocité sont commises sur les enfants et il sait maintenant que cela n'arrive pas qu'aux autres. Il soupire et se masse les yeux.

Il se rapproche de sa femme et enserre sa taille par derrière comme il le fait toujours. Elle sursaute légerement ce qui montre à quel point elle était perdue dans ses pensées. Il lui souffle des paroles de réconfort et se souvient soudainement qu'il a fait de même ce matin alors que ce matin tout était tellement different.

-On doit prévenir Dan. Et Nathan. Souffle-t-elle doucement.

-Je sais. Répond-t-il. On le fera demain. Et Haley... Souffle-t-elle encore en se retourant contre son torse.

-On les fera tous venir demain.... On leur expliquera. Juste à eux trois pour commencer.... Je ne crois pas que Lucas sera à l'aise avec beaucoup de monde autour de lui. Explique-t-il.

-Que lui est-il arrivé, Keith? Sanglote-t-elle dans les bras de son mari.

-Je ne sais pas.... Je ne sais pas.... Murmure-t-il tout bas.

Ils préparent le repas dans le silence, tout deux ont l'oreille tendue au cas où Lucas appelerait ou juste.... Comme ça.

-Tu devrais aller le chercher.... Souffle Keith. On va bientôt passer à table.... Vous pourrez un peu parler....

Karen a la gorge trop nouée pour répondre de vive voix et elle se contente d'hocher doucement la tête. Elle pose lentement le couteau qu'elle tenait entre les mains et se dirige d'un pas incertain vers la chambre de son fils. La chambre de son fils. Arrivé devant celle-ci, elle doit fermer les yeux un moment pour refouler les larmes qui semblent pressées de couler. Combien de fois n'était-elle pas venue pleurer dans cette chambre, enfouissant son visage dans un des vêtements de son Lucas? Combien de fois, n'y était-elle pas allée pour parler avec son petit Lucas alors que seule le silence lui répondait? Combien de nuit, ne s'était-elle pas levée pour vérifier si son fils était revenu par hasard, si tout ceci n''avait été qu'une horrible cauchemar? Et là, elle montait juste pour l'appeler parce que le repas était prêt.

Elle ne savait tout simplement pas comment s'y prendre. Comment lui parler. Comment lui dire combien elle l'aimait? Elle toque timidement à la porte mais personne ne lui répond, soudain affolée elle pousse la porte brutalement et sursaute presque quand elle voit Lucas debout devant la porte, la tête légerement baissée.

-Excuse-moi, souffle-t-elle, en mettant une main sur sa poitrine. Tu m'a fait peur.... Tu n'as pas répondu alors je suis entrée...Souffle-t-elle. Hum.... On va bientôt manger.... Après si tu veux, tu ira te laver.... Keith te prêtera des vêtements pour aujourd'hui et demain.... On ira te chercher des affaire plus tard.

Lucas hoche à peine la tête et semble attendre qu'elle se décide à sortir pour la suivre mais Karen ne bouge pas, elle reste là, immobile, son regard posé sur son fils et le coeur serré. Les mots ne veulent pas sortir et elle ne veut pas le brusquer. Elle voudrait juste entendre sa voix.

-Je suis heureuse que tu sois là, Lucas.... Murmure-t-elle.... Ca fait tellement longtemp.... J'ai eu tellement peur....

Les phrases ne veulent pas s'aligner, tout se bouscule dans sa tête. Elle veut lui dire tellement de choses. Pourtant, alors que sa voix commence à chevroter, elle voit le coup d'oeil que Lucas lui a lancer. Elle n'a pas su le déchiffrer mais est déja suffisament encouragée par cela.... Respirant profondément, elle sort de la chambre et descend dans la salle à manger, Lucas sur ses talons.