Chapitre 2 : Les tableaux

Cela ne faisait pas même une heure, mais la grande salle dans son ensemble bourdonnait, la nouvelle rumeur aux lèvres. Draco et Harry avait été vu en train de s'embrasser derrière un rayon de livres ! La bibliothèque allait sûrement devenir un lieu de retrouvailles privilégié, après cette histoire.

De plus en plus de septiques se joignaient aux croyants. Le comportement des deux jeunes hommes au cours du banquet n'arrangea pas les choses : ils ne cessaient de se fixer du regard, oubliant presque de manger, et c'est Hermione qui dû rappeler à Harry qu'il devait prendre des forces pour demain.

La machine à potin de l'école était repartie de plus belle. Car on se rappelait que demain, le match de Quidditch offrirait surement de nouveaux indices précieux. On oubliait presque la coupe des maisons, pour se concentrer sur les deux attrapeurs. On imaginait déjà des scénarios invraisemblables, des collisions aériennes, des bras qui s'effleurent, et pour les plus romantiques, un vif-d'or du gagnant offert à l'autre devant l'école entière.

Un nouvel atout s'était également joint au réseau d'espionnage des commères : les tableaux de Poudlard.

Après des siècles passés aux murs avec peu de distraction, les portraits étaient devenus des experts en rumeurs et potins, de véritables indiscrets. Et avec leur capacité à passer d'un tableau à l'autre, ils étaient fort pratiques pour espionner.

Les élèves faisaient de leur mieux pour couvrir les portraits de compliments dans l'espoir dans apprendre plus des va et vient de Potter et Malfoy dans le château. Certains tableaux révéraient l'attention, ou la contemplaient avec horreur et s'enfuyaient à l'approche d'un élève un peu trop excité.

D'autres étaient ravis par les égards dont on les couvrait, et se prélassaient dans la gloire. La grosse Dame était l'une de ceux-là, et parmi les plus sollicités de par sa position de gardienne de la pièce commune des Gryffondor.

-Mmm c'est possible que j'aie vu Harry quitter le dortoir plusieurs fois au cours de la nuit… pour aller où je n'en sais rien, mais il revenait toujours très satisfait.

La nuit était tombée, et tout le château dormait dans le confort de leur lit. Dans son dortoir pourtant, Harry n'arrivait pas à trouver le sommeil. Il tournait et se retournait sous les draps, cherchant une chaleur et un réconfort qu'il ne trouvait pas seul. Draco lui manquait.

Au bout d'un moment, il se décida à sortir la carte des maraudeurs, pour essayer de voir où se trouvait son amour. Son cœur eut un raté. Là, juste devant l'entrée de la salle commune des Gryffondor, se trouvait son bel ange. Oubliant toute prudence, le petit brun sauta hors du lit pour descendre retrouver l'élu de son cœur. Le bon sens lui rappela cependant de rester discret.

Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrait, dévoilant aux yeux du Gryffondor son bien aimé. Qu'il était beau, éclairé par la faible lueur les torches, qui lui conférait un caractère presque irréel. Et il venait pour lui, cet Apollon. C'était pour le voir que le Serpentard avait traversé le château en pleine nuit, au risque de nuire à sa réputation et de se faire surprendre dans les couloirs hors du couvre-feu. Harry sentit comme des papillons s'agiter dans son ventre.

-J'ai cru que tu ne viendrais jamais m'ouvrir… susurra Draco.

-Draco !

Le plus petit ne put s'empêcher de s'approcher de lui. Son dragon lui attrapa le bras, et attira son amant contre son torse. Harry laissa un gémissement lui échapper.

-Comme j'ai rêvé de te serrer dans mes bras…Sais-tu comme c'est dur, de te voir toute la journée sans pouvoir te toucher ? Tu me rends fou Harribou…

-Toi aussi tu me manques Dracochou. Je n'arrivais pas à dormir… admit timidement le Gryffondor.

-Tu pensais à moi ? taquina le blond.

Les joues rouges de Harry confirmèrent l'idée du Serpentard, qui glissa sa main sur les hanches de son aimé.

-Je suis là maintenant, alors ne pense à rien d'autre qu'à moi, mon corps, mes mains, mes lèvres…

Le visage du Prince de Serpentard s'approcha de son cou, comme pour le marquer, tandis que ses mains glissaient doucement vers les fesses du plus jeune.

-Draco, je…je

Lavande et Parvati lâchèrent un hoquet de surprise, suivi d'une exclamation joyeuse. Leur imagination n'avait fait qu'un tour, et grandes romantiques, elles s'imaginaient déjà les retrouvailles ardentes et interdites entre les deux garçons.

Après cela, la rumeur gagna encore en ampleur, et on parlait déjà des ébats torrides du couple, qui s'éclipsait à la nuit tombée pour se voir en secret.

On interrogea d'autres portraits qui se trouvaient à proximité de la salle commune des Gryffondor dans l'espoir de savoir où Harry disparaissait parfois. Nombreux étaient les portraits trop simples pour tenir une pleine conversation, et nombreux aussi ceux qui dormaient la nuit venue et qui ne voyaient jamais rien.

Le Chevalier de Catogan, étrangement, était l'un des tableaux les plus imperméables. Dès que l'on évoquait la rumeur, il se braquait et brandissait sa lance.

-Je ne vous dirais rien !

C'était comme si on lui avait confié un secret des plus important qu'il défendrait corps et âme. Loin de dérouter les élèves, cela renforça leurs suspicions, et l'intensité de leurs demandes auprès du seigneur de Catogan. Le pauvre homme s'était résolu à ne plus dire mot, et étrangement ses bavardages moyenâgeux manquaient presque aux élèves.

On avait aussi tenté l'approche inverse, en interrogeant les portraits proches des donjons. Les tableaux de Serpentard étaient eux étrangement calmes et protecteur des faits et gestes de Draco, ne révélant rien et parlant en énigmes et banalités. Surement d'anciens Serpents qui défendaient leur parangon en attendant de pouvoir l'interroger.

Au lieu de foncer tête baissée comme des Gryffondor, certains avaient adopté une méthode plus rusée, et essayaient de corrompre les tableaux. Malheureusement cela s'avérait assez difficile, comme ils n'avaient pas grands choses à faire dans leurs cadres, et qu'il n'y avait pas grand-chose à leurs offrir.

De plus, quelques élèves faisaient remarquer que la véracité des propos des tableaux n'était pas toujours idéale. Ainsi Harry et Draco auraient été vu simultanément dans les serres (où aucun tableau ne pouvait se trouver), dans les cachots, et dans l'aile ouest au deuxième étage. Les rumeurs avaient un peu été refroidies, et on réfléchissait à deux fois avant de croire un portrait. Eux s'en moquaient, tant qu'on leur accordait un peu d'attention.

Une règle, primordiale, demeurait dans ce flot de chaos : ne rien dire à Harry et Draco avant d'avoir une confirmation indéniable. Et si possible éviter leurs amis proches.

On se doutait que Pansy devait être au courant, en tant que reine des potins, mais la demoiselle n'avait encore rien dit. Digne serpentard elle devait surement s'amuser beaucoup. Cacher des rumeurs à Draco était délectable.

Ron et Blaise eux ne savaient rien des rumeurs, où on les aurait entendu crier à travers tout le château, hurlant qu'un Serpentard et un Gryffondor ensemble ce n'était pas naturel. Hermione n'avait surement pas connaissance des ouï-dire, ne les écoutant quasiment jamais.

Etrangement, la règle primordiale avait été assez bien respectée, même par les Gryffondors les plus bruyants comme Lavande ou Seamus, ou les Serpentards les plus mesquins. Cela devait bien être la première fois que toutes les maisons s'unissaient dans un but commun : cacher les rumeurs à Harry et Draco tout en les espionnant.

Une autre question cependant demeurait sur toutes les lèvres : on se demandait si les professeurs étaient au courant des rumeurs. Allaient-ils vendre la mèche ? Ou, soyons fous, participer à la surveillance ?

Comme pour les meilleurs amis de Draco et Harry, il était évident que Rogue n'était pas au courant, où le sombre maitre des potions aurait déjà fait scandale, défendant son précieux Serpentard du vil idiot Harry Potter. Mais il n'était pas dupe pour autant, et savait très bien deviner lorsqu'une rumeur se propageait dans l'école. Il allait falloir redoubler de prudence.

Pour les autres professeurs, difficile de savoir. Surtout pour Dumbledore. Ses yeux pétillants restaient insondables, comme capables de tout voir et deviner. Le consensus semblait être que oui, il savait, mais qu'il se contentait de regarder le chaos de loin comme un spectateur amusé. Ça ne serait pas la première fois, et le vieux directeur était un peu dingue après tout.

A présent que le diner était terminé et que tous avaient regagné leur salle commune pour la nuit, on n'attendait plus que le lendemain : le match de Quidditch opposant Serpentard à Gryffondor.