Salut mes gens ! Me revoilà avec un nouvel OS écrit dans le cadre d'une journée d'écriture entre amies : une heure, un thème, un OS.

Thème : sécurité

Bonne lecture !

Début : 18h04


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Aoki n'était jamais allé chez le directeur Maki. Bien sûr, il savait où il logeait, l'ayant déjà raccompagné en voiture quelques fois – mais jamais il n'était entré dans son domicile, ce saint des saints, ce lieu réservé au Monsieur-Maki-de-la-vie-privée, un personnage qu'il avait rarement l'occasion d'apercevoir. Il ne savait pas si c'était petit ou grand, luxueux ou pauvre, bien ordonné ou dans un chaos total.

Jusqu'à aujourd'hui, en fait. Aujourd'hui, il découvrirait tout ça, parce qu'il le fallait.

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Mardi, 8h07, laboratoire n°9 de la Médecine Légale

- Aoki ! T'as fini ton rapport ?

- Oui, il est prêt. Je suis censé le rendre à monsieur Maki, mais il n'est pas encore là.

- Comment ça, pas encore là ?

La voix étonnée d'Okabe confirma l'inquiétude d'Aoki, qui surveillait l'horloge depuis qu'il était arrivé, lui, à sept heures trente ; d'ordinaire, Maki était toujours le premier arrivé et le dernier à partir, de sorte qu'Aoki se demandait parfois s'il passait ses nuits au bureau ou s'il rentrait chez lui de temps en temps.

- Il n'est pas dans son bureau, en tout cas, répondit Aoki.

- Je vais aller voir. Il est peut-être en rendez-vous.

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Mardi, 8h45, laboratoire n°9 de la Médecine Légale

- Oui, monsieur Tashiro… Excusez-moi de vous déranger, ici Okabe. Est-ce que par hasard, monsieur Maki serait dans votre bureau ? Comment ? Non ? Ah… Non non, rien de particulier ! Pardon de vous avoir dérangé !

Lorsqu'Okabe raccrocha, tout le monde le fixa d'un air grave.

- Non, il n'est pas là-bas non plus, annonça le barbu d'une voix grave.

- Mais il est où, alors ? s'exclama Koike. Il n'est pas dans son bureau, pas dans les salles d'archives, pas en rendez-vous, pas dans le labo du docteur Miyoshi, et ça ne répond pas chez lui quand on l'appelle au téléphone !

- Il est peut-être parti quelque part sans nous le dire, suggéra Aoki d'une voix inquiète. Et si on attendait encore un peu ?

- Ou il s'est peut-être fait enlever, et dans ce cas, chaque seconde est une perte de temps ! s'exclama Okabe de sa grosse voix.

- Dans ce cas, si vous avez une piste, on vous suit, monsieur Okabe ! s'exclama Aoki, agacé.

Tout le monde fixa Okabe, qui grommela quelque chose d'inintelligible avant de hausser les épaules.

- On va attendre un peu.

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Mardi, 9h37, laboratoire n°9 de la Médecine Légale

- Docteur Yukiko… C'est Aoki… Je suis désolé de vous déranger en plein travail, mais… Hein ? Non, je… Ça n'a rien avoir avec notre repas de ce midi ! C'est que, monsieur Maki n'est toujours pas arrivé, et… Oui… Non, il n'a pas laissé de message, rien du tout… Quoi ? Arrêtez, docteur, déjà que monsieur Okabe s'imagine qu'on l'a enlevé, si vous, vous pensez qu'il a été assassiné, on n'est pas sortis de l'auberge ! Bon, vous ne savez rien, alors ? Je vois… Bon, merci…

Le salut ne viendrait pas d'elle, en tout cas. Aoki raccrocha son portable, découragé. Plus les secondes passaient, et plus son cœur battait sourdement dans sa poitrine.

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Mardi, 10h09, laboratoire n°9 de la Médecine Légale

- Bon ! Monsieur Okabe, je prends la voiture, je vais aller voir chez lui.

- Quoi ? Non mais ça va pas, Aoki ? C'est moi qui y vais !

- Monsieur Tashiro vous a dit de vous occuper de la nouvelle enquête en attendant le retour de monsieur Maki, en tant que directeur adjoint ! Vous devez rester là, et vous le savez aussi bien que moi, alors c'est moi qui y vais !

- Aoki…

Okabe échangea un rapide regard avec Koike et Soga, qui haussèrent tous les deux les épaules – après tout, Aoki était le petit toutou de Maki, ça n'avait jamais changé depuis tout ce temps ; si quelqu'un devait y aller, c'était lui.

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Mardi, 10h33, quartier de Shinjuku, voiture d'Aoki

- Monsieur Okabe ? Toujours aucune nouvelle ? Non, j'arrive bientôt, là, je suis en route… Comment ça ? Ça va, je fais attention ! Que…? Ah, bon sang, il a raccroché.

Surveille la route au lieu de téléphoner au volant ! Comme s'il n'était pas capable de faire les deux en même temps ! Avec un soupir agacé, Aoki accéléra, et évita de peu une voiture qui débouchait par la gauche sans qu'il ne l'aie remarqué.

- Ouah !

Bon, d'accord. C'était peut-être plus utile d'être vivant s'il voulait avoir une chance de retrouver Maki. Il allait faire attention.

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Mardi, 10h53, domicile du commissaire principal Maki

Aoki s'avança sur le perron de la maison – c'était donc là que Maki avait retrouvé des chats éventrés ? En tout cas, il n'y avait aucune trace : pas de message sur les murs, et les vitres brisées avaient été changées. En levant la tête, Aoki put voir une caméra de sécurité soigneusement dissimulée dans un coin.

Un peu anxieux, il s'approcha de la porte et frappa trois coups, qui résonnèrent dans le silence de l'autre côté sans recevoir aucune réponse.

- Monsieur Maki ? Vous êtes là ?

Encore trois coups. Le silence total.

- Monsieur Maki ?

Il n'avait pas forcément envie de s'infiltrer sans rien dire dans la maison de Maki, mais la situation avait un caractère d'urgence qui devait certainement constituer une circonstance atténuante : Aoki empoigna la poignée et la fit tourner avec force, mais le verrou était mis – plutôt logique, de la part de Maki – et le battant resta fermé.

- Monsieur Maki !

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Mardi, 11h05, domicile du commissaire principal Maki

Il avait tenté d'ouvrir le battant des fenêtres, il avait tenté de s'infiltrer par le conduit d'aération – mauvaise idée – il avait tenté d'escalader la gouttière jusqu'au premier étage ; ça n'avait rien donné. La maison du directeur Maki ressemblait à une forteresse imprenable. Il s'obstina encore à aller frapper à la porte pendant quelques minutes, puis tenta de la défoncer à coup de pied, ce qui eut pour seul résultat de lui faire ressentir une douleur fulgurante dans les orteils ; visiblement, Maki préférait les portes en chêne pour sa sécurité.

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Mardi, 11h11, domicile du commissaire principal Maki

- Oui, monsieur Okabe… Non, ça fait une demi-heure que je tourne autour de la maison en essayant d'y rentrer, mais il ne répond pas… Vous savez, je pense qu'il n'est pas dedans…

- …

- Il est forcément ailleurs, monsieur Okabe ! S'il ne répond pas, c'est qu'il n'est pas là…

- …

- Arrêtez avec vos suppositions affreuses ! Je refuse d'envisager quelque chose comme ça ! On parle de monsieur Maki, là, il n'est pas du genre à se faire assassiner par le premier venu ! Je vais continuer à explorer !

Maki était forcément là.

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Mardi, 11h13, domicile du commissaire principal Maki

Eurêka ! Comment avait-il pu louper la branche de l'arbre qui passait assez près de la maison pour lui permettre de grimper sur le toit ? Bon, il avait l'air d'un singe, et si jamais il tombait, là maintenant, ça ferait très mal, mais si ça pouvait lui permettre d'être sûr que monsieur Maki n'était pas chez lui, ça le valait bien.

Il atterrit avec difficulté sur le toit – décidément, la souplesse, c'était pas encore ça – et s'approcha jusqu'au bord, où il put se laisser tomber lourdement sur le mini-balcon qu'il avait désespérément tenté d'atteindre toute la demi-heure précédente.

- Monsieur Maki ! Monsieur Maki !

Les rideaux étaient fermés, mais ils étaient transparents, et de l'autre côté, Aoki pouvait distinguer un lit… et un corps sur le lit.

- MONSIEUR MAKI !

Il eut beau tambouriner à la fenêtre, le corps n'eut pas un geste – Aoki sentait déjà ses cheveux se dresser sur sa tête. Non, bon dieu, ils ne pouvaient pas avoir raison, monsieur Okabe et le docteur Miyoshi… Maki ne pouvait pas… Il ne pouvait pas…

Il y avait une plante en pot sur un côté du balcon – sans même prendre le temps de réfléchir, Aoki s'en saisit et brisa la vitre dans un énorme fracas, avant de passer le bras par l'ouverture pour trouver le loquet – ce qu'il n'avait pas prévu, c'était qu'une alarme se mette à sonner au même moment, dans toute la maison.

Bon dieu, le domicile de monsieur Maki était vraiment trop bien protégé. Ça ne l'arrangeait pas.

- Monsieur Maki !

Enfin, la fenêtre fut ouverte, et il put se précipiter à l'intérieur de la chambre ; malgré le bruit qu'avait fait la vitre en se brisant et l'alarme qui hurlait de toutes ses forces dans la maison, Maki n'avait pas bougé. Aoki se précipita sur lui et le secoua comme un prunier, incapable de réfléchir.

- Monsieur Maki !

- … Silence…

Aoki eut du mal à entendre la voix par-dessus le bruit environnement, mais alors qu'il le tenait par les épaules, il avait vu bouger les lèvres de Maki, et il observa ses cils s'ouvrir sur ses yeux dont les iris lui avaient toujours fait penser à de l'or.

- M… monsieur Maki… Vous êtes vivant…

Les sourcils du directeur se froncèrent, ses yeux lourds de sommeil se clignèrent, et il se redressa pour s'asseoir sur son lit, en pyjama – et maintenant qu'Aoki le réalisait, c'était une sacrée vision collector. Puis sans un mot, l'homme se leva, fit quelques pas dans la pièce, et après une rapide manipulation sur un boîtier fixé au mur, le rugissement de l'alarme fit place à un silence extrêmement bienvenu.

- Aoki, marmonna Maki d'une voix enrouée. Qu'est-ce que tu fiches ici ?

Le jeune homme se tenait debout, à côté du lit – maintenant qu'il se rendait compte que Maki était en bonne santé, il se sentait particulièrement honteux d'être entré par effraction dans sa maison.

- Vous… vous n'étiez pas au bureau ce matin… On s'inquiétait… Alors on vous a appelé, mais vous ne répondiez pas…

En silence, Maki le fixait, et Aoki avait l'impression que ses joues flambaient – oh, bon dieu, c'était trop embarrassant… Comment avait-il pu croire qu'il était mort ? Maki pouvait avoir le sommeil profond ; il l'avait appris dès le premier jour où il était entré sous ses ordres. C'était probablement pour ça qu'il n'avait pas répondu au téléphone.

Il dormait, simplement.

- C'est mon jour de congé, aujourd'hui.

- Hein ?

- Jour de congé. Je te l'ai dit hier soir. Je ne viens pas demain, j'ai pris un jour de congé. Tu ne t'en rappelles pas ?

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Lundi, 23h30, laboratoire n°9 de la Médecine Légale

- Demain, je ne viens pas, Aoki. Monsieur Tashiro m'a forcé à prendre un jour de congé. Je compte sur toi pour le dire aux autres, d'accord…? Aoki, tu m'écoutes ? Lève les yeux de ton rapport, bon sang !

- Hein ? Oh, oui, monsieur Maki ! C'est compris.

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Mardi, 11h25, domicile du commissaire principal Maki

- Donc, tu n'avais vraiment rien écouté…

- Je suis désolé ! Je suis désolé, monsieur Maki !

- Et maintenant, je vais devoir changer la vitre de ma chambre…

- Je suis désolé !

Plié à quatre-vingt dix degrés, il ne parvenait pas à voir l'expression de son supérieur – une culpabilité affreuse le submergeait. C'était qui s'était inquiété le premier, qui avait insisté pour venir voir à la porte de sa maison, qui avait cassé la vitre avec un pot de fleurs…

Les pieds nus de Maki entrèrent dans son champ de vision, et il releva la tête pour voir le directeur lui sourire, avec une expression de douceur qu'il n'avait jamais vue auparavant sur ses traits.

- Ne te fustige pas trop. Au moins, tu m'auras prouvé qu'il faut que je revoie la sécurité de ma maison.

Et quelque part, ce sourire, et la voix douce sur laquelle il prononçait ces mots, firent oublier à Aoki tout son sens commun : l'instant d'après, il serrait dans ses bras un Maki éberlué, et marmonnait, presque au bord des larmes :

- Je suis tellement content que vous soyez en vie…

Le directeur était si petit par rapport à lui que sa tête lui arrivait au niveau de la poitrine – Aoki ne pouvait donc pas voir son expression, mais il sentit les bras de Maki se glisser dans son dos, et ce fut suffisant pour qu'il arrête de respirer.

- Merci d'être venu, Aoki…

Le corps de Maki semblait encore plus frêle sous son pyjama que sous son habituel costume, et Aoki n'avait pas envie de le lâcher. C'était là qu'il avait envie que Maki se sente le plus en sécurité.


Fin : 19h04