L'appartement dans lequel il se trouvait actuellement le répugnait, autant par son insalubrité que par le fait qu'il en connaissait malheureusement le propriétaire. Kenny Ackerman ne savait décidément pas prendre soin d'un logement seul, à se demander qui tenait son ménage quand il y habitait. Une âme charitable, c'était sûr et certain.

Devant le désordre complet qui régnait dans l'habitation, il soupira d'avance. Il allait devoir se taper tout le ménage en plus de devoir mettre cet appartement en vente.

Pas que Kenny soit décédé ou autre (malheureusement pour lui), il avait juste décidé de faire chier son monde -et donc son neveu par inadvertance- et décrétant que son appartement était beaucoup trop petit et qu'en sortant de cet établissement de merde autrement appelé 'hôpital' il voulait un nouvel espace, bien plus adapté.

En somme, il voulait juste prendre un nouvel appartement parce que son locateur lui demandait des comptes.

Et vu qu'il était-par ordre du médecin- en incapacité de traiter des papiers administratifs, tout le travail tombait sur son parent le plus proche en âge de s'en charger. A savoir, Levi.

Et évidemment, le faire chier ne suffisait pas, il devait aussi se charger de faire toutes les photos de l'appartement afin de le relouer à quelqu'un de chiant qui ne voulait pas faire le trajet jusqu'à Trost.

Mais une photo pour une vente d'appartement devait toujours être prise sous le meilleur angle, pour donner un air plus favorable du point de vue d'un acquéreur. Ça ne s'arrêtait pas là bien-sûr !

Il fallait bien évidemment que l'habitation ne paraisse pas dans un état d'insalubrité trop flagrante alors évidemment c'était bibi qui devait se taper le ménage. Mais Kenny s'en foutait, il était allongé dans son lit à faire semblant d'être malade pour reluquer de la nana.

Tout en discrétion, bien entendu.

Il se mit donc au travail, tentant de camoufler au mieux le manque d'hygiène flagrant de sa raclure d'oncle. Kenny était un bel enfoiré.

Il eut fini au bout de plusieurs bonnes heures de labeur, il n'était décidément pas en reste. Il lui restait encore à rendre visite à cet enfoiré pas capable de garder quelqu'un pour s'occuper de ce genre de papiers administratifs.

Mikasa s'était proposée mais il avait du refuser. Pour "l'étique" ou une connerie du genre qu'on lui avait inculquer quand il était môme. C'était surement l'une des seules choses qu'on lui avait apprise et qu'il avait respectée.

Ça n'avait pas été un véritable problème d'assimiler ce genre de comportement, il le faisait déjà avec sa mère. Il lui vouait un culte particulier, elle était sans doute ce qui se rapprochait plus de la figure héroïque que tout gosse a un jour dans sa vie, qu'elle soit courte ou longue.

Elle avait tout surmonté juste parce qu'il était venu au monde, elle était passée par toutes les situations misérables possible et imaginables. Elle lui avait tout donné, sa sueur, ses bonnes manières -à quelques choses près-, son visage, ses cheveux, son nom.

Il avait gardé le nom de sa mère, pour une raison étrangement floue et vague dans son esprit. Il n'avait jamais tenté de comprendre, après tout, il ne se voyait pas avec un autre nom de famille que celui étant le sien. Il était un Ackerman. Point barre.

Que chaque trou du cul qui en doute lui passe sur le corps, il les réduirait en charpie pour qu'ils puissent se rappeler ce qu'était un véritable Ackerman.

Une personne avec laquelle ne surtout pas avoir de problèmes. Une personne à la rancune sans pareille. Une personne mortelle à trop grandes doses.

Un Ackerman est comme ça, mortel. Tout simplement.

Peu de personnes ne s'en rendent pas compte, les gamins entre-autres ou de simples personnes suicidaires.

Malgré le cheminement de ses pensées qui ne se dirigeaient que vers un mioche se trouvant être l'une des rares personnes à intégrer ses deux catégories, il ne se permit rien.

Pas un sourire, il ne devait pas prendre l'habitude de sa mère. Il avait déjà été une pure éponge, à tout aspirer et assimiler. Il avait connu la peur, il l'avait enfouie au plus profond de lui pour qu'elle ne touche plus à sa famille.

Il finit donc de ranger les quelques babioles présentes dans le salon, foutant tout ce qu'il trouvait inutile dans une corbeille se trouvant non loin du bureau.

Il dût prendre sur lui en découvrant quel chose allait devoir prendre des photos. Déjà, ça paraissait vieux comme Kenny...

... Puis ça sentait comme Kenny.

Il grimaça. Il prit en vitesse des photos, ne s'attardant sur leur netteté qu'une fois en route vers l'hôpital. Sa voiture étant toujours en réparation, il dût se coltiner le train.

Il n'aimait décidément pas les transports en commun. Il y avait trop de gens, trop de cris et de pleurs.

Beaucoup trop d'enfants se plaignant ou chialant pour une raison 'X' ou 'Y'.

Un bambin retint son attention particulièrement, il ne savait dire s'il s'agissait d'un garçon ou d'une fille. Tout laissa croire qu'il s'agissait d'une fille mais la tenue que cet enfant portait mettait un doute.

Un mioche châtain, qui chialait parce que sa peluche était trop loin de lui.

Il serra la mâchoire, attendant avec impatience qu'on annonce son arrêt. Une fois qu'une voix féminine donna l'information qu'ils arrivaient tous à la gare centrale de Trost, il souffla enfin.

Il fut le premier à sortir du train, pressé d'en finir avec ces conneries.

Il passa par les couloirs souterrains de la gare, s'attardant quelques fois sur les boutiques -plus précisément sur les commerces. La faim lui tiraillait quelque peu l'estomac mais il en fit fi et se dirigea d'un pas pressé vers la sortie principale du bâtiment.

Il passa devant le Starbucks, il y jeta un regard furtif et un sourire étira quelque peu les commissures de ses lèvres. Le mioche était de service.

Mais il était hors de question qu'il entre alors que le monde affluait dans le café. Pourtant, les autres terrasses étaient vide de monde. A croire que le monde vouait un culte pour ce café en particulier. Pourtant, à part le prix astronomique, les boissons n'y étaient pas si différentes.

Il passerait certainement plus tard, après être passé chez cet emmerdeur d'Ackerman pompeur de fric.

Une fois devant la chambre de Kenny, il vérifia qu'il avait bien tout ce qu'il lui fallait. S'il avait oublié cet appareil photo, il était prêt à se tirer une balle. Il avait beau être son neveu, il ne lui faisait aucun cadeau, le traitant de chaque synonyme possible. Mais bon, tout comme lui, Kenny était un 'handicapé des sentiments' comme le lui rappelait si fréquemment Mikasa.

Il entra comme à son habitude sans frapper.

- Oh, mais qui vient enfin me montrer sa sale gueule de déterré?

- La ferme, déjà que je ne veux pas te voir plus d'une fois l'année en temps normal.

Levi prit sur lui pour ne pas sauter à la gorge de son interlocuteur, chose qui étrangement, le démangeait énormément...

- Tu considères cette époque comment alors?

- Une époque de crise totale. En plus tu me fais chier. Tu pourrais prendre un notaire pour t'occuper de tout tes papiers, me fait pas chier moi j'ai un taf' putain.

- Ça coûte la peau du cul, j'vais pas me torcher après pour le payer.

- T'aurais fais quoi? Tu l'aurais buté? Les flics te collent au cul à présent, on est plus dans la même situation qu'il y a dix ans Kenny. Grandi un peu et arrête de mettre tous les Ackerman dans ta merde.

- T'avais un avenir prometteur là dedans, comme chaque Ackerman. Ta mère aurait dû me laisser te former, t'aurais été vachement performant dans la branche 'familiale'.

- Quand j'pense que ta sœur avait espoir qu'un jour tu deviennes saint d'esprit. Putain ce qu'elle était naïve. Sinon, tes photos de merde, elles sont sur ton appareil photo à deux balles. J'ai dû faire le ménage chez toi, tu me dois un service le vieux.

- Tu m'extorques alors que je n'ai rien à te donner en retour.

Kenny sembla un moment surpris avant qu'un sourire n'étire ses lèvres, les distordants d'une grimace bizarre.

- T'apprends vite gamin.

- Ta mort suffira l'ancêtre. Je reviens la semaine prochaine, histoire de voir si j'apparais sur la liste de l'héritage que tu lègues et que tu rédigeras durant la semaine. Étouffe-toi avec ta bouffe et on te foutra en gériatrie. Tu seras avec toutes les gentilles vieilles peaux de ce trou à rat.

- Tu m'as l'air bien pressé de te barrer. Tu vas draguer ou quoi?

- Ferme ta gueule, ça vaut mieux pour toi. Je t'assure.

Il prit la direction de la porte, lui balançant d'un geste -presque- contrôlé l'engin. Il était sur le point de passer le pas de la porte quand le vieux prit la peine de rajouter :

- Dis à ton 'pd' que ton oncle lui fait la bise.

Il claqua violemment la porte alors que le rire de Kenny résonnait toujours dans le couloir. Il savait bien qu'ils avaient toujours eut du mal à communiquer l'un avec l'autre, alors il se rendait compte que s'était un peu leur manière de se dire l'un à l'autre qu'ils s'appréciaient.

« De véritables handicapés des sentiments putain...»

Il passa par la boutique de l'hôpital et il y prit un journal au pif avant de le régler. Il se dirigea vers la gare.

Il n'avait qu'une envie, revoir ce mioche. Il avait fait attention durant toute cette semaine aux gens ayant les couilles de lui répondre comme il avait bien put le faire. Mais bien évidemment, personne ne l'avait fait.

Il était donc un peu ce genre de perle rare à laquelle on tient sans vraiment le vouloir.

Il s'engouffra dans les couloirs souterrains sans vraiment prendre le temps de regarder à quelle heure pouvait bien passer le prochain train pour qu'il puisse retourner chez lui.

Il vit au loin l'enseigne du café et il se surprit à presser le pas. Décidément, aujourd'hui, rien n'allait pour lui.

A vue d'œil, il y avait moins de monde que tout à l'heure. Il ne pouvait empêcher le léger soulagement qui lui tiraillait les tripes.

Il s'engouffra dans le café, une certaine euphorie le prenant. Il se dirigea vers la caisse ou quelques personnes attendaient déjà.

Le mioche était seul et avait sérieusement l'air d'en pâtir. Quelle idée de choisir d'être employé dans un Starbucks.

Quand ce fut enfin à lui, Eren eut l'air de le remarquer. Il eut un sourire désolé puis se dirigea, vers le comptoir où patientait un bon nombre de clients. Il offrait un léger sourire à chacun et chacune en leur servant leurs boisson en incluant le prénom de chaque.

Après tout, sans ça, le Starbucks perdait toute son originalité.

Ce fut enfin à lui de passer commande.

- Alors Levi, que prendras-tu?

- Fou moi un truc chaud qui me maintienne en vie le temps que je rentre chez moi.

- En vie? Genre littéralement?

- Tu fais mauvais usage du terme littéralement, et ça m'fait chier de devoir te le faire remarquer. Fou moi un truc qui me maintienne éveillé et que je ne me glande pas à l'instant où mon train passe.

- Tu resteras ici, si j'en crois ta lecture. Tu t'endormiras de toute manière. Le radiateur est en marche si tu veux, la table au bout de la salle est libre, je t'amènerai ta commande.

- Merci gamin.

- Hm. Mais je te taperais la causette, c'est pour m'avoir dit que j'employais mal 'littéralement', tu m'apprendras quand je dois le placer dans une phrase alors, j'aime beaucoup ce mot.

Il lui servit un sourire moqueur et partit en direction de la table que le lycéen lui avait indiquée. Il avait une vue d'ensemble sur le café, il pouvait même distinguer Eren défaillir sous l'accumulation de commande. Il rit légèrement.

Il ferma les yeux en se promettant de revenir plus souvent.