Hey, voyageurs temporels !
Vous êtes prêts pour la suite de mon Maximum Victory ? En attendant l'Episode 4 de Life is Strange qui soit sortir incessamment sous peu, je vous propose un nouveau chapitre dans ce futur alternatif (oui, je prie pour qu'il y ait du Chasefield même sous-entendu dans la suite xD)
Et je suis même pas désolée pour le très mauvais jeu de mot du titre de ce chapitre, j'en suis même plutôt fière à vrai dire.
En tout cas, n'hésitez pas à me laisser vos impressions sur cette fiction, je ne mords pas, je promets.
Kiwi
Chapitre 2
CHASING AFTER THE HIPSTER
Max avait perdu le fil du temps, ce qui était assez paradoxal avec son pouvoir de voyageuse temporelle. Assise dans le salon de Chloé, face à sa meilleure amie, elle s'était abandonnée à la sérénité de sa présence. Chloé avait toujours eu cet effet là sur elle… qu'elle soit la fille énergique de leur enfance, la punk tatouée de sa réalité spatiale où cette fille assagie par les épreuves qui la regardait avec tendresse, à ses côtés, elle se sentait en paix.
Au dehors, le soleil avait bien décliné dans sa course quotidienne et le crépuscule approchait à grand pas. Sa luminosité avait changée. Il teintait de nuances d'orange et de rouge le ciel au-dessus de l'océan avec une poésie chaude qui lui était propre.
- Je ne sais pas comment tu arrives à croire tout ce que je viens de te dire, avoua la petite brune à mi-voix, troublée.
Elle venait de passer la journée la plus longue et la plus douloureuse de sa vie. Comment avouer à quelqu'un de si proche que vous étiez la cause de son handicap… ? Comment lui avouer que vous aviez ruiné sa vie en voulant faire le bien ?... Max ne pouvait échapper à ce sentiment écrasant de culpabilité qui étreignait sa poitrine et lui faisait gratter nerveusement son avant-bras. Sa peau avait rougie sous ses griffures répétées, mais elle ne pouvait s'empêcher de continuer et continuer à chaque fois qu'un nouvel aveu franchissait ses lèvres.
Chloé sourit tendrement avant de taper du bout des doigts une réponse sur le petit clavier intégré à sa chaise électrique.
« Je te croirai toujours, Max. Peu importe ce que tu me dis. Tu es ma meilleure amie. »
Max lut sa réponse avec un petit sourire triste. Son honnêteté lui transperça le cœur aussi bien qu'une lame de couteau. Oui, elle était sa meilleure amie. Et la cause de sa souffrance.
- Ca n'explique pas tout, Chloé, répliqua-t-elle en peinant à dissimuler le regret dans sa voix. Je viens de te dire que c'est à cause de moi que…
Elle s'arrêta, son regard parcourant la silhouette de son amie fixée dans sa chaise qui la maintenait en vie.
- … que tu es comme ça… souffla-t-elle de manière inaudible.
Max sentit les larmes remonter le long de sa gorge, et se battit pour les étouffer avant qu'elles n'atteignent ses yeux. Elle contracta ses cordes vocales pour refouler son débordement et déglutit difficilement.
Déteste moi… hurla-t-elle, au bord du désespoir.
Mais quand elle ouvrit la bouche en voulant formuler son désir de châtiment, sa voix se brisa sous l'effort et elle la referma sans dire un mot. Elle n'arrivait pas à croire que l'univers puisse se montrer si injuste. L'équilibre, toujours ce putain de respect de l'équilibre. Une vie pour une autre. Le sauvetage de William pour la tétraplégie de sa fille. Un père de famille en vie pour une autre vie ruinée à jamais dans un fauteuil roulant…
Deux ans plus tôt, alors que Max se trouvait déjà à Seattle depuis trois ans, Chloé, ses 16 ans à peine révolus, prenait possession de sa première voiture. Un pick-up rouge presque neuf, cadeau de ses parents juste après l'obtention de son permis. Ils lui avaient fait comprendre que c'était également une récompense pour ses bonnes notes au lycée très privé de Blackwell. Derrière ses airs décontractés qui lui attiraient la sympathie de tous, Chloé avait toujours été une tête. Et apparemment son amie lui avait envoyé une photo numérique où elle posait devant son bolide, accompagnée du mot « Quand tu reviendras dans le trou du cul du monde, on fuira cet endroit pour faire un road trip jusqu'au Canada. Promis ? ». Du Chloé tout craché. Et Max savait que la personne qu'elle devait être dans cette réalité, aurait adoré partir à l'aventure à ses côtés. Elles en avaient rêvé, petites. Chloé l'avait bassiné pendant des années sur sa faculté à chasser le caribou pendant qu'elle photographierait la vie sauvage et la nature glacée…
Cela ne se réaliserait jamais.
Trois mois plus tard, sa vie prenait un tournant cruel. Et Chloé se retrouvait là, cloisonnée dans une chambre de l'hôpital d'Arcadia Bay pendant plusieurs mois, la moelle épinière touchée et aucune meilleure amie à l'horizon pour rester à son chevet. Elle l'avait abandonné ici aussi. Elle n'avait pas été là pour elle quand Chloé avait eu le plus besoin d'elle.
Max contracta ses phalanges pour retenir les larmes qui montaient avec une nouvelle ferveur. Elle serra même les dents à s'en cisailler les mâchoires.
Pourquoi tant d'injustice ?... Pourquoi ?... Elle avait fait quelque chose de bien, bon sang !... Elle avait voulu aider une famille déchirée par le chagrin… elle avait empêché William de mourir… alors pourquoi tant de mal…
Elle fut interrompue dans sa torture mentale par le petit bruit d'un clavier sur lequel on tapait à répétition. Elle releva machinalement la tête vers le visage de Chloé. Cette dernière la regardait fixement dans un mélange de fascination et d'excitation. Son sourire amical brillait de l'intelligence ironique dont elle faisait preuve à chacun de ses mauvais coups. Max superposa mentalement ce sourire à celui de la rockeuse de sa mémoire qui lui proposait de boire de la bière en shootant des canettes avec un pistolet.
« Imagine tout ce qu'on pourrait faire avec ton don, Maxipad ! » écrivit-elle, son sourire s'élargissant encore plus, si cela était possible.
Max soupira longuement dans un petit rire nerveux et saccadé en secouant la tête de droite à gauche. C'était vraiment tout ce qu'elle avait retenu de son speech catastrophique sur l'altération de la trame temporelle ? Fichue Chloé. Toujours égale à elle-même.
- C'est quoi que tu n'as pas compris quand je t'ai dit que la dernière fois que tu as voulu jouer à Dieu avec, ça s'est mal terminé ?
« J'ai seulement retenu le fait que je pouvais être Dieu. »
- Etonnant…
Max roula des yeux sans pour autant pouvoir effacer le petit sourire que Chloé faisait naître au coin de ses lèvres. Il était empreint d'une tristesse coupable, mais pour la première fois depuis le début de la journée, il était sincère.
- Je dois vraiment répéter le fait que je t'ai regardé te tirer dans l'estomac quand tu as visé le pare-choc d'une voiture, avant que tu me supplies de revenir en arrière pour te sauver et t'empêcher de le refaire ?
« Oui mais… »
Max l'interrompit dans son écriture.
- Et qu'en voulant montrer à quel point tu es super cool et désinvolte, tu as failli te faire écraser par un train ?
« Vrai... »
- Merci… répondit Max dans un petit soupir soulagé de la faire enfin entendre raison.
« Mais actuellement je ne pourrai ni tenir un pistolet, ni marcher sur des rails. Donc rien à craindre à ce niveau là. Et puis… tu m'as sauvé à chaque fois, je remarque. »
La petite brune sentit un poids monstrueux écraser soudainement son ventre comme si une brique venait de tomber dans son estomac. Elle regarda la silhouette de la fille Price avec affliction. Elle ne pouvait pas la fixer dans les yeux. C'était trop dur… elle y aurait vu le reflet de sa propre culpabilité.
- Apparemment pas à chaque fois… murmura-t-elle dans un souffle brisé entre ses dents serrées.
« Max. Tu as empêché mon père de mourir. » Écrivit-elle très sérieusement, son regard dur et droit. « Je n'aurais peut-être jamais la chance d'être une punk aux cheveux bleus super sexy, mais je suis heureuse comme ça. »
- Je ne sais pas comment tu fais pour ne pas m'en vouloir… C'est de ma faute, merde !
Chloé sourit de nouveau tendrement avant d'arquer son sourcil droit malicieusement.
« Je ne regrette qu'une chose. »
Elle marqua une pause dans son écriture pour laisser le temps à Max de lire et de ressentir le suspense qu'elle voulait mettre en avant. La photographe lut en se penchant légèrement, puis la regarda en fronçant les sourcils, attendant qu'elle poursuive. Son cœur battait d'appréhension.
« Dans ce passé que tu me décris, reprit Chloé, je savais crocheter des serrures, tirer au révolver, me comporter en vrai pirate, boire de la bière, vivre sur un bateau dans une décharge et… je t'ai poussé à m'embrasser. »
Elle rit silencieusement à sa propre blague, mais ses yeux étaient la voix de son silence. Ils dévoilaient avec grand bruit son sincère amusement et la fierté déplacée de réussir à faire tourner sa meilleure amie en bourrique sans même forcer.
Max détourna les yeux en râlant, les sourcils froncés en une courbe faussement contrariée. Ses joues prirent une jolie teinte rosée qu'elle essaya de dissimuler ne faisant que renforcer l'hilarité de la châtaine aux cheveux mi-longs.
- Chloé ! S'outra-t-elle avec véhémence. Je n'aurais jamais dû te raconter ça…
« Je tiens à noter que peu importe l'univers dans lequel je me trouve, je suis toujours aussi irrésistible et pleine de ressources. C'est bon à savoir. »
- Tu es surtout exaspérante.
« Aussi. Mais ça fait partie de mon charme.»
Max roula des yeux avec amusement déclenchant une nouvelle vague de rire inaudible chez son amie qui se réjouissait de la retrouver. Leur mini-dispute aurait pu continuer encore longtemps si l'entrée de William Price dans le salon ne les avait pas interrompues. Son sourire de papa poule collé aux lèvres, il s'appuya contre l'encadrement de la porte.
- Désolé de vous déranger en pleine réunion au sommet, les filles, mais il y a quelqu'un dehors qui demande à parler à Max. Apparemment ça fait dix minutes qu'elle attend… je lui ai proposé d'entrer, mais elle a préféré patienter sur le perron.
Il indiqua la porte d'entrée de son pouce, sa main fermée sur elle-même en mimant un geste par-dessus son épaule pour montrer le couloir dans son dos. Max se redressa du canapé, ses sourcils arqués en une question muette.
- Je n'attends personne…
William se contenta d'hausser les épaules et Chloé à ses côtés lui fit signe du regard d'aller voir. Max lui passa alors devant, le pas incertain, pour rejoindre le palier d'entrée. Elle n'avait dit à personne se trouver dans cette maison, pas même à Warren quand il lui avait demandé où elle comptait se rendre. Qui donc pouvait bien l'avoir suivie jusqu'ici ?
Le cœur battant un peu fort, elle ouvrit la porte principale dans un craquement de bois sec.
Au-dehors, légèrement appuyée contre la portière passager d'une voiture décapotable, se tenait Victoria Chase, bras croisés, la tête tournée vers l'océan. Le temps sembla ralentir jusqu'à se figer pour la brune. Les couleurs rougeoyantes du ciel de début de soirée éclairaient une partie de son visage, détourant ses traits angulaires et donnant l'impression qu'elle faisait partie d'un tableau de maître. Max sentit son souffle lui échapper et son pouls accélérer à cette vision. Toujours aussi fatalement ravissante dans une des ses tenues hors de prix, la blonde était là, immobile et silencieuse. Elle attendait patiemment. Quoi ? Max ne le savait pas. Et bien que sous le choc de la trouver devant la porte de Chloé, elle prit une seconde pour l'observer sans un mot. Son visage était tourné vers l'horizon, en partie dissimulé derrière des lunettes de soleil d'un noir rosé. Ses courts cheveux blonds toujours impeccablement coiffés retombaient sur l'une de ses tempes et brillaient légèrement sous les derniers rayons solaires. Elle semblait dans ses pensées, préoccupée. La photographe pouvait le dire rien qu'à sa façon nerveuse de tapoter ses doigts contre son bras opposé. Max respira de nouveau. Victoria était toujours sublime quoi qu'elle fasse, c'était indéniable. Ses longues jambes croisées au niveau de ses chevilles renforçaient la linéarité de sa grande silhouette vêtue d'un cardigan gris souris à col ocre.
Il était presque rageant de constater qu'elle possédait naturellement cet air de femme chic et admirable, si l'on omettait son caractère exécrable et son amour pour les persécutions.
- Max, tu es là, fit-elle dans un souffle en portant son regard dans sa direction.
La petite brune hoqueta, revenant brutalement au présent. Le temps reprit son cours naturel. Etait-ce du soulagement qu'elle venait de percevoir dans sa voix ? Elle n'en était pas certaine. Victoria décroisa ses bras et Max put voir la profonde inquiétude qu'elle avait entraperçue un peu plus tôt se dessiner sur son visage malgré ses lunettes de soleil. Elle n'avait pas besoin d'en dire plus. Sa seule manière anxieuse de prononcer son prénom en disait long. Max en fut de nouveau troublée. Elle n'avait pas l'habitude de sentir une telle incertitude dans sa voix habituellement tranchante.
- Victoria ?... M-mais qu'est-ce que tu fais là ? Réussit-elle à demander en dissimulant sa stupéfaction dans une voix maîtrisée.
La blonde s'écarta de sa voiture pour lui faire signe de monter d'un petit mouvement strict du menton.
- Monte. On discutera plus tard, lui intima-t-elle sèchement mais sans la moindre trace de méchanceté ni de menace.
Pourtant, c'était toujours un ordre. Et Max sentit son sang bouillir par rébellion. Après tout ce qu'elle venait de traverser, elle ne se sentait pas la force de subir les brimades de cette peste. Qu'elle aille se faire voir.
- Et si je n'ai pas envie ? Rétorqua Max avec affront, les sourcils froncés et l'œil brillant de colère. Tu crois que tu peux débarquer comme ça et me demander de te suivre sans la moindre explication ?
Victoria qui contournait son bolide pour rejoindre le côté conducteur, se figea brusquement. A ce signal, Max sentit l'orage arriver, noircir le ciel et venir planer au dessus de sa tête. Elle aurait mieux fait de se taire, c'était certain… mais elle le réalisa trop tard… Elle put voir tous les muscles de Victoria se tendre un à un, à quelques mètres d'elle. Son dos se redressa et le port de son menton se fit sévère. La brune admira en moins d'une seconde comment son masque de Reine de Blackwell venait d'effacer son instant de tendresse et d'incertitude. Puis Victoria tourna sa tête d'un quart de tour pour dévisager la petite photographe, une expression indéchiffrable sur le visage. Max sentit la frustration emplie de colère de son ennemie la frapper au creux de l'estomac et l'électricité statique planer dans l'atmosphère. Mais la châtaine resta campée sur ses positions, les poings serrés pour tenter de paraître impressionnante.
Victoria fronça les sourcils avec son habituel air contrarié.
- Je ne me répéterai pas, Caulfield, fit-elle froidement. Monte dans cette voiture.
Elle détacha chaque mot comme pour marquer leur importance, puis ouvrit la portière du côté conducteur et se glissa sur le siège en cuir beige de son Aston Martin blanche. Max la regarda faire sans bouger d'un pouce. Aucun muscle de son corps ne daignait faire le moindre mouvement. Son cerveau tournait à plein régime, analysant les différentes possibilités. D'une part elle avait envie de la suivre pour comprendre la personne qu'elle était dans cette réalité et dont elle ignorait tout, mais de l'autre… C'était Victoria Chase dont on parlait. Tout contact avec elle pouvait s'avérer dangereux et toxique. Voire complètement factice. Elle pouvait très bien être en train de se jouer d'elle et la diriger droit dans un de ses pièges de mauvais goût.
En quête de soutien, Max coula un regard vers l'intérieur de la maison de Chloé. Sa meilleure amie l'avait suivie et se tenait dorénavant au milieu du couloir. Ses yeux bleu-océan lui renvoyaient sa propre incertitude quant à la conduite à tenir.
Ses yeux… ils parlaient tellement. Beaucoup plus qu'avant, maintenant qu'elle y faisait attention. Elle n'avait pas besoin de mots pour la comprendre. Et Max se sentit mise à nue à sa façon de lui transmettre ses pensées comme si elle les partageait.
- Mais et toi ? Finit-elle par demander à la réponse muette de sa question inexistante.
« Tu me raconteras demain, Max. Va la voir. Le reste peut attendre. Elle détient les réponses dont tu as besoin… et ça a l'air important. »
Max pesa le pour et le contre quelques secondes encore.
« File, j'ai dit. Et pas de bêtises. »
La photographe esquissa un petit sourire en coin amusé. Même Chloé lui donnait des ordres… elle s'avança alors vers elle et se pencha pour lui déposer un baiser sur la joue.
- Demain, promis.
Chloé lui fit un clin d'œil complice et, sans un mot de plus, Max fit demi-tour pour se diriger à contre cœur vers la voiture de collection qui ronronnait de manière mécanique. Elle ouvrit la portière passagère et se laissa tomber sur le siège aux côtés de Victoria qui resta murée dans son silence. Désolée, elle lança un dernier regard à sa meilleure amie dans un petit signe d'au revoir de la main alors que le véhicule sortait lentement du bas côté pour revenir sur la route. Elle ne savait pas dans quoi elle s'embarquait, mais si les choses tournaient mal elle pourrait toujours remonter le temps et modifier son choix d'avoir fait confiance à Victoria.
Le début du trajet parut interminable à la plus petite des deux photographes. Pendant de longues minutes, aucune d'entre elles ne tenta de briser le lourd silence qui régnait dans l'habitacle. Et cela ne fit que renforcer la tension déjà palpable. Il devint rapidement pénible de respirer dans la voiture pourtant à ciel ouvert et Max accueillit avec joie la musique électro au beat répétitif en provenance de la radio qui comblait les non-dits. Mal à l'aise, la jeune femme se concentra dessus pour tenter de s'occuper l'esprit et empêcher ses doigts de se tordre à cause du stress. Elle n'en connaissait pas le titre mais quelque part dans les méandres de sa mémoire, l'air lui semblait familier. Les paroles lui venaient et dansaient dans ses pensées naturellement, comme si leur suite paraissait logique. Elle avait déjà dû entendre la chanson tourner sur les stations dans son véritable passé pendant ses devoirs en compagnie de Kate et Warren. Et si l'idée d'en demander le nom à Victoria pour essayer de débuter une conversation lui traversa l'esprit, elle n'arriva pas à s'y résoudre. Elle eut beau essayer, elle ne put formuler sa demande. Les mots se formèrent dans sa tête avec une tournure ne pouvant pas être interprétée comme agressive. Mais quand elle ouvrit la bouche pour la vocaliser, rien ne se produisit. Elle pinça ses lèvres, espérant que Victoria n'ait pas assisté à sa veine tentative de briser la glace.
Un coup d'œil sur sa gauche lui révéla que ce n'était pas le cas, à son grand soulagement. La blonde continuait de fixer la route loin devant elle, ses doigts manucurés crispés sur le volant en cuir. Max détourna le regard presque instantanément de peur d'être prise en flag en train de l'observer. Elle porta plutôt ses yeux sur le paysage marin qui défilait à sa droite alors qu'elles longeaient la côte. Eviter tout contact visuel avec sa chauffeuse lui semblait encore la meilleure chose à faire pour ne pas déclencher une catastrophe par inadvertance… ou une vague d'insultes. Alors, toujours en silence, immergée dans le son de la radio, Max tenta de se détendre en se laissant aller au confort des sièges en cuir qui épousaient parfaitement la cambrure de son dos et le creux de ses reins. Elle sourit intérieurement. C'était la première fois qu'elle se retrouvait dans une voiture décapotable. La sensation du vent chaud qui dansait sur sa peau et décoiffait sa chevelure en toute liberté était loin d'être désagréable. Elle aurait pu s'abandonner à l'impression de voler, si le malaise de la situation présente ne l'ancrait pas si durement à la réalité.
- D'où tu sors ces fringues de prolétaire ? Finit par demander Victoria sans détourner le regard de sa conduite. Elles ne sont pas à toi.
Max baissa le nez vers les vêtements bon marché que Warren lui avait prêté.
- Ah euh… ils appartiennent à la copine de Warren, Stella, bafouilla Max, surprise par la tournure de la conversation.
Bien évidemment… soupira-t-elle en son fort intérieur. Elle aurait dû s'attendre à parler de mode et de design avec la blonde, c'était une évidence. Le style vestimentaire devait être la première chose qu'elle remarquait chez les autres quand son regard se posait sur eux. Et Max était bien placée pour le savoir. Elle avait subit plus d'une fois ses remarques hautaines et perfides pour savoir que son propre style soulevait le cœur de Victoria. Mais à dire vrai, ce qu'elle portait actuellement était le cadet de ses soucis face à la condition de Chloé et son arrivée dans un futur alternatif.
- Warren ? Grogna l'héritière Chase en fronçant son arcade sourcilière et l'arrête de son le nez en une courbe contrariée. Qui c'est celui la ? Pourquoi j'en ai jamais entendu parler ?...
Ouch. Mauvaise réponse. Apparemment ce n'était pas ce que l'autre Max aurait dit. Victoria n'était pas contente. Et c'était peu de le dire, vu l'aura de danger qui se dégageait d'elle sans même qu'elle ne dévie le regard de la route. Max paniqua pendant une seconde. Avait-elle dit quelque chose qu'il ne fallait pas ?... Devait-elle revenir en arrière ? Elle ne le savait pas vraiment, mais elle décida de calmer le jeu immédiatement. A sa manière sèche de parler, on aurait dit que la blonde était prête à abattre quelqu'un. Et Max ne voulait en aucun cas être un dommage collatéral…
- Euh... oui, Warren. C'est une… connaissance, je crois ? Hésita-t-elle, peu sûre de la manière d'aborder le sujet. (la petite brune marqua une pause, coulant un regard vers Victoria qui serrait son volant à s'en faire blanchir les phalanges) Il étudie les sciences et le cinéma à Blackwell… on est dans la même classe de chimie et de math. On s'est parlé quelques fois et ça s'est arrêté là…
Un petit silence lui répondit, assorti d'un soupir agacé.
- Je croyais que tu ne t'asseyais qu'à côté de Juliet en chimie, ou Taylor à l'occasion.
Mais c'est qu'elle connaît toute ma vie en plus, réalisa Max en maudissant son autre version d'elle-même pour tout raconter à sa soi-disant copine. L'autre Max ne l'aidait pas à construire un mensonge solide.
- En fait… On a eu des exercices communs en travaux pratiques deux ou trois fois, affirma-t-elle avec un aplomb qui la surprit.
Elle dû se montrer convaincante aux yeux de Victoria, car un petit « hum » de consentement sembla lui prouver qu'elle acceptait son explication. Et pendant quelques secondes, Max crut s'en être tirée avec son interrogatoire. Elle souffla discrètement de soulagement. Mais la riche photographe était loin d'avoir terminé. Quand elle reprit la parole, le ton suspicieux de sa voix avait disparu mais pas celui virulent qui accompagnait son masque de garce.
- Tss… Sa copine a vraiment des goûts de merde, argua-t-elle, avec un sarcasme acéré. A moins que ton Warren ne sorte avec une gamine de six ans… Je ne veux pas savoir.
Max ne put retenir le petit rire amusé qui franchit ses lèvres à sa raillerie malgré l'insistance mordante qu'elle sentit sur le possessif envers Warren. Elle ne pouvait pas donner tord à la blonde sur ce point là. Ces vêtements étaient vraiment une horreur, c'était la vérité. Mais elle préférait les avoir sur le dos plutôt que devoir à se balader en pyjama dans la rue.
- Tu aurais préféré que je sorte en sous-vêtements dans la rue ?
Victoria resta presque de glace, mais Max put voir le sourire ironique qui dansa dans ses yeux et ses mains se détendre autour de son volant.
- Ca dépend quels sous-vêtements.
Max retint un rougissement qui chauffa ses joues et détourna la tête au cas où il se serait répandu pour de bon. Elle le fait exprès pour me déstabiliser, songea-t-elle en se reprenant. Ne l'écoute pas, Max, c'est une manipulatrice, tu le sais. Un nouveau silence s'installa à la suite de sa déclaration, mais Victoria le brisa plus rapidement que la première fois, coupant Katy Perry dans le refrain de Firework.
- Max… l'appela-t-elle doucement avec une faiblesse dans la voix qu'elle n'arriva pas à dissimuler.
Max sentit immédiatement qu'elle allait enfin aborder le vrai sujet qu'elle évitait depuis le début.
- Pourquoi tu as fui ce matin ?... Pourquoi tu es allée voir ce Warren ? Demanda-t-elle en tournant enfin la tête dans sa direction.
Ses yeux criaient une détresse qu'elle-même n'arrivait pas à comprendre.
- Ah… ça… murmura la châtaine, le cœur de nouveau au bord des lèvres, ses yeux trouvant un intérêt soudain pour ses mains qui s'entortillaient. C'est… compliqué.
- Je peux tout entendre.
Pour la deuxième fois dans la même journée, Max put entrapercevoir une expression emplie de douceur et d'incertitude passer sur le visage de la blonde, traverser son regard de jade. Victoria s'inquiétait pour elle sans pouvoir le cacher… ou plutôt sans vouloir le cacher. Et comme le matin même, dans sa chambre, cela la déstabilisa. Max dut se mettre une gifle mentale pour se convaincre que cette fille qui se tenait devant elle était bien Victoria Chase… la garce qui hantait ses cauchemars. Elle avait la même tête, la même taille, s'habillait de la même façon, et portait définitivement le même parfum à la fragrance entêtante que la brune avait déjà identifié comme « L'eau d'Issey » d'Issey Miyake par le passé. Max se rappelait lui avoir demandé son nom puis remonté le temps pour utiliser cette nouvelle information afin d'avoir un sujet de conversation avec elle. Pourtant, ses manières étaient bien différentes. Elle n'était pas la Victoria sans scrupule et condescendante qu'elle connaissait. Sa rudesse et ses airs contrariés n'arrivaient plus à donner l'illusion de sa fausse méchanceté. Son regard émeraude était une fenêtre ouverte qui donnait directement sur son âme… sans masque, sans déni et sans faux-semblant.
Max sentit sa nuque chauffer et de lentes gouttes de sueur rouler entre ses omoplates le long de sa colonne vertébrale. Elle garda le silence encore un petit moment. Ses pensées se bousculaient de plus belle dans sa tête, à la rendre dingue. Elle avait déjà vu Victoria se montrer gentille quand elles s'étaient retrouvées seules… mais pas 'faible' à ce point. Même couverte de peinture et humiliée elle avait été capable de sortir ses griffes, de feuler et de se défendre. Là, devant ses yeux, elle n'était plus qu'un chaton qui cherchait un point de repère. Une présence familière à laquelle se raccrocher.
Max déglutit. Elle pouvait lui mentir, faire comme si tout ce qui venait de se passer était un simple coup de stress et tenter de jouer le rôle de l'autre Max le temps qu'elle trouve une solution à son problème de futur alternatif. Ou bien… elle pouvait lui briser le cœur ici et maintenant et se défaire de son attache factice. C'était la chose la plus facile à faire, elle le savait.
- Maxine ?
Son ton était presque une supplique. La petite brune se rendit compte qu'elle avait dû rester silencieuse trop longtemps. Elle ressentit la crainte de Victoria grimper en flèche face à son absence de réponse.
A sa place, elle aussi aurait commencé à paniquer. Et Max se sentait tiraillée… elle n'arrivait pas à trouver une solution… elle n'avait pas le temps de réfléchir. C'était si difficile… Pourtant, elle n'arrivait pas à se résoudre au mensonge et l'usurpation d'identité… et elle arrivait encore moins à s'imaginer poignarder Victoria en plein cœur.
Max serra les mâchoires, contractant tous les muscles de son petit corps.
- Tu ne vas jamais me croire… souffla-t-elle avec désespoir, le cœur lourd.
- Arrête de tourner autour du pot, grinça la blonde en frappant du plat de la main sur le volant. Je peux comprendre si tu m'expliques !
- Je te dis que tu ne me croiras pas !
Pour toute réponse, Victoria exécuta un violent changement de direction qui fit crisser ses pneus et stoppa brutalement la voiture sur le bas côté de la route. Le bolide crachota, mais la grande blonde n'en tint pas compte. Elle coupa simplement le moteur, réduisant la radio au silence et laissant place au bruit de la ville alentour. Max se recula imperceptiblement dans son siège. La respiration de Victoria était forte, un peu rapide mais toujours maîtrisée.
- Si tu m'as trompé, dis le moi… cracha-t-elle en retenant avec grand peine sa colère. Je ne supporterai pas de l'apprendre par quelqu'un d'autre au détour d'un couloir…
Sa poitrine se soulevait rapidement et son souffle semblait lui obstruer la gorge. Max le comprit à sa façon de serrer des dents pour retenir ce qui l'étouffait. Elle souffrait autant physiquement que mentalement.
Muée par un réflexe qui la surprit, elle posa sa main sur celle de Victoria qui était crispée sur le pommeau de vitesse. Elle sentit la blonde se crisper, mais ne la retira pas.
- Je ne t'ai pas trompé, fit-elle avec une certitude qui ne laissait place à aucune objection. Warren est.. était juste un ami, se reprit-elle, que j'ai connu il y a longtemps.
La tête légèrement baissée, Victoria fronça les sourcils, mais cette fois d'incompréhension à l'entente de sa réponse. Max qui l'observait fixement, vit sa mâchoire se détendre légèrement et les muscles sous la paume de sa main se déraidir. La colère semblait refluer lentement de son visage pour laisser à Max le soin de s'expliquer même si ses gestes un peu sec trahissaient sa présence à fleur de peau.
- Que tu as connu il y a longtemps ?... Répéta Victoria en laissant les mots rouler sur sa langue comme pour mieux en comprendre le sens. Mais… Tu viens de dire que c'était juste une connaissance de classe, continua-t-elle.
La blonde secoua légèrement la tête en écartant les mains. Elle nageait en pleine confusion. Et il y avait de quoi. Max inspira profondément.
- Très bien. Je vais t'expliquer.
Le regard de Victoria, bien que troublé et perdu par tout ce qui venait de se passer, était d'une rare intensité qui tordit douloureusement l'estomac de la brune. La riche héritière ne dit rien, attendant certainement que Max commence à parler quand elle se sentirait prête. Elle lui en était reconnaissante pour cela.
- Avant de te dire quoique ce soit, est-ce que je peux te demander d'allumer la radio ?
Si Victoria parut surprise de la requête sortit de nulle part, elle fit un effort remarquable à ne rien laisser transparaître sur son visage impassible. Elle se contenta d'observer son opposante quelques secondes à la recherche d'une explication satisfaisante avant de s'exécuter sans le moindre commentaire. Immédiatement, une musique électro-pop fit vibrer les baffles avants et arrières du véhicule. Max se concentra sur le son des guitares et du synthé pour se rendre compte qu'elle n'en connaissait pas le titre, comme la plupart des musiques du genre que Victoria semblait affectionner.
- C'est quoi le nom de la chanson ? S'enquit-elle en pointant le poste radio du doigt.
Victoria redevint enfin elle-même, ou du moins celle qu'elle connaissait dans sa version officielle du présent.
- Je vois pas en quoi c'est important, argua-t-elle sèchement, ses sourcils recommençant à se froncer.
Max plongea son regard dans le sien sans ciller.
- Tu vas comprendre, donne moi juste le titre et le nom du chanteur, rétorqua la petite châtaine sans se démonter.
La blonde s'enferma de nouveau dans son silence tendu, ses yeux vert impérial sondant ceux de la photographe avec une minutie chirurgicale. Elle prit son temps, laissant la musique parler à sa place. Et Max crut qu'elle n'allait pas répondre avant de finalement la voir lâcher un soupir du bout des lèvres qu'elle déchiffra comme « n'importe quoi… ».
- Counting Stars de OneRepublic, finit par dire Victoria. Et ? En quoi ça nous avance ?
Son regard sévère ne laissait place à aucune forme de plaisanterie ; signe que Max avait intérêt à lui fournir une bonne explication. Mais la plus petite des deux tenta de l'ignorer pour se focaliser sur le nom de la radio qui défilait sur l'écran numérique de la décapotable. Puis elle appuya sur le bouton à droite qui changea la station sur la fréquence supérieure. Une chaîne d'information locale.
« - … nous pouvons être fiers d'avoir parmi nous aujourd'hui, le célèbre écrivain de 'Tempête Citadine' qui a fait un tabac ces derniers mois. (il y eut un petit applaudissement dans le studio, laissant le temps au présentateur de reprendre) Et John MacGrave, ici présent, a gentiment accepté de répondre en direct à toutes vos questions. Il vous suffit pour cela d'appeler le standard... »
Max écouta attentivement l'échange grésillant qui s'ensuivit avec la réponse de l'auteur qui disait être prêt à débattre sur la portée psychologique de ses écrits, tout en faisant signe à Victoria de garder le silence quand celle-ci fit mine de vouloir protester. A son geste autoritaire, la blonde leva les mains au ciel dans un roulement des yeux agacé. « Mais qui m'a fichu une abrutie pareille ?... sérieusement. », lâcha-t-elle, sa main gauche venant se planter au niveau de sa tempe.
Encore une fois, Max ne tint pas compte de ses sautes humeurs pour se tourner vers la route à sa gauche et voir une vieille Cadillac noire et blanche se faire doubler à toute vitesse par une petite voiture à la peinture écaillée. Cette dernière ne renfermait personne d'autre que Justin et Trevor, leur musique rugissant par les fenêtres ouvertes. Okay. Parfait. Elle avait presque tout ce qui lui fallait. Il ne lui manquait plus qu'une chose pour pouvoir se montrer convaincante. Elle reporta son regard sur Victoria qui lui retourna un air peu avenant.
- C'est bon ? T'as fini de m'ignorer ou tu veux peut-être aussi écouter mon CD de Rihanna ? Je pense que je vais pouvoir réécrire Man Down pour toi en Woman Down à force, lança-t-elle avec son sarcasme habituel.
Oh. Cette référence est très adéquate, Vic, tu n'as même pas idée. Et plutôt drôle en plus.
- Est-ce que tu as sur toi quelque chose qui m'appartient mais dont je ne suis pas au courant ? La coupa la petite châtaine.
- Quoi ?... Mais de quoi tu parles, hipster ?
- Est-ce que tu as sur toi quelque chose que j'ignore ou dont tu ne m'as jamais parlé ?
Victoria l'observa avec insistance avant de tirer son téléphone portable de sa poche. Ignorant la brune qui essayait discrètement de se pencher pour voir ce qu'elle faisait, elle appuya plusieurs fois sur un dossier de l'écran tactile avant de dévoiler une photographie de Max endormie.
L'intéressée arqua un sourcil, faisant soupirer Victoria qui aurait voulu ne pas avoir à s'expliquer là-dessus.
- J'ai pris cette photo de toi le jour où tu as accepté de dormir dans ma chambre pour la première fois. Je me suis réveillée avant toi et saisit l'instant parce que je voulais m'en rappeler. Contente ? Grogna-t-elle en dissimulant partiellement la teinte rosée qui se répandait sur ses oreilles malgré son état d'énervement avancé.
- C'est parfait.
- Et maintenant, tu vas me dire ce que…
Sans une autre explication, Max tendit sa main droite vers l'avant. Elle libéra son pouvoir sans la moindre retenue. Il se déversa comma un torrent furieux à travers ses veines pour exploser à l'air libre et stopper ce futur dont elle ne voulait pas. La brune vit avec une pointe de satisfaction et de mélancolie toute la scène qu'elle venait de jouer se répéter à reculons comme on aurait rembobiné une vieille cassette VHS tout en voulant la visionner. Les sons se firent indistincts et parasites, les expressions sur le visage de Victoria repassèrent de la colère à l'exaspération en passant par la confusion à vitesse grand V. Tout se répétait avec une précision effrayante. Et quand Max arrêta le flux de son don temporel, une légère migraine perça instantanément ses tempes le temps qu'elle se réhabitue à la reprise normale du cours du temps.
- Si tu m'as trompé, dis le moi… Répéta Victoria avec exactement le même ton haineux que tout à l'heure. Je ne supporterai pas de l'apprendre par quelqu'un d'autre au détour d'un couloir…
Il fallu à Max une seconde pour se souvenir de ce qu'elle lui avait répondu, s'octroyant un regard dur de la part de la blonde qui attendait sa tentative de défense.
- Je ne t'ai pas trompé, fit-elle pour reprendre ses mots exacts. Warren était juste un ami, que j'ai connu il y a longtemps.
Cette fois, elle n'avait pas mélangé ses différents vécus. Warren n'est pas un ami, il était un ami. Ici, dans cette réalité, ils ne se connaissaient pas, ne vivaient pas dans le même monde. Et cela extorqua à Victoria l'exacte expression confuse qu'elle avait prise en analysant sa phrase un peu plus tôt.
- Que tu as connu il y a lon…
- Oui, que j'ai connu il y a longtemps, alors que je viens de te dire que ce n'était qu'une connaissance, l'interrompit Max sans tressaillir.
Victoria la dévisagea avec stupeur, l'incompréhension se reflétant dans ses yeux verts royaux. Elle voulut ouvrir la bouche pour dire quelque chose, mais se ravisa pour finalement se contenter d'un « On dirait que tu lis dans mes pensées, Max… Mais oui, c'est ce que j'allais dire. »
- Je ne lis pas dans tes pensées, si ça peut te rassurer, la corrigea la châtaine avec douceur en sachant que c'était maintenant qu'il fallait qu'elle la joue fine si elle voulait convaincre son ennemie jurée, le tout, sans la brusquer. Comment dire… J-je voyage dans le temps… je sais donc ce qu'il va se passer.
- Encore cette histoire ? Soupira-t-elle en roulant des yeux. Je t'ai dit que c'était un cauchemar ce matin… Tu sais, je pense que c'est lié à une retombée du stress post-exams et que tu devrais te reposer.
- Non, Victoria. Ce n'était pas un cauchemar, reprit la brune, calmement, sans hausser la voix. J'aurais vraiment préféré que cela en soit un… mais je voyage vraiment dans le temps, et j'ai un moyen de te le prouver.
Devant sa certitude, la blonde se tut en croisant les bras. De toute façon lorsque Max était comme cela, rien ne pouvait la faire changer d'avis. Alors elle attendit, le regard tout sauf sympathique. Elle la mettait au défi de lui trouver une raison valable à tout ce charabia incompréhensible pour prouver qu'elle ne la trompait pas avec Warren. Elle lui souhaitait bien du courage.
And the show must go on, s'encouragea Max en priant Freddy Mercury pendant une infime seconde. C'était maintenant qu'elle lançait une bombe atomique sur la tête de Victoria Chase et espérait qu'en explosant, ce ne soit pas sa propre mort qu'elle entraîne.
- Tu vas allumer la radio, et il y aura Counting Stars de OneRepublic en train de tourner, commença-t-elle en désignant du regard le poste électronique.
Victoria arqua un sourcil, mais n'esquissa pas le moindre geste.
- Vas-y, je te dis ! Allume la, tu verras, l'incita Max, le regard plein de confiance. Qu'est-ce que tu as à perdre ?
- Moi rien. Toi, ta crédibilité.
Mais Victoria tendit quand même le bras en direction de sa clé de contact qui une fois tournée, alluma automatiquement la radio. Naturellement, la blonde tendit l'oreille vers le son pop qui résonna dans son véhicule, reconnaissant sans peine les paroles suivantes « And I, I, I feel something so right doing the wrong thing… cause everything that kills me, makes me feel alive. ». Que la foudre lui tombe dessus. Counting Stars de OneRepublic. Sans le moindre doute possible. La fan de mode écarquilla légèrement les yeux sans pour autant dire quoique ce soit. La tête penchée sur le côté, elle continuait d'écouter les paroles de la chanson comme si elle s'attendait à ce que le présentateur soit de mèche dans cette supercherie de mauvais goût. Mais non. Et son silence prolongé suffit à Max qui enchaîna sur la suite de son programme en respectant le timing qu'elle s'était fixé dans son essai précédent.
- Un coup de chance, tu me diras ? S'amusa tristement la brune devant son air surpris. Change donc de station vers la droite en appuyant une fois. Tu vas tomber sur une interview du romancier John MacGrave à propos de son bouquin 'Tempête Citadine'.
Toujours perturbée par la chance phénoménale de sa copine, Victoria appuya cette fois ci sur le bouton indiqué sans chercher à protester.
«… parmi nous aujourd'hui, le célèbre écrivain de 'Tempête Citadine' qui a fait un tabac ces derniers mois. »
-Ils vont applaudir, commenta simplement Max, puis MacGrave va accepter de répondre aux questions des auditeurs et vouloir débattre sur la portée psychologique de son bouquin.
Comme obéissant à sa volonté, un petit applaudissement retentit au fond du studio, avant que le présentateur ne reprenne la parole, sous l'air abasourdi de la blonde.
« Et John MacGrave, ici présent, a gentiment accepté de répondre en direct à toutes vos questions. Il vous suffit pour cela d'appeler le standard au 6802525 ou de laisser un message sur le facebook de la radio précédé d'un hastag JohnMacGrave. (le présentateur reprit sa respiration) Maintenant, John, dites moi ce qui revient le plus souvent dans vos écrits !
- Oh (il rit), on arrête jamais de me faire part du caractère très psychologique de mes romans. Je pense que si l'on veut débattre là-dessus on risque d'y être jusqu'à demain matin. »
Bouche-bée, Victoria détourna la tête de son poste de radio pour chercher le regard océan de Max dans lequel elle se noya. La petite brune paraissait presque désolée, bien que la confiance qui brillait dans son regard démentait les excuses que Victoria s'attendait à entendre sortir de sa bouche.
- Dis-moi que c'est une plaisanterie… souffla-t-elle, sous le choc.
- Pas tout à fait, non… et si tu n'arrives pas encore à me croire, d'ici quelques secondes, une vieille Cadillac noire et blanche va nous passer à côté et sera doublée par la voiture de Justin et Trevor avec la musique à fond.
Son ton était tellement assuré que la blonde en frissonna d'horreur. Mais encore une fois, elle se plia à la demande de Max, et porta son regard sur sa gauche où, effectivement, une Cadillac venait de sortir du virage. Elle roulait assez lentement, mais Max ne pouvait pas l'avoir vue avant de prédire son arrivée. Et quand une petite voiture cabossée se déporta sur la gauche à toute vitesse, la musique hurlant par les fenêtres ouvertes, Victoria crut que son cœur allait s'arrêter. C'était bel et bien Justin et Trevor assis à l'avant, totalement obnubilés par leur musique. Ils dépassèrent sa décapotable sans même les remarquer.
Victoria sentit son cœur tambouriner contre sa poitrine. Ce devait être une blague. Une grosse blague… C'était trop gros. Max ne pouvait pas… remonter le temps ?...
- Et pour finir, reprit la châtaine sur un ton grave, tu as sur toi quelque chose dont tu ne m'as jamais parlé et que tu ne m'as jamais montré…
La riche héritière se figea.
-Qu'est-ce que tu rac…
Max l'interrompit sans lui laisser le temps d'aller au bout de sa pensée.
- Dans ton portable, dans un de tes dossiers photos privés protégé par un mot de passe, il y a une photo de moi, endormie dans ta chambre. C'était la première fois que je dormais avec toi, et ce matin là, tu t'es réveillée la première exprès pour prendre ce cliché car tu voulais te souvenir de ce moment. Je ne connais pas ton mot de passe et je serai donc incapable de te fournir la preuve de ce que j'avance, mais je vois dans tes yeux que tu sais de quoi je parle.
Un lourd silence suivit ses propos. Victoria la regardait au fond de ses prunelles azurée sans ciller, immobile. Son regard hésitant trahissait un trouble profond, même si Max décela quelque part une sérénité qui peu à peu reprenait ses droits en même temps que la réalisation de tout ce qui venait de se passer.
- Depuis combien de temps ? Demanda Victoria, la gorge sèche.
Max secoua la tête en la regardant sans comprendre.
- Depuis combien de temps, quoi ?
- Depuis combien de temps tu sais que tu peux remonter le temps ?...
La petite brune se gratta nerveusement l'avant-bras du bout des ongles. Il fallait qu'elle le dise. Il fallait qu'elle stoppe cette mascarade.
- C'est là que ça devient compliqué… avoua-t-elle en baissant les yeux, J-je ne suis pas la Max que tu connais… Je ne suis pas la personne que tu aimes, Victoria.
- Comment ça tu n'es pas la Max que je connais ?... tu ne peux pas être toi et ne pas être toi… S'exclama-t-elle, secouée par tout ce qu'elle devait digérer.
Max afficha un petit sourire contrit qui ne rassura pas le moins du monde la Reine de Blackwell.
- Je t'ai dit que je pouvais remonter dans le temps tout à l'heure… (elle marqua une pause, accompagnant ses mots de vagues gestes des mains) et bien en remontant dans le temps, j'ai changé le futur sans le vouloir. Enfin si, je le voulais… mais pas comme ça. Je voulais sauver le père de Chloé d'un accident de voiture, mais à la place c'est Chloé qui en a eu un… Et puis je me suis retrouvée ici, avec toi.
La petite photographe s'arrêta dans sa cascade de mots le temps de reprendre son souffle et de calmer son pouls qui menaçait de faire imploser ses veines.
- Je ne suis pas le personne que tu connais, répéta-t-elle, parce que je viens d'un passé alternatif au tien. Un passé dans lequel toi et moi, on se détestait…
La suite prochainement !
Pour ceux qui se demandent à quoi ressemble la voiture de Icky Vicky, c'est une Aston Martin Vanquish Volante blanche, parce que la classe britannique lui va bien au teint.
