Secrets et secondes chances
Disclaimer : Cette fanfiction appartient à Dragongirl16, et je ne fais que la traduire avec sa permission. Bien évidemment, rien ne m'appartient, et l'auteure Dragongirl16 ne se fait pas d'argent avec cette fanfiction. L'univers de Harry Potter appartient à J.K. Rowling.
Un grand merci à Coralie d'avoir relu ce chapitre. Pour information, ce chapitre n'a eu qu'une seule bêta-lectrice, aussi il risque de rester quelques fautes malgré mes nombreuses relectures : n'hésitez pas à me les signaler !
Comme d'habitude, je tiens à remercier tous ceux qui ont laissé un petit mot : shishi-sama76, The son of Lilith, Cecilia411, Xou, SianBlack, BellatrixStilinskiSalvatore, bdf007, Louisana NoGo, Mojo the big jojo, Morgane93, Chickiri, Louvy, xKatsuu et Poussy. Ça m'encourage toujours énormément ! :-)
Encore désolée pour cette (trop) longue attente. Le chapitre 4 est déjà traduit, aussi j'espère pouvoir le mettre en ligne dans les prochains mois (le temps qu'il soit corrigé par mes bêtas), et je vais m'attaquer au chapitre 5 sous peu.
Sur ce, bonne lecture !
Chapitre 3
Une délicieuse odeur de plat cuisiné réveilla Harry. Il se tourna sur le dos et ouvrit lentement les yeux, fixant son regard au plafond.
Les Weasley, se rappela-t-il en essayant de mettre de l'ordre dans ses idées. C'est ici… mes enfants… Il inspira profondément et couvrit son visage de ses deux mains. Non, non, rappelle-toi, Harry. Tu es revenu, revenu dans le temps pour les sauver. Pour sauver tout le monde, bon sang. Il se frotta énergiquement la figure. Allez, reprends-toi.
Il abaissa ses mains. Il entendait des voix résonner dans l'escalier. Il avait toujours adoré la maison des Weasley – elle était le parfait opposé de Privet Drive. Les Dursley tenaient à ce que tout soit propre et en ordre, alors que la maison des Weasley baignait dans l'étrange et l'imprévisible. Elle avait été sa vision de la maison idéale plus tard, quand il avait épousé Ginny. Ginny, cependant, avait une idée bien différente de ce que devait être leur foyer.
Vivre avec Ginny et leurs enfants avait un peu été comme vivre au Terrier – mais les habitudes acquises auprès de sa famille avait fait d'Harry une sorte de maniaque de la propreté. Dès qu'elle le voyait faire le ménage, Ginny levait les yeux au ciel. Se charger de ce genre de tâche n'avait jamais gêné Harry – d'eux deux, c'était lui qui avait l'agenda le plus structuré, et il savait combien Ginny était fatiguée lorsqu'elle rentrait des entraînements de Quidditch, à l'époque où ils étaient jeunes mariés. Et puis, Harry aimait bien le ménage – enfin, ça, il ne l'aurait avoué à personne, à part sous la torture.
Chez les Dursley, nettoyer des objets était vu comme une punition, pourtant ils le laissaient décider de la façon de nettoyer. Dans une maison pleine de règles strictes, où il était constamment surveillé, Harry avait le choix sur comment nettoyer la salle de bain, quels produits utiliser, quels chiffons – tout cela, c'était lui qui le décidait. C'était l'une des seules choses sur lesquelles il avait le contrôle chez les Dursley, et ce sentiment de satisfaction avait perduré jusqu'à aujourd'hui.
La porte de la chambre s'ouvrit, faisant sursauter Harry. Fred passa la tête dans l'embrasure et grimaça en voyant la tête d'Harry, avant de lui adresser un franc sourire.
« Désolé, je ne voulais pas te réveiller. Maman voulait savoir si tu avais faim. »
L'estomac d'Harry répondit à sa place.
« Je meurs de faim », compléta-t-il avec un petit sourire.
Le visage de Fred se rembrunit, mais il ouvrit grand la porte avant qu'Harry n'ait pu lui poser la moindre question.
« Viens alors, Maman a cuisiné tout l'après-midi. »
Harry attrapa ses lunettes et dévala les escaliers à sa suite. Toute la famille Weasley était réunie dans le salon et autour de la table de la cuisine. Hermione et Neville étaient en train d'aider Mme Weasley en cuisine, tandis que Ron et Ginny mettaient la table.
« Ah, Harry ! appela M. Weasley. Tu es réveillé, c'est bien, très bien. J'étais en train d'avoir la conversation la plus fascinante du monde avec Hermione à propos du service postal des Moldus… »
Et c'est ainsi qu'il se replongea dans la vie quotidienne de la famille Weasley. M. Weasley le bombarda de questions sur les Moldus durant tout le dîner, avec Hermione l'aidant à expliquer certaines choses. Ron continuait de leur lancer des regards noirs, et Ginny devenait aussi rouge qu'une tomate dès que les yeux d'Harry se posaient sur elle.
Avec tout cela, Harry commença à avoir mal au crâne au cours du repas. Il savait qu'il inquiétait Mme Weasley avec les petites portions dans son assiette, mais il préférait manger léger, plutôt que d'avoir des haut-le-cœur devant les Weasley.
Après dîner, Hermione et Neville l'entraînèrent dehors.
« Harry, on s'est fait un sang d'encre ! s'exclama Hermione une fois qu'ils furent dans la cour. Qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi es-tu si, si… maigre !
– Ma famille est assez pingre, dit Harry en s'asseyant sur l'herbe, près de la grande mare.
– Mais Harry…
– Tout va bien, Hermione.
– Non, tout ne va pas bien !
– Il le faut bien, pourtant, soupira Harry. Personne ne me sortira de cette maison, je le sais. Il faut juste que je planifie mieux les choses, c'est tout.
– Mais de quoi tu parles… Bien sûr qu'on peut te faire sortir de là, Harry !
– Hermione, dit Harry en dégageant une mèche de cheveux qui lui tombait dans les yeux pour occuper ses mains. Je ne peux pas quitter leur maison tant que je n'ai pas passé deux semaines sous leur toit chaque année.
– Mais pourquoi ?
– Oh, fit Neville. Je vois.
– Quoi, qu'est-ce que tu vois ? s'écria Hermione en se tournant vers lui. Alors ? Dis-moi !
– Hermione, calme-toi, dit Neville en posant doucement une main sur son bras. Tout ça c'est lié à Tu-Sais-Qui, euh enfin… Lui.
– Comment ça ? demanda-t-elle.
– Tu es au courant, Neville ? fit Harry.
– C'est la même chose pour moi, expliqua Neville en s'asseyant à côté de lui. C'est un sort de protection, Hermione. Un moyen de protéger les orphelins – ou presque orphelins –, de les garder hors de portée des ennemis de leurs parents. »
Hermione vint les rejoindre dans l'herbe.
« Oh, alors vous… vous deux… »
Harry rencontra le regard de Neville.
« Mes parents ont été attaqués… torturés jusqu'à en perdre la tête, confia Neville en jouant avec un brin d'herbe. Ma mamie m'a assimilée à son foyer pour que je sois protégé de toute attaque contre notre famille. C'est sûrement la même chose pour Harry, à part qu'il a moins de famille de sang, alors il a dû partir vivre dans la maison de sa tante maternelle.
– Exactement », dit Harry.
Neville lui adressa un petit sourire.
« Mais… mais si la famille d'Harry est...
– Elle me va, l'interrompit Harry. Vraiment, Hermione. S'il te plaît. Je ne suis plus chez eux pour l'instant et tout ira bien.
– Mais…
– Mamie aimerait que tu viennes passer quelque temps chez nous, intervint Neville. Toi aussi, Hermione, si tu veux. Elle m'a laissé venir voir les jumeaux quelques jours, mais je pense qu'elle savait qu'on avait prévu quelque chose.
– Je dois rentrer bientôt chez moi, dit Hermione en se mordillant la lèvre. Est-ce… est-ce que je pourrais rester juste quelques jours, si c'est OK ?
– Tu viendrais vraiment ? demanda Neville en baissant la tête.
– Bien sûr !
– Je suis sûr que Mamie serait ravie que tu viennes. Elle m'a posé plein de questions sur toi et sur comment j'avais réussi à avoir d'aussi bonnes notes, dit Neville d'un air fier. Elle laisserait peut-être même Théo venir – ce sera sûrement non pour Drago, mais je pourrais quand même demander.
– Oh, ce serait tellement génial ! s'exclama Hermione. Je t'ai dit à quel point j'ai été surprise en voyant Théo sur le pas de ma porte ?
– Ah ça, moi, je veux des détails, dit Harry. Théo, dans le monde moldu ? Ça devait être quelque chose !
– Je sais ! rit Hermione. On s'envoyait des hiboux de temps en temps, à propos de nos devoirs – il faut bien les commencer un jour, tu sais – et un jour il m'a demandé comment utiliser une carte moldue et se repérer dans une ville. L'idée qu'il vienne à la maison ne m'a même pas traversé l'esprit – à quoi peut bien servir une carte moldue dans les mains d'un sorcier, après tout ? Et pourtant, quelques jours plus tard, Théo était chez moi ! »
Harry rit de bon cœur avec Neville.
« Je voulais te présenter mes excuses, fit Hermione d'un air plus sombre. Je ne voulais pas t'attirer des problèmes avec ce coup de fil, Harry.
– Je n'en ai pas eu, se hâta-t-il de lui dire. Tu les as juste pris de court.
– Mais ils avaient l'air tellement en colère.
– Ils aiment juste crier. L'expression "Chien qui aboie, ne mord pas" leur convient bien – à part quand la sœur de l'Oncle Vernon est là avec ses chiens. De vraies teignes.
– Est-ce que c'est comme ça que tu as eu ton œil au beurre noir ? »
Harry grimaça. Il l'avait complètement oublié.
« Non, ça c'est grâce à mon cousin, un imbécile fini. »
Il observa avec appréhension ses amis échanger un long regard silencieux.
« Au fait, pourquoi Théo est-il venu chez toi ? lança Harry avant que la conversation aille vers des sentiers qu'il n'était pas prêt à explorer.
– Oh, ça, fit Hermione avec un sourire d'amusement. Monsieur voulait voir à quoi ressemble une télévision ! Tu te rappelles quand j'ai parlé à Drago de toutes ces choses qu'ont les Moldus et que ne connaissent même pas les sorciers ? Apparemment, ça a fait son effet – Drago n'arrêtait pas de rager en en parlant, ce qui a éveillé l'intérêt de Théo, je suppose.
– Et est-ce qu'il a aimé la télévision ? demanda Neville. Je n'en ai jamais vue, mais j'ai bien envie maintenant.
– Il était complètement fasciné ! dit Hermione en levant les yeux au ciel. J'ai dû l'empêcher de la démonter. Et ensuite il voulait voir toutes les "machines moldues", comme il disait. Maman était assez choquée… Et elle a reçu un coup de fil qui a fait bondir Théo jusqu'au plafond !
– Comment as-tu eu mon numéro ? l'interrogea Harry, que la question taraudait depuis un long moment.
– L'annuaire téléphonique local, révéla Hermione avec un petit sourire fier. J'ai appelé l'opérateur, lui ai donné le nom et l'adresse de ta famille et elle m'a donné le numéro.
– Bravo, fit Neville.
– Merci. »
Mme Weasley les appela pour leur dire de rentrer manger le dessert. Harry marcha lentement derrière ses amis, qui pénétraient dans la maison, une douce boule de chaleur grandissant dans sa poitrine. Je peux le faire, je peux avoir mes amis, ma famille et tout le reste. Je peux le faire. Pour de vrai.
Harry se réveilla avant l'aube. Il se glissa silencieusement hors de la chambre des jumeaux. Il trouva Mme Weasley dans la cuisine, apparemment en pleine communion avec sa toute première tasse de thé de la journée.
« Harry, mon chéri… Que fais-tu debout à une heure pareille ? lui demanda-t-elle en clignant lentement des yeux.
– Je suis un lève-tôt », expliqua Harry en se mordillant la lèvre. Il s'approcha d'elle. « Je peux aider à préparer le petit-déjeuner, si vous voulez. Je sais très bien le faire. »
Il se rappelait à quel point Molly n'avait pas arrêté d'harceler Ginny pour qu'elle soit une « épouse parfaite ». Il se disait parfois que le refus total de Ginny de cuisiner autre chose que des toasts venait de la pression constante exercée par sa mère. S'occuper de la préparation des repas n'avait pas gêné Harry, au contraire. Il aimait cuisiner pour sa famille. Même s'il lui arrivait de cramer le rôti.
« Oh non, non, non, tu es un invité ! sourit Molly. Veux-tu un peu de thé ?
– Oui, s'il vous plaît », répondit Harry en s'asseyant à côté d'elle.
Le jour était encore immobile et calme. Le ciel rose et violet s'éclaircissait de plus en plus dans le cadre de la fenêtre. Au Terrier, tout était tranquille, et Harry humait sereinement les arômes de son thé noir en regardant le jour se lever.
Il remarqua les regards furtifs que lui lançait Molly, mais elle semblait contente d'être assise en silence avec lui, tandis qu'ils sirotaient leur thé.
Harry savoura cette chance. Quand il avait été plus âgé, marié à Ginny, il passait parfois les vacances au Terrier et se levait tout aussi tôt. Des fois il réussissait même à atteindre la théière avant Molly – c'était devenu une sorte de jeu entre eux, au fil des années. Ils parlaient rarement le matin, contents de pouvoir juste profiter du silence et de la paix apportés par l'aurore au sein de la demeure.
Au bout d'un moment, Harry entendit le bruit de gens qui bougeaient et circulaient dans la maison.
« Bon, je dois m'y mettre, fit Molly en finissant sa dernière gorgée. Que dis-tu de quelques saucisses et de pommes de terre rissolées, Harry ?
– Ce serait parfait, Mme Weasley. »
Il la regarda tapoter la table une fois, avant de se lever pour se mettre au travail.
Harry passa la journée avec Neville, Hermione et les jumeaux, à courir dans le jardin en explorant les endroits préférés de Fred et George. Les quelques apparitions de Ron remplirent le cœur d'Harry de tristesse – le plus jeune frère Weasley était d'une nature très rancunière, Harry devait bien l'admettre. Il avait juste espéré que la colère de Ron se serait apaisée durant les vacances d'été.
Le lendemain, la grand-mère de Neville vint les chercher.
« Eh bien, eh bien, fit la vieille sorcière quand elle vit Harry et Hermione. Je vois ce que vous voulez dire, Molly. »
Harry échangea un regard avec Neville, qui haussa les épaules.
« Bon, allons-y, fit Mme Londubat en se tournant vers eux. Neville, sois un bon garçon et remercie Mme Weasley.
– M… Merci Mme Weasley, bredouilla Neville en rougissant.
– Merci de nous avoir accueilli chez vous, ajouta Harry en souriant avant de faire un signe de la main aux jumeaux.
– Oui, merci, termina Hermione.
– Cela fait plaisir de voir que les jeunes d'aujourd'hui ont encore de bonnes manières, fit Mme Londubat. Nous allons voyager par poudre de cheminette. Est-ce que vous connaissez ?
– Oui, madame, répondit Harry.
– Non, qu'est-ce que c'est ? demanda Hermione.
– Un moyen de transport sorcier, comme le métro mais en plus rapide », lui expliqua Harry. Devant le regard étonné des adultes, il se sentit rougir. « J'ai pris la poudre de cheminette avec Neville et vous l'année dernière à la gare de King's Cross, madame, vous vous rappelez ?
– Oui, c'est vrai, dit-elle en pinçant des lèvres. Et votre explication est correcte, jeune homme.
– Surtout, rappelez-vous de parler bien fort quand vous donnerez l'adresse, ajouta Mme Weasley.
– Neville, montre-leur comment on fait, ordonna Mme Londubat en le poussant vers la cheminée.
– Ah et rappelez-vous de sortir à la bonne cheminée – mais si vous avez énoncé votre destination assez clairement, il ne devrait pas y avoir de souci. Par Merlin, si l'on perdait l'un d'entre vous dans le réseau… Vos familles seraient furieuses.
– Oh, pas la mienne : ils s'en ficheraient complètement, la rassura Harry tandis que Neville prenait une pincée de poudre étincelante et la jeta au milieu des flammes. Dudley trouverait la plaisanterie excellente si jamais je me perdais dans le conduit d'une cheminée. Ne vous inquiétez pas pour ça. »
Il y eut un silence puis Neville pénétra dans la cheminée en criant : « Villa Londubat ! » avant de disparaître.
« Oh là là, souffla faiblement Hermione. Tu as vu ça ?
– Maintenant à toi, mon petit Harry, dit Molly.
– Oui, madame.
– Rappelle-toi de garder les bras le long du corps et de fermer les yeux le plus fort possible, à cause de la suie…
– Oui, madame », répéta Harry en prenant une pincée de poudre dans le pot de fleur. Il la jeta dans l'âtre et regarda le feu se teinter d'un vert émeraude. Il fit un pas en avant.
« Villa Londubat », dit-il clairement.
Harry n'avait jamais aimé voyager par le réseau des cheminées. À chaque fois, il avait l'impression d'être aspiré dans un tourbillon géant. Il lui semblait qu'il tournait sur lui-même à toute vitesse dans un grondement assourdissant. Il essaya de garder les yeux ouverts, mais les flammes vertes qui dansaient devant ses yeux lui donnaient mal au cœur… Il entrouvrit cependant les yeux derrière ses lunettes et vit défiler un flot indistinct de cheminées jusqu'à ce qu'il arrive enfin à destination.
« Par Merlin, murmura Harry contre le sol de pierre froide couvert de suie.
– Tiens », fit Neville en lui tendant la main pour l'aider à se relever. De l'autre, il lui donna une brosse pour épousseter ses vêtements.
Harry sortit de l'âtre pile à temps pour laisser Hermione arriver. La jeune sorcière n'était pas du tout satisfaite du trajet.
« Je me suis cogné le coude ! s'exclama-t-elle tandis que Neville l'aidait à se redresser.
– C'est pour ça qu'il faut bien les garder contre soi, fit ce dernier.
– C'est dangereux.
– Pas vraiment.
– Mais… »
Hermione fut interrompue par l'arrivée de Mme Londubat.
« Bien, ça suffit, fit la mamie de Neville. Venez, je vais vous montrer vos chambres. Molly est en train d'envoyer vos affaires. »
Harry entendit le grondement de l'âtre et ils suivirent la femme hors de la pièce. Harry n'était jamais venu chez Neville, avant. Il avait toujours cru qu'il vivait dans une maison, comme toutes les autres maisons qu'Harry avait vues dans le monde sorcier. Mais il avait oublié que la famille Londubat était de sang pur.
La Villa Londubat n'était pas opulente comme le Manoir Malefoy, mais Harry compta tout de même un grand nombre de pièces au rez-de-chaussée avant qu'ils ne montent un escalier en chêne. D'immenses tableaux animés couvraient les murs, représentant pour la plupart des scènes de chasse, avec parfois un portrait par-ci par-là.
Le couloir du premier étage était recouvert d'un beau parquet, avec en son milieu un long tapis bleu et rouge sombre. Des commodes en bois remplies de bibelots et porcelaines hors de prix occupaient l'espace entre chaque porte. Harry n'osait même pas s'en approcher, de peur de casser quelque chose.
Au final, Harry se retrouva à partager la chambre de Neville, et Hermione eut la chambre d'ami. Harry jeta un coup d'œil autour de lui – Neville était un aussi grand fan de Quidditch que les Weasley. Il y avait peu de photos sur le mur, mais celles-ci contenaient surtout des membres de sa famille. Une bibliothèque imposante regorgeait de livres sur les plantes et de séries de livres d'enfants écrits par des sorciers.
« Mamie va bientôt nous appeler pour dîner, dit Neville. Après, je pourrais vous montrer les serres, enfin si ça vous dit ?
– Ce serait génial, le rassura Harry. Allez viens, on va prévenir Hermione. »
Harry, Neville et Hermione avaient tendance à rester près de la Villa Londubat. Une fois, Neville les invita à faire une longue promenade dans la campagne rustique et sauvage aux abords du village sorcier. Le spectacle des vallées couvertes de champs de fleurs aux couleurs rayonnantes, parsemées de buissons d'un vert rayonnant, était à couper le souffle. Neville, habitué à la beauté du paysage, préféra leur détailler les propriétés de chaque plante qu'ils voyaient – et Harry réalisa à quel point, une fois loin de l'école et de Rogue, le jeune Gryffondor était doué en ce qui concernait les ingrédients végétaux de potions.
Théo vint dîner le jour où Hermione devait rentrer chez elle. Mme Londubat insista pour qu'ils ne sortent pas de la maison, et resta près d'eux durant toute la visite de Théo – mais le Serpentard ne prêta pas attention à la vieille dame, bien trop concentré qu'il était à questionner Harry et Hermione à propos des « machines moldues » sur lesquelles il avait fait quelques recherches. Théo leur avait également transmis un message de Drago – l'héritier des Malefoy s'ennuyait à mourir et voulait savoir, en détail, ce qu'ils avaient fait de leur été.
Puis Harry et Neville se retrouvèrent seuls. Harry aidait avec plaisir Neville dans les serres, ce qui constituait la principale corvée du garçon.
« Tu sais, tu n'es pas obligé de m'aider, Harry, dit Neville en mettant ses gants.
– Pas de souci, j'aime bien jardiner. Ma famille me fait passer les trois-quarts du temps dehors à arracher les mauvaises herbes, pour me punir. Autant leur laisser croire que c'est une punition, plutôt que de devoir astiquer une nouvelle fois le sol du garage…
– Tout jeune sorcier devrait apprendre à bien s'occuper d'un jardin », fit Mme Londubat derrière eux.
Harry sursauta et se retourna pour voir la vieille sorcière lui tendre une paire de gants.
« Profitez bien du soleil, les garçons. C'est bon pour la santé.
– Merci, madame », répondit Harry en prenant les gants. Puis ils coururent jusqu'aux serres remplies de longues rangées de plantes et de fleurs.
Quelques jours plus tard, ils reçurent leurs lettres de Poudlard. Harry leva les yeux au ciel devant la liste des ouvrages de Lockhart qu'ils étaient censés acheter.
« Ah, cet homme, fut tout ce que dit Mme Londubat à ce sujet.
– Savez-vous si Fleury et Bott vendent des livres d'occasion ? demanda Harry.
– Fleury et Bott ? Peut-être, dit-elle. Mais on en trouvera sûrement plus facilement aux Contes de Minuit ou à Cloche, Livre et Bougie.
– Où ça ?
– Deux librairies d'occasion dans la ruelle de l'autre côté de l'Allée des Embrumes, dit Mme Londubat en faisant des biscuits du bout de sa baguette.
– Je pensais que l'Allée des Embrumes était, euh…
– Remplie de voleurs et de clochards ? Bien sûr, finit la vieille dame en mettant les biscuits au four. Mais quelques mauvais éléments ne font pas un tout. Le monde n'est pas divisé entre les bons et les méchants, Harry. Garde ça à l'esprit.
– Oui, madame », acquiesça Harry avant de détourner le regard. Combien d'erreurs aurais-je pu éviter si on m'avait dit une telle chose, la première fois ?
Ils s'organisèrent pour rencontrer Hermione devant Gringotts le 19 août. Avec un peu de chance, Harry pourrait s'éclipser quelques minutes pour aller parler à Ollivander… Harry avait eu l'intention de lui écrire depuis qu'il avait été libéré des Dursley, mais le temps était passé trop vite.
Ils utilisèrent le réseau des cheminées, en se connectant à un âtre public à l'angle de l'Allée des Embrumes. Mme Londubat sortit une brosse à habits de son sac à main et fit de son mieux pour enlever la suie de leurs vêtements. Puis elle redressa son chapeau et entra d'un pas vif dans l'allée, obligeant les deux garçons à courir pour la rattraper.
Quand Harry était plus jeune – enfin, lors de sa première jeunesse –, il pensait que l'Allée des Embrumes n'était qu'un petit embranchement du Chemin de Traverse, rempli des êtres les plus sombres qu'avait à offrir le monde des sorciers. Sa première année en tant qu'Auror lui avait ouvert les yeux. Oui, l'Allée des Embrumes contenait son lot de mauvais personnages, ainsi que de bars où les piliers de comptoir venaient s'alcooliser du matin au soir. Mais l'Allée était bien plus que ce qu'on lui avait laissé croire.
Toutes les boutiques contenant soi-disant des objets maléfiques et abjects avaient en fait de bonnes raisons d'avoir de telles choses. La boutique pleine d'araignées géantes était plutôt une animalerie pour les sorciers audacieux, une fois passé outre l'aspect miteux et sombre. Elle répondait également aux besoins de toute la communauté non-humaine, qui l'utilisait plutôt comme un étal de boucher.
Le magasin rempli de têtes réduites et autres objets suspects était une sorte d'attrape-touriste, rempli de contrefaçons prêtes à faire sursauter et à émoustiller les quelques courageux venus du Chemin de Traverse. Celui qui vendait des chandelles venimeuses proposait, à vrai dire, des instructions sur comment les utiliser pour se débarrasser des parasites – Harry avait fini par en devenir un client assidu, avec toutes ces journées d'été où l'air étouffant regorgeait de moustiques. Il n'avait jamais dit à qui que ce soit où il s'était procuré les bougies qui protégeaient leur maison et leur véranda. Il savait que Ginny n'aurait pas compris.
Alors qu'il s'avançait avec Neville dans l'Allée des Embrumes quelques pas derrière Mme Londubat, Harry se rendit compte à quel point la ruelle était longue. La plupart des plans du quartier qu'avait pu consulter Harry la représentait comme très courte, ce qui était faux. Après la boutique aux chandelles venimeuses, un virage abrupt sur la droite laissait croire qu'on arrivait à un cul-de-sac, mais il n'en était rien. Le bar qui se trouvait là, le Double Porte, portait bien son nom. L'Allée des Embrumes se terminait d'un côté du bar, et de l'autre commençait une toute nouvelle rue.
« Voici la Chaussée des Fleurs, annonça Mme Londubat. Suivez-moi. »
Harry dévorait tout du regard en trottinant derrière la vieille sorcière. Les gens qui les entouraient venaient de tout horizon : certains étaient à n'en pas douter des habitués de l'Allée des Embrumes, mais il y avait également des familles entières allant de boutique en boutique. Au bout d'un moment, Harry remarqua que la plupart des commerçants vendaient des objets d'occasion, tenaient des friperies ou des établissements de prêt sur gage. Il y avait bien sûr quelques boutiques pour les familles au budget serré sur le Chemin de Traverse, mais Harry n'avait jamais entendu parler de cette Chaussée des Fleurs jusqu'à aujourd'hui.
On ne m'a jamais donné cette zone à contrôler, réalisa Harry en voyant passer deux Aurors en train de faire leur ronde. Je me demande pourquoi.
« Mme Londubat ? appela Harry en s'approchant d'elle. Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas plus de monde ici ? Cette rue est vraiment chouette, conclut-il en jetant un coup d'œil dans la vitrine d'une des nombreuses boutiques de bric-à-brac.
– La Chaussée des Fleurs est un de ces endroits que le Ministère aimerait bien faire disparaître, répondit-elle. C'est d'une bêtise, vraiment. L'arrière-arrière-grand-père de mon mari a fait fortune dans cette ruelle, comme d'autres membres de notre famille. Il n'y a aucune honte à avoir, qu'importe ce que d'autres familles disent. Travailler pour obtenir un statut respectable est, à mes yeux, bien mieux que d'être né avec.
– Mais…
– Pourquoi est-ce qu'il n'y a pas plus de monde ici ? soupira Mme Londubat. La plupart des familles qui font leurs courses ici, Harry, ne trouvent l'argent nécessaire pour acheter les fournitures scolaires de leurs enfants que quelques jours avant la rentrée. Et tout le monde n'envoie pas ses enfants à Poudlard ou dans une autre grande école sorcière : seuls ceux qui ont de quoi payer les frais de scolarité, ou pour qui ces derniers ont été payés par un aïeul, peuvent se permettre d'aller à Poudlard, Beauxbâtons ou Durmstrang. Ceux qui ne peuvent pas reçoivent une bourse d'études ou une aide financière, et vont dans des écoles de commerce londoniennes. »
Harry trébucha de surprise.
« Ah bon, vraiment ?
– Vraiment. L'arrière-arrière-grand-père de mon mari a participé à la fondation des premières écoles de commerce – mais a envoyé son fils à Poudlard et a payé les frais de scolarité pour toute sa descendance. Ces manigances de Sang-Pur, avec leur argentet leur corruption… Allez, venez. Notre famille soutient la Chaussée des Fleurs depuis plusieurs générations, je ne vais pas m'arrêter de sitôt. »
Elle les conduisit dans une boutique de robes. Harry regarda attentivement les vêtements proposés : ils étaient tous dans des tissus simples mais résistants – rien à voir avec les étoffes fines et chatoyantes préférées par Madame Guipure.
« Ah, euh, je dois aller à Gringotts, madame, glissa Harry à Mme Londubat. Je n'ai que quelques livres Moldues sur moi et trois ou quatre Mornilles…
– Oh, mince, c'est vrai, soupira-t-elle. Neville, reste ici, que Sally te mesure. Viens, Harry. Il y a une entrée de Gringotts à deux portes d'ici. »
Harry la suivit dehors.
« Madame, vous… vous dites que la famille Londubat fait ses courses ici, alors comment – comment ça se fait que je vous ai rencontré au Chemin de Traverse, l'année dernière ? »
Mme Londubat s'arrêta pour le regarder. Harry eut un mouvement de recul, mais s'interrompit quand elle se mit à rire.
« Tu es très malin à ce que je vois, Harry, fit-elle en se tapotant le menton. Tu as raison. L'année dernière, nous sommes allés au Chemin de Traverse pour acheter des robes de soirée à Neville. La seule auberge digne de ce nom est celle de Tom, au Chaudron Baveur, ce qui est bien triste à vrai dire. Pour les achats de tous les jours, en revanche, la Chaussée des Fleurs est l'endroit où je me rends.
– Je… vois, dit Harry.
– Allez, viens, allons chercher tes affaires », lança-t-elle en marchant à grands pas.
Une fois à la banque, Harry ne prit qu'une petite poignée de Gallions, bien décidé à dépenser peu et bien. S'ensuivirent de longues heures à acheter des vêtements, des ingrédients de potions et bien d'autres choses dont ils allaient avoir besoin pour l'année scolaire. Harry observa discrètement les autres clients – il ne reconnut aucune des familles, mais plus d'un le reconnut. Cependant, personne ne se précipita pour lui demander un autographe, tout au plus avaient-ils une expression choquée, qui laissait rapidement place à un sourire, avant de laisser Harry en paix.
J'aime bien cet endroit, pensa Harry. Aucune foule envahissante…
Puis l'heure de leur rendez-vous avec Hermione sur le Chemin de Traverse arriva. Mme Londubat rangea leurs achats dans son sac tandis qu'ils sortaient des petites ruelles étroites et émergeaient de l'Allée des Embrumes, pour se retrouver dans la masse de sorciers qui se pressait près de Gringotts.
« Voilà Hermione ! » s'écria Neville en donnant un petit coup de coude à Harry.
Ce dernier leva les yeux et vit leur amie debout en haut des escaliers d'un blanc éclatant de la banque. Elle les descendit en courant pour les retrouver, sa chevelure ébouriffée flottant derrière elle.
« Ah, vous voilà ! Bonjour Madame Londubat, je suis ravie de vous revoir. Est-ce que vous allez à Gringotts ?
– Non, on a déjà ce qu'il faut, dit Harry.
– Mes parents sont là aussi, euh, enfin si ça ne vous gêne pas ?
– Je serai enchantée de les rencontrer, lui assura Mme Londubat.
– Les voici, annonça Hermione en faisant un signe de la main à un couple qui venait tout juste de sortir de la bâtisse. Ils étaient en train de changer leur argent en monnaie sorcière.
– Bien évidemment.
– Comment vous allez, tous les deux ? demanda Hermione en se tournant vers Harry. Est-ce que tu manges un peu plus ? Tu m'as l'air en meilleur santé…
– Je le suis, sourit Harry. Mais vraiment, Hermione, tu t'inquiètes beaucoup trop. »
Elle fit une grimace avant d'ouvrir la bouche pour parler, mais au même moment ses parents les rejoignirent.
« Bonjour », fit Mme Granger.
Elle avait l'air d'être une femme très gentille, et elle avait exactement les mêmes cheveux que sa fille. La gorge d'Harry se serra en regardant son amie parler avec ses parents. Hermione… Il cligna des yeux et détourna le regard. Tu as été tellement courageuse. Très peu de personnes seraient capables de s'effacer de la mémoire de leur parents et de les envoyer vivre dans un pays lointain, juste pour les garder à l'abri du danger.
« … va ? »
Harry se tourna et vit que les Granger le fixaient du regard.
« Oui ?
– C'est un bon garçon, dit Mme Londubat au couple. Est-ce que c'est la première fois que vous venez au Chemin de Traverse ?
– Non, répondit M. Granger, dont l'expression solennelle reposa un long moment sur Harry. Nous sommes venus avec Hermione l'année dernière. La brochure que l'on nous a donnée, ainsi que la lettre d'explication que l'école a envoyée à Hermione nous ont énormément aidés.
– Très bien, alors allons-y, si vous voulez bien ? J'ai l'impression que la liste de fournitures s'allonge d'année en année… », dit Mme Londubat en secouant la tête.
Harry, Neville et Hermione laissèrent rapidement les adultes marcher devant.
« Alors, qu'est-ce que vous avez fait depuis mon départ ?
– Du jardinage, sourit Harry.
– Harry…
– Non, vraiment. J'aime bien ça, et Neville me laisse l'aider.
– On a aussi fait de longues balades dans la campagne, ajouta Neville. Oh, j'aurais dû te montrer les menhirs, Hermione. J'ai complètement oublié, désolé !
– C'est pas grave.
– Peut-être… Peut-être l'été prochain ?
– Avec joie ! » s'exclama Hermione avec un grand sourire.
Mme Londubat était une guide parfaite pour les Granger, les menant d'un pas sûr dans les rues du Chemin de Traverse. Harry remarqua que les gens s'écartaient sur son passage – mais il ne savait pas si c'était de peur face à son chapeau menaçant ou à cause de son nom de famille.
La dernière étape était la librairie Fleury et Bott. Le cœur d'Harry se serra en reconnaissant plusieurs têtes rousses dans la foule immense qui se pressait à la porte du magasin.
« Qu'est-ce qui se passe ? demanda Mme Granger.
– Un auteur en dédicace, répondit Hermione en désignant une banderole accrochée à la façade. Tu vois ? "Gilderoy Lockhart dédicacera son autobiographie Moi le Magicien aujourd'hui".
– À quoi ça sert une autobiographie, s'il n'est pas encore mort ? demanda Neville.
– C'est Lockhart, hein, dit Harry avec un rictus moqueur.
– Harry, voyons, le gronda Hermione en rougissant, c'est un auteur ! Et c'est lui qui a écrit à peu près tous les livres de la liste.
– Il est… remarquable, soupira Harry, qui se retenait à peine d'insulter l'odieux affabulateur.
– Bon, tout cela n'est pas une raison, fit Mme Londubat. On n'a pas le choix, de toute façon, il faut aller chercher tes livres, Hermione.
– Oui, acquiesça Hermione en se mordillant la lèvre.
– Essayons de nous faufiler à l'intérieur. »
La foule était essentiellement composée de sorcières d'une cinquantaine d'années, et de jeunes filles – elles avaient toutes en main un ouvrage de Lockhart. Mme Londubat et les Granger s'étaient arrêtés pour saluer Mme Weasley.
Harry, Neville et Hermione parvinrent à pénétrer dans la librairie. Une longue queue s'étirait sur toute la longueur du magasin au fond duquel Gilderoy Lockhart signait ses livres. Harry montra à Hermione où se trouvaient les livres d'occasion, en évitant soigneusement d'être dans le champ de vision de Lockhart et de ses fans.
« Tu vois ? Ce n'est pas du neuf, je sais, mais des fois tu trouves des notes dans les marges qui aident à mieux comprendre les textes.
– Hum, je suppose que ce n'est pas vraiment de la triche, alors, dit Hermione d'un air songeur.
– Vois plutôt ça comme du soutien scolaire, souffla Harry avant de lui donner un petit coup de coude amical. C'est un peu comme du voyage dans le temps ! Une personne du passé nous aide à apprendre plus… dans le futur ! »
Hermione rit.
« Quelle idée, Harry ! Où vas-tu chercher tout ça ? Tu sais bien que le voyage dans le temps n'existe pas. »
Harry baissa la tête pour cacher un petit sourire. Si tu savais…
« Harry ! s'écria Fred du bout de l'allée de livres. Enfin on te retrouve, mec. Salut Neville, salut Hermione !
– Salut Fred ! répondit Neville avec un grand sourire.
– Alors, vous avez bien tout votre matériel, mes p'tits deuxième année ?
– Oh, arrête avec ça, fit Hermione d'un air exaspéré mais habitué.
– Venez, dit Fred en souriant. On a trouvé Lee et on allait justement aller au magasin de bric-à-brac, ça vous tente ? On sera mieux qu'ici, ajouta-t-il en levant les yeux au ciel pile au moment où une dame d'un certain âge poussa un petit cri aigu d'excitation quand Lockhart lui adressa la parole.
– Oui, allons-y ! » acquiesça Harry.
Ils suivirent Fred hors de l'allée et débouchèrent sur la pièce principale du magasin. Ils avaient presque dépassé la foule lorsqu'Harry entendit Lockhart s'exclamer : « Ma parole, ce n'est quand même pas Harry Potter ? »
Oh non, pas encore ! Harry se retint de grogner à haute voix.
Un chuchotement fébrile s'éleva dans la foule qui s'écartait autour de lui, jusqu'à ce qu'une main cherchant à l'agripper le fit reculer contre Fred en sursautant.
« Tout doux, Harry », lui dit celui-ci en lui posant une main sur l'épaule.
L'inconnue qui avait essayé de l'attraper recula définitivement.
Harry reporta le regard droit devant lui et vit Lockart se précipiter dans sa direction. Harry avait les joues en feu quand le sorcier lui serra la main pour l'objectif du photographe qui mitraillait comme un fou. Lockhart avait rapidement éjecté Fred pour s'approprier Harry.
« Fais-nous un beau sourire, Harry, dit Lockart à travers ses dents étincelantes largement exhibées. Toi et moi, on va faire la une ! »
Harry avait détesté cet homme – et le détestait toujours, d'ailleurs. Il ne voulait pas être à la une, n'avait jamais aimé être en première place. Ça avait été un des premiers coups portés à son mariage avec Ginny – elle adorait son boulot de journaliste, adorait la presse, les soirées aux foules bruyantes, les belles robes et être prise elle-même en photographie. Harry détestait tout cela, et cette différence entre eux avait été à l'origine de l'une de leurs toutes premières disputes.
Ginny. La vieille douleur continuait à lui ronger l'estomac. Oh, Ginny.
Harry fut arraché à ses pensées quand Lockhart lui lâcha la main pour lui passer un bras autour des épaules et le tenir fermement à côté de lui.
« Mesdames et Messieurs, dit l'homme d'une voix forte en demandant le silence d'un signe de la main, voici un moment extraordinaire ! Un moment idéal pour vous annoncer quelque chose que j'avais gardé secret jusqu'à présent ! »
Harry vit une tête blonde dans la foule et essaya de s'échapper discrètement de la poigne de Lockhart.
« Quand le jeune Harry Potter est entré chez Fleury et Bott aujourd'hui, continua ce dernier en ignorant sans ciller les gigotements d'Harry, il voulait simplement acheter mon autobiographie – que je vais me faire un plaisir de lui offrir gratuitement… »
La foule applaudit. Harry leva les yeux au ciel.
« Mais il ne se doutait pas le moins du monde que bientôt il aurait beaucoup plus que mon livre Moi le magicien, poursuivit-il en donnant à Harry une bourrade affectueuse qui fit glisser ses lunettes sur le bout de son nez. En effet, lui et ses camarades de classe vont avoir le vrai magicien en chair et en os. Eh oui, Mesdames et Messieurs, j'ai le plaisir et la fierté de vous annoncer qu'à partir de la rentrée de septembre, c'est moi qui assurerai les cours de Défense contre les Forces du Mal, à l'école de sorcellerie de Poudlard ! »
Cette fois-ci, je vais aider Rogue à se débarrasser de toi, se promit Harry.
Sous les exclamations de joie et les applaudissements de la foule, Harry se vit offrir la collection complète des livres de Gilderoy Lockhart – livres qu'il avait déjà achetés. Titubant un peu sous le poids des volumes, il parvint à se glisser vers un coin de la boutique où Ginny attendait à côté de son nouveau chaudron. Il vit de loin ses amis se frayer un chemin dans la pièce pour les rejoindre.
« Tiens, je te les donne, marmonna Harry en laissant tomber les livres dans le chaudron.
– Mais, mais…
– J'ai déjà mes exemplaires et je pense que Lockhart ferait une crise s'il me voyait les jeter à la poubelle, dit Harry sans la regarder dans les yeux.
– Ça a dû te faire plaisir, Potter ? » lança une voix qu'Harry n'eut aucun mal à reconnaître.
Il se redressa et se retrouva face à Ron.
« Le célèbre Harry Potter, poursuivit Ron. Il ne peut même pas entrer dans une librairie sans faire la une des journaux.
– Laisse-le tranquille, ce n'est pas sa faute, répliqua Ginny en lançant un regard assassin à son frère.
– Qu'est-ce que tu veux à ma sœur ? Tu lui donnes des livres ? Pourquoi ? Qu'est-ce que tu cherches à faire, Potter ? Tu…
– Ron !
– Aussi désagréable que ce soit de devoir interrompre une dispute familiale… vous attirez tous les regards », dit Drago Malefoy.
Ginny devint écarlate. Ron se retourna vers le garçon, les yeux remplis de rage. Harry se tourna également et vit Drago et Nott – Théo, rectifia-t-il intérieurement – debout derrière eux, aux côtés d'Hermione et de Neville.
« Ah, c'est toi », fit Ron en glissant ses livres dans le chaudron de Ginny. Il esquissa un mouvement vers Drago pour se jeter sur lui, mais Harry s'interposa entre eux.
« Écoute, pas la peine de…, commença-t-il.
– Dégage, Potter !
– Ron ! s'écria M. Weasley noyé dans la foule en compagnie de Fred et George. Qu'est-ce que tu fabriques ? Viens, on sort, c'est de la folie ici.
– Tiens, tiens, tiens, Arthur Weasley. »
Harry vit Drago tressaillir. M. Malefoy s'avançait vers eux à pas mesurés, ignorant les fans de Lockhart qui commençaient à s'éparpiller.
« Lucius, dit M. Weasley en le saluant froidement d'un signe de tête.
– Beaucoup de travail au ministère, à ce qu'on dit… lança Malefoy. Toutes ces perquisitions… J'espère qu'ils vous paient des heures supplémentaires, au moins ?
– Père, s'il vous plaît… », commença Drago, qui fut vite interrompu par un regard perçant de son père.
Ce dernier plongea la main dans le chaudron de Ginny et en sortit un vieil exemplaire usé du Guide des débutants en métamorphose.
« Apparemment pas, dit-il. À quoi bon déshonorer la fonction de sorcier si on ne vous paie même pas bien pour ça ?
– Père.
– Drago, silence ! tonna ce dernier.
– Nous n'avons pas la même conception de ce que doit être l'honneur d'un sorcier, Malefoy, dit M. Weasley.
– Ça ne fait aucun doute », répliqua M. Malefoy en tournant ses yeux pâles vers M. et Mme Granger qui marchaient en leur direction. Harry vit également la large silhouette d'Hagrid se profiler derrière eux. « Vous fréquentez de drôles de gens, Weasley… Je ne pensais pas que votre famille puisse tomber encore plus bas… »
Il y eut un bruit métallique lorsque le chaudron de Ginny se renversa. M. Weasley venait de se jeter sur M. Malefoy en le projetant contre une étagère remplie de livres. Des dizaines d'épais grimoires leur tombèrent sur la tête dans un grondement de tonnerre.
« Vas-y, Papa ! s'écrièrent Fred et George.
– Non, Arthur, non ! cria Mme Weasley.
– Père, arrêtez, s'il vous plaît ! » supplia Drago.
La foule recula en désordre, renversant d'autres étagères au passage.
« Messieurs, s'il vous plaît… s'il vous plaît ! s'exclama un vendeur.
– Allons, allons, Messieurs, ça suffit ! » dit alors une voix plus puissante que les autres.
Hagrid s'avança vers eux, dans l'océan de livres étalés par terre. Un instant plus tard, il avait séparé M. Weasley et M. Malefoy. M. Weasley avait la lèvre fendue et M. Malefoy avait reçu dans l'œil une Encyclopédie des champignons vénéneux. Il tenait toujours à la main le vieux livre de Ginny sur la métamorphose – Harry comprit alors que c'était à cet instant que Malefoy lui avait donné le journal de Tom Jedusor.
Non ! Est-ce que je dois le prendre ? Comment est-ce que je peux…
« Tiens, jeune fille, prends ton livre, dit M. Malefoy à Ginny. Ton père ne pourra jamais rien t'offrir de mieux. »
Il jeta son livre dans le chaudron et tourna les talons.
« Drago, on y va !
– Je suis tellement désolé, et merci Hagrid, vraiment…
– Drago ! »
Le garçon grimaça. Il regarda Harry, qui lui adressa un petit sourire et un hochement de tête. Harry savait que Drago n'avait rien à voir avec cette histoire de journal. Drago jeta un coup d'œil autour de lui, alors même que son père beuglait son nom, et fit un rapide câlin à Hagrid avant de se précipiter vers la sortie. Harry vit Théo lever les yeux au ciel avant de suivre Drago.
Hagrid, l'air stupéfait, aida M. Weasley à se redresser.
« Vous n'auriez pas dû faire attention à lui, Arthur. Ce vieux Lucius est pourri jusqu'à la moelle, tout le monde sait ça. Le petit Drago, lui, est prometteur, croyez-moi. Il n'a rien à voir avec son père, ce gosse… »
Le vendeur fit mine de vouloir les empêcher de sortir, mais lorsqu'il vit le regard noir que lui lançait Mme Londubat, il se ravisa. Ils se dépêchèrent de regagner la rue et s'arrêtèrent dans un coin, près du marchand de glaces.
« Un bel exemple à donner aux enfants ! s'écria Mme Weasley. Se battre en public ! Je me demande ce qu'a dû penser Gilderoy Lockhart… !
– Il était très content, dit Fred. Tu ne l'as pas entendu quand on est partis ? Il demandait au type de La Gazette du sorcier s'il pourrait parler de la bagarre dans son reportage. Il dit que ça ferait une très bonne publicité. »
Harry leva les yeux au ciel et se détourna de la conversation. Il aperçut la boutique d'Ollivander, un peu plus loin, et sentit la chaleur monter en lui.
Ollivander. Harry serra les poings. Je dois absolument lui parler.
Il jeta un coup d'œil aux adultes, avant de se rapprocher de Neville.
« Hé, je dois aller parler à quelqu'un. Est-ce que tu peux me couvrir ?
– Quoi… ? Seul ? Mais Harry…
– S'il te plaît, Neville. C'est l'histoire de cinq minutes, je reviens juste après.
– Où est-ce que tu vas ?
– Chez Ollivander. S'il te plaît, je vais faire vite… »
Neville se mordit la lèvre. Hermione, qui les écoutait, fronça les sourcils.
« OK, finit par dire Neville tandis qu'Hermione soupirait. Mais juste cinq minutes. »
Harry lui adressa son plus beau sourire et partit au pas de course, après avoir vérifié que les adultes étaient bien trop occupés à expliquer aux Granger que la scène qui s'était déroulée dans la librairie était l'exception et non la norme chez les sorciers pour s'apercevoir de son absence.
La clochette de la boutique tinta quand Harry en poussa la porte. La lumière tamisée et la poussière étaient toujours les mêmes. La pièce était silencieuse, le bruit de la rue étouffé par une bonne isolation ou des sorts.
« M. Potter », dit la douce voix d'Ollivander.
Harry se retourna avec un frisson. Ollivander se tenait juste derrière lui.
« J'ai quelques questions. »
Le reflet sur les lunettes du vieil homme cachait ses yeux.
« Posez-les, dans ce cas.
– Vous m'avez dit que pour garder mes souvenirs intacts, je devais faire les choses différemment.
– Oui, et ?
– … Mais les résultats sont les mêmes. Ou quasiment.
– Beaucoup de routes mènent au même lieu, M. Potter, dit Ollivander avec un petit sourire. Vous allez découvrir que le temps n'aime pas être altéré, d'une certaine façon. Il vous forcera à prendre les mêmes routes qu'avant – cependant, c'est votre devoir de trouver un moyen de guider le chemin du temps vers un autre résultat, si vous souhaitez changer le futur que vous avez vu.
– Mais…
– Votre vie a changé, n'est-ce pas ?
– … Oui.
– Et la douleur vous empêche d'emprunter les mêmes routes qu'autrefois.
– Mais je suis toujours ami avec Hermione. Et avec Neville et les jumeaux, et…
– Est-ce la même amitié qu'avant ?
– Non, dit Harry après un moment de réflexion, les sourcils froncés. Non, c'est… différent.
– C'est un donc un autre chemin emprunté, qui mène au même lieu.
– Mais quand j'ai essayé de devenir ami avec Ron – et pour Ginny – et mes enfants… »
Cette fois, Harry vit la lumière s'embraser dans les yeux du vieil homme.
« Différentes routes mènent au même lieu, M. Potter. Vous étiez prêt à faire un sacrifice pour sauver tous ceux que vous aimez.
– Mais si je n'ai pas de contact avec Ginny, mes enfants ne vivront jamais.
– Vraiment, M. Potter ? Vous condamnerez-vous vraiment au chagrin d'amour que vous avez déjà connu, juste pour être sûr que les enfants que Ginny Weasley mettra au monde vous appelleront papa ? »
Ces mots eurent l'effet d'une gifle sur Harry.
« Comment… comment avez-vous…
– Ma famille, comme je vous l'ai déjà dit, est mêlée au temps, M. Potter.
– Mais… ils sont mes enfants.
– Non, M. Potter. Ils ne le sont pas.
– Je m'en fiche des tests de paternité ! Ils étaient miens », répliqua Harry qui sentait les larmes monter.
Ollivander s'avança.
« M. Potter. Tous ceux qui ont déjà vécu revivront – pas forcément comme avant, mais leurs âmes restent les mêmes. D'une façon ou d'une autre, ils vivront de nouveau. Ou voulez-vous risquer leurs vies, simplement pour reconstituer les évènements qui vous ont brisé le cœur tout en détruisant leur monde – tout ça pour pouvoir à nouveau vous revendiquer comme leur père ? »
Harry sentit ses jambes se dérober sous lui. Il fixa l'homme du regard.
« Alors c'est ça, le prix ?
– Oui, dit Ollivander en s'agenouillant devant lui.
– Je n'aurai jamais… Ils étaient mes enfants… ils l'étaient, insista-t-il en ignorant la boule qui lui serrait la gorge.
– La vie que vous avez vécue ne reviendra jamais, dit gentiment Ollivander. Mais les enfants que vous avez aimés vivront à nouveau.
– Sans moi.
– Ils étaient déjà nés sans vous, M. Potter. »
Harry s'affaissa sur lui-même, la tête baissée. Ses mains étaient serrées en poings sur ses cuisses.
« Si je fais ça, ils pourront vivre.
– Oui.
– Je pourrais arrêter Hammerstein.
– Oui.
– Mais sans eux. » La raison pour laquelle je suis revenu.
« Peut-être oui, peut-être non, dit l'homme en haussant les épaules. Les conséquences de tout ce que vous changez peuvent apporter beaucoup de choses. Mais je peux vous assurer qu'ils vivront. »
Ce sont nos choix qui montrent ce que nous sommes vraiment. Harry se rappela cette phrase prononcée par Dumbledore et il sentit l'espoir l'étreindre.
Il releva la tête et rencontra le regard d'Ollivander.
« C'est trop tard pour revenir en arrière, n'est-ce pas ? Il y a déjà eu trop de changements. »
Ollivander lui répondit par un lent hochement de tête.
La tristesse et l'espoir serraient douloureusement la gorge d'Harry.
« Ils vivront ?
– Oui, M. Potter. Ils vivront.
– Et peut-être… Peut-être que je pourrais à nouveau les appeler mes enfants ?
– Il y a toujours de l'espoir, jeune homme.
– Mais ils vivront, poursuivit Harry en poussant un profond soupir avant de frotter sa manche contre son visage. Mais je dois d'abord arrêter Hammerstein, Voldemort et tout le reste. Et ensuite peut-être qu'un jour… peut-être qu'ils… et je… »
Il tressaillit en sentant la main d'Ollivander sur son épaule.
« Différentes routes mènent au même lieu, M. Potter, dit-il doucement. Mais elles peuvent également vous emmener dans des territoires différents, avec des dangers différents. Soyez prudent, jeune homme. Je serai toujours là, en cas de besoin. »
Harry plongea son regard dans les yeux étrangement argentés du sorcier. Ollivander avait été là avant, aidant de sa drôle de façon, se souvint-il. Durant un instant, Harry fut pris d'un vertige, se demandant si en fait ce n'était pas la deuxième fois qu'il répétait sa vie mais la cinquième ou la vingt-cinquième, et quels autres secrets pouvaient cacher les yeux bienveillants du vieil homme…
Harry inspira un bon coup et hocha la tête.
« Merci, vraiment, dit-il.
– Vos amis sont sur le point d'entrer, ils vous cherchent.
– Je sais, dit Harry en se relevant. Je… Je peux revenir ici ?
– Quand vous voulez, sourit-il. Mais rappelez-vous, M. Potter, que vous n'êtes pas aussi seul que ce que vous pensez.
– Quoi ?
– Ah, quels changements vous avez déjà accomplis… J'ai hâte de vous voir grandir, jeune homme », dit Ollivander avec un sourire encore plus grand.
Un petit coup sur la fenêtre brisa le moment. Neville se tenait dehors avec Hermione, et lui faisait un signe de la main. Quand Harry se retourna vers Ollivander, ce dernier avait disparu. La boutique était redevenue silencieuse et immobile, comme s'il n'avait jamais été là.
