Bonjour à toutes ! :) comment allez-vous ? Bon, comme c'est écrit sur mon profil , je suis tombée dans mes escaliers et donc j'me suis bien blessée, au crâne et au poignet donc je ne pouvais plus écrire, dieu soit loué je vais grandement mieux. Heureusement, le chapitre trois qui suit avait été rédigé avant ma chute xD soyez en ravies :')
J'ai misé sur la relation entre Neji et Sakura, histoire de sortir du mythe Uchiwaïen mais ne vous inquiétez pas, cela reste un SasuSaku avant tout :B j'espère qu'il vous plaira, je ne dis rien et vous laisse lire par vous-même )
Enjoy reading !
PS : les réponses aux commentaires arriveront dans la soirée, sans faute ! Anonymes et comptes confondus :o
Un soupir s'échappa de mes lèvres tandis que je jetais un énième coup d'œil à ma montre, avant de reposer mon coude sur la table. J'en étais déjà à mon deuxième cocktail et l'effet doucereux de l'alcool commençait à se faire ressentir sur mon humeur. Mon agacement d'être là, plantée depuis une demi-heure sur cette chaise – inconfortable qui plus est – à attendre mon patron était plus que fondé, je détestais tout simplement qu'on me fasse attendre. La ponctualité était la base même d'un rendez-vous à mon sens, et n'en déplaise à Neji, je n'allais pas passer ma soirée à poireauter devant mes verres qu'il daigne enfin me faire l'honneur de sa présence à ma table ! Je portais le verre à ma bouche et avalais une petite gorgée, maudissant ma faiblesse. Ce que je venais de dire à l'instant n'était rien de plus qu'un mensonge, parce qu'à part passer ma soirée seule devant l'écran de la télévision ou bouquiner dans mon lit… je n'aurais rien fait d'exaltant. Cependant, je m'ennuyais à mourir et rester bien sagement à l'attendre était loin d'être une partie de plaisir. Mes yeux allaient finir par sortir de leurs orbites à force de retracer les motifs des tapisseries recouvrant les murs du restaurant.
Autre détail tout aussi agaçant, mon voisin de table deux rangées plus haut. Qu'il puisse me lancer une œillade à une ou deux reprises passait encore, là c'était carrément à la limite du harcèlement visuel ! La première fois que nos regards s'étaient croisés, je venais tout juste de commander mon premier verre et au moment où j'allais boire, j'avais senti un regard intense braqué sur ma personne. En tournant la tête, je m'étais alors confrontée à des prunelles joueuses, presque dévorantes, et l'homme en question avait levé son verre en m'offrant un large sourire, m'incitant à faire de même – mon sourire cependant quelque peu forcé par rapport au sien. Peut-être pensait-il que j'allais passer ma soirée seule, aussi espérait-il tenter sa chance un peu plus tard. Si c'était le cas, je le plaignais d'avance vu la manière dont je m'étais préparée à le rembarrer. Je ne supportais pas les retardataires et encore moins les tombeurs de ce genre. Qu'il essaie de séduire quelqu'un d'autre bon sang, je n'étais réellement pas prompte à devoir repousser quelqu'un ce soir. Toute ma journée n'avait été que calvaire alors j'avais au moins droit à un peu de répit !
Croisant une nouvelle fois le regard charmeur et suggestif de l'inconnu, je détournais les yeux en pinçant les lèvres, contenant malgré moi ma nervosité. Ce n'était vraiment pas mon jour, et la manière dont cet homme me reluquait ajoutée au retard qu'accumulait Neji minute par minute ne faisaient que détériorer mon humeur. Pourquoi me donner rendez-vous si c'était pour être sûr de ne pas être à l'heure ? Certes, il était le patron de l'Asahi, cela impliquait une tonne de paperasses à signer, des réunions tardives, des coups de fil de dernière minute à passer… mais tout de même ! D'autant plus qu'il m'avait clairement précisé vouloir me parler, j'en avais donc déduis que c'était sûrement important, sinon il m'aurait expédié tout ça dans un maudit mail et l'histoire aurait été bouclée !
Marre, j'en avais réellement plus qu'assez d'être là. J'avais atrocement faim, mon ventre n'arrêtait pas de gargouiller et ce n'était pas en avalant des cocktails alcoolisés hors de prix que j'allais remédier à ma famine. Même cet imbécile d'Uchiwa ne m'aurait pas fait attendre de cette manière ! Quoique, je devais me préparer au pire avec lui. Moi, déjeuner en sa compagnie ? Ça aurait été la situation la plus risible de toute ma carrière, de toute ma vie même. Je n'en serais pas morte, oh ça non, mais j'aurais sans nul doute éprouvé beaucoup de difficulté à tenir la conversation avec cet individu. Il m'insupportait déjà au téléphone alors passer un long moment seule en face de lui… Je levais les yeux au ciel, sachant pertinemment qu'un tel scénario n'aurait jamais lieu d'arriver. D'ailleurs l'homme au regard langoureux lui ressemblait assez, étrangement même. Le même regard sombre, les cheveux aussi noirs que l'ébène… tout en lui s'apparentait à Uchiwa.
Espérant chasser son image de mon esprit, je terminais mon verre d'une traite avant de m'essuyer la bouche de ma serviette, puis j'attrapais mon sac pour y sortir mon miroir de poche et mon rouge à lèvres. C'était la deuxième fois que je me remaquillais, ayant bêtement cru que mon patron serait à l'heure. A nouveau une œillade sur ma personne m'interpella et je fus presque déçue de voir qu'il se levait pour accueillir une femme à sa table, sans pour autant manquer de m'offrir un léger sourire, sous mon regard froncé. Plaignant sincèrement cette pauvre femme, je laissais mon regard s'attarder sur sa silhouette élancée, jusqu'à remonter à la chevelure blonde qu'elle arborait. Mes cheveux roses faisaient bien pâles à côté des siens. J'allais soupirer lorsqu'une main se posa sur mon épaule, m'obligeant à relever la tête pour croiser les deux orbes nacrées qui me transperçaient du regard.
« Sakura, murmura t-il simplement, sa main pressant doucement ma peau avant de se retirer tout aussi rapidement. »
Puis il me contourna avant de prendre place en face de moi, sans m'adresser un quelconque regard. Je me contentais de le fixer froidement, bien décidée à lui faire comprendre que j'étais pour le moins irritée de son retard. Il n'avait même pas pris la peine de s'excuser ! Le serveur s'approcha alors de notre table et j'entendis brièvement Neji lui commander une bouteille de vin ainsi que la carte. J'éprouvais la désagréable sensation de ne pas exister, comme si ma présence lui était totalement indifférente.
« Tu arrives bien tard, osai-je murmurer en remerciant d'un infime sourire le serveur qui me tendait la carte.
— Navré pour mon retard, répondit-il sans pour autant daigner me regarder. J'allais quitter mon bureau quand le téléphone a sonné, tu sais ce que c'est, ces coups de fil qui s'éternisent…
— Hum… »
L'excuse de l'appel de dernière minute comme je m'y attendais. Peut-être qu'il ne faisait que me dire la vérité mais quelque chose me poussait à croire que c'était faux, et son indifférence à mon égard dès lors qu'il s'était assis à table renforçait ce pressentiment. Jugeant que j'accordais bien trop d'importance à ce futile détail, je laissais mon regard dériver sur la carte, tournant les pages les unes après les autres à la recherche d'un plat qui pourrait être susceptible de remplir décemment mon estomac. Je réprimais un soupir, un bon bol de ramens dans une échoppe au coin d'une rue m'aurait amplement rassasiée, alors que là… Certes les plats semblaient prometteurs, la crème de la crème mais aucun ne me tentait réellement. J'étais presque complètement absorbée par mon choix que je ne me rendis même pas compte qu'à présent Neji me dévisageait, jusqu'à ce qu'un imperceptible rire de sa part me sorte de ma réflexion, m'obligeant à relever le visage de la carte.
« Qu'est-ce qu'il y a ?
— Rien, tu as l'air profondément concentrée à ce que je vois. Tu as choisi ?
— Pas encore. Tous ces plats m'ont l'air trop complexes et je suis presque certaine que j'aurais encore faim en sortant de table.
— Hum… »
Et de nouveau ce silence sourd et dérangeant. Face à cet homme si droit et réservé, j'avais du mal à être totalement à l'aise. Il venait de rire, chose presque surréaliste de sa part, et pourtant son visage était redevenu sérieux, à croire qu'il ne pouvait pas être expressif plus de deux secondes. D'un œil discret, je jetais un regard à la table deux rangées plus loin, histoire d'occuper mon esprit le temps que le serveur ne revienne prendre notre commande. Le brun était à présent totalement concentré sur sa discussion avec la blonde, avec ce même sourire toujours accroché à ces lèvres. Etait-ce possible de sourire toujours de la même manière ? Puis tout à coup, je le vis détacher son regard de sa compagne une poignée de secondes pendant laquelle un discret et infime clin d'œil dans ma direction me força à replonger mon attention sur la carte, mes sourcils à nouveau froncés au maximum. Ce type… décidément rien ne l'arrêtait ! Une pensée fugace me vint, Neji serait-il jaloux en apprenant qu'un inconnu n'éprouvait aucun remord à me lancer des regards suggestifs juste sous son nez ? Je me giflais mentalement et effaçais cette idée totalement saugrenue de mon esprit, non c'était même impossible que ça puisse arriver un jour et avec n'importe quel homme. Et la raison m'en rendait presque malade, en même temps que d'ouvrir mes yeux.
« Tu es ravissante ce soir, lança sa voix grave avec un détachement sans pareil. »
Pour le moins surprise à l'entente de cette dernière phrase, je relevais lentement la tête pour sonder le regard glacial et pourtant intense de mon patron, qui ne détourna pas les yeux. Avais-je mal entendu ?
« Je rêve ou tu viens de me faire un compliment ? répondis-je en arquant un sourcil.
— Je n'ai fait que te dire le fond de ma pensée, rien de plus. Tu aurais préféré que je ne te trouve pas séduisante peut-être ?
— Non, non… c'est juste surprenant. Mais ça me fait plaisir, ajoutai-je avant de baisser les yeux, toujours aussi ébahie, les joues légèrement rouges. »
Ma parole, Neji riait, Neji me flattait… Que lui prenait-il tout à coup, son coup de fil lui avait lobotomisé le cerveau ou quoi ? Néanmoins, je ne pouvais m'empêcher d'exulter intérieurement. C'était mentir que de dire que je ne m'étais pas préparée avec soin pour notre dîner, aussi simple soit-il. J'avais voulu lui plaire, tout simplement. La robe que je portais laissait à peine entrevoir mon décolleté et m'arrivait juste au niveau des genoux. Ce n'était pas osé, juste ce qu'il fallait pour être à la convenance de cet homme. Une part de mon esprit nota que j'avais réellement bien fait de me remettre du rouge à lèvres avant qu'il n'arrive et un large sourire illumina mon visage, rempli d'une satisfaction non dissimulée. Un léger rictus en coin marquait la commissure de ses lèvres, comme si mon exaltation se devinait sans peine. Le serveur revint à ce moment-là et j'entendis rapidement Neji commander le même plat pour nous deux, qui me semblait être à base de bœuf. Il griffonna sur son carnet avant de déboucher la bouteille de vin et de nous servir chacun un verre, puis s'éloigna à grandes enjambées après que Neji l'ait remercié. Je saisis mon verre et trinquais avec lui, littéralement hypnotisée dans le nacre de ses iris avant de porter le liquide à la robe sombre à ma bouche. Le goût âpre et légèrement fruité se déversa dans ma gorge et je fis une grimace en reposant le verre, le vin rouge n'ayant jamais été ma tasse de thé. Je m'essuyais à nouveau la bouche avec ma serviette et posais ma main dans mon cou, innocemment bien sûr.
« Et de quoi voulais-tu me parler ? J'ai cru comprendre que c'était assez important pour que tu m'en parles dans un mail, commençai-je en laissant mon regard vagabonder sur son visage, me délectant de sa beauté glaciale.
— En effet, c'est important, lâcha t-il dans un imperceptible froncement de sourcils. Mais nous en reparlerons plus tard d'accord ? Pour l'instant, j'ai un autre sujet plus délicat à aborder avec toi.
— Un sujet plus délicat ? répétai-je à sa suite, redoutant le reste de sa phrase.
— Hum. Et tu ne risques pas d'apprécier ce que je vais t'annoncer d'ailleurs… ajouta t-il avant de baisser son regard vers son verre. »
Je cessais aussitôt de caresser ma nuque, mon bras retombant doucement sur la table. Là, je n'appréciais pas vraiment son regard ni la manière dont il avait commencé cette nouvelle discussion. Peut-être était-ce dû à l'amertume du vin si mon humeur décroissait à nouveau… mais j'en doutais fortement.
« Je suppose que c'est en rapport avec ce mystérieux appel n'est-ce pas ? murmurai-je calmement, ne cessant nullement de le fixer.
— Tout juste.
— Alors je t'écoute. Qui donc t'a appelé à cette heure-ci ?
— Hatake Kakashi, répondit-il en relevant ses yeux dans les miens, tandis que je me liquéfiais sur place. Ce nom ne t'est pas inconnu n'est-ce pas ? »
Je fronçais subitement les sourcils, cherchant une explication rationnelle qui pouvait justifier pour quelle raison le patron du journal le plus lu du Japon avait pu se donner la peine de contacter Neji. Oh non, ce nom ne m'était absolument pas inconnu. Qui ne connaissait pas Hatake Kakashi, celui qui tirait les ficelles au sein du Yomiuri Shimbun et qui plus est le mentor d'Uchiwa Sasuke ?
« Je ne te cache pas ma surprise lorsqu'il s'est présenté, reprit-il tandis que j'essayais de ne pas montrer mon désarroi. Je n'avais jamais encore eu l'occasion de lui parler, c'est chose faite à présent.
— Ce n'est pas comme si c'était non plus un honneur que de lui parler au téléphone, grinçai-je entre mes dents, me forçant à sourire – faussement évidemment.
— Tu l'as déjà rencontré il me semble, non ? »
Je soupirai, ayant l'impression que ce souvenir faisait à présent partie d'une très lointaine période de ma vie. Oui, j'avais bien fait la connaissance de cet homme deux ans auparavant, lors d'un bref entretien d'embauche pour un poste au sein de son entreprise. A l'époque le Yomiuri était déjà au sommet de son apogée et pour la nouvelle chroniqueuse que j'étais, c'était l'eldorado, la garantie du succès. Repenser à ceci m'inspira un léger élan de nostalgie et de rancune toujours bien présente dans ma chair.
« Sakura ?
— Tu n'as rien à lui envier tu sais, commençai-je en lui souriant avec honnêteté. Pour moi, tu fais un bien meilleur patron que lui Neji.
— Hum, tu dis ça parce que nous nous fréquentons depuis deux ans maintenant, répondit-il, l'air songeur. Mais ne nous éloignons pas du sujet, veux-tu ?
— Oui, excuse-moi. Qu'avait-il de si urgent à te dire pour t'appeler directement ? lançai-je sur le ton de l'ironie, avant d'attraper mon verre.
— Juste le revers de la médaille que je redoutais, qui ne me plaît guère et que tu risques encore moins d'apprécier.
— Qui est ? demandai-je tout en portant le verre à mes lèvres.
— Un face à face entre toi et Uchiwa Sasuke. Après demain. »
L'entente de son nom combiné au liquide amer qui se déversa dans ma gorge me coupèrent le souffle, mon cœur effectuant un soubresaut dans ma poitrine tandis que je m'étouffais à moitié, posant ce fichu verre de vin. Si ce n'était que le vin… bon sang, mais qu'est-ce que c'était que cette histoire ! Neji ne m'avait pas quittée du regard mais n'avait pour autant pas l'air d'être inquiet pour deux sous, sachant probablement que son annonce allait être loin de m'enchanter. Et encore, je pesais largement mes mots ! Moi qui avait bêtement cru que ce dîner allait finalement se dérouler dans de bonnes circonstances, voilà que cet individu gâchait une énième fois les choses. Ce n'était pas possible ça… Une fois ma toux à peu près calmée, je saisis le verre tendu par Neji et avalait rapidement l'eau qu'il contenait, le tout sous son regard imperturbable. Je me resservis un nouveau verre d'eau, tandis que le serveur arrivait pour nous apporter nos plats. Un bref regard au contenu de mon assiette suffit à me confiner dans l'idée que j'allais devoir me préparer un petit encas en rentrant chez moi, et je le remerciais faiblement avant de reposer mon verre. Puis inspirant profondément, je relevais mon visage pour planter mon regard dans celui de Neji qui déjà attaquait son repas.
« C'est une blague ? osai-je demander en arquant un sourcil.
— Pas du tout Sakura, répondit-il avec le plus naturel du monde. C'est tout à fait sérieux au contraire.
— Non mais… je rêve ! m'écriai-je, m'attirant quelques regards réprobateurs.
— C'est simplement une conférence de presse, continua t-il après avoir bu une gorgée de vin sous mon œil effaré. Le seul hic est que tu ne peux clairement pas y déroger, ne serait-ce que pour l'image de l'Asahi.
— Pardon ? Une conférence de presse ? Tu veux dire que…
— L'article paraîtra demain dans le Yomiuri, et tous les autres journaux doivent probablement être au courant à l'heure qu'il est.
— C'est du délire total… soufflai-je plus à moi-même, mon regard baissé vers mon assiette.
— Je me doutais de ta réaction. C'est pour cela que j'ai jugé préférable de t'en parler moi-même plutôt que tu l'apprennes par l'intermédiaire d'Uchiwa ou de quelqu'un d'autre. »
Les conversations fusaient autour de nous, marquées par le tintement des couverts. Neji aussi mangeait, tandis que moi je demeurai figée, consternée parce cette nouvelle totalement saugrenue. Un face à face ? Mais dans quel but ? Je m'étais déjà expliquée verbalement avec ce type, qu'est-ce qui lui fallait de plus pour qu'il comprenne enfin le fond de ma pensée et le mépris que j'avais de lui ? C'est là que je me rendis compte que j'avais oublié de poser une question fondamentale à Neji.
« Et qui a sollicité ce face à face ? »
Sa main s'arrêta et je n'eus aucun mal à confirmer mes dires en croisant son regard semi-agacé.
« A ton avis ?
— Uchiwa… qui d'autre, lâchai-je en serrant mes poings, mon humeur dégringolant davantage. Que t'a dit son cher patron exactement ?
— Sakura…
— Je veux savoir ! Neji, tu ne te rends pas compte de la situation je crois…
— Oui je sais que tu détestes profondément Uchiwa et après ? répondit-il en haussant le ton, son regard légèrement plus glacial. Qu'est-ce que tu croyais, qu'il n'y aurait aucune retombée de sa part concernant ton article ?
— Je…
— C'est une simple conférence de presse Sakura, une heure et demie où tu devras simplement répondre à des questions et expliquer quelle folie t'a poussée à prendre la décision de répondre à sa provocation, m'interrompit-il, le ton tranchant. Je t'ai prévenue Sakura, il fallait t'y attendre, point final. »
Point final. Oh que non, c'était loin d'être terminé. Cette histoire devenait complètement grotesque et voilà que Neji m'accablait d'avoir provoqué ce duel. C'était totalement absurde, c'était l'autre qui avait commencé à saccager mon travail ! Je soupirais, posant ma main sur mes yeux comme pour me réveiller de ce maudit cauchemar. J'imaginais déjà l'article qui allait paraître dans le Yomiuri et dans d'autres journaux, l'affront que j'allais subir, une nouvelle fois… Et tout ça par sa faute. Cela lui plaisait donc tellement de me pourrir la vie ? D'un geste rageur, j'attrapai ma fourchette et mon coupeau avant d'entreprendre de m'attaquer à ce stupide morceau de viande, aussi stupide que ne pouvait l'être cet enfoiré d'Uchiwa. Je ne prenais même pas le temps de savourer ce que j'avalais, je n'avais qu'un seul objectif en tête, manger pour éviter de penser ! Chose difficilement réalisable, les mots de Neji résonnant dans mon cerveau en boucle. Une conférence de presse pour une futilité… non mais franchement.
« Apprécies-tu seulement ton repas ?
— Pas vraiment non, parvins-je à répondre entre deux bouchées. J'ai un arrière goût d'amertume sur la langue, si tu vois ce que je veux dire.
— N'en fais pas un drame Sakura…
— Neji, le coupai-je dans le flot de ses paroles, me confrontant à son regard surpris tandis que le mien demeurait sombre. Tu n'es pas à ma place, tu ne sais pas ce que c'est que de savoir que l'on est sur le point d'être ridiculisée par un connard aussi vil que lui. Tu sais parfaitement que quoique je dise, les gens lui donneront raison parce qu'il est le grand Uchiwa Sasuke et que personne n'ose ouvrir sa gueule pour fermer la sienne, même si c'est lui qui est en tort, ajoutai-je, sans me soucier que notre conversation puisse être entendue par nos voisins de table.
— S'il te plaît…
— Non Neji. J'ai le droit le plus total d'être énervée, alors s'il te plaît, n'en rajoute pas. »
Il ne répondit rien, ce qui me soulagea en même temps que m'exaspérer. De mémoire, je n'avais eu que peu d'échanges houleux avec Neji. Des conflits sur le rythme de travail au sein du journal, quelques mésententes sur certains sujets concernant des articles… bref, des broutilles entre collègues. Là, c'était la première fois depuis longtemps que je perdais mon sang froid avec lui, tout comme lui avait perdu le sien ce matin lorsqu'il m'avait convoquée dans son bureau. Juste retour des choses en somme, mais cela restait légèrement blessant. Je n'aimais pas cette situation, et j'aimais encore moins l'idée d'être en froid avec lui. Il n'était pas que mon patron, alors oui, ça m'agaçait. Et encore une fois, l'unique responsable de ce conflit n'était rien d'autre que mon concurrent. Les minutes passèrent durant lesquelles un pesant silence se fit ressentir, me plongeant dans une gêne que je n'appréciais pas. Je ne touchais plus à mon assiette, l'appétit m'ayant été coupé dès que notre discussion avait tourné au vinaigre. Neji continuait à manger, seul, tandis que je triturais mes doigts sous la table, le regard toujours baissé vers mon assiette. Je n'avais qu'une envie, rentrer chez moi au plus vite pour me coucher.
« Ça a été ? demanda soudainement une voix proche à côté, me faisant sursauter sur le coup. »
Je tournais la tête pour croiser le regard chaleureux du serveur et lui offrit un bref sourire, inclinant doucement la tête pour acquiescer.
« Oui, je vous remercie, c'était parfait.
— Vous n'avez pourtant pas beaucoup touché à votre assiette mademoiselle, répondit-il en souriant un peu plus. Vous voulez que je vous apporte autre chose ?
— Non merci, je me sens juste un peu barbouillée, ça ira.
— Vous prendrez un dessert ?
— Je…
— Un café pour moi, m'interrompit Neji. Et un parfait à la noix de coco pour ma compagne s'il vous plaît.
— Tout de suite monsieur. »
Je lui lançais un regard intrigué, tandis que le serveur débarrassait nos assiettes. Puis une fois qu'il fut éloigné, je soupirais en posant à nouveau mes yeux sur Neji.
« J'ai dit que j'étais barbouillée, lui fis-je remarquer en croisant mes bras.
— Ne mens pas, je sais que tu en raffoles. Et tu m'as bien dit que tu avais faim non ?
— Pff, soufflai-je en esquissant un léger sourire. »
Il eut à son tour un faible rictus et mon cœur se gonfla quelque peu dans ma poitrine, mon malaise totalement dissipé. Soudain, je me souvins de quelque chose et reposai mon attention sur sa personne.
« Au fait, il n'y avait pas quelque chose d'autre dont tu voulais me parler ? »
C'est là que je le vis froncer les sourcils, avant de soupirer et de poser ses coudes sur la table, les mains croisées. Sa réaction à ma question me parut étrange, comme s'il redoutait de devoir me répondre. Je continuais de sonder son visage, alors que le serveur posait sous mon nez ma coupe contenant mon parfait et qu'il déposait une tasse devant Neji. Je le remerciais brièvement avant de prendre ma cuillère, et sous mon regard toujours perplexe, il posa son menton sur ses mains, son regard dérivant lentement sur le côté. Allons bon, j'avais déjà tout entendu ce soir, une nouvelle de plus ou de moins…
« Sakura, Tenten rentre la semaine prochaine. »
La cuillère précédemment serrée entre mes doigts retomba subitement sur la table, le bruit sourd résonnant lourdement à mes tympans. Sa phrase venait de couper ma respiration en même temps que d'annihiler toute forme de conscience en moi. Définitivement cette journée était à marquer comme l'une des pires de mon existence…
« Je… je croyais qu'elle ne devait rentrer que dans un mois, murmurai-je à voix basse, mon regard à présent rivé sur la table, n'osant sonder le visage de Neji.
— A la base oui. Mais elle a décidé d'avancer son retour, elle m'a appelé cet après-midi pour me l'annoncer. »
Moi qui pensais avoir tout entendu ce soir, j'étais servie. Mais je devais m'y attendre, ça allait forcément arriver un jour ou l'autre… Je fermais les yeux, me remémorant l'unique fois où je l'avais rencontrée. Takaya Tenten*, sa fiancée, était partie en Chine depuis près d'un an pour apporter son aide au sein d'un grand quotidien de Hong Kong, et ma relation avec Neji avait commencé à peu près à cette période là. Il lui était arrivé d'aller la voir de temps à autre, lors des fêtes par exemple. Mais là, je savais déjà que son retour était définitif. Seulement… mon cœur serré dans ma poitrine semblait me faire comprendre que je n'avais pas l'air si préparée que je le pensais. Malgré tout, je me forçais à esquisser un sourire et à lever mon visage, sans pour autant rouvrir mes paupières.
« Je suis heureuse pour toi alors, lançai-je sur un ton qui se voulait naturel et chaleureux. Tu ne l'as pas vue de puis longtemps alors c'est une bonne chose qu'elle rentre enfin.
— Sakura…
— Bon, et si j'attaquais mon dessert ? continuai-je en prenant ma cuillère, ignorant son regard pourtant braqué sur ma personne. Ça m'a l'air délicieux !
— Regarde-moi Sakura, murmura t-il soudainement d'une voix tranchante, me coupant dans mon élan. »
Impossible de détourner mon regard, j'étais forcée de me confronter au sien. Il n'était pas chaleureux ce regard, ni même dur. C'était toujours le même, impassible. Il était égal à lui-même.
« Je suis désolé. »
Ce fut un simple murmure, à peine inaudible et pourtant, je l'avais entendu. J'avais compris.
« Ne me fais pas d'excuses, répondis-je en baissant mes yeux, souriant faiblement. »
Voilà, on y était. Son « désolé » était clair, pas besoin d'explication. Ce que j'avais intimement redouté et que j'avais sans doute inconsciemment repoussé, se produisait enfin. Je mangeais lentement, en silence, mais le goût pourtant sucré paraissait fade dans ma bouche. Il ne disait rien, et je ne parlais pas non plus. Discuter ne servirait à rien de toute manière, l'échéance n'avait été que trop retardée. L'homme qui m'avait dévisagée avant que Neji n'arrive ne m'adressa pas l'ombre d'un regard en sortant, toujours accompagné de sa blonde. Dommage, ça m'aurait distraite le temps d'une seconde. Une fois mon dessert terminé, je posais ma cuillère et enfilais ma veste, gardant mes yeux rivés au sol. Puis je prenais mon sac et me levais pour quitter la table, sans lui jeter un dernier regard, sans prononcer la moindre parole. Comme à son ordinaire, il réglerait l'addition et s'en irait à son tour, après que j'eusse quitté le restaurant. Oui, c'était dans l'ordre des choses.
Une bourrasque de vent m'accueillit lorsque je franchis la porte du restaurant et je me faufilai rapidement entre les passants pour me rapprocher du bord du trottoir et héler un taxi. Il ne faisait pas si froid, mais je ne me sentais pas d'attaque pour marcher jusque chez moi. Une voiture s'arrêta, et je m'y engouffrai rapidement, marmonnant vaguement mon adresse. Et le chauffeur démarrait, tandis que je laissais échapper un profond soupir de fatigue. Oui, j'étais exténuée. A travers la vitre, les rues illuminées de Tokyo me renvoyaient toute leur splendeur mais je n'étais pas d'humeur à m'extasier devant ce spectacle. Il fallait que je me prépare à affronter la journée qui venait, et l'autre d'après. Surtout celle-ci.
Ma tête posée contre le rebord de la vitre, je laissais mes pensées vagabonder sur tout et rien. Qu'étais-je à présent, célibataire ? Non, nous n'avions jamais formé un couple lui et moi alors ce terme ne convenait pas vraiment. Je n'étais plus une amante, ni même une confidente… je n'étais plus rien. J'étais seule, à nouveau. Un silencieux soupir s'échappa une nouvelle fois de mes lèvres et je fermais les yeux, me laissant glisser contre la banquette. Bizarrement, je ne me sentais pas plus affectée que ça. Ça devait arriver, tout simplement. Peut-être un peu de nostalgie, mais ça allait. Ça allait.
Ce soir-là, ma relation avec Neji prenait fin.
oOoOoOoOo
« Calme-toi et arrête de tourner en rond comme ça Sakura, tu vas finir par me donner le tournis, s'écria Temari en soupirant.
— Impossible ! m'écriai-je en lui jetant un regard sombre, croisant son regard gris-bleu semi-amusé, semi-ennuyé. »
Non, impossible de calmer mes nerfs ! J'étais depuis la veille une véritable boule de stress et rien de ce que pouvait dire Temari n'y changerait quoique ce soit. Je redoutais tellement cette stupide confrontation avec ce crétin que je n'arrivais pas à m'arrêter. Enfermées dans les toilettes du Yomiuri, je parcourais la petite pièce de long en large, cherchant n'importe quel prétexte pour m'enfuir d'ici, quitte à simuler une nausée qui pourrait être susceptible de se transformer en grippe – personne ne souhaiterait attraper cette satanée maladie. Et Temari suivait mes pas depuis maintenant une bonne demi-heure, tentant par n'importe quel moyen de me rassurer sur ce qui représentait à mes yeux la fin de ma carrière. Oui, ça allait être la fin. Uchiwa me ridiculiserait, Neji me renverrait – plus rien ne me forçait à le voir de toute manière – et je rentrerais chez moi, un carton contenant mes effets personnels sous le bras. Voilà, ainsi se terminerait ma courte carrière de chroniqueuse.
« Bon, c'est bientôt l'heure. Tu comptes répondre aux questions à travers la porte des toilettes peut-être ?
— Et pourquoi pas ? lançai-je en levant les bras au ciel. Ça mettrait un peu d'animation dans l'assemblée !
— C'est sûr que là, tu passerais vraiment pour une crétine finie, répondit-elle en éclatant de rire, s'octroyant mon regard noir. Allez Sakura, tu ne vas pas te laisser faire par Uchiwa Sasuke tout de même !
— Pff, tu peux parler ! C'est toi qui m'a poussée à écrire cet article qui aujourd'hui me mène tout droit à ma perte ! rétorquai-je.
— Tu l'aurais écrit quand même, s'écria-t-elle croisant les bras. Une telle provocation de sa part, tu n'aurais jamais résisté je te connais.
— Et regarde maintenant où ça m'a menée… Temari, je ne peux pas y aller, je… je vais me faire piétiner !
— Quand même pas ! Tu exagères vraiment trop Sakura ! »
J'allais lui répliquer quelque chose lorsqu'un léger coup porté à la porte me fit sursauter, et instinctivement je fonçais dans une cabine sous le regard perplexe de mon amie avant de claquer la porte et de tourner le verrou, le souffle coupé. La porte s'ouvrit et le soupir de Temari me rassura quelque peu sur l'identité de la personne qui venait d'entrer.
« Euh… Sakura n'est pas là ? demanda la voix timide que je reconnus sans peine.
— Si, répondit la voix de Temari. Cette andouille vient de s'enfermer.
— La ferme ! répliquai-je à voix haute. Je ne suis pas une andouille !
— C'est vrai que « froussarde » convient mieux en effet.
— S-Sakura ? Il reste dix minutes avant que la conférence ne commence, Neji te cherche partout.
— Je ne veux pas le voir celui-là ! vociférai-je. Je ne veux pas y aller tout court !
— Et voilà, elle remet ça… lança la voix ennuyée de Temari. »
Posant mon front contre la porte, je fermais les yeux, inspirant profondément. Ça m'était égal que Neji me cherche, il ne pensait pas à moi de toute manière, simplement à l'image de son si précieux journal. Non, ma personne devait peu lui importer désormais. J'étais redevenue une simple employée au sein de son entreprise et… voilà. Depuis presque deux jours, je m'efforçais de focaliser mon esprit sur autre chose que notre dernière discussion, en vain. Ça m'agaçait, il allait bien falloir que j'arrête d'y penser un jour ou l'autre ! Et bien que je ne l'eusse pas croisé la veille, notre « rupture » continuait de rester en travers de ma gorge. Juste un peu. Cet évènement faisait entre autre parti des raisons pour lesquelles je n'avais qu'une envie, m'enfuir de cet endroit. Ma tête était totalement ailleurs, comment allais-je pouvoir affronter la foule… et surtout le supporter ?
« Uchiwa est arrivé ? grinçai-je entre mes dents, mes paupières toujours closes.
— Non, ni lui ni Hatake Kakashi. Mais tout le monde est prêt, il ne reste plus que vous Sakura…
— Oui puis ça fait tout de même plus d'une demi-heure que tu es là dedans ! la coupa Temari en élevant la voix. Ce n'est pas que je m'ennuie mais un peu tout de même ! Allez quoi, on est là pour te soutenir nous.
— Vous ne voulez pas m'aider à trucider Uchiwa plutôt ?
— Après si tu veux, oui ! Mais là, c'est l'heure d'y aller Sakura alors sors de là. Maintenant.
— Pff…
— Tu veux peut-être que j'appelle Neji pour qu'il défonce la porte ? »
Soupirant, je tournais le verrou et lançais un regard lourd de noirceur à Temari, qui me le rendit par un large sourire – plutôt diabolique à mon sens – avant de croiser le regard nacré d'Hinata, tellement semblable à celui de son cousin. Elle eut un faible sourire de compassion et j'acquiesçai de la tête avant de me diriger vers la porte. Une fois dans le couloir, je pris le soin de regarder plusieurs fois à droite, puis à gauche, m'assurant que personne ne se trouvait dans les parages. J'allais déjà avoir la plus belle honte de ma vie, inutile de me donner en spectacle avant l'heure ! Mes pas étaient lents, visiblement trop au goût de Temari qui m'agrippa la main pour me traîner, Hinata sur nos talons. A mesure que nous nous rapprochions de la salle prévue à cet effet, mon cœur accélérait la cadence de ses battements, tandis que j'avais de plus en plus de mal à déglutir. La bile montait à mon palais, j'avais horreur de parler en public. Puis la salle apparut devant mes yeux, mais ceux-ci se braquèrent malgré moi vers la personne qui attendait devant, l'air visiblement agacé. Son costume sombre s'accordait parfaitement à l'air qu'il arborait, et qui s'accentua lorsqu'il se tourna vers nous.
« Te voilà enfin Sakura ! s'écria Neji. Qu'est-ce que tu fichais bon sang ?
— Il y avait des bouchons sur la route, répliquai-je sèchement, sans lui adresser un regard. Je suis là, c'est le principal non ?
— Heureusement que tu es là ! C'est une chance que ni Hatake ni Uchiwa soient arrivés, ton arrivée va passer inaperçue au moins. »
Je fronçais des sourcils, avait-il donc honte de moi ? Oui, je n'étais pas aussi parfaite que lui et après ? S'il éprouvait autant de réticence à s'afficher avec moi en public, il n'avait qu'à faire ce stupide interview tout seul ! Tout ceci ne faisait que m'agacer davantage et je serrais les poings en croisant le regard réprobateur de Temari. Puis j'inspirais longuement avant de franchir les portes, Neji me suivant de près. Les flashs des photographes me mitraillèrent sauvagement, si bien que je clignais plusieurs fois des yeux, ma vue légèrement aveuglée. Et tandis que je me frayais un chemin pour accéder à l'estrade où j'allais devoir répondre aux questions, j'entendis plusieurs fois des voix me héler, des « Mademoiselle Haruno ! » et même des « Sakura par ici ! » fusant un peu partout autour de moi. Qu'est-ce que je détestais ça bon sang, qu'est-ce qui m'avait pris de venir ? Le bras puissant de Neji me poussait, me permettant d'avancer jusqu'à monter les trois marches qui menaient à l'estrade. Je pris place sur la première chaise au centre, mon patron et désormais ex-amant à ma droite, avant de relever la tête.
C'est là que je me rendis compte de la foule oppressante qui se tenait devant moi, photographes et journalistes tous confondus. Certains visages vaguement familiers que j'avais déjà rencontrés lors de réceptions, d'autres totalement inconnus… Non mais, tout le gratin du monde journalistique de Tokyo s'était rameuté ici ou quoi ? Rien n'avait été laissé au hasard, des lumières braquées sur notre direction aux verres posés en évidence sur la table, des bouteilles d'eau minérale à côté. Tant mieux, j'allais en avoir besoin tant ma gorge me paraissait desséchée. J'entendis vaguement la voix de Neji grésiller dans le micro, demander le silence avant de dire clairement que je ne ferais aucun commentaire avant le début de la conférence. S'il comptait parler à ma place tout du long, c'était parfait ! Mon regard chercha rapidement mes deux amies et collègues et je les aperçus enfin, à la deuxième rangée. Temari m'offrit un clin d'œil complice, Hinata un infime sourire d'encouragement et je réussis à esquisser une légère grimace, ma nervosité augmentant un peu plus. J'avais la nette sensation d'être une lycéenne angoissant à l'idée de prendre la parole devant toute sa classe. Oui, c'était le même contexte, à la différence que ce n'était pas des camarades de classe devant moi, mais des journalistes sans scrupules prêts à noter chaque mot qui allait sortir de mes lèvres.
Un mouvement de foule attira soudainement mon attention et comme la majorité de l'assemblée je tournais mon visage vers la porte, une masse de photographes encerclant le nouveau venu. Je demeurais bouche bée, à croire que ces rapaces n'attendaient qu'une seule chose, lui. Cependant, ce furent les cheveux grisonnants du patron du Yomiuri qui apparurent dans mon champ de vision, leur propriétaire n'ayant aucune difficulté pour se déplacer parmi la foule pourtant toujours aussi importante. Son costume gris foncé lui seyait dans toute sa splendeur, et pour une raison que j'ignorais un masque lui barrait le bas du visage, renforçant son côté mystérieux que j'avais trouvé déconcertant lors de notre rencontre. Cet homme n'était que charisme et confiance en soi, il réussissait et en avait parfaitement conscience. Un bref instant, son regard sombre croisa le mien tandis qu'il montait à son tour sur l'estrade pour se diriger vers la place qui lui était due. Un coup de coude à ma droite me sortit de ma contemplation et je me levais en même temps que Neji pour m'incliner légèrement. Il inclina brièvement la tête à son tour et un léger sourire narquois se lut sans peine sur son visage, avant qu'il ne prenne la parole.
« Je suis honoré de faire enfin votre connaissance Neji.
— Tout le plaisir est pour moi, Kakashi. Depuis le temps.
— En effet, répondit-il avant de baisser ses yeux vers moi. Ravi de vous revoir également mademoiselle Haruno, vous semblez en forme.
— Monsieur Hatake, murmurai-je simplement, n'ayant aucune envie d'entamer une discussion avec cet homme, le souvenir cuisant de notre dernière entrevue encore trop présent dans mon esprit. »
Ce fut au moment où j'allais de nouveau m'asseoir qu'une véritable ovation retentit dans toute la salle, accueillant le retardataire. Je supposais qu'il pouvait se le permettre avec sa position, d'autant plus que nous nous trouvions dans les locaux du Yomiuri. Si j'avais trouvé totalement incroyable la manière dont son patron avait été accueilli, là, je n'en revenais pas. Ce n'était plus une marée de photographes qui s'entassaient tout autour de lui, c'était carrément un typhon ! Comme s'il était une célébrité quelconque, comme si le monde tournait autour de sa personne. Tout ce cinéma rien que pour son arrivée m'agaçait déjà, alors qu'est-ce que ça allait être lorsque la conférence débuterait… Son nom était scandé de toute part et sa voix grave me parvint au loin, il répondait aux acclamations de la foule là où moi je n'aspirais qu'à les fuir.
Puis je le vis, une simple veste noire par-dessus une chemise de la même couleur, à peine boutonnée jusqu'au col, confirmant son image de playboy qui lui collait à la peau. Mes yeux remontèrent bien malgré moi, s'arrêtant au sourire confiant, à la mâchoire finement dessinée, encadrée par quelques mèches de cheveux aussi noirs que l'ébène. Je baissais mes yeux vers ma propre tenue, me rendant à présent compte de la différence radicale de notre style vestimentaire. Si lui avait choisi une tenue décontractée, la mienne me donnait plutôt l'image d'une femme sévère. Mon tailleur rouge contrasté par le beige de ma veste avait beau m'aller à merveille, nous étions loin d'avoir la même classe, mon décolleté naissant et apparent ne changeant rien.
Relevant la tête, je jetais un léger coup d'œil du côté des filles et si Hinata semblait profondément absorbée par quelque chose à sa droite, Temari elle, répondit à mon regard par un discret signe du pouce, comme pour m'inciter à regarder à mon tour ce qui semblait tant intéresser Hinata. Son geste me fit froncer les sourcils et lentement, je tournais mon visage vers la gauche, me heurtant alors à ces prunelles sombres que je n'avais pas vues depuis un bon bout de temps. Le regard noir ne cilla pas une seule seconde, alors que j'éprouvais quelque peu de difficulté à les soutenir. J'en avais oublié à quel point elles pouvaient être envoutantes et si communes à lui. Mains dans les poches, il s'était arrêté au pied de l'estrade et me balayait du regard, me détaillant sans aucune gêne. Le sourire confiant s'était dissipé, laissant place au rictus narquois le plus agaçant que j'avais jamais vu. Néanmoins, sentir un tel regard sur ma personne m'avait légèrement déstabilisée et je devais bien admettre que oui, il était extrêmement séduisant. Ça m'agaçait largement d'oser penser ceci, mais ça aurait été mentir que de dire que sa plastique n'était pas agréable à regarder. Sentant le rouge gagner mes joues, je détournai rapidement les yeux en serrant la mâchoire et j'entendis ses pas monter les marches.
« En retard comme toujours, s'exclama son patron à ma gauche.
— C'est toi qui est en avance pour une fois, répondit la voix grave que j'avais tant maudite au téléphone. Monsieur Hyuuga, cela faisait fort longtemps.
— Effectivement. C'est toujours un plaisir de vous voir Monsieur Uchiwa, murmura la voix proche de Neji, qui s'était sans doute incliné. »
Un plaisir… ça dépendait pour qui. Puis lentement, je sentis le regard sombre glisser sur moi et j'hésitais longuement avant de tourner mon visage vers le sien.
« Mademoiselle Haruno, murmura t-il simplement en s'inclinant, toujours avec ce sourire en coin que je mourrais d'envie d'arracher. »
Un instant, j'imaginais mon poing s'abattre sur sa mâchoire mais je laissais tomber cette idée, me résignant amèrement. Un tel spectacle aurait pourtant été plus que jouissif…
« Monsieur Uchiwa, lâchai-je à mon tour, obligeant mon dos à se courber bien malgré moi. »
Une horde de flashs parvinrent à moitié dans mon champ de vision tandis que je relevais la tête, avant de m'asseoir à ma place. Il s'assit à son tour et je fronçai mes sourcils en sentant imperceptiblement sa main frôler ma cuisse, avant qu'il ne la pose sur la table. Que ce fusse fait exprès ou non, je n'avais qu'une envie, lui en coller une. Un bref coup d'œil vers Neji suffit à me confiner dans l'idée que j'étais comme le disait Shikamaru dans la galère et que j'allais devoir me débrouiller par mes propres moyens. Les bras croisés sur ma poitrine, je tendis ma main droite pour la poser sur mes yeux et masser délicatement mes tempes, sans pouvoir retenir un profond soupir. La voix de son patron annonça que la conférence pouvait à présent commencer et je soupirai un peu plus, nullement prête à vrai dire.
« Ne soyez pas aussi crispée, souffla une voix à ma gauche. Tout ira bien. »
J'enlevais alors la main de mon visage avant de me tourner légèrement vers mon interlocuteur, qui m'octroya le temps d'une seconde un infime mais profond regard, avant de replonger ce dernier sur l'assemblée qui nous faisait face.
« Sakura. »
Et le sourire satisfait que je vis sur la commissure de ses lèvres me donna un peu plus l'envie de m'enfuir de cet endroit, parce que je savais pertinemment qu'il avait vu. Qu'il avait vu le faible rouge de mes joues lorsqu'il m'avait longuement regardée. Tout comme il avait parfaitement senti mon épiderme frémir le temps que sa main ne glisse sur ma peau. Ici, assise à côté d'Uchiwa Sasuke, je me sentais profondément vulnérable. Et encore. Heureusement qu'il n'avait pas entendu l'accélération de mon rythme cardiaque, au moment où il avait prononcé mon prénom. Une chose était sûre, ces minutes à venir allaient être les plus longues de toute ma vie !
Ah ce Sasuke… la peluche de lui que j'ai achetée à la Japan Expo ne me fait pas autant d'effet à moi xD
Alors ? Est-ce que ce chapitre vous donne t-il toujours autant envie de connaître la suite ? Je l'espère intimement. Toutes les impressions sont bonnes à prendre, alors je vous écoute )
La suite arrivera je ne sais quand, j'ai un chapitre final extrêmement important à écrire pour une autre fiction alors… promis, j'essaierai d'être rapide. Et la suite sera des plus intéressantes, alléchantes même… hé hé 8)
Bien à vous et littérairement vôtre, Mireba.
