Merci beaucoup Hilaidora pour ta review, ça m'a fait très plaisir !
J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira, il est beaucoup plus long, et les choses se mettent en place…bonne lecture !
Scorpius poussa un profond soupir d'aise en laissant sa nuque reposer dans le moelleux du fauteuil. Ici, il était en territoire ami, et il n'y avait aucune chance pour que les indésirables –non, l'Indésirable au singulier, ne vienne le déranger dans sa paisible relaxation. Il entendit Albus se laisser tomber dans le fauteuil à côté de lui, avec beaucoup moins d'élégance, cela va sans dire. Cela demandait un long travail personnel d'apprendre à se couler avec grâce dans un fauteuil. Scorpius s'était exercé tout seul, en cachette, peu après son entrée à Poudlard, quand il avait remarqué à quel point les autres manquaient de beauté lorsqu'ils s'affalaient dans un canapé. Lui voulait être différent, spécial. Ceux qui prétendent que c'est le naturel qui prime sont des imbéciles –du moins à son goût, ils l'étaient indubitablement : Scorpius était convaincu que le naturel, ça n'existait pas. Toute attitude, tout regard, chaque mot, chaque soupir, étaient travaillés, et chez tout le monde, pas seulement chez lui. Il était simplement plus doué que les autres pour donner l'illusion que chez lui, la perfection était innée. Personne n'aurait imaginé combien il était difficile de mettre en place et de maintenir un tel personnage.
Scorpius fronça les sourcils et écarquilla légèrement ses paupières qui s'étaient à demi fermées. Qu'était-il en train de faire ? De se chercher des justifications ? Mais il n'y avait rien à justifier ! Quel mal y a-t-il à s'efforcer de paraître plus brillant que ce que l'on est à l'intérieur ? Rose Weasley…si elle croyait qu'il allait commencer à se prendre la tête maintenant, alors que pendant sept ans il avait réussi à ignorer toute remise en cause de lui-même, elle se fourrait le doigt dans l'œil jusqu'au coude. Non, c'était lui qui lui mettrait le doigt dans l'œil, et il l'enfoncerait bien profond –avec un peu de chance, elle finirait borgne et il n'aurait plus à sentir sur lui en permanence, comme aujourd'hui, ses yeux de lave en fusion.
-Mon frère m'avait bien dit que la septième année était horrible, mais je croyais qu'il essayait juste de me faire peur, grommela Albus, le tirant de ses réflexions. Trois rouleaux de parchemin sur la potion d'aujourd'hui, j'y crois pas…
-Pense que dans un an, on se fait la malle, nos ASPIC en poche, lui rappela nonchalamment Scorpius.
-La charge de travail te laisse froid, on dirait, constata Luzia Brown. Mais est-ce que tu restes aussi cool à l'idée d'avoir encore un an à subir le harcèlement quotidien de Miss-Nez-en-l'Air ?
-Hey…c'est ma cousine, Luzia !!
-Oui, je connais ce discours, mais figure-toi que ce n'est pas la mienne alors je peux bien dire ce que je pense de cette peste, répliqua-t-elle vivement. Elle a passé la journée à regarder Scorpius, sans même se donner la peine de s'en cacher, elle fait exprès de le rendre mal à l'aise !
Les joues empourprées d'indignation, Luzia projeta de l'encre sur le tapis en trempant sa plume d'aigle trop violemment dans son encrier. Elle avait toujours eu la langue bien pendue, aussi loin que remontaient les souvenirs de Scorpius. C'était une petite blonde –minuscule même, 1m55 sous la toise à tout casser, avec une peau mate et des yeux noirs. Son amitié avec elle remontait à leur première année à Poudlard. Il l'avait rencontrée en même temps qu'Al, mais elle n'avait réussi à se faire son trou entre eux qu'en troisième année. Al et lui étaient en effet comme les doigts d'une seule main, et, bien qu'ils se montraient agréables avec tout le monde, leur amitié était sacrée et nul ne pouvait s'immiscer. C'était mal connaître Luzia et sa volonté de faire de leur duo un trio. Il lui avait fallu de la persévérance –une des qualités qu'il admirait chez elle, d'ailleurs. Depuis quatre ans à présent, elle était un élément à part entière de leur petite bande, et Scorpius ne s'imaginait plus Al et lui sans sa présence à elle.
-Je l'ai supportée six ans, je peux bien tenir un an de plus, lâcha-t-il, s'efforçant d'avoir l'air dégagé.
Luzia leva le nez de son parchemin pour poser ses yeux sombres dans les siens.
-Pourtant, tu pourrais presque porter plainte. Non, tu devrais porter plainte, se corrigea-t-elle. Je te l'ai déjà dit mais je vais te le dire encore pour être sûre que tu as bien reçu le message : c'est du harcèlement qu'elle te fait là.
Bien sûr que je le sais, qu'est-ce que tu crois ? C'est une putain de garce et j'aimerais refermer moi-même les doigts autour de son petit cou, lui répondit-il mentalement –mais sa bouche resta soigneusement close. Il ne tenait vraiment pas à rendre le fond de sa pensée public. Même ses amis n'avaient pas à le savoir.
-Elle a aussi ses bons côtés, hasarda Albus d'une voix incertaine.
Scorpius sourit vaguement pour lui-même. On voit que tu es convaincu de ce que tu avances, Al…
-Cette fille, c'est le démon, affirma Luzia avec ferveur –ignorant l'intervention d'Albus.
-Ne lui fais pas trop d'honneur. C'est une gamine, et ça fait plus pitié qu'autre chose, son petit jeu.
Scorpius était satisfait de la manière dont il avait exprimé cette idée. Il avait toujours été, par chance, quelqu'un qui s'exprimait bien et habilement.
-Tu es beaucoup trop gentil, ça aussi je te l'ai déjà dit, plaida Luzia –mais ses yeux s'étaient fait plus doux. À être trop bonne poire, tu vas t'attirer des ennuis, un jour…
-C'est une critique ou un compliment ? s'amusa Scorpius.
Les joues de Luzia virèrent carrément cramoisi et elle retourna à son travail.
-Oh, prends-le comme tu veux, marmonna-t-elle.
Pendant un moment, Scorpius n'entendit plus que le grattement de la plume de Luzia sur son parchemin, la rumeur des voix autour d'eux, un peu étouffée par le feu qui craquait et dansait dans la cheminée. C'est le paradis, ici, songea Scorpius en refermant paresseusement les yeux. Le seul refuge…le seul endroit où il pouvait rayonner de toute sa splendeur ET se détendre sans que Weasley-Granger ne vienne tout foutre en l'air.
-Au fait, lança soudain Al, c'est demain que tu dois voir McGo pour tes trucs de Préfet-en-Chef, non ?
-On ne peut rien te cacher, ironisa-t-il.
-Si tu veux, je peux parler à Rose...
-Tu lui as déjà parlé cet été, et visiblement, ça n'a rien donné –ce n'est pas de ta faute, Al, c'est elle qui a décidé de ne pas me laisser tranquille, se rattrapa-t-il quand il saisit l'expression gênée de son ami. Ecoute, de toute manière, en face des profs, elle se tient toujours à carreaux. Tout ce que j'aurais à faire, c'est de supporter son hypocrisie, puis de me tirer une fois l'entretien terminé. Point.
Albus opina du menton, mais Scorpius le soupçonnait fortement de ne pas avoir renoncé à parler à Granger. Al était du genre à se plier en quatre, voire en huit ou en seize si nécessaire, pour aider ses amis : il ne parvenait pas à se faire à l'idée que parfois, même avec la meilleure volonté du monde, on ne peut rien faire. Certains cas étaient désespérés.
Rose Weasley était un cas désespéré.
Le moins qu'il puisse dire, c'est que la perspective de cet entretien préfets-en chef/ McGo le remplissait de joie.
Huit heures moins huit. Sa propre ponctualité l'étonnerait toujours. Il n'avait plus que deux couloirs de dix kilomètres à se farcir, et il arriverait en vue du bureau de la directrice. Triturant du pouce la lanière de son sac, Scorpius se mordit la lèvre. Il avait beau avoir fait le courageux en face de ses amis la veille au soir, il sentait ses muscles se tendre à cause de la nervosité. Il ne savait jamais à quoi s'attendre avec Weasley –mieux valait ne s'attendre à rien, Al avait raison. Distraitement, il chiffonna entre ses doigts une mèche blonde. Compte tenu du stress auquel il était soumis toute l'année, il ne serait pas étonné d'avoir des cheveux blancs avant trente ans. C'était même le scénario le plus probable –Weasley lui gâchait sa jeunesse, torpillait son énergie, écrasait son orgueil, et voilà maintenant qu'elle s'attaquait à son potentiel de séduction.
-C'est fou le temps que tu peux passer à te tripoter toi-même, tu t'en rends compte, Malefoy ?
Il sursauta en sentant des lèvres près de son oreille et s'écarta brutalement. Plongé dans ses charmantes pensées, il n'en avait même pas entendu l'objet arriver dans son dos –une erreur à ne jamais commettre. Il se composa un masque impassible et se contenta de contourner Rose Weasley, bien plantée au milieu du couloir, pour poursuivre son chemin. Elle éclata d'un rire moqueur et le suivit.
-Tu dois être terriblement frustré –d'un point de vue sexuel- pour en arriver à te toucher dans les lieux publics, le provoqua-t-elle.
Je ne faisais qu'arranger ma coiffure, figure-toi, et tu passes proportionnellement plus de temps que moi à te tripoter les cheveux, pauvre conne.
Oui, vous l'aurez deviné, il s'agissait de ses pensées –pas de ses paroles. Muet comme une carpe, il l'écouta rire moqueusement. Du calme…plus qu'un couloir, et McGo t'accueille à bras ouverts –c'est bien la première fois que tu seras content de la voir.
-Mais tu sais, à la manière dont tu te regardes dans tous les miroirs qui passent –et même les fenêtres ou le dos des petites cuillères, j'ai bien l'impression que ton partenaire sexuel idéal, c'est Scorpius Malefoy…c'est con, la seule personne que tu ne pourras jamais baiser, c'est toi-même !
Elle allait loin, ce soir, dans les insinuations puantes à caractère sexuel. Scorpius sentait ses poings trembler sur la courroie de son sac, et en même temps, il sentait encore la chaleur du souffle de Granger dans son cou –idée qu'il chassa aussitôt de son esprit. Il n'avait gagné qu'à se rendre encore plus furieux.
-Tu as perdu ta langue, Scorpy ? On ne trouve rien à répliquer à la méchante Granger ?
Heureusement, la vision de McGo qui les attendait à la porte de son bureau le dissuada de céder à son envie de balancer sa main dans la figure de Rose Weasley. Cette joue blanche, il l'aurait voulue marquée de rouge –une rouge vif, sanglant, assorti à sa crinière cuivrée.
-Mr Malefoy, Miss Weasley, bonsoir. Entrez, je vous en prie…
Feignant la galanterie, Scorpius offrit la priorité à Rose, qui, feignant la timidité, lui sourit gentiment. Mais dès que McGo eût tourné le dos pour se rendre dans son fauteuil, la garce lui adressa un discret bras d'honneur.
-J'attends de vous la plus stricte observance des règles de cette école, en tant que Préfets-en-chef, commença McGonagall en remontant ses sévères petites lunettes sur son nez. Cette année, j'ai choisi de nommer un Gryffondor et une Serpentard, à mes risques et périls me diraient certains, mais personnellement je crois qu'il n'y aura aucun problème de coopération entre vous, Merlin soit loué, vous êtes tous deux des modèles de tolérance. Je vous pense assez matures pour pouvoir mener une fructueuse association.
Scorpius se demanda comment Granger faisait pour mimer aussi bien l'intérêt quand elle aurait dû rire au nez de McGonagall. Lui, en tout cas, n'avait pas du tout envie de rire –l'aveuglement de McGo à l'égard de Rose Weasley confirmait ses prévisions les plus pessimistes. Il se sentait tellement, tellement en colère ; cette fille lui faisait vivre l'enfer, et trouvait le moyen d'être appréciée des professeurs…elle cachait bien son jeu, la… !
-…et je vais maintenant vous demander de signer personnellement le règlement de l'école pour affirmer que vous vous y tiendrez et le ferez respecter ; puis de lire attentivement et de signer la liste des taches et des règles des préfets, tenez, un exemplaire pour chacun…
Dans un silence quasi-religieux, Scorpius et Rose étudièrent les feuillets, et, du coin de l'œil, il la vit signer allègrement, sans sourciller, en bas de chaque page. Il serra les doigts sur son propre stylo et signa promptement, exagérant les majuscules comme pour la narguer. Il ne lut pas vraiment ce qu'il avait sous les yeux, il aurait bien le temps de s'y intéresser plus tard. McGonagall les retint encore dix minutes pour leur donner quelques conseils sur ce qui, selon elle, faisait un « excellent préfet-en-chef », puis enfin, elle les libéra. Il était temps ; les démonstrations de lèche-cul de Granger commençaient à l'exaspérer outre-mesure.
-Passez une très bonne soirée, madame la directrice, lança-t-elle en serrant contre elle les documents de préfets comme s'il s'agissait d'un trésor inestimable.
De la comédie, de la comédie, et rien que de la comédie, jugea Scorpius. Ecoeuré, il tourna rapidement les talons, espérant semer Granger avant qu'elle n'ait terminé de faire des courbettes à McGonagall. Mais il n'avait jamais été très chanceux à ce jeu-là ; très vite, il entendit les pieds de Granger frapper le sol derrière lui, tandis qu'elle courrait à demi pour le rattraper. Il jeta un regard à la ronde ; à cette heure-ci, il n'y avait personne dans les couloirs, tout le monde ayant rejoint sa salle commune. Peut-être pourrait-il se permettre quelques libertés de langage, exceptionnellement –s'il ne le faisait pas, il exploserait au bout de trois jours et il faudrait le conduire en urgence à Ste Mangouste.
-Tu comptes te conduire comme une vraie garce toute l'année, Granger ? jeta-t-il. Parce que si c'est le cas, va emmerder quelqu'un d'autre, je ne serai pas ton paillasson, c'est clair ?
Il s'arrêta au milieu du couloir, et elle s'arrêta aussi, un léger rictus aux lèvres.
-Tiens, je suis étonnée, tu sais dire des gros mots Malefoy ? J'en arrivais presque à me demander si tu comprenais quand je te traitais de pauvre merde…
-Très spirituel, Granger, laissa-t-il tomber d'un ton neutre. Je suis mort de rire, vraiment.
Elle s'adossa au mur, rejetant indolemment la tête en arrière, et ses cheveux presque rouges miroitèrent à la lueur des torches.
-Tu es bavard, ce soir. Et grossier. Parce qu'il n'y a personne dans ce couloir, peut-être, personne à part moi pour te voir tel que tu es vraiment –un vulgaire, lamentable, machiavélique personnage ?
La conversation avait à peine débuté, et elle glissait déjà sur une pente dangereuse –à son désavantage. Mieux valait la couper tout de suite avant que ça ne dégénère.
-Je n'ai pas de temps à perdre avec toi, Granger. Tu m'excuseras, mais j'ai autre chose à faire qu'écouter tes salades.
Il entreprit de s'éloigner, mais deux mains vigoureuses le saisirent par les épaules et le rejetèrent dos au mur. S'il n'avait pas été si surpris par la soudaineté de l'attaque, Scorpius aurait repoussé Rose sans difficulté. Incrédule, il regarda les yeux narquois de Granger, cherchant à la deviner, tandis qu'elle faisait courir un doigt sur la courbe de son menton.
Elle avait les mains gelées.
-Toujours pas de poils au menton ? susurra-t-elle.
Tu te répètes, Granger.
-Et toi, toujours pas de seins ? contre-attaqua-t-il vertement.
Elle éclata d'un petit rire sourd, et Scorpius eu l'impression que ses yeux de démon brûlaient dans leurs orbites.
-ça, ce n'est pas quelque chose que le parfait Scorpius Malefoy dirait…mais peut-être que le vrai en a marre de jouer et se débat à l'intérieur pour pouvoir prendre la parole…
Granger recula, jusqu'à toucher le mur d'en face avec son dos. Elle ne s'était pas départie de son sourire tordu. Sans comprendre pourquoi, Scorpius ne chercha pas à s'en aller et resta tout à fait immobile, ses yeux soutenant ceux de l'adversaire dans ce qui, pour lui, ressemblait à une lutte à mort.
-Cela dit, j'en ai, des seins. Je peux te montrer, si tu veux…
Il écarquilla les yeux, se demandant s'il avait bien entendu ou s'il s'agissait d'une blague vaseuse de Rose. Mais il eut vite la réponse à sa question lors qu'elle porta spontanément les mains au col de sa chemise et défit le nœud de sa cravate. La gorge sèche, il regarda ses doigts déboutonner un bouton, deux boutons…Stoooooop !!
-Qu'est-ce que tu fais ? siffla-t-il, détournant le regard.
Elle ne répondit pas, mais le silence lui signifia qu'elle avait cessé de déboutonner sa chemise. C'était du bluff…ou non ?
-Je vois. Tu préfères toucher plutôt que voir…ça ne me dérange pas, approche.
-Le harcèlement sexuel, maintenant…tu ne voles pas haut, vraiment, souligna Scorpius avec mépris.
Il se risqua à le regarder dans les yeux de nouveau, mais ne put s'empêcher de remarquer qu'elle n'avait pas refermé les deux boutons qu'elle avait ouvert. Un peu de dentelle blanche était plus ou moins visible…et les pans de la cravate vert et argent pendaient de chaque côté du col.
Je la déteste.
-Tu ne voles pas haut, répéta-t-il à voix basse.
Lui tournant résolument le dos, il s'enfonça dans le couloir, pressé de retrouver sa salle commune, Al, Luzia, la chaleur du feu…le feu… ? Malgré lui, il visualisa la longue chevelure emmêlée, luxuriante, rougeâtre de Granger, qui enrobait sa silhouette comme des flammes.
Cette fois, elle n'essaya pas de le suivre.
Je la déteste.
