Quatre jours plus tard, je retournai en mer. Il faisait gris, l'eau était terne... un jour de plus au paradis. Mais bon, malgré cela, la mer resta navigable et sereine tout du long... ce qui ne m'arrangea pas plus qu'autre chose lorsque le vent changea de sens. Je dus donc me débrouiller avec mes rames pour arriver à passer ne serait-ce que l'île septentrional des fées.
Mais, après plusieurs heures d'effort acharné, le vent se mis une fois de plus à souffler vers l'ouest ; je dépliai donc la voile et vérifiai constamment mon cap sur la carte que j'avais déplié.
Le voyage ne serait plus très long jusqu'à la Forteresse ; une demi-journée peut-être ? Enfin, si je pouvais arriver de nuit, ce serait parfait.
Soudain, je vis le parchemin s'assombrir. Par réflexe, je levai donc les yeux au ciel, mais à la place de voir le ciel se recouvrir de nuages de plus en plus noirs et menaçants, je vis simplement le gris virer au bleu terne.
Je fronçai les sourcils.
Ça, ce n'était pas arrivé la dernière fois où j'avais été sur cette île... avait-elle tant changé ? La réponse, quand je fus à une centaine de mètres de là était ''non''. Il y avait toujours des canons, les murailles étaient entretenues et... de plus en plus étrange, il y avait de la lumière. Et même des phares qui ratissaient les zones extérieurs dans un rayon d'environ trente mètres...
Intriguée par cette présence, je décidai de faire un peu le tour de l'île, histoire de trouver un endroit pour observer à mon aise, mais je n'eus même pas à en faire la moitié. En face de la porte principale du fort, s'élevait un poste d'observation monté en haut d'un poteau de bois.
Soucieuse de ne pas me faire repérer par qui que ce soit, je repliai ma voile et fis virer la barque de bord pour forcer un arrêt ; personne ne semblait m'avoir entendu... mais il y avait des sons qui venaient de là haut.
Rapidement, je pris ma corde d'amarrage et l'attachai à l'échelle de corde qui menait à la plate-forme, en haut avant de grimper après avec précaution.
Plus je grimpai, plus les bruits étaient forts, jusqu'à ce que je parvienne à reconnaître ce que c'était ; des ronflements ? Un sourcils levé, je montai un peu plus haut et, très rapidement, laissai dépasser mes yeux de la plate-forme ; un tonneau.
Mes yeux roulèrent dans leur orbites et, en faisant le poins de bruit possible, je montai sur la plate-forme puis me cachai derrière le tonneau avant de jeter un coup d'œil ; un et... deux.
Deux Bokoblins...
Je retournai derrière mon tonneau, enlevai le grappin-griffe que je portais en bandoulière et fis un nœud de lasso à l'autre bout.
Une fois sûre qu'il tiendrait, j'émergeai de ma cachette et envoyai le lasso vers le monstre qui était le plus près du bord avant de tirer pour qu'il soit incapable de bouger.
Et de un.
- « On nous attaque ! » s'exclama soudainement une voix nasillarde ; l'un des monstres arrivait vers moi. Sans perdre un instant, je dégainai mon sabre, donnai un coup dans la lame du Bokoblin avant de lui foncer dedans ; il se cogna contre le poteau central.
Mon regard alla vers celui qui se débattait contre ses liens, puis vers l'autre qui était encore sonné ; bonne idée...
Immédiatement, je pris la partie grappin de la corde, fit le tour du poteau principal avec et utilisai les griffes comme attache avant de prendre un bâton boko qui traînait dans un pot et le lui lancer dessus ; il se le pris dans la tête.
Avec le choc, il tituba un peu en arrière avant de tomber dans le vide ; d'un coup, la corde se resserra autour de l'autre.
- « On dort pas pendant les heures de travail, ça devrait vous servir de leçon... » dis-je en m'approchant du Bokoblin qui était à présent plaqué contre le bois du poteau ; il poussa un cri perçant pour seule réponse.
- « Qui a pris la forteresse ? » demandai-je en me rapprochant un peu plus. Il tenta de me morde ; je lui en collai une avant de sortir mon couteau. « Je sais que vous pouvez parler alors tache de répondre à mes questions si tu veux pas faire connaissance avec mon vieux pote. » menaçai-je en pressant la lame de plus en plus fort contre sa peau.
- « Pourquoi tu veux savoir ? » demanda-t-il en montrant les dents. « T'as rien à faire là-bas ! La place des pirates c'est en prison. » ricana-t-il en me dévisageant des pieds à la tête ; je retirai mon couteau de sa gorge.
J'attrapai son oreille gauche et la tranchai ; je frissonnai.
Il lâcha un cri perçant ; je lui donnai un coup de poing dans le groin puis attrapai son autre oreille.
- « T'as intérêt à être plus loquace. » grognai-je en le regardant droit dans les yeux. « Alors ?! » insistai-je en appuyant la lame contre la jointure.
- « Ganondorf ! » hurla-t-il de sa voix aiguë. « Le Seigneur Ganondorf a pris la forteresse ! » ajouta-t-il, les yeux rivés sur la lame.
- « Bien, on progresse... » dis-je d'un ton mielleux avant de lâcher son oreille puis me redresser. Mon regard alla vers le bâtiment ; quelque chose brillait dans la nuit sur la gauche. Sans un mot, je pris ma longue-vue et scannai le côté gauche de la muraille ; pas ici.
Je continuai donc et, en haut d'un pic, se trouvait l'oiseau de malheur.
- « Et le poulet géant dans son nid, qu'est-ce qu'il fait des filles ? » demandai-je en abaissant la lunette de mes yeux.
- « Va te faire cuir un œuf, je sais r- » commença-t-il avant que je ne prenne l'oreille qui était encore sur le sol.
- « Sûr ? Pourtant c'est le genre d'information qui ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd~ » dis-je d'une voix monocorde et secouant doucement l'oreille.
- « Ghh. Je sais pas d'accord ! » s'énerva-t-il. « Nous, tout ce qu'on doit faire, c'est protéger la forteresse. » expliqua-t-il pendant que j'observai les murailles minutieusement. « On a pas eu droit aux détails ! » ajouta-t-il. Je me tournai vers lui ; il me lançai un regard noir.
- « Mhh. » dis-je simplement en regardant de plus près les paternes des faisceaux lumineux ; y'avait pas vraiment moyen de passer en bateau sans se faire refaire la façade par les canons...
Pensive, je laissai mon poids aller sur ma jambe droite et passai en revue tout ce que j'avais sous la main.
Grappin-griffe, longue-vue, appâts pour animaux, fruits miam miam, deux lames... Je soupirai.
- « Tu passeras jamais inaperçu ! » ricana le Bokoblin derrière moi ; je continuai de réfléchir. C'est alors qu'au niveau de la forteresse, je vis quelque chose passer sous les faisceaux sans éveiller le moindre soupçon. « Et même si tu passais- mfrouf » commença-t-il avant que je ne lui colle un coup sur le crâne ; il se tut enfin.
Maintenant que le silence était revenu, j'attrapai la corde et tirai de toutes mes forces pour essayer de remonter l'autre monstre. Ça pris quelques minutes et mes mains étaient à présent rouges, mais au moins j'allai pouvoir récupérer mon grappin. Je m'approchai donc et, lorsque je fus à un mètre de lui, je me rendis compte que le nœud avait glissé autour de son cou ; eh, dommage collatéral.
Je haussai les épaules et défis le nœud avant de ré-enrouler le grappin et le mettre en bandoulière. Je m'apprêtai à partir avant de me retourner ; du pied, je poussai le corps sans vie du Bokoblin dans l'eau puis partis vers l'échelle, les bras ballants.
Là, je pris le tonneau qui m'avait servi de cachette, vidai son contenu et le jetai dans la mer en contre-bas avant de descendre le long de l'échelle.
Une fois dans mon bateau, j'attrapai le tonneau qui flottait non loin, le soulevai pour le vider de l'eau qui y était entrée puis le mis, ouverture vers le bas au dessus de ma tête.
'ça a intérêt à marcher...' me dis-je avant de sauter dans l'eau en tenant fermement le bois pour l'empêcher de se renverser ; ce n'était pas suffisant.
Non seulement il était impossible d'avancer comme ça, mais en plus, je risquai de renverser le tonneau et donc d'être découverte...
Mais je me rendis rapidement compte que ce dernier possédai un trou à dans le fond ; sans doute pour placer un robinet... J'en profitai donc pour me tenir là et laisser mon poids forcer sur la ligne flottaison du bousin.
Bon, ce n'était pas évident de se tenir comme ça, ni même de voir là où j'allai, mais grâce au faisceaux lumineux, je pus à peu près me diriger vers la forteresse... et puis, de toute façon, n'était-ce pas plus plausible pour un tonneau à la dérive de se cogner un peu partout plutôt que de faire une ligne parfaite pour la porte ?
Enfin bref, après ce qui me parut être une éternité, je finis par me heurter à la porte principale. À partir de là, je plongeai et, les yeux ouverts, je regardai s'il m'était possible de passer en dessous ; gagné.
Sans attendre, je me frayai un passage à l'intérieur et remontai lentement, scannai les environ des yeux puis allai vers les escaliers lorsque je fus certaine que personne n'était là à monter la garde.
Toutefois, il y avait un soucis ; les faisceaux étaient également présents ici... 'Bon, autant y aller tranquille...' me dis-je en fouillant dans ma sacoche ; j'en tirai un Fruit Miam Miam et le posai sur ma tête après m'être assise.
Il fallut un certain temps, mais l'odeur étrange du fruit attira irrémédiablement un oiseau qui, en quelques secondes perdit le contrôle. La sensation était bizarre, comme d'habitude, et la vision aussi, mais grâce à cela, je pus passer et repasser au nez et à la barbe des sentinelles sans éveiller le moindre soupçon ; quoi que quelque chose éveilla les miens.
Dans la tour principale, la plus imposante, il y avait quelque chose qui attirait les goélands ; intriguée, je me risquai à aller voir et que ne fut pas ma surprise lorsque je vis, dans une énorme cage en bois, trois jeunes filles.
L'une d'elle avait les cheveux bruns et raides comme des baguettes de tambour, la deuxième disons juste que c'était la fille d'un riche et, près des oiseaux, il y avait une gamine un peu plus jeune. Elle ne devait pas avoir plus huit ans...
- « Ow, he ! » m'interpella-t-elle soudainement. « tu en veux toi aussi ? » demanda-t-elle en lançant quelques miettes vers moi ; mais je n'avais pas vraiment la tête à me faire nourrir par une gosse. De plus, je ne savais pas vraiment encore combien de temps il me restait. Je me dirigeai donc vers la porte et m'envolai pour voir si une clef serait utile ; apparemment pas...
Étrange.
Sans plus attendre, je repartis par là d'où j'étais venu avant que quelque chose ne m'interpelle ; je ne pourrais pas passer par là !
'Pas avec mon attirail en tout cas...' me dis-je en faisant étendre légèrement ses ailes au goéland ; toutefois, rien n'était perdu. Il y avait une grande porte à gauche de là où était la cage et, avec un peu de chance, je pourrais l'atteindre plus vite avec l'aide du grappin.
'Mais tout d'abord' me dis-je en reprenant mon envole, 'faire diversion !'
À toute allure, je partis vers le nid de la grosse volaille et passai juste devant son bec ; il poussa un cri perçant mais ne bougea pas. Je fis donc demi-tour et, cette fois-ci, je pris appui sur sa tête avant de m'envoler une fois de plus ; cela sembla l'énerver...
J'y retournai donc une troisième fois et, au moment où j'allai passer derrière lui, il ouvrit un large bec ; je l'évitai de peu et y retournai.
Quelques plumes d'arrachées dans son dos et il s'ébroua avant d'ouvrir ses ailes en grand ; la chasse était ouverte.
Je savais que je ne pourrais pas le distancer pour toujours, ni même l'éloigner de plus de deux ou trois milles marins, mais ça me laisserait au moins le temps de grimper sans risquer de me faire becter...
Je décidai donc de slalomer entre les tours et ancres de l'île ; il fit le tour. 'Merde.' me dis-je en faisant demi-tour. Mais, au lieu d'abandonner le plan, je retentai avec plus de malice.
Je le laissai me poursuivre, gagner de la vitesse et, lorsque j'arrivai au niveau des ancres, avant qu'il ne commence à manœuvrer, je m'arrêtai net ; mon oiseau fut percuter, mais rien qu'au bruit strident, je sus que mon plan avait fonctionné.
Je levai la tête vers les ancres et vis une grosse masse sombre se débattre dedans ; et si l'une d'elle tombait à cause de lui, alors tant mieux. Ça ferait une bonne diversion.
Immédiatement, je me mis à courir le long des murs et dans la pénombre, évitant les faisceaux lumineux avant de m'arrêter devant un grand porte en bois brut. C'était assez complexe d'entendre ce qui se passait de l'autre côté, surtout avec le volatile qui brayait tout ce qu'il pouvait...
Mon regard alla vers l'endroit où il était encore retenu ; il ne fallait pas qu'il puisse me voir non mais... à gauche de cette porte... Mais je n'avais plus le temps de réfléchir ; le faisceau revenait vers moi.
Rapidement, j'envoyai mon grappin s'accrocher au rebord du rempart et montai en rappel. Heureusement pour moi, la lumière passa uniquement au sol, là où mes pieds avaient été. Rassurée, j'escaladai donc la paroi et enjambai le bord avant de décrocher ma griffe.
Puis je me rendis comptes qu'il y avait une échelle juste à côté.
Je laissai couler et, plutôt que de perdre du temps, je me mis à regarder par où je pourrais passer rapidement ; l'endroit où je me trouvait était partiellement couvert et presque en dessous de là où se trouvaient les gamines... mais la porte menant là bas donnait sur l'extérieur donc...
Silencieusement, j'allai de l'autre côté de la muraille et, en hauteur, je vis qu'il y avait un endroit, à une dizaine de mètres, où mon grappin, pourrait éventuellement s'accrocher.
De suite, je testai, mais je ne parvenais pas à le lancer suffisamment haut. Je me rapprochai donc ; toujours pas...
Je me mis donc sur le bord, laissai le plus de mou possible et, finalement, il parvint à se ficher dans la roche. Malgré mon pessimisme quant à la qualité de l'attache, je me mis à grimper. Mes bras commençaient à fatiguer, mes yeux s'irritaient avec la sueur qui se dégageait de mon front, mais mes jambes en avaient encore à revendre alors, poussant plus sur ces dernières, j'accélérai la cadence et fini par arriver en haut ; il n'y avait rien.
Je jetai un furtif coup d'œil derrière la tour ; un garde. Je regardai donc en haut et lançai une fois de plus mon grappin avant d'escalader. Une fois au sommet, je me laissai rouler sur le côté jusqu'à ce que j'entende au bruit à ma droite ; un garde devant la porte.
- « Tch. » murmurai-je en me cachant derrière le mat qui coiffait la tour. J'avais le choix...
'Mais bien sûr.' me dis-je en lançant un regard au Bokoblin. Sans crier gare, je sortis de ma cachette et sautai dans le vide avant de lancer mon grappin ; par chance il s'accrocha.
Mais ce n'était pas encore fini ; le plus vite possible, je remontai le long de la corde et-
- « Qu'est-ce que- » commença le monstre en se penchant par dessus le rebord, juste au niveau de la griffe. Je surgis et l'attrapai avant de le tirer en arrière ; il tomba en avant et alla s'écraser sur les rochers en contre-bas. Sans perdre un instant, je me hissai sur le rebord et me précipitai vers la porte ; je n'entendis aucun bruit... Dans mes souvenirs, c'était là que les survivants du massacre avaient été terminés...
Soudain, une ombre gigantesque et furtive se dessina devant moi. Sans même prendre le temps de réfléchir, j'ouvris la lourde porte, me faufilai à l'intérieur et la refermai aussitôt.
- « Ha... » soupirai-je.
- « Ha ? » s'étonna soudainement une voix vers ma droite ; je levai les yeux et vis les trois gamines me regarder.
- « Vous ! Vous avez- » commença la gosse du riche.
- « La ferme ! » grognai-je en baissant le volume de ma voix. Mon regard alla vers le haut de la pièce ; Merde ! C'était ouvert. « Vous vous sortirez par la porte ! » ordonnai-je en tirant sur la porte ; elle s'ouvrit dans un grand bruit. « Essayez de passer inaperçu- » commençai-je avant qu'un cri ne perce le silence. « SORTEZ ! » hurlai-je en dégainant mon sabre.
Dans un bruit assourdissant, le rapace se posa et poussa un autre cri ; mon cœur s'accéléra. Il attaqua, bec en premier mais pas vers moi ; Immédiatement, je courus vers sa tête et le décochai un coup de sabre ; il poussa un hurlement de douleur.
- « CASSEZ-VOUS ! » insistai-je en poussant la gamine hors de la salle ; je me retournai de suite après. Il allait décoller !
Je jetai presque ma lame entre mes dents et sortis mon grappin que je lançai vers lui ; les griffes se plantèrent dans sa chair.
Ça ne l'empêcha pas de s'envoler et me trimbaler tout en haut de la tour, mais je ne comptais pas le laisser reprendre les gamines ! Je remontai le long de la corde, ma lame entre mes dents avec le goût du sang dans ma gorge mais la fatigue m'avait quittée, il ne restait plus que l'envie de vaincre. Quand j'arrivai au niveau de sa patte, je pris mon sabre et voulu le lui planter dans le flanc, mais il s'arrêta d'un coup ; je fus projetée dans les airs et il m'attrapa la jambe.
Mais je n'avais pas dis mon dernier mot ; d'un coup sec, je tirai sur mon grappin et l'arrachai de sa peau. Il me lâcha et dans ma chute, je vis que les gamines étaient déjà encerclées.
Je voulus alors relancer ma griffe pour me sortir de ce guêpier mais des griffes immenses m'enserrèrent ; je commençai à sentir la chaleur couler.
Les dents serrées, je jetai un coup d'œil en bas ; les gamines avaient été chopées.
'Merde !' pensai-je en regardant les figures s'éloigner ; où m'emmenait-il ? Mais je n'avais pas l'intention d'attendre la réponse. Ou du moins, c'était ce que je m'étais dit avant de voir où il m'emmenait. Il fit demi-tour vers la moitié supérieur d'un galion qui surplombait la forteresse...
Je ne savais pas vraiment pourquoi, mais à ce moment là, je me laissai faire ; sans doute étais-je intriguée par le comportement de cet oiseau de malheur... ou bien à cause des souvenirs qui commençaient à remonter à la surface...
C'est alors qu'il s'arrêta puis descendit lentement jusqu'à ce que la porte menant aux quartiers du capitaine soit visible ; il y avait quelque chose là-bas, quelqu'un... ?
Ganondorf ! Le Seigneur Ganondorf a pris la forteresse ! »
Ces mots me revinrent et, dans ma tête, mon sang ne fit qu'un tour ; je me débattis contre les serres de l'animal jusqu'à ce que mon bras droit soit libre, dégainai mon sabre et tranchai ce que je pu avec. Le poulet géant me lâcha une fois de plus mais, avant qu'il n'aie le temps de me rattraper, je lançai mon grappin vers les vieux cordages qui pendaient encore au mat, au dessus des quartiers. Là, je ne perdis pas de temps et, une fois pieds au plancher, je sprintai vers la porte, l'ouvris, passai et la refermai aussitôt.
'Saloperie' pensai-je à voix haute avant de détourner mon regard de la porte.
- « Tant de talent pour rester silencieuse... » commença une voix grave devant moi en un soupire. « Pourquoi ruiner cela par un mot si répugnant... ? » demanda-t-elle d'un air à la fois agacé et désolé.
Il faisait moins sombre ici qu'à l'extérieur et, étonnamment, je parvins à discerner la personne qui était au fond de la pièce. Il était très grand, au moins quatre têtes de plus que moi et, dans son dos, il y avait cette broderie... Je fronçai les sourcils.
- « Mouais, si t'y tiens tant, je crois que j'vais te l'offrir ton silence. » lançai-je en pointant mon sabre vers lui. « ça se pourrait même qu'il soit éternel ! » ajoutai-je en me mettant en position de combat pendant que mes yeux scannaient mon opposant ; il soupira avant de se retourner lentement.
J'entendais presque le son de ses mains qui glissaient contre le bois de la rambarde...
Il n'était pas armé... dû moins, c'est une des choses qui me surpris le plus... ça et les cheveux oranges... et la peau verte... et les yeux dorés...
Je les détestais déjà ceux-là.
- « Venir jusqu'ici seule, pour sauver des enfants... » commença-t-il d'une voix monocorde. « c'est honorable- »
- « Te fais pas de fausses idées vieillard ! » grognai-je en serrant le manche de mon arme jusqu'à ce que la douleur vienne. « Les gosses, je les embarque, je les ramène et je les rends que si on paie bien ! » ricanai-je.
- « Je vois. » dit-il, les bras les long de son corps ; il préparait quelque chose.. Mais rien ne vint à part le silence. Et ça commençait à me gonfler !
Sans crier gare, je m'élançai vers lui, l'œil alerte ; il ne bougea même pas. Je continuai tout de même et, au moment où ma lame allait entrer en contact avec lui, je vis quelque chose se précipiter vers moi ; je me baissai et glissai sur son côté gauche.
Grossière erreur.
Une lame tranchante s'avança vers moi et, dans l'espoir de l'esquiver, je me laissai tomber en arrière ; il balaya mes pieds en un rond de jambe. Je m'écrasai lourdement au sol mais gardai les yeux rivés sur la lame qui allait s'abattre sur moi ; rapidement, je levai ma jambe gauche et récupérai mon couteau au vol avant de capturer sa lame avec le crochet sur la mienne.
Elle se planta à quelques centimètres de moi ; dans la continuité de mon mouvement, je fis une roulade sur le côté avant de donner une impulsion avec mes bras.
'De la distance. Il me faut de la distance...' me dis-je en fronçant les sourcils, mon couteau pointé vers lui ; je voyais la pointe trembler.
- « Bah alors grand-père, on avait encore un as dans sa manche ? » ris-je pendant que mon cerveau s'affolait ; une ouverture, il me fallait une ouverture !
- « Cela faisait longtemps... » commença-t-il les yeux rivés sur le sol ; il regardait mon sabre.
Maintenant !
Je sprintai vers lui et, au moment où son épée arriva vers moi, je sautai sur le côté et accrochai mon grappin à son pied avant de passer la rambarde. Là, je passai de l'autre côté du pilier en bois et envoyai ma corde vers son cou ; lorsqu'elle retomba sur ses épaules, je bondis dans le vide.
La chute ne dura que quelques secondes et, lorsque la corde s'arrêta brusquement, les fils s'enfoncèrent dans ma chair, mais je restai là et attendis l'asphyxie, la tête baissai vers les vagues noirâtres en contre-bas.
Le temps passa puis, lorsque tout me parut fini, je me mis à remonter. C'est alors que, la corde se mit à frémir ; je m'immobilisai. Mais je ne m'attendais pas à être tirée d'un coup vers les quartiers et projetée contre un poteau avant de tomber au sol.
Le choc avais chassé l'air de mes poumons, mais j'avais vu pire. J'avais survécu à pire.
- « Si je m'étais attendue à ça... » ricanai-je avant qu'une quinte de toux ne me prenne. Je l'entendais marcher vers moi... lentement...
- « Rentrez chez vous. » dit soudainement la voix ; je relevai la tête, les yeux ronds.
Quoi ?!
- « Vous ne pourrez me tuer. » expliqua-t-il en regardant mon sabre d'un air mélancolique. « Pas avec une arme conventionnelle. » ajouta-t-il en le laissant tomber de sa main et à côté de moi ; mes dents grincèrent. « Alors rentrez chez vous. »
Poussée par la rage, j'attrapai mon épée et m'élançai vers cet énergumène ; je mis toutes mes forces dans ce coup. Cependant, lorsque mes yeux virent ma lame être stoppée net, par le torse de ce type...
Baf
Il me mis un revers de main qui m'envoya valdinguer à l'autre bout de la pièce. 'Un simple revers !' hurlai-je intérieurement en le regardant approcher ; je tentai de me relevai mais mon équilibre était mauvais.
- « Dites-moi, pourquoi vous battez-vous ? » demanda-t-il. « À quoi pourrait bien vous servir l'argent d'une rançon quand vous pourriez rester sur votre île et vivre de la mer ? »
- « J'aime pas me faciliter la vie. » répondis-je en me tenant au poteau de bois à ma droite. « Et tant qu'on est dans les questions à la con ; les trois gamines enfermées, » commençai-je en laissant un rictus apparaître sur mon visage. « C'est pour vous consoler de pas avoir de famille ? » lançai-je.
Il ne répondit rien et se contenta de me regarder.
- « Si je trouve la bonne » commença-t-il d'une voix égale. « Alors je pourrais les ramener... » ajouta-t-il en rangeant ses armes ; je levai un sourcil.
- « Eh ! Personne ne revient jamais ; pas après une erreur, et encore moins après la mort. » intervins-je sans trop réfléchir ; je déteste 'les doux rêveurs'...
- « Vous êtes encore bien trop jeune pour avoir la moindre idée de ce qui est possible ou non. » rétorqua-t-il sans même me regarder.
- « Après plus de vingt piges à me traîner en s'bas monde, ouais, je pense que j'ai eu l'temps d'faire le tour. » insistai-je en croisant mes bras sur mon torse.
- « Dans ce cas la Triforce n'aura aucun secret pour vous... »
Mes yeux s'écarquillèrent et un frisson me parcourut.
- « Ok, là, je dis non ! » m'exclamai-je. « J'ai déjà eu ma dose. Alors, vous savez quoi, je vais retourner sortir les gosses de leur cage et les revendre au plus offrant. » annonçai-je avant de me diriger vers la porte ; une lame vint se planter dans le bois, juste entre mes doigts.
- « Sortez, et vous n'aurait pas même le temps de courir... » menaça-t-il, d'un ton toujours monocorde.
- « À quoi bon me menacer si l'alternative est de crever en cherchant un biblo maudit ? » grognai-je en le regardant par dessus mon épaule.
- « Parce qu'il ne l'est pas. » rétorqua-t-il en me toisant de toute sa hauteur. « Pas plus que je ne désir la mort des habitants de ce monde... » expliqua-t-il en plissant légèrement les yeux ; ça avait pas l'air condescendant pour une fois...
- « Pas intéressée. » répondis-je simplement en détournant le regard de ce givré.
Schlac
Une autre lame vint se planter à côté de moi ; à quelques centimètres de mon œil...
- « Je suppose que 'non' n'est pas une option ? » soupirai-je alors qu'une sueur froide commençait à couler le long de ma nuque et mon dos. « Bon, j'vais vous aidez à trouver votre Triangle de malheur- » concédai-je ; les lames furent arrachées du bois et leur éclat disparut aussi tôt.
- « Bien. »
- « Mais je fais pas la charité. » prévins-je en me retournant ; sa langue claqua.
- « Il ne faut qu'une fille bien précise pour que la Triforce ne retrouve sa plénitude.. » expliqua-t-il en lissant son collier de barbe. « Vous rendrez les autres à leurs familles et garderez l'argent pour vous. » un sourire en coin grandit sur mon visage.
- « Maintenant ça devient intéressant- »
- « Vous vérifierez leurs moyens financiers et je fixerai le montant. » imposa-t-il ; mon œil tressauta.
- « Vous ne voulez pas aussi garder mes rubis et m'en donner une dizaine par mois ? » proposai-je, les sourcils froncés ; il me jeta un regard avant de mimer mon précédent sourire. « Si vous-vous en tenez à ce dont nous avons convenu, je n'aurais pas à m'adonner à une telle tâche. »
- « Comme si j'avais besoin de ça... » grognai-je, les bras croisés sur mon torse. « Et on commence par quoi ? » demandai-je au bout de quelques secondes.
- « Mon fidèle allié s'occupe déjà de trouver les jeunes filles potentielles- »
- « Et je dois aller aider votre poulet ? » demandai-je, un sourcil levé.
- « Non. » trancha-t-il. « Vous, vous aurez pour mission de récupérer quelque chose pour moi. »
Je ne savais pas trop pourquoi, mais quelque chose me disait que j'aurais mieux fait de me péter les deux jambes plutôt que de venir traîner ici...
