ÉPISODE 1 - Partie 2
— Ça va marcher, O'. Ça doit marcher.
La voix grave et chaude de Bellamy apaisa immédiatement Octavia qui ferma ses yeux verts en essayant de visualiser son grand frère. Elle ne répondit rien et hocha la tête, malgré qu'il ne puisse la voir. Pourtant, même à travers le téléphone, son silence parla pour elle.
Parfois, c'était comme ça entre eux, ils n'avaient pas besoin de mots pour se comprendre. Un regard, une pause, un soupir suffisait. À cet instant, elle pouvait sentir que ses prunelles émeraudes débordaient des mêmes larmes contenues dans la voix de son frère. Elle pouvait imaginer ses iris, d'un brun habituellement chaud et doux, brillant d'une lueur froide et calculatrice. Elle aurait pu y lire la peur et l'espoir mélangés.
Elle aurait aimé porter une partie, même infime, du fardeau qui pesait sur ses épaules, mais elle était trop faible pour cela. Elle devait supporter son propre fardeau.
Demain, elle partirait pour le GGS Memorial Hospital pour ce qui semblait être sa dernière chance de guérison. Ils avaient longuement pesé le pour et le contre d'une nouvelle série d'opérations sur sa santé. Toutes risquées au possible, elles aboutiraient néanmoins - si elles réussissaient - à son salut. Puis, après sa convalescence - si le plan de Bellamy fonctionnait - à leur salut à tous les deux.
Le plan... Elle tenta de s'en remémorer chaque partie, telle que son frère les lui avait exposées. Elle tenta de ne pas penser à quels dangers il allait s'exposer, à quels périls il allait se frotter, juste pour la sortir de cette horrible situation, situation qu'elle avait provoqué à force d'erreurs et de faiblesse. Elle tenta de ne pas imaginer tout ce qu'il allait devoir affronter seul pour qu'enfin, lorsque tout serait terminé, ils soient ensemble.
Elle n'oserait jamais l'avouer au jeune homme, mais elle avait peur. Peur de ne jamais guérir et peur de mourir, bien sûr. Pourtant, ces craintes faisaient pâle figure désormais, à côté de la peur qu'elle ressentait à l'idée de perdre son frère pour toujours. Il n'aurait pas dû risquer sa vie et sa liberté pour elle. Elle aurait voulu qu'il vive, qu'il profite de chaque instant, qu'il soit heureux.
Mais ce n'était qu'un rêve. Ça, c'était la réalité.
Et la réalité, ça craint, ne put-elle s'empêcher de penser, amère.
Une dernière parole, un dernier au-revoir et la tonalité de fin d'appel sonna à son oreille. Elle verrouilla son téléphone et le posa doucement sur la table de nuit de l'infirmerie où elle était allongée. Dans moins de vingt heures maintenant, elle jouerait son avenir tout entier. Mais en attendant, elle devait se reposer.
Demain serait un grand jour pour elle.
Le stress l'envahit à la pensée de tout ce qui l'attendait, et une pointe d'angoisse naquit au creux de sa poitrine. Elle posa une main sur son cœur et tenta de garder une respiration égale.
Inspirer. Expirer. Recommencer.
Son cœur... L'origine de tous ses maux. La cause de tous ses problèmes, aussi bien médicaux que judiciaires. La raison pour laquelle elle se retrouvait ici, dans l'infirmerie d'un centre de détention pour mineurs.
Combien de fois avait-elle suivi son cœur plutôt que sa raison ? Combien d'erreurs avait-elle commise avant de finalement se retrouver entre ces murs ? Pourquoi fallait-il qu'elle joue autant avec sa santé et sa vie ?
Pour exister...
La réponse sonna, immédiate et claire dans ses pensées. Pendant si longtemps elle n'avait été que ce secret que personne ne devait découvrir... Puis, lorsque la vérité avait éclaté au grand jour, elle n'avait plus eu envie d'être un secret, elle n'avait plus eu envie de se cacher. C'était ce besoin d'exister qui l'avait menée ici. Finalement, son ardeur de vivre l'avait consumée jusqu'à la ramener à son point de départ : entre quatre murs, prisonnière, priée de rester discrète et de ne pas faire de vagues.
Si les chirurgies prévues fonctionnaient. Si sa convalescence se passait bien. Si Bellamy parvenait à jouer le jeu. Si leur plan se déroulait sans anicroches. Alors, peut-être qu'elle pourrait vivre enfin. Peut-être qu'elle aurait une seconde chance.
Alors, ce qu'elle en ferait ne dépendrait que d'elle.
Note de l'auteur (c'est moi) :
Alors vous en avez pensé quoi ?
Ça fait du bien un petit point de vue d'Octavia ?
Tous ces mystères ça vous intrigue ?
Des idées pour la suite ?
Des bizouzou
