Chapitre 3 : La culpabilité des idées reçues
Environ 10000 lettres.
Le lendemain matin je fus réveillée non pas par le doux chant des oiseaux mais par le bruit agaçant d'une voiture de police. Je me levais en me pressant, les liens de meute s'agitant quelque peu. Faisant rapidement ma toilette, j'arrivais dans le salon d'un pas tranquille, me figeant quand les regards se braquèrent sur moi.
- Mademoiselle Vasserdieu je suppose? demanda l'un des deux policiers.
- C'est... exact?
Je haussais un sourcil à l'intention de Mercy avant de sentir Kelly dans mon dos, apparemment aussi étonné que moi de la présence des forces de l'ordre dans la maison.
- Si vous voulez bien vous asseoir, nous aurions quelques questions à vous poser.
J'attendis l'approbation d'Adam avant de m'exécuter.
- Les dépositions ne se font-elle pas au poste normalement? demandais-je incertaine, Kelly s'installant à côté de moi bien que l'attention des policiers ne soit retenue que par ma personne.
- D'autres éléments nous laissent penser que vous seriez impliquée dans le meurtre du garçon que vous avez trouvé hier, dit-il en insistant lourdement sur le "vous".
- Vous l'accusez de meurtre? intervînt Ben sans incorporer de grossièreté dans sa phrase tout en franchissant la porte du salon.
Il avait dormi dans la chambre d'amis jouxtant la mienne. Et ce serait une erreur de croire que son accent sophistiqué de British le rendait aimable. Il pouvait l'être, mais de ce que j'avais compris, pas avec les forces de l'ordre avec lesquelles il avait un passif. Il s'appuya sur l'encadrement de la porte, croisant les bras sur son torse, sa taille et son attitude faussement décontractée le rendant menaçant.
Je regardais Adam qui souriait tranquillement en sirotant son café. Il semblait s'amuser de la situation. Je fronçais les sourcils.
- Je ne connais pas ce garçon monsieur.
J'appuyais sur le dernier mot de manière exagérée. Il sortit alors un sachet de sa poche et le posa devant moi. Ce dernier contenait une bague à l'intérieur de laquelle était gravé mon nom.
Une alliance.
Je reculais vivement quand je reconnus l'objet en question, reversant ma chaise. Je restais les yeux fixés dessus non sans avoir vu les policiers porter la main à leurs armes.
- Mab? demanda doucement Adam.
- Comment êtes-vous entré en possession d'un tel objet? demandais-je aux hommes en uniforme d'une voix dans laquelle perçait un brin d'hystérie.
Ma respiration était de plus en plus hachée. Une crise d'angoisse pointant le bout de son nez. Je levais les yeux sur l'homme en face de moi., sentant Ben juste dans mon dos.
Concentre toi ma vieille, pas maintenant, me susurrais-je intérieurement.
- Le garçon l'avait dans l'une de ses poches. Peut-être pourriez-vous nous expliquer comment votre alliance a pu atterrir là-bas?
Je me redressais bien droite et regardais l'agent dans les yeux. Ce péquenaud semblait être sûr que j'avais quelque chose à voir avec le meurtre. son ébauche de sourire m'agaça au plus haut point.
- Ecoutez moi bien parce que je ne me répéterais pas : je n'ai jamais eu l'occasion de porter cette bague. Mon ex-fiancé a du la garder et la vendre parce que je n'ai pas vu cet objet depuis des années. J'ai de très mauvais souvenirs en voyant cette chose. Pourriez-vous l'enlever? Je refuse de toucher ce sac.
Il s'exécuta et je me rassis tout en tentant de calmer ma louve. La tension descendit d'un cran. Et Ben se trouvait à présent derrière moi, les mains sur le dossier de ma chaise, ce qui me permit de détourner un instant ma colère du gentil policier et de reprendre les rênes de mon esprit. J'avalais ma salive en serrant les dents.
- Mais vous auriez su cela si vous aviez fait quelques recherches, Monsieur. Peut-être devriez-vous retourner à l'école si tout ce que vous savez faire c'est d'ennuyer les gens sans accusations solides.
- Mab, me prévînt Adam. Cela suffit.
Je détournais les yeux.
- Je ne connais pas ce garçon, je ne l'ai jamais vu et je ne l'ai pas tué. Quand à la bague je n'ai aucune explication à vous donner sur le pourquoi du comment elle est arrivée dans sa poche. Tout ce que je peux vous dire c'est qu'elle vaut une petite fortune.
Curieusement, Ben m'aida à me lever en accompagnant le mouvement en arrière de la chaise. Je sortis à grand pas de la pièce et retournais dans ma chambre où je me mis à faire les cent pas, des larmes menaçant de s'échapper de mes orbites. Je clignais furieusement de yeux afin de les chasser.
Ben s'assit sur mon lit sans rien dire. Kelly lui se laissa glisser le long du mur juste à côté de l'encadrement de la porte. Adam et Mercy nous rejoignirent dès que la police fut hors des murs de la demeure.
- Tu risques de finir par faire une tranchée dans le parquet si tu continues, dit Mercy d'un ton moqueur.
Je me stoppais net, inspirais à fond et expirais de la même manière. Je répétais le processus jusqu'à ce que je sente toutes les émotions auxquelles j'étais soumise refluer un temps soit peu.
- Ok. Désolé. Ok. Ça va le faire. J'ai perdu mon sang froid chef, dis-je en me tournant vers Adam. Je ne pensais pas revoir cette foutue bague un jour. Désolée.
- Ce n'est pas ta faute.
- Tu pourrais peut être nous expliquer pourquoi tu as réagi comme ça? Ça ne semblait pas juste être un problème de "il m'a trompé avec la demoiselle d'honneur", continua Mercy.
- Toi tu aimes remuer le couteau dans la plaie Mercy.
- Je préfère y mettre du sel, ça fait plus mal.
Malgré moi je laissais échapper un petit rire avant de poser mon derrière sur mon lit sans aucune grâce, comme un ballon de se dégonflant mollement. Ben émit un commentaire presque grossier auquel je choisis de ne pas répondre.
- J'ai été changée en bête poilue le jour de mon mariage. Je n'ai même pas eu le temps de commencer à réciter mes vœux que deux loups furax ont pointés leur museau dans l'église. L'un sous forme humaine l'autre sous forme de loup. Apparemment mon futur époux n'était pas l'homme avisé que je pensais et c'était attiré les foudres de la meute du coin. Le loup garou à dit quelque chose du genre "si tu ne peux t'acquitter de ta dette je te prendrais ton trésor le plus précieux". Et après, me voilà, soupirais-je en essuyant mes paumes moites sur mon jean qui me semblait soudain bien rêche. Je veux pas de votre pitié, ajoutais-je. Ce qui est fait est fait. Néanmoins j'aimerais savoir pourquoi cette bague est arrivée là. Je ne crois pas aux coïncidences. Chef.
- Quelqu'un aurait tué délibérément le marmot et placé la bague dans sa poche? Une mise en garde? coupa Ben. Je croyais qu'on avait affaire à une sorcière noire, pas à un génie du mal.
Je me jetais en arrière sur le lit, n'aimant pas du tout où me conduisait mes pensées. Ma louve s'agita, mal à l'aise elle aussi.
- Mab? entendis-je.
- Hum.
- Tu penses à quelqu'un en particulier? demanda Adam.
Je plaçais mon bras sur mes yeux.
- Une sorcière noire et une bague qui me sont liées. Il y a bien un nom qui me vient en tête. Mais ce n'est pas sa façon de faire. Si elle avait voulu me tuer vous m'auriez retrouvée sur le carreau sans jamais savoir ce qui m'avait frappé.
- Mab, entendis-je de la voix doucereusement patiente de mon nouvel alpha. Qui?
- Ma mère, avouais-je en me redressant. Ma mère est une sorcière noire. Quoi? On ne choisit pas ses parents, continuais-je sur la défensive.
- Non, bien sûr que non.
- Chef. Vous me prenez en pitié. Je suis très loin d'apprécier ça.
Un silence se fit avant que Ben ne reprenne la parole.
- Ta put... charmante daronne est une sorcière noire? s'exclama-t-il, se reprenant de justesse quand Adam se racla la gorge.
- Ouaip. Si ça peut vous rassurer elle ne l'est devenue qu'après mon admission à la fac. des événements ont fait qu'elle a complètement vrillée du cerveau. Et je n'ai rien pu faire. Je me suis enfuie comme une lâche.
- Si tu étais restée à ses côtés tu serais certainement morte, dit Mercy.
- Probablement. Mais je maintiens qu'il ne s'agit pas de ma mère. Cette manière de procéder est puérile. Ce n'est pas la manière de faire de ma mère. Elle est bien trop fière. Elle aime la discrétion et l'efficacité.
- C'est la seule piste que l'on a pour l'instant.
- Je sais. Mais mon instinct me souffle qu'on ne mets pas la lumière sur la bonne personne.
- Et on devrait se fier seulement à ton instinct? dit méchamment Ben.
Je lui donnais un coup de coude dans les côtes. C'était petit, je sais, et je risquais certainement des représailles d'une ampleur cosmique mais mon karma semblait apprécier que je vive dangereusement. Il gronda et Adam dû s'interposer vocalement pour ramener l'ordre dans cette chambre me semblant soudain très étroite tant il y avait des loups.
- Je demanderais à Warren d'enquêter. En attendant, Mab et Kelly allez faire votre déposition au poste. Revenez ici dès que c'est fait.
Acquiesçant en même temps que l'autre loup et nous nous levâmes de concert. J'entendis Adam parler vaguement à Ben alors que nous fermions la porte d'entrée derrière nous deux.
Je ne fus pas reçu exactement comme une princesse au poste et je fus interrogée dans une salle différente de celle de Kelly. Le policier qui prit ma déposition le fit de manière très professionnelle sans pour autant me cacher sa désapprobation quand à mon altercation avec son collègue un peu plus tôt dans la matinée. Nous sortîmes du poste de police environ quarante-cinq minutes plus tard et fîmes un détour afin d'aller manger un morceau.
Kelly n'était pas un gars très loquace, sauf si on parlait de plantes. Là il devenait un véritable puit de savoir quasiment sans fin. Nous parlâmes donc du travail pendant notre courte pause, avant de remonter dans la voiture pour retourner chez Adam. J'en profitais pour tenter de me reposer sur le trajet du retour, la fenêtre légèrement ouverte.
- Que feras-tu s'il s'agit vraiment de ta mère? demanda finalement Kelly.
- Ce qui s'avère nécessaire. Comme je le ferais si il s'agit de quelqu'un d'autre.
Je serrais les dents car ce que je venais de dire était l'entière vérité. Et j'en avais honte. Un enfant devrait rester fidèle à ses géniteurs, non? Mon sens du devoir était bien plus poussé que chez une personne et ce depuis que j'étais une enfant. Je plissais les yeux et fronçais les sourcils.
- Tu ne t'inquiètes pas de moi? Je suis une fille de sorcière.
- Qui pleure devant Bambi?
- Oh la ferme!
On rit tous les deux jusqu'à chez Adam.
