Hello ! encore un long chapitre :) merci énormément pour vos reviews ! je pense avoir répondu à tout le monde. Sinon, merci à ceux qui suivent et me lisent en cachette !
Je n'ai pas vraiment de questions sur ce chap donc je vous laisse commenter au gré de vos envies. Moi, en tout cas, ça me fait toujours autant plaisir !
- … DiNozzo ?
Tony put parfaitement entendre la surprise dans la voix de l'israélien.
- Lui-même.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
Cette fois-ci, une légère touche d'appréhension.
- J'ai besoin de ton aide.
- Si c'est à propos de Ziva …
Adam laissa filer quelques secondes. Tony fronça les sourcils.
- Oui ? Insista-t-il.
- Je n'ai plus de nouvelles d'elle. Depuis plus d'un an.
Deux sentiments étranges et incompatibles naquirent au sein de la poitrine de Tony. Un curieux mélange de déception – sa seule piste venait de s'envoler … - et un mélange de soulagement : ainsi, Ziva n'avait pas coupé les ponts qu'avec eux.
- Elle a été enlevée. Dit-il.
- Pardon ?
Cette fois-ci, dans la voix d'Adam, l'incompréhension et la peur.
- Par un mercenaire russe, Sergeï Michnev. Il la détient en Somalie.
- En … répéta Adam. Bordel.
- Oui.
- Vous ne savez pas où ?
- C'est ça. Et le désert est grand.
Le silence se fit quelques secondes, puis Adam reprit la parole.
- Tony, quand … quand elle avait été enlevée là-bas la première fois, ça ne va pas te plaire mais il me semble que le Mossad avait quelques amis nomades dans la région.
En effet, un démon de colère frémit entre les côtes de l'agent.
- Plus rien ne m'étonne. Lâcha-t-il d'un ton acide. Tu peux me dire qui ils sont, et où ?
Adam inspira.
- Je pense, oui. Mais ça va prendre du temps.
- On n'en a pas, Eshel. Et elle non plus.
Le silence encore. Le cerveau de l'israélien fonctionnait plus vite que jamais.
- Je te rappelle demain.
Tony hocha la tête.
- Merci.
Quand la tonalité fut coupée, un étrange sentiment de vide s'empara de l'agent. Il posa son téléphone et ne se sentit plus la motivation de faire quoi que ce soit d'autre. Deux poids s'étaient emparés de son corps et s'accrochaient à ses muscles. Deux poids nommés peur et désœuvrement.
Il ne pouvait plus faire grand-chose. Tout avait été fait. Mais bon dieu qu'est-ce qu'il haïssait ça.
- Alors ? Tenta Ellie d'une petite voix.
- Il me rappelle.
Elle hocha la tête et retourna s'asseoir sur son bureau.
- Tony.
Le concerné leva la tête. McGee s'avançait vers lui, et les traits de son visage ne le trompaient pas. Il revenait bredouille. Lui aussi.
Encore.
Tony se leva d'un bond, inspira une grande bouffée d'air, et se mit à marcher vers l'écran mural, affichant ce qu'ils avaient déjà vu cent fois.
Il zappa, encore et encore.
Ellie lisait.
Tim tapait.
Et lui continuait inlassablement de chercher des indices. Il inspectait et haïssait de plus en plus fort chaque centimètre carré du visage souriant de Sergeï. En juxtaposition dans son esprit s'imprimait les photos du visage de Ziva.
Ce visage.
Ce visage qui avait apparu sous un sac de toile informe. Ce visage sorti du néant. Ce visage qu'il avait cru ne jamais revoir, 5 ans plus tôt, alors qu'il était lui-même parti, animé par son seul désir de vengeance. Sans se préoccuper de rien d'autre. Seulement de ça. Ce qu'il avait dit à Saleem résonnait encore dans sa tête. Il avait même parfois du mal à croire qu'il ait pu dire une chose pareille, plus encore, la penser.
« Je me fiche de mon équipe. »
C'était vrai, pourtant. La seule chose qu'il voulait à cet instant était de tuer Saleem. Les pertes éventuelles lui importaient bien peu. Et cela lui importait encore moins s'il venait à devenir l'un de ces dommages collatéraux.
Puis le terroriste avait ramenée Ziva. Il se rappelait de chaque instant de cette journée. A quel point tout était allé vite à partir du moment où il avait su qu'elle était en vie.
La première fois que des mots s'étaient échappés de la bouche de celle qu'il avait cru ne jamais plus revoir.
« De tous les gens sur terre qui aurait pu me trouver … il fallait que ce soit toi. »
Qui d'autre. Jamais il n'avait connu un tel désir de vengeance. Jamais, sauf, peut-être, au moment présent.
« - Tu pensais que j'étais morte.
- Oh, ouais.
- Pourquoi es-tu ici ?
- McGee ne croyait pas en ta mort.
- Tony. Pourquoi es-tu ici.
- Je ne pouvais pas vivre sans toi.
- Alors, tu mourras avec moi. »
Tu mourras avec moi.
Non.
« - S'ils ne font pas de rapport, on va venir les chercher.
- Ziva, tais-toi.
- Tuez-moi ! Vous aurez besoin des Américains pour négocier. »
Non !
« - Je vous ai parlé des cerveaux, des tripes, des muscles, … du scientifique, du politicien, du leader. De chaque membre de l'équipe … mais pas de moi. De mon rôle.
- Qui est ?
- Je suis l'invité surprise. Je suis le gars qui voit la réalité mais qui ne veut pas l'accepter. »
Quand Tony reprit conscience de ce qu'il entourait, il était assis sur son bureau, la tête entre les bras. Il se releva d'un bond et cligna des paupières. Ellie était endormie sur le sol.
Il avisa sa montre. 5h.
Par un bref calcul, l'agent conclut qu'il avait dû s'assoupir seulement quelques minutes. Tim avait toujours les yeux fixés sur son écran. Lui aussi était bien loin.
McGee se rappelait du sol dur et rêche sur lequel il avait été balancé, évanoui. Il se rappelait des bribes de conversations échangées entre Saleem et Tony alors qu'il reprenait douloureusement conscience.
Il se souvenait de la quasi-totalité de l'échange entre les deux hommes. De tout ce que révélait son coéquipier, sous l'emprise d'un sérum de vérité puissant.
« Ziva est irremplaçable.
- Celle … celle que vous avez perdue. Alors, pourquoi ne la cherchez-vous pas ?
- Si je pouvais la ramener, je le ferai d'un battement de cœur. Mais c'est impossible. Ziva David est morte. »
Il avait haï cette phrase. Cette affirmation, qu'il connaissait pourtant, et que Tony avait lancée d'une voix assurée mais chargée de menaces. A cet instant, Tim s'était fait violence pour ne pas se lever d'un bond et tuer Saleem de ses propres mains.
Sentir la vie de cette pourriture s'échapper tandis qu'il serrerait sa carotide entre ses mains.
Il devait se retenir, attendre le signal. Patienter.
« - Ca va, McGee ? Tu es réveillé ?
- Ouais. Quand bouge-t-on ?
- Pas encore.
- Il est agité. C'est notre chance.
- Pas encore. Attends mon signal. »
A cet instant, jamais il n'aurait pensé, ni même espéré, ce qui allait suivre. Saleem était revenu, et au bruit des pas, Tim avait compris qu'il était accompagné.
« Des questions sont posées en ville sur la disparition des agents du NCIS, suscitant la mobilisation des forces américaines. L'un de vous me dira l'identité et les emplacements de tous les agents dans le secteur. Et l'autre … mourra. Je vous laisse un moment pour décider qui vivra. »
Il avait entendu un bruit de tissu froissé. Puis il avait compris. La réalité l'avait frappé avec la force d'une bombe, et une vague de joie et de terreur avait déferlé en lui. Ziva était vivante. Mais ils ne pouvaient se permettre de la perdre à nouveau. Il fallait la sortir de là. Il le fallait.
Quelques secondes plus tôt, les débouchés des évènements ne l'inquiétaient pas. Un peu comme Tony, il ne voulait qu'une chose. Voir Saleem mourir. Le reste paraissait tellement banal à côté de cela.
Le tuer était la seule chose qui le maintenait en vie. La savoir vivante désormais le forçait à penser à leur survie. Et les choses paraissaient mille fois plus ardues.
« Maintenant, tu dis à Saleem tout ce qu'il veut entendre. Et vous essayer de vous sauver. Je suis prête à mourir. »
Oh, non. Certainement pas.
« Ce n'est pas comme ça que ça marche.
- Que quoi marche ?
- Le plan.
- Tu as un plan d'évasion ? »
- Tim ?
L'informaticien sursauta et tourna son visage pâle vers son collègue, qui s'était réveillé et le regardait, les sourcils froncés.
- Quoi ?
- Tu fixais ton écran.
- Oui, c'est parce que je, je travaille.
- Tu arrives à faire bouger ton curseur par la pensée ?
McGee avisa ses mains d'un air étonné. Absorbé par ses pensées, il n'avait même pas remarqué qu'il avait arrêté de taper sur son clavier. Il passa ses mains sur son visage et le frotta pour sortir de sa torpeur.
Tony en avait profité pour se lever et s'approcher de lui. Le jeune homme sentit la paume de son aîné se poser sur son épaule tandis qu'il s'asseyait sur le bout de son bureau.
- On va l'avoir. Affirma l'italien.
A cet instant, l'agent spécial Timothy McGee n'aurait absolument pu dire à qui s'adressait son coéquipier.
« Il n'y a qu'une seule force sur Terre capable de court-circuiter les meilleurs instincts d'un homme, mettre le feu dans ses veines, et le faire plonger tête la première dans le danger sans égard pour son propre bien-être. La vengeance. Je suis ici pour vous tuer. »
ooo
Ziva se réveilla douloureusement. Elle était toujours allongée, dans la même position recroquevillée, sur la paillasse poussiéreuse de sa cellule.
A chaque fois qu'elle émergeait des quelques périodes de sommeil agité dans lequel elle plongeait quelques heures par nuit, elle avait l'impression de se réveiller d'un mauvais rêve. Le passé auquel elle avait voulu échapper, qu'elle avait essayé d'oublier, la rattrapait avec une violence inouïe. Jamais elle n'aurait cru revivre ça un jour.
Son physique n'avait pas vraiment changé, mais son mental si. Elle pouvait encaisser les coups, mais elle ne tiendrait pas aussi longtemps.
Oui, Ziva avait changé.
En mieux, sûrement. Mais elle n'avait pas encore atteint totalement l'objectif de plénitude qu'elle s'était fixé.
Du moins, cela faisait plus d'un an qu'elle faisait tout pour vivre au jour le jour et ne pas penser au passé.
Là, il lui revenait en pleine figure. Avec une puissance exacerbée. Comme si tous les sentiments, tous les souvenirs qu'elle avait laissés de côté lui revenait en plein cœur.
Elle ne savait pas si elle allait s'en sortir.
C'est à cause de cela qu'elle se rendait compte qu'elle n'avait pas vraiment vécu tout ce qu'elle voulait, pendant les deux dernières années. Oh, elle avait eu deux ans de calme. Elle s'était retrouvée. Elle savait qui elle était, désormais. La seule chose à laquelle elle n'avait pas réfléchi était ce qu'elle avait loupé en changeant de vie comme cela. Or, pendant ces quelques jours, elle n'avait eu d'autre choix que d'y penser, plus intensément que jamais.
Elle avait fait la part des choses, et n'avait pas tout gagné. Elle le savait, elle avait toujours su qu'elle allait passer à côté de moments. Elle avait fait ce choix car elle savait qu'elle n'aurait jamais pu se retrouver, devenir la femme qu'elle avait toujours voulu être, si elle était restée aux Etats-Unis.
Elle posa les paumes de ses mains sur le sol pour s'aider à se relever et, retenant une grimace de douleur, se campa sur ses deux jambes. L'israélienne fit un rapide constat de son état. Elle avait faim, soif, et elle était fébrile. Des bleus et traces de cou parsemaient sans doute la quasi-totalité de son corps.
Ziva passa une main sur son visage, la partie la moins abimée. Ses cheveux emmêlés pendaient lamentablement, et elle haïssait les guenilles qu'on l'avait obligée à porter et qui éraflaient ses plaies à vif. Elle tordit d'ailleurs le cou et avisa du bout des doigts l'état de la vilaine entaille qu'elle avait à l'épaule.
La peau autour était boursouflée, chaude et douloureuse. Un joli début d'infection s'annonçait là.
Ziva soupira et fit quelques pas dans sa cellule, tournant en rond entre les murs sableux, puis se dirigea finalement vers les barreaux.
Elle passa le nez entre deux d'entre eux, tentant d'apercevoir ce qu'il se passait de chaque côté du couloir. Personne. Elle donna un coup dans l'un des barreaux, mais rien ne se produisit.
La jeune femme laissa glisser sa main jusqu'à la serrure. Elle n'avait rien pour l'ouvrir, pas le moindre petit bout de fer ou de bois. Elle soupira à nouveau et se rassit sur le sol.
Rien à faire. A part attendre.
Et attendre quoi ?
- Bonjour.
Ah.
L'attendre lui, sans doute.
Un peu d'animation, pensa-t-elle ironiquement.
Sergeï Michnev venait de se glisser jusqu'à sa cage. Elle ne l'avait pas entendu. Ses anciens réflexes avaient un peu disparu.
Il la regardait en souriant, toujours le même petit sourire au visage.
Pour la première fois depuis bien longtemps, cette envie de tuer la reprenait aux tripes.
Ziva lui jeta un regard noir, le plus assassin possible, mais tendit instinctivement ses muscles.
- Bien dormi ? Demanda-t-il encore.
Elle se contenta de continuer de le fixer.
Les jours derniers, il l'avait laissée tranquille, si on peut dire. Depuis deux semaines qu'elle était là, elle n'avait pas eu à subir différents coups tous les jours. Apparemment, il voulait juste l'exténuer et lui donner un aspect physique peu reluisant.
Ziva se demanda donc ce qui l'attendait aujourd'hui. Son visage avait reprit une apparence normale. Peut-être allait-elle donc avoir droit à quelques crochets du droit comme Sergeï savait si bien les faire ?
Mais il ne dit rien, continuant de l'observer. Plusieurs minutes passèrent.
- Qu'est-ce que vous voulez. Demanda-t-elle d'une voix éraillée.
Depuis deux semaines qu'elle était là, c'était la seule question qu'elle lui posait. Il ne lui avait rien demandé, et il ne lui avait jamais répondu non plus d'ailleurs.
Ziva se doutait bien pourquoi elle était là. Elle était sûrement au cœur d'une vengeance. Sa seule incertitude était : une vengeance envers qui ?
A chaque fois, elle pensait à ses anciens collègues. Alors qu'elle tentait depuis deux ans de penser à eux le moins souvent possible à cause de la douleur que cela engendrait, une part d'elle lui disait que c'était pour ça qu'elle était là. Une part d'elle qui rêvait qu'elle avait fait un saut de 5 ans dans le passé. Une part d'elle qui s'attendait à voir surgir trois hommes à tout instant. Trois hommes qu'elle connaissait, ou du moins, qu'elle avait bien connu …
Oh oui, elle y avait pensé, pendant ces deux semaines.
Sergeï prit une longue respiration.
- Ca vous intrigue, n'est-ce-pas.
Drôle d'ironie. Il la battait, mais la vouvoyait.
Il posa sa main sur un barreau.
- Vous devez bien avoir quelques suppositions.
Peut-être aujourd'hui allait-il enfin lui expliquer … ?
- Vous vous souvenez de vos anciens collègues, j'imagine ?
Oui. Bien sûr que oui.
- Je ne pense pas avoir besoin d'en dire beaucoup plus. Vous avez déjà dû faire le lien.
- Que vous ont-ils fait ? Reprit-elle de sa voix éraillée, asséchée.
Sergeï haussa un sourcil d'un air amusé mais également passablement irrité.
Il plongea sa main dans sa poche et en sortit un jeu de clé.
Ziva se tendit à nouveau et se recula légèrement. Elle connaissait cette lueur qu'elle vit passer sur le visage de son agresseur. Depuis qu'elle était là, à chaque fois qu'il « s'amusait » un peu avec elle, il était généralement ravi de se défouler. Comme s'il extériorisait sa haine.
Haine qui était visiblement puissante envers ses anciens collègues.
Peut-être n'aurait-elle pas dû l'orienter vers ce sujet.
La porte de la cellule s'ouvrit.
- Sortez. Dit-il d'un ton doucereux.
Quand elle rentra à nouveau dans sa cage, un peu plus d'une heure plus tard, ce fut traînée par un mercenaire, et lancée au sol comme une poupée de chiffon.
Inerte.
