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~ Body Electric – Lana Del Rey ~
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Narcissa fit coulisser la porte vitrée de sa grande garde-robe et effleura du bout des doigts les vêtements alignés par centaine pour ne s'arrêter que sur l'avant-dernier. Sa robe de mariage. Elle attrapa le cintre en bois et sortit l'habit somptueux de l'armoire. Le tissu était toujours d'une blancheur immaculée. Bien que la porte de sa chambre soit grande ouverte, Narcissa ôta sans pudeur sa robe de nuit puis glissa une à une ses jambes dans le bustier du vêtement afin de l'enfiler. La robe bloqua au niveau de ses hanches, obligeant la blonde à tirer plusieurs fois sur le tissu pour qu'il puisse enfin épouser les formes de son corps. Elle se plaça ensuite devant le grand miroir en pied de la pièce et se dépatouilla comme elle put pour remonter la fermeture éclair du dos de la robe. Une fois encore, la tâche ne fut pas des plus aisées et Narcissa dut s'y reprendre à quatre fois pour que la fermeture soit parfaitement scellée. Mais qu'importait qu'elle se sente complètement compressée. La robe lui allait encore.
L'ex-mannequin se tourna de côté et prit la pose de profil, comme on le lui avait appris dans le métier. Une moue méprisante sur le visage, ses lèvres pulpeuses légèrement entrouvertes, la poitrine bombée, le ventre rentré au maximum. Miroir, ô mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle. Et le miroir lui répondit, malheureusement.
Regarde-toi.
Les yeux gris de la blonde descendirent le long de sa silhouette.
Regarde ton ventre.
Bien qu'elle ait tenté de le rentrer, celui-ci restait toujours prohéminent sous sa robe et créait une légère rondeur.
Regarde tes hanches.
Son buste n'était plus taillé à la perfection comme auparavant et ses hanches étaient l'endroit principal où se stockaient ses kilos en trop.
Tu crois que t'es belle avec tout ça ?
Narcissa sentit une boule se créer dans sa gorge. Et ça y était. Ca remontait en elle. Le dégoût de soi.
Regarde comme t'es grosse.
Comme pour appuyer ces paroles, le tissu se fissura légèrement au niveau de la fermeture éclair. L'ex-top model tenta de tâter l'emplacement de la déchirure, ce qui fut une très mauvaise idée. La seconde suivante, la robe craquait une nouvelle fois dans un bruit plus sec encore, faisant bailler le bustier.
Regarde comme t'es laide.
Narcissa tenta fébrilement de rejoindre les deux bouts déchirés de son habit puis fixa son reflet. Et ce qu'elle y vit ne lui plut pas du tout. Des rides, des cernes, de la pâleur, un nez refait, des lèvres gonflées au collagène. Une imposture dans un corps composé à 90% de graisse. Partout. Dans ses joues, dans son cou, dans ses bras, dans sa poitrine. Un gros tas de graisse.
Ce n'est certainement pas une obèse dans ton genre qui sera la plus belle.
« C'est faux. » murmura Narcissa, presque terrifiée, tout en continuant à faire douloureusement face à son reflet.
C'est vrai. Et tu le sais. Regarde-toi.
Sa vue était déjà brouillée par l'arrivée des larmes tandis que le goût acide de la bile aromatisait sa salive. Et il y avait cette femme, cette chose qui la regardait dans le miroir. Ce n'était pas elle. Elle refusait que ce soit elle.
Regarde-toi.
C'était dans sa tête, ces voix. C'était dans sa foutue tête. Tous ces médocs, ces anti-dépresseurs, ces coupe-faims, ça lui bousillait le crâne au point d'en devenir cinglée. Au point d'entendre ces fantômes lui susurrer des méchancetés à son oreille. Et pourtant, elle ne pouvait empêcher ces voix de l'affecter, de la déstabiliser. De la miner.
« Ce n'est pas moi. » contesta-t-elle.
Si. C'est toi.
« CE N'EST PAS MOI ! » hurla Narcissa en abattant son poing sur son reflet. « CE N'EST PAS MOI ! DÉGAGE ! TU N'ES PAS MOI ! DISPARAIS ! DISPARAIS ! ! »
Sa robe se déchirait à présent de tous les côtés mais la blonde n'en avait cure. Elle déchargeait toute sa haine sur la glace, insensible aux bris de verre entrant profondément dans sa chair, frappant, pulvérisant, réduisant la Narcissa du miroir à néant dans une flaque de sang. La quarantenaire finit par s'effondrer en sanglot par terre, de longues traînées rouges luisantes souillant sa robe nuptiale.
C'est ainsi que Draco la trouva. Et lorsque ses yeux se posèrent sur le tableau sanglant de sa mère à même le sol, le miroir brisé juste à côté d'elle, son esprit en vînt à des conclusions hâtives qui le firent courir vers elle à toute vitesse. Il la prit par les épaules et la secoua.
« Maman ? Maman ! »
Mais sa tête ne faisait que rouler docilement sur le côté au rythme des secouements de son corps, ses cheveux blonds tombant désordonnément sur sa figure.
« Maman ! Bordel, qu'est-ce que t'as encore fait ? Punaise mais réponds-moi ! Maman ! Maman ! ! »
Il hurlait et elle restait toujours comme amorphe, inconsciente, mais pourtant, elle avait un pouls et ses yeux étaient entrouverts. Les battements cardiaques de son fils étaient erratiques. Et il la secouait toujours. En vain.
« ...qu'est-ce qu'il se passe ? »
Draco sursauta puis se retourna brusquement. Encore cette foutue fouine. Elle se tenait sur le pas de la porte, son machin à objectif autour du cou, et les fixaient tous les deux comme s'il s'agissait d'un spectacle tout public.
A vrai dire, Hermione avait été alertée par les cris de Narcissa. Croyant que quelque chose de grave s'était passé, elle s'était hâtée de remonter les escaliers en direction de la source du bruit mais avait aperçu Draco la précéder et entrer en trombe dans la chambre. Puis elle l'avait entendu hurler lui aussi et elle s'était décidée à aller voir la raison de tout ce remue-ménage, espérant ne pas tomber sur le pire.
« Il se passe rien. Barre-toi de là. » siffla Draco.
Ce qu'Hermione ne fit pas. Au lieu de ça, elle dévisageait Narcissa d'un oeil anxieux.
« Dois-je appeler les secours ?. »
« Barre. Toi. De. Là. »
« Mais il faut appeler quelqu'un ! » persévéra Hermione.
Draco fut à deux doigts de se lever pour la faire taire une bonne fois pour toute lorsque Narcissa tourna légèrement la tête de côté.
« Maman ! » Il calla son bras sous sa tête. « Maman, maman ! » Elle entrouvrit un peu plus les yeux et il poussa un soupir de soulagement. « Putain, ne me refais plus jamais ça ! »
Les épaules fines de sa mère se secouèrent alors de plus en plus vite tandis que des larmes se frayaient un chemin de ses yeux jusqu'au bas de ses joues creuses. Elle pleurait. Ses lèvres bougèrent silencieusement mais Draco n'entendit pas ce qu'elle prononçait. Il baissa alors la tête au niveau de sa bouche et capta quelques bribes de paroles :
« ...n'est pas moi, ce n'est pas moi, ce n'est pas moi,... »
Il se redressa et fixa sa mère. Elle avait l'air d'être dans une sorte de transe dérivant vers de l'état de folie le plus concret. Il baissa les yeux sur ses mains et vit le carnage sanglant qui s'y trouvait. Il fallait désinfecter tout cela au plus vite mais le nécessaire de secours se trouvait dans la salle de bain. Et il ne pouvait tout simplement pas se résoudre à la laisser seule ne serait-ce qu'une seule seconde, de peur qu'elle ne fasse une plus grosse bêtise. Le blond se retourna furtivement et ses yeux gris tourmentés se posèrent sur la silhouette d'Hermione. Elle était toujours là, celle-ci ? Eh bien pour une fois, ça tombait bien.
« Eh ! » l'appela-t-il en claquant des doigts dans sa direction.
Hermione avança d'un pas.
« Va me chercher la trousse de secours dans la salle de bain. C'est dans l'armoire à pharmacie. »
Il s'en retourna ensuite à sa mère et prit un de ces poignets pour évaluer les dégâts. C'était vraiment très moche. Il y avaient de gros bouts de verres ainsi que des minuscules tessons enfoncés plus ou moins profondément dans...Draco se redressa soudainement. Se retourna. Hermione était toujours dans son dos.
« Qu'est-ce que tu fous encore là ? » pesta-t-il.
« Un 's'il te plaît' t'arracherait la mâchoire ? » répliqua-t-elle froidement.
« Est-ce que tu penses vraiment que c'est le moment opportun pour parler politesse ? ! »
« Je ne parle pas politesse ! Je ne fais que demander la plus basique des choses ! On apprend ça au jardin d'enfant ! »
« S'IL TE PLAÎT ! » hurla-t-il alors. « Ca te va ? C'est bon ? Tu vas me la chercher cette putaine de trousse, maintenant ? ! Ou tu veux que je me prosterne aussi devant toi ? »
Hermione tourna furieusement des talons. Ce garçon était la personne la plus détestable, haïssable qu'elle ait pu rencontrer. Difficile de croire qu'il puisse être le chef-d'oeuvre qu'elle avait photographié la veille.
Elle poussa brusquement la porte de la salle de bain de Narcissa et passa en revue toutes les armoires. Une centaine de parfums, lotions, brosses, crème et maquillage plus tard, l'adolescente finit par tomber sur la trousse en question. A vrai dire, elle ne se trouvait que dans la petite armoire à glace surplombant le lavabo. De nouveau dans la chambre, Draco lui arracha presque l'objet des mains pour y extraire tout ce dont il aurait besoin. Compresses, désinfectant, bandage et pince à épiler.
« Range-ça. » lui dit-il en lui tendant le reste. « S'il te plaît. » ajouta-t-il avec mépris.
A Hermione de lui arracher la trousse des mains. Elle revînt dans la salle de bain pour la ranger mais, au moment de fermer l'armoire à glace, son regard se stoppa sur le spectacle que lui livrait le reflet.
Toujours accroupi à côté de sa mère, Draco était occupé à enlever un à un les morceaux de verre incrustés dans la main de Narcissa à l'aide de la pince à épiler. Son visage était empreint d'une expression concentrée, ses gestes étaient précis et méticuleux. Chaque fois qu'il délogeait un éclat de glace, il relevait la tête pour vérifier si le visage de sa mère était crispé dans une expression douloureuse. Mais la figure de Narcissa était toujours tournée vers le côté, ses mèches blondes lui tombant désordonnément sur le front. Et elle pleurait toujours, elle ne faisait que ça. Alors il débouchonnait la bouteille de désinfectant, mouillait la compresse et la passait doucement sur la peau meurtrie. Et Narcissa n'arrêtait pas de sangloter.
A nouveau, Hermione ressentit ce picotement qui l'avait prise la veille. Le ressentir dans un tel contexte était certes égoïste et mal-placé mais elle ne pouvait rien y faire. Ses doigts s'étaient déjà refermés sur son appareil. Elle le porta alors à son œil droit puis dirigea l'objectif en direction de l'armoire à glace. Et ça y était, elle avait son cadrage. Son doigt appuya une quinzaine de fois sur le bouton de capture et l'appareil happa Draco et sa mère en robe ensanglantée sous tous les angles possibles. Le Canon qu'elle utilisait était assez silencieux, ce qui l'évitait de se faire repérer mais elle regrettait qu'il ne puisse lui fournir un résultat aussi réussi que son Nikon. Quelques pixels de plus ou de moins pouvaient radicalement changer une photo.
Sa tâche finie, Hermione sortit de la salle de bain au moment où Draco entourait d'un bandage l'une des mains de Narcissa. Elle resta un moment en retrait, sans bien savoir quoi faire, surtout que Malfoy continuait à panser les plaies de sa mère sans lui payer une quelconque attention. Alors elle sortit de la pièce à reculons.
« Alors, comment est-ce que ça se passe ? »
Hermione se laissa tomber sur le lit à baldaquin de sa chambre. Son plafond était fait en miroir, ce qui l'avait un peu dérouté au début mais elle s'y était habitué et, au final, elle trouvait que c'était une idée de génie. Le soir, elle n'allumait pas la lumière et passait des heures à jouer avec les reflets nocturnes. La glace de son armoire, par exemple, se reflétait à l'infini dans le plafond, reproduisant chaque fois la silhouette d'Hermione à une échelle de plus en plus petite. La jeune fille ne comptait même plus le nombre de fois où elle s'était adonnée à des mises en scènes dont elle photographiait le résultat.
« Ca peut aller. » répondit la brune en fixant la Hermione du reflet affalée sur le lit, son téléphone à l'oreille.
« Oulala, tu m'as l'air nettement moins enthousiaste, toi ! » remarqua Ginny à l'autre bout du fil.
Hermione soupira.
« Ben...le truc c'est que l'ambiance de la maison est mortuaire mais à côté de ça, je vis des expériences complètement uniques et ça vient contrebalancer les mauvaises ondes de ce séjour. »
« Mauvaises ondes ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? »
Hermione ouvrit la bouche, à deux doigts de déballer la vérité, mais se ravisa.
« Rien de spécial. C'est juste...un truc que je ressens, tu vois ? Mais ça va passer. »
« J'en suis sûre aussi. Harry m'a littéralement harcelée pour que je t'appelle hier, histoire de vérifier qu'ils ne t'avaient pas encore séquestrée dans leurs sous-sol. »
« Non mais quel dingue ! » pouffa Hermione. « Rassure-le et dis-lui que ma séquestration est reportée à la semaine prochaine. L'agenda de Lucius Malfoy est un peu chargé ces derniers temps. »
« Hahaha, je ne manquerais pas de lui transmettre. Au fait, leur baraque est aussi immense qu'on le dit ? »
« Oh mon Dieu, si tu savais... »
Les deux amies bavardèrent une bonne heure au téléphone. Entendre le son de la voix de Ginny lui fit plus de bien qu'elle n'aurait soupçonné. Elle avait tellement vécu dans une atmosphère oppressante depuis qu'elle avait posé le premier pied dans le Manoir que retrouver un élément familier rechargeait son stock de bonne humeur.
La lycéenne raccrocha avec un sourire puis s'assit sur le lit. Elle avait pour programme aujourd'hui de sillonner le château dans lequel elle était amenée à vivre. Il lui semblait regorger de secrets, de souvenirs, de tout un tas de choses qui l'aiderait certainement à mieux cerner les trois membres de la famille Malfoy étant donné que deux d'entre eux étaient décidés à ne pas s'ouvrir à eux.
Après avoir attaché ses cheveux en un chignon désordonné, Hermione troqua son Canon contre un argentique, le même que celui du trophée qu'elle avait gagné au concours national de photo, puis elle partit à l'aventure. Choisissant de faire sa visite dans l'ordre, elle décida de dévaler les escaliers en direction du rez-de-chaussée. Arrivée en haut des dernières marches, la brune se stoppa en découvrant un grand métis attendre nonchalamment contre la porte d'entrée, les bras croisés, son regard absent fixé sur la rampe. Puis sur elle. Il la dévisagea des pieds à la tête, sans se presser, et Hermione crut revivre son arrivée au Manoir à la seule différence près que l'afro-britannique lui faisant face ne la fixait pas avec méchanceté.
« Draco est là ? » demanda-t-il enfin d'une voix exceptionnellement grave.
Hermione hocha la tête puis répondit :
« Oui. Il doit être en haut. »
Le métis hocha la tête puis glissa ses mains dans les poches, ne s'arrêtant pas de la fixer. Il y avait quelque chose de déroutant dans la manière dont ses yeux marrons clairs la sondaient sans ciller. Un peu comme s'il pouvait deviner ses pensées. Hermione n'était pas du genre à baisser les yeux mais pour ce combat visuel, elle préféra jeter les armes et se réfugier dans la grande salle à manger. Là, elle s'assit dans un des fauteuils de velours verts et jeta de fréquents coups d'œil à la vitre floutée de la porte. Lorsque la silhouette du métis disparut, précédée par celle de Draco, la lycéenne quitta enfin sa cachette pour se lancer dans son exploration.
Draco ferma la porte de sa chambre puis marcha jusqu'à l'escalier en secouant son briquet. Il amena la flamme jusqu'à l'embout de son joint puis descendit les marches jusqu'à l'entrée de sa maison.
« T'es d'une telle lenteur, c'est affligeant. » l'accueillit Blaise en se décollant enfin de la porte.
Le blond haussa des épaules tout en tirant une taffe. Il s'engagea dehors en premier et plissa des yeux en voyant le soleil radieux qui régnait dans le ciel. Il était dix-huit heures et on se croyait encore en milieu d'après-midi.
« T'as combien sur toi ? » demanda-t-il à son meilleur ami.
« Cent balles. Toi ? »
« Deux-cent. »
« Ca suffira largement. » assura Blaise en récupérant le roulé des doigts de Draco pour le porter à sa bouche. « J'ai vu votre photographe attitrée, tout à l'heure. »
« Ah ouais ? » fit Draco, sans grand intérêt, tout en vérifiant quelque chose sur son smartphone.
« Ouaip. » Il rejeta une volute de fumée. « Et elle est plutôt mignonne. »
Malfoy dévisagea son ami comme s'il était tombé sur la tête. Blaise était assez difficile en matière de femme. Le voir donc accorder l'adjectif ''mignonne'' était un événement aussi rare qu'une tempête de neige en été.
« Désolé de te l'annoncer aussi brutalement, mon pote, mais t'as de la merde dans les yeux. »
« Je crois pas, non. » répliqua tranquillement Zabini en lui rendant sa cigarette. « Elle a de très beaux yeux, d'ailleurs. »
« Eh ben t'as qu'à te la faire, alors. » résolut Draco en haussant des épaules. « Faudra juste que t'aille demander la permission à mon père avant. Je crois qu'il voulait avoir l'exclusivité sur son entrejambe. »
Blaise eut un petit rire.
« J'y penserai. »
Les deux acolytes empruntèrent le bus qui les fit passer du quartier huppé duquel ils étaient issus au Londres populaire situé à l'extrémité Nord de la ville. Les bâtisses à jardins et terrasses troquées par des tours criblées de graffitis, Blaise et Draco progressèrent le long des allées goudronnées, les mains dans les poches, l'œil alerte. Le regard du métis croisa celui d'un grand roux en casquette, survêtement Adidas et baskets trouées. Ce-dernier lui fit un petit signe de tête puis s'enfonça dans l'allée sombre séparant les deux immeubles derrière lui. Après avoir fait une rapide halte, les deux lycéens le suivirent.
« T'as quoi ? » demanda Draco.
Le dealer sortit alors de ses poches deux portions de 50 grammes de poudreuse sous aluminium assortis de deux petits sachets plastiques contenant chacun trois pilules.
« Coke, Kéta, Ecsta. » énuméra-t-il.
« On prend tout. » Malfoy sortit son portefeuille. « Combien ? »
« Quatre-cent. »
Draco haussa un sourcil.
« Quoi? »
« Quatre-cent. »
« Trois-cent cinquante. »
« Quatre-cent, mec. » s'impatienta le dealer. « Les prix ont augmenté. »
« Ok et si on enlève la coke ? »
Le roux fourra l'un des sachets dans sa poche.
« Trois-cent. »
« Putain, c'est la poudre qui coûtait aussi cher ? Qu'est-ce qu'ils foutent dedans ? De l'or ? »
« C'est de la pure tout droit venue de Colombie, connard. Donc soit tu prends, soit tu te casses. »
« Payes, Draco. » le raisonna la voix de Blaise derrière lui.
L'afro-britannique lui tendit quelques billets que Malfoy prit tout en fusillant son interlocuteur du regard. Puis le blond fouilla dans son portefeuille à la recherche de liquide pour compléter la somme.
Et ce qui suivit se passa à la vitesse éclair.
Blaise, qui était resté en retrait par prudence, surgit soudain pour arracher les doses de drogue des mains du dealer et les jeter derrière les briques entreposées à côté de Draco. Il tira ensuite son ami vers l'arrière en hurlant :
« COURS ! »
Le métis partit à toutes jambes vers l'avant et, sans même comprendre ce qu'il se passait, Malfoy opta pour le suivre. Et il eut raison. Derrière eux, pas moins de trois flics en civil les coursaient en leur hurlant de s'arrêter immédiatement. Le quatrième avait dors et déjà neutralisé le dealer avant même que ce-dernier n'ait pu envisager de prendre ses jambes à son cou.
Malfoy courut comme jamais il n'avait encore couru auparavant, ses poumons lui brûlant tant la cage thoracique qu'il en avait du mal à respirer, le paysage se brouillant tout autour de lui, ses yeux fixés sur la silhouette floue de Blaise qui traçait devant lui. Malheureusement pour eux, quatre autres policiers débarquèrent du côté opposé et tout deux se retrouvèrent plaqués violemment au sol en moins de temps qu'il n'en faut. Draco tenta vainement de se débattre mais se reçut un magistral coup de poing à l'œil droit de la part du colosse qui le tenait.
« Et maintenant, petit merdeux, tu vas rester bien tranquille pendant que je te fouille. » Sa main gauche commençait à tâter avec brusquerie le haut de son corps tandis que sa main droite l'empoignait par les cheveux à lui en arracher une bonne poignée de mèches. « Et t'as pas intérêt à bouger d'un seul pouce sinon je t'en colle une entre les deux yeux. » Il vérifia ses poches de blouson. « Les salauds de petits bourgeois dans ton genre, c'est ma pioche favorite. » Poches de jean. « Vous pensez que plus vous avez de fric, plus le monde vous appartient mais mauvaise nouvelle, mon pote » Cuisses et tibias « si je trouve ne serait-ce qu'une seule trace de dope sur toi, tu croupiras en taule comme un autre et ta thune ne pourra rien y changer. »
Il dut cependant s'y reprendre à deux fois pour la trouver, cette trace de dope. Draco n'avait absolument rien sur lui. Et à en juger l'expression du flic qui fouillait Blaise, il en était de même pour le métis.
« Ne crois pas que c'en est terminé pour toi. » siffla le policier qui s'occupait de Malfoy. « La prochaine fois que je te revois dans le secteur, je te laisserai pas filer. »
Draco lui répondit avec son plus beau sourire narquois.
« Allez, dégagez de là ! » lui cracha-t-il en le relâchant.
Les lycéens ne se firent pas prier. Ils décampèrent au trot et errèrent dans la cité jusqu'à se perdre. Se posant dans un hall d'immeuble à la porte défoncée, les deux adolescents s'assirent sur le banc faisant face aux boîte aux lettres pour souffler un peu. Dehors, le soleil avait profité de leur course effrénée pour se coucher, plongeant les rues dans une lumière bleutée de début de soirée. Draco sortit son portable de sa poche et plaça l'écran juste devant son visage.
« Oh putain. » jura-t-il en découvrant l'énorme coquard violacé qui ornait son œil.
Blaise se tourna vers lui et grimaça.
« Il t'a bien amoché. »
« Qu'il aille mourir. » décréta Draco en tâtant l'hématome.
« Qu'ils aillent tous mourir. » soupira Blaise en se rejetant contre le mur, les yeux fermés.
Ils restèrent quelques instants sans parler, l'un évaluant les dégâts sur sa figure, l'autre restant immobile, les paupières closes, l'air de faire intérieurement le vide. Plusieurs personnes passèrent devant eux pour regagner leurs appartements sans que les regards intrigués qu'ils leur lançaient ne préoccupent les deux adolescents.
« En tout cas » commença Blaise « cette histoire nous aura appris une leçon cruciale. »
Draco lui accorda un regard en biais.
« Laquelle ? »
Le métis entrouvrit les yeux.
« Changer régulièrement de dealer. »
Les deux jeunes hommes s'entre-regardèrent. La seconde suivante, ils pouffaient de rire, incorrigibles.
Voilà près d'une heure qu'Hermione se trouvait dans ce petit boudoir situé au fond du couloir du rez-de-chaussée. Décoré dans un style assez Versaillais – de la moquette au sol, des fauteuils Louis XIV en velours, un service en porcelaine sur la table basse – cette petite pièce rappelait à la lycéenne le petit salon de Marie-Antoinette dans le film de Sofia Coppola. Elle qui adorait l'époque du Roi Soleil, la voilà qui était servie.
Il y avait tout un mur-bibliothèque rempli à craquer d'encyclopédie. Du moins, c'est ce que la jeune fille croyait jusqu'à ce qu'elle ouvre l'une d'entre elle et se rende compte qu'il s'agissait d'albums photos. Tous les clichés, sans aucune exception, représentaient Narcissa. Tous. Il y avait des photos de mode, des photos artistiques, des photos amateurs, des photos intimes. Hermione s'était assise en tailleurs à même le sol pour dévorer un à un chacun des livres.
Cette femme était belle, si belle. De longs cheveux blonds peroxydés, des yeux d'un acier perçant, une expression d'une froideur magnifique, une taille parfaite, des jambes longilignes. La muse dont rêverait tout artiste. Hermione n'avait pas de mal à imaginer pourquoi Lucius l'avait épousée.
La lycéenne parcourut les pages plastifiées du carnet une à une, s'attardant presqu'une minute par photo de peur qu'un détail ne lui échappe. Et elle tomba sur une Narcissa au ventre rond de femme enceinte assise sur un canapé qui semblait être celui du salon, vêtue d'un col roulé noir sobre, les jambes croisées. Un grand sourire trônait sur ses lèvres rouges, ce qui était une grande première, et cela faisait resplendir les traits de son visage, son bonheur irradiant le cliché tout entier. C'était si contagieux qu'Hermione ne put s'empêcher de sourire à son tour, comme partageant la félicité de la future mère.
Et quel ne fut pas le choc lorsqu'elle tomba sur la photo de la page suivante.
Il n'y avait que son visage, à vrai dire, et c'était ce qui rendait le tout si brut, si violent. Ses yeux gris légèrement injectés de sang sondaient l'objectif d'un regard douloureux et humide, comme si elle venait de pleurer toutes les larmes de son corps. Des cernes venaient marquer sa peau pâle et des veines bleutées se dessinaient sur son front et sur ses tempes. Son visage avait perdu en volume et elle semblait avoir la peau sur les os à en voir comme l'ossature de ses joues était saillante. Lèvres gercées, bleutées. C'était à la fois effrayant et saisissant. Surtout que c'était par ce portrait que se terminait l'album.
Hermione compara les deux derniers clichés, les sourcils froncés. Qu'est-ce qui avait pu changer ? Pourquoi une telle chute ? Qu'est-ce qui s'était passé entre ces deux périodes ? La brune sortit précautionneusement le premier rectangle pour vérifier si un indice supplémentaire pouvait se trouver au dos. Bonne pioche car une écriture penchée lui informa que Narcissa avait été photographiée le 13 avril 2005 à 5 mois de grossesses. 2005 ? De qui était-elle enceinte ? De Draco ? Totalement impossible, Hermione et lui avaient le même âge, si ce n'est que Draco était sans doute plus âgé qu'elle. Se pouvait-il donc qu'il y ait un quatrième membre à la famille Malfoy ? Ho ho ho... La brune tira avec la plus grande des curiosités le dernier cliché du bouquin et le retourna. 28 mai 2005, 6 mois de grossesse, fausse couche.
« Vous trouvez votre bonheur ? »
Hermione referma l'album photo en sursautant et se mit sur ses pieds avec une rapidité suspecte. Lucius en personne se trouvait dans l'encadrement de la porte, les bras croisés.
« Je...je suis vraiment désolée » se répandit immédiatement en excuses la brune. « Je n'aurais jamais dû faire intrusion dans votre... »
« Au contraire, faites comme chez vous. » lui autorisa Lucius avant de désigner la bibliothèque du menton. « Qu'est-ce que vous trouvez d'intéressant ? »
« Hum » commença Hermione, les mots fausse couche lui revenant en tête comme des flashs de voiture aveuglant. « Rien de spécial, pour l'instant. »
Le photographe eut un rictus en coin et la lycéenne eut la certitude qu'il savait qu'elle mentait. Il ne lui tira pas les vers du nez pour autant, Dieu merci.
« Demain, vous viendrez au bureau avec moi. » lui dit-il. « J'ai pensé que vous aimeriez bien voir comment je travaillais. »
« J'adorerais. » répondit la brune avec enthousiasme.
« Très bien. Je partirai vers 8h. Il faudra vous lever tôt alors. »
Hermione hocha religieusement la tête. Lucius recula alors, s'apprêtant prendre congé d'elle.
« Eh bien je vous laisse à vos découvertes. » sourit-il, un brin narquois – Hermione en était sûre. « Ne vous couchez pas trop tard. »
Et il s'éclipsa. Une fois seule, la lycéenne souffla en fermant les yeux. Elle se retourna ensuite pour ranger à toute vitesse les albums à leur place. Ce ne fut qu'une fois la bibliothèque remplie qu'elle se rendit compte qu'elle avait oublié de ranger les deux clichés de Narcissa qu'elle avait sorti. Hermione s'agenouilla au sol pour les attraper et les observer une dernière fois. Et la brune n'expliqua pas ce qu'elle fit par la suite. Après avoir jeté un coup d'œil furtif à la porte du boudoir, elle glissa les photos dans sa poche arrière de jean et quitta la pièce.
Draco claqua la porte d'entrée derrière lui et regretta d'être rentré aussi tôt en tombant nez à nez avec son père. Ce-dernier lui lança ce fameux regard réservé rien que pour lui. Un mélange de mépris et de moquerie.
« Très joli. » commenta-t-il en désignant son coquard.
« Tu trouves ? » répliqua Draco. « J'ai pensé que ça te plairait. »
« Pauvre insolent. » siffla Lucius, la moquerie ayant à présent laissé pleine place au mépris dans ses yeux. « C'est justement ce qui te perdra. »
Il pinça des lèvres en le dardant d'un regard froid puis lui tourna le dos pour monter l'escalier. Magistral, pensa Draco en le regardant disparaître au premier palier avec une démarche fière d'aristocrate.
Le lycéen se dirigea quant à lui vers le couloir et poussa la porte de la cuisine pour trouver de la glace à appliquer sur son œil au beurre noir. Il ouvrit le compartiment freezer du frigo et en sortit un paquet de légumes surgelés qu'il plaqua sur sa figure. Se hissant sur le plan de travail, il garda longtemps la boîte contre son hématome et ferma son autre œil. Lorsqu'il le rouvrit, la fouine de service se trouvait sur le pas de la porte.
« Ca va devenir une habitude de débarquer partout où je suis ? » pesta Draco en enlevant sa glace improvisée de son visage.
« Arrête de te prendre pour le centre du monde. Je ne suis venue que prendre un verre d'eau. » siffla Hermione.
Comme pour appuyer ce qu'elle venait de dire, la lycéenne se dirigea vers l'évier puis attrapa un des verres à whisky reposant juste à côté pour le remplir à raz bord. Tandis qu'elle en buvait le contenu, l'adolescente sentait le regard du blond lui brûler la nuque. Une fois son verre vidé, elle le lava puis le reposa là où il était pour enfin se retourner. Draco la fixait comme s'il avait le pouvoir de la désintégrer molécule par molécule jusqu'à ce qu'elle disparaisse enfin de la surface de la Terre. Et Hermione fut brusquement lassée par tout ce manège.
« Je ne suis pas le diable, contrairement à ce que tu as l'air de croire, alors mets un frein à toute cette agressivité. » lui dit-elle. « Je ne savais pas que j'allais gagner ce concours. Je savais encore moins que ton père allait me demander de venir m'installer ici pour prendre des photos. Bien que je trouve l'opportunité totalement démentielle, je n'avais absolument rien prévu de tout ça. Et je comprends que ça puisse t'énerver de voir une étrangère dans les parages à longueur de journée mais j'ai un boulot à faire alors il va falloir que tu t'y fasse. Ignore-moi si tu veux, je ferai de même. L'unique chose que je te demande, c'est d'éviter de me rendre la vie dure car, crois-le ou non, je pourrais en faire de même. »
Elle resta un instant à le dévisager, attendant qu'il dise quelque chose. Mais il ne prononça absolument aucune parole. Puis il sursauta soudainement, comme sortant d'une longue torpeur.
« Hein ? Ah ! T'as fini ? » bailla-t-il. « Désolé, je me suis endormi à ''concours''. C'est dire à quel point les paroles inutiles qui sortent de ta bouche me fascinent. »
Hermione plissa des yeux, ravalant une à une les insultes salées qui menaçaient de passer la barrière de ses lèvres.
« Va mourir. » cracha-t-elle avant de se diriger à grands pas vers l'entrée de la cuisine.
« C'est ça. Ferme la porte en sortant. »
Hermione fit mieux ; elle la claqua avec tant de force que celle-ci manqua de sortir de ses gonds.
« Vas-y ! Casse un truc ici, qu'on rigole ! » ricana Draco. « Pauvre tâche. »
Il s'allongea sur la table sur laquelle il était perché, son paquet toujours plaqué sur son œil endolori, puis soupira en fermant les yeux. Le pire étant qu'il revoyait cette idiote de photographe amateur dans son esprit dès qu'il abaissait ses paupières. Elle était encore debout devant lui à déblatérer sur Dieu-seul-sait-quoi. Sa voix aiguë lui mettait les nerfs à vif alors le blond ordonna à son cerveau de couper le son. Il n'y avait maintenant plus que sa silhouette appuyée contre l'évier et ses yeux de fouine posés sur lui. De grands yeux ambrés en amande le sondant avec insistance, étant donné qu'elle était assez demeurée pour attendre de lui une quelconque réponse.
Mais il fut forcé d'admettre que cet enfoiré de Blaise avait raison. Elle avait de beaux yeux.
Sooo I hope that you enjoyed it :)
xoxo,
IACB.
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Rar :
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Amelia : Merci ! J'espère que tu as trouvé ce chapitre tout aussi magique, haha.
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Miaouh : Je suis contente que tu trouves que les scènes sont rédigées avec réalisme ! C'est ma grande hantise, ça de ne pas décrire quelque chose avec réalisme, sans exagérer ni minimiser un détail. Puis, pour les publications, c'est sûr qu'avec toutes les fics en cour que j'ai, y'a pas de mystère : le temps d'attente sera plus ou moins aléatoire... Mais bon, comme je le dis souvent, j'essaie de compenser en livrant des textes de qualités. Donc j'espère que tu as trouvé ce chapitre de qualité en tout cas ! Et pour ta dernière question, je suis une tombe, haha ! Vous allez découvrir tout ça de vous même ;) Merci pour ta review !
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Talkie-W : Je me pose la même question, figure-toi, haha ! Contente que ce chapitre t'ait plu :)
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Faith & Hope : Hey, Armelle :) Je suis contente que cette fic te plaise ! En fait, le premier chapitre était plutôt celui où le décor était planté donc peut-être était-ce pour ça que tu n'as pas accroché de suite. Puis je me suis lâché dans le second, haha. Pour ce qui est de Blaise, je vais aborder son cas petit à petit dans les chapitres suivants. Puis pour Narcissa, j'ai déjà commencé dans ce chapitre comme tu as pu le constater ! Beigbeder, of course. Nouvelle Sous Ecstasy fut un choc dans mes lectures toutes proprettes d'adolescente. J'ai pris de l'inspiration pour cette fic ici et là donc il est très probable que tu penses à d'autres oeuvres en lisant Trash Po. Mais j'essaie de me démarquer quand même. Pour ce qui est de la photo, j'ai toujours voulu faire une fanfic dessus. Aaah, la reprise de Wicked Games faite par Coeur de Pirate est vraiment très cool, j'aime bien son grain de voix. Et voilà, une grosse Rar rien que pour toi ;)
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Trombone : Hahaha eh oui, je l'ai terminé depuis trèèèès longtemps ! Alors cours vite la lire ! J'espère que la fin te plaira :) Contente que le chapitre 2 t'ait plu, en tout cas. Pour ce qui est des crises, j'expliquerai plus dans les chapitres suivants, no worries !
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Sophie : Oooh, ça me fait vraiment très plaisir ce que tu me dis là :D Merci beaucoup !
