Quelle belle fin. Après une période de troubles profonds, notre jeune mage a réussi à trouver un équilibre dans sa vie, une stabilité, un garde-fou. C'est ça le pouvoir de l'amitié. Les amis sont toujours ce qu'on peut avoir de mieux, quelque soit la situation. Et lorsqu'un ami veut vous aider, ne le renier pas, acceptez son aide. Si Bob n'avait pas eu d'amis aussi fidèle que les Démons des Cendres, que serait-il devenu, je vous le demande ! C'est aussi ça le feu : faire brûler les coeurs d'une amitié qui soude les fissures du passé. Le feu est aussi bien la destruction que la création, mais je me suis déjà bien trop étalé sur le sujet donc je vais faire vite, histoire que tout ceci ne devienne pas d'un ennui mortel. L'amitié restera l'une des seules drogues brûlantes dont il faut abuser continuellement. Et ce n'est pas un simpke effet placébo. L'amitié peut tout guérir, même dans le coeur des plus récalcitrants.
Un an s'était déjà écoulé dans cette chambrette minuscule et poussérieuse. Rien n'avait vraiment changée, pas ses propriétaires, pas même le bazar qui faisait office d'écosystème pour la petite équipe. Et quelle équipe ! Depuis l'arrivée du jeune prodige, tout le monde s'est mit à bosser dur pour enfin avoir l'occasion de prendre certaines missions un peu plus complexes que de jouer les incinérateurs dans les décharges des tavernes, ou encore de brûler les maisons des gens chassés par l'Inquisition. Ils arrivèrent enfin à prendre quelques missions de défenses de villages, d'escortes ou encore de récolte d'ingrédients extrêmement rares pour les alchimistes de l'académie. Et aujourd'hui, ils partiront pour une mission qui changera la petite vie tranquille de toute la petite bande.
Bob s'entendait à merveilles avec la plupart de l'équipe. Marty se conduisait en bon chef et écoutait les conseils avisés de son meilleur conseiller. Il était une merveille de commandant, un excellent dirigeant et aussi le plus compétent et le plus humain leader que l'on puisse rêver. Jonathan était très proche du mage. Il le considérait comme une sorte d'ange gardien. Bob n'a jamais eu la moindre reproche envers Jonathan, qui était quelque peu simple d'esprit. Alors que l'académie entière lui tombait dessus, Bob, était là. Toujours. Arno était le partenaire parfait pour Bob. Un fêtard hors du commun, qui avait la facheuse tendance à mettre littéralement le feu sur la piste de danse, à faire chauffer la salle des différentes tavernes et charmait les jeunes filles par son caractère flamboyant. Contrairement à Jonathan, Bob a eu une relation inversée avec Hélèna. C'est un peu comme une grande sœur qu'il adore par dessus tout, lui confie tout ses secrets et lui avoue ses préférences au niveau des jolies jeunes filles dont il se languit. Il est même arrivé que Hélèna lui ai subtilement dérobé l'affection et le baiser tant convoité de l'une des jeunes filles à l'insu de Bob. Outre le rapport affectif très présent, le rapport amoureux est aussi extrêmement important. Ils ont tout les deux le même goût en matière de demoiselles et il faut parfois décider duquel des deux aura le droit de la courtiser. Mais, car il y a toujours un mais, Firmin n'était pas du genre très sociable avec Bob. Il restait constamment dans son coin, l'observant du coin de l'oeil. Et quand Bob le remarquait, il ne bronchait sous aucun prétexte et restait un long moment à le fixer avec ses yeux d'un vert perçant. Firmin ''tolérait'' la présence de Bob, rien de plus. Et cela convenait à Bob.
Le jour approchait à grand pas. C'était une occasion très spéciale pour se faire reconnaître dans les rangs de l'académie. La mission était plutôt simple : chercher des renégats nécromanciens durant la nuit afin de démanteler le réseau dans toute l'académie. Il fallait cependant rester discrets quant à ces différents ''incidents'' où plusieurs étudiants ont trouvés la mort dans des conditions très étranges. Des corps mutilés de part en part, des morceaux de chairs arrachées par des dents humaines, de multiples actes de nécrophilies dans le but de procréer avec la mort elle-même, des cadavres cousus à partir de membres de différents élèves, et je ne fais qu'effleurer les actes malsains que ces monstres osent tenter. Les Démons des Cendres ont donc été engagés pour stopper cette engeance. Pourquoi des élèves ? Bonne question. Peut-être parce que cette mission n'est pas tout à fait officielle. En fait, cette mission n'a jamais existée. Elle n'a jamais existée autre que dans l'esprit du petit groupe qui a juré de trouver les bouchers pour les faire payer au centuple.
La nuit allait bientôt tomber. Tout le monde faisait une petite sieste avant la grande attaque. Tout mage se doit d'être reposé avant de partir à la baston. Bob dormait paisiblement sur son lit, rêvant de fête, de bière, de femmes, de passion, de feu, de peur, de mort, de vengeance. Et alors qu'un dernier cri de détresse résonnait dans sa tête, il sentit quelque chose l'effleurer. Il se réveilla en sursaut. Paniqué il regarda autour de lui avant de finalement aperçevoir le visage inquiet de Hélèna. Elle essaya de camoufler son inquiétude en lui souriant, en vain. Bob l'invita à s'asseoir près de lui. Il était heureux de voir enfin une personne de confiance, mais il avait surtout honte d'avoir inquiété la personne à qui il tient le plus. Hélèna regarda son petit protégé. Elle lui posa tendrement la main sur la tête avant de lui donner quelques petits signes affectifs pour le calmer. Elle essaya d'ouvrir la conversation.
- Je sais que la mission sera difficile. Mais ne t'en fais pas, ce n'est qu'une simple rumeur. Nous ne sommes même pas sûrs de trouver des nécromanciens là-bas. Mais si il y en a, on sera des héros dans toute l'académie !... Si tu ne te sens pas de venir, ne viens pas. On fera en sorte que tu sois toi aussi récompensé.
- Non Hélèna, je dois y aller. Je... Je dois te dire quelque chose d'important.
- Qu'est-ce qui se passe, demanda-t-elle, inquiète ?
- J'ai enfin trouvé ma voie et je devrais quitter l'académie dès demain.
- Pourquoi ?!
- Ne rend pas les choses compliquées... Après cette nuit, personne ne sera en mesure de comprendre.
- Tu peux m'expliquer ce qui se...
La conversation fut coupée nette par un cri strident venant de la chambre voisine. Bob reconnut la voix de Firmin.
- Ce n'était rien, je te le jure ! Rien du tout ! Je n'ai fait que ce que tu m'as dis de faire ! C'était pas mon intention ! Ecoutes moi ! Je sais que j'ai fais une connerie mais t'es dans la même merde que moi !... Tu fais quoi là ?! Non, attends ! Fais pas ça ! Nooooooon !
- C'est encore Firmin, je vais aller le calmer, s'empressa de dire Hélène avant de partir calmer l'une des nombreuses terreurs nocturnes de Firmin.
Bob vit son amie s'éloigner, puis n'entendait que des bruits de pas camouflés par les cris de son colocataire. Et peu à peu, il s'apaisa avant que le silence ne redevienne roi dans la petite salle. Le jeune mage retourna dans le monde onirique dans un état plus détentue.
L'heure de l'assaut approchait. Le groupe était prêt. En bas de la falaise, tout le monde s'organisait. Le plan était très simple : Arno et Marty devait s'occuper des invocations pendant que Jonathan ferait diversion en effrayant les mages pendant que les autres tenteront de les appréhender et de les livrer à l'Inquisition. Il n'y avait pas plus simple. Une fois les préparations terminées, ils débutèrent leur ascension vers le sommet de la colline. Et une fois arrivés en haut, les doutes devinrent des faits. Un groupe d'hommes encapuchonnés baissaient la tête en grommelant des incantations incompréhensibles. Ils se dissimulèrent dans un buisson proche et ils commencèrent l'assaut tant attendu. Mais il ne se passa pas comme prévu. Jonathan prit son bâton et envoya une gerbe de flamme qui commença à embraser le centre du cercle que formait les nécromanciens. Le feu dansait, approchait à quelques centimètres des mages. Mais aucun d'eux n'eut la moindre réaction. Ils restèrent à contempler le sol en murmurant des paroles impies. Firmin décida de s'approcher malgré les nombreuses tentatives d'interruptions de Marty. Non, il était décidé à y aller. Il gravit les quelques mètres qui le séparait du cercle de nécromanciens. Et lorsqu'il arriva vers l'un d'eux, il l'attrapa par les épaules avant de le retourner brutalement et aperçevoir son visage. C'était une jeune fille de son âge. Elle avait les yeux livides et elle continuait à grogner.
- Hey les gars ! J'ai trouvé l'une des disparus dans...
S'en suivit un hurlement d'effroi. Paniqué, le reste du groupe se rua pour secourir leur ami... Ils ne s'attendaient pas ce genre de spectacle. La jeune zombie dévorait la tendre chair du visage de Jonathan. Elle ne prétait pas attention à ce qui l'entourait, juste à manger. Le reste des ''nécromanciens'' continuaient à scander des maléfices. Le groupe regarda horrifié la scène surréaliste qui s'offrait à eux. Et lorsque la rage s'empare du cœur d'un être dont l'esprit est celui du diable, le mieux à faire est de ne pas rester trop près. La colonne de feu au centre du cercle s'anima, s'intensifia et tournoya au milieu des monstres de chair. Les flammes embrasaient les corps mutilés des zombies recomposés. Tout n'était que feu, sang et mort. Et au milieu de tout ça, le démon commença à rire au éclat sous les yeux horrifiés des humains qui lui servaient d'amis. L'odeur de la chair putréfiée brûlant dans un brasier semblable à l'Enfer se fit ressentir dans toute l'atmosphère. Et lorsqu'il ne restait plus qu'un tas de cendre fumant, l'auteur du massacre s'avança vers le résultat de son horrible méfait. Il contempla en ricanant avant d'arrêter net son hilarité et de se retourner vers ses camarades.
- Quel beau brasier, il faudra en fait plus souvent ! Maintenant, que celui de vous qui a eu l'intention de tous nous tuer se dénonce. Il mérite tout mon respect pour un piège si élaboré. Je le tuerai donc vite.
Le groupe resta silencieux un instant. Bob les regarda de ses yeux rouges comme le feu du démon et il souriait à pleine dent, dévoilant ses magnifiques crocs. Le temps passa mais Bob continuait d'attendre patiemment que quelqu'un se dénonce. Et en un instant, Arno attrapa Hélèna avant de lui mettre un couteau sous la gorge.
- Je te préviens, le monstre ! Une seule tentative de la sauver, de me dénoncer ou n'importe quoi d'autre et elle finira comme toutes mes expériences ! Le choix est tien !
Bob le regarda, amusé. Il applaudit Arno sous le regard désespéré de Hélèna. Il continuait de congratuler le traître tout en approchant. Arno essayait tant bien que mal de ne pas se faire impressionner par Bob. Mais son corps le trahit, il commença à trembler comme une feuille. Les deux hommes n'étaient qu'à quelques mètres l'un de l'autre. Tout ce qui les séparait était le corps d'une de leur amie. Bob s'arrêta un instant, regardant les yeux de Arno. Il sentait que la peur l'envahissait. Non, plus que de la peur. De la terreur. Et cette terreur dans les yeux d'un homme amuse beaucoup les démons. Il prit alors son plus large sourire et le visage le plus doux qu'il puisse avoir et lui annonca sur un ton délicat :
- Si j'étais toi, je me retournerais de temps en temps.
Arno lâcha son couteau sous la pression et se retourna par réflexe. Il espérait qu'il bluffe. Un démon ne bluffe jamais. Une vague de flamme déferla sur lui, embrassant tout son corps de feu le plus destructeur possible. Le hurlement de douleur qu'il poussa fut si puissant qu'il en était presque inaudible. Au bout de quelques minutes, il ne restait plus rien. Hélèna se jeta sur son sauveur. Elle pleurait. Des sentiments contraires se bousculèrent dans sa tête. Pourquoi va-t-elle vers celui qui a tué un ami ? Mais il l'a sauvé de celui qui lui voulait du mal ! Au bout d'un moment, Bob réussit à la calmer, comme le diable réconforte les morts. Et si seulement c'était fini, si seulement...
Bob lâcha son étreinte autour de Hélèna et s'approcha des deux autres, horrifiés par la situation. Marty le regarda, le visage emplit de larmes, le désespoir dans le regard. Il lui tapota l'épaule. Firmin était roulé en boule sur le sol. Bob l'aida à se relever. Le démon se calma peu à peu. Se calmer ? Il se prépare juste pour la suite.
- Merci Firmin pour ce que tu as dis. Tu m'as enlevé un poids des épaules.
Et avec une force dont il ne connaissait rien, il attrapa la gorge des deux jeunes hommes. Il les souleva du sol et se rapprocha à pas lent du bord de la falaise. Les deux avaient beau se battre, le manque d'air leur les rendaient faibles. Même les tentatives désespérées de crier se concluèrent par un resserrement de l'étreinte. Et lorsque Bob arriva au bord du précipice, il leur fit son plus beau sourire avant de les lâcher dans l'abîme. Et dans leur mort, ils ne garderont que le visage du diable. Le diable parmis les démons qu'ils étaient. Il se retourna, heureux du geste qu'il venait de faire. Mais Hélèna lui sauta dessus et lui frappa la poitrine à plusieurs reprises comme un gamin fait un caprice.
- Pourquoi tu les as tués ! Il n'avaient rien fait ! Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoi ! Pourquoiiiiii !
Bob lui attrapa les poings et son visage s'adoucit. Ses yeux avaient à nouveau une couleur humaine et ses dents n'étaient plus aussi pointues qu'avant. Il baissa la tête et murmura à l'oreille de son amie : «Voilà pourquoi je dois partir. Maintenant, pars. Ils arriveront sous peu. Fuis aussi vite que tu le peux.»
Et il s'en alla. Hélèna le regarda s'éloigner. Au bout d'un moment, il se retourna vers son amie et déclara avant de repartir :
- Tu ne trouves pas qu'ils avaient de magnifiques cheveux ?
