« Je ne faisais que marcher », je me souviens m'être répété cela à plusieurs reprises. Oui, je n'avais fait que marcher, à priori, rien de mal. Alors pourquoi? Certains pensent que les femmes peuvent provoquer ce genre de comportement, par une simple tenue, je pouffai à cette idée, voir une femme à moitié nu à la plage ou dans la rue, quelle était la réelle différence? Le regard est le même, par ailleurs, ce jour là, je n'étais affublé que d'un jean, d'un pull et un long manteau, les soirées étaient particulièrement froides. Rien de très excitant donc, rien de vraiment tentant.

Je voulais juste rentrer chez moi, vite, j'avais froid et je voulais aller me coucher. Je rentrer de chez l'une de mes amis qui m'avait gentiment proposé de dormir chez elle. Si j'avais su, je n'aurais pas refusé.

Je sortais donc de chez Michelle promptement en relevant le col de mon manteau, qui fort heureusement était long, il faisait si froid qui j'avais mal au nez, mes joues me brulaient, même ouvrir les yeux semblait être d'une difficulté étonnante. Je longeai la ruelle par laquelle j'étais passé un peu plus tôt pour aller diner chez mon ami. Je ne vivais pas très loin, à peine dix minutes à pieds, c'est pour ça que tante Mina avait accepter que je m'y rendre. Je n'avais que treize ans et il est vrai que les rues n'étaient pas très sur, mais je connaissais bien le coin, je m'étais toujours moins de dix minutes pour rentrer et je me voulais prudente. Quel bêtise de s'imaginer qu'en réduisant la distance, on réduit le danger.

Depuis cette horrible nuit, je me demandai ce que j'ai bien pu faire, j'ai analysé chaque seconde me demandant où était mon erreur, à quel moment j'avais baissé ma garde.

Les petits talons des escarpins que m'avait offert ma tante pour mon dernier anniversaire claqués doucement sur les dalles de béton, j'aimai ce son, je me focaliser dessus pour oublier le froid. Je tournai enfin la rue m'amenant tout droit dans la jardin publique en face de la maison, je n'avais qu'à le traverser, il donnait directement sur la petite battisse en pierre rouge.

Je n'avais qu'à traverser... je m'engageai alors sur la pelouse, zigzaguant entre les arbustes, les fleurs, les arbres et les bancs. J'entendis soudainement des rires bien cachés derrière une barrières d'arbres donnant sur un autre banc à l'est du jardin, juste devant la petite fontaine que je ne voyais pas souvent puisqu'elle se trouver à l'opposé de mon chemin, invisible aux yeux des inconnus ignorant cette cachette.

J'avançai tout droit en scrutant la maison, m'imaginant déjà sur mon lit une tasse de chocolat chaud à la main, je ne lâchai pas la fenêtre de ma chambre des yeux lorsque je sentis deux mains m'agripper violemment pour me tirer en arrière, alors qu'une troisième se plaquait sur ma bouche. Je n'ai tout simplement pas eu le temps d'émettre le moindre son, même pas de comprendre la situation d'ailleurs. C'est lorsque qu'on me projeta au sol que je compris, deux hommes m'avaient apparemment attiré vers la petite place à l'abri des regards, derrière un épais fourré me balançant au pied de deux autres hommes, ils riaient de bon cœur visiblement beaucoup trop beurré pour ressentir la moindre pitié. Je n'osais même pas relever la tête, rien, je restai totalement stoïque incapable de faire correctement fonctionner mon cerveau à la seconde ou j'avais compris ce qui allait m'arriver.

L'un d'entre eux agrippa ma chevelure sans ménagement tandis que l'un de ses amis entrepris de me déshabiller et c'est à ce moment là que mon esprit se remit en marche pour les supplier de ne pas faire ça. Malheureusement, mes supplications eurent l'air de les exciter plus qu'autre chose, le seul qui ne parut pas apprécier était celui qui me tenait par les cheveux, il passa la poigne qu'il tenait à l'un de ses amis. Je compris pourquoi lorsqu'il demanda à celui qui me maintenait de se décaler, ce qu'il fit en riant.

La brulure fut violente, une main aussi bouillonnante que la brulure que je ressentais sur ma peau se plaqua sur ma bouche pour étouffer ma souffrance. Alors que le premier venait de terminer de me déshabillé, les coups pleuvaient, me lacérant le dos un peu plus profondément à chaque fois, il utilisait la boucle de sa ceinture et il n'y allait pas de main morte sur mon dos nue, je commençais d'ailleurs à sentir le sang s'écouler doucement sur ma peau. Son ami enfonça ses doigts un peu plus profondément dans ma chevelure en me mordillant le cou, il semblait plus qu'excité par ce que son complice était en train de m'infliger. Je relevai discrètement les yeux en étouffant un hurlement dans la main du troisième pendant que le quatrième était tranquillement assis sur le banc, profitant certainement du spectacle.

- J'y vais en premier, informa celui qui me lacérer le dos

Il jeta sa ceinture par terre et colla son torse contre moi, j'étais nu, déjà offerte, toujours maintenu par son ami qui ne cessé de m'embrasser.

Pendant que je crus mourir lorsqu'il pénétra ma virginité sans ménagement alors que celui qui m'empêcher de hurler embrasser mes seins, je me demandai à quel moment j'avais fait une erreur, je pensai... La peur, la terreur, l'horreur s'effacèrent de mon esprit en un instant, aujourd'hui encore, je suis incapable de comprendre ce qui s'est passé en moi. Je relevais enfin les yeux pour détailler avec précision mes agresseurs, je voulais les voir. Celui qui était plongé sur ma poitrine avait les cheveux noirs coupés très courts et le teint halé, mais malgré le faible éclairage des lampadaires de la rue, je pus imprimer son visage avec précision. Un visage carré, un nez énorme, une bouche charnue et une expression que je ne pourrais jamais oublier. Il riait, un mélange d'excitation et de colère que je ne parvenais pas à m'expliquer, ils étaient en colère... tous. L'enivrement de l'alcool n'arrangeant pas les choses, loin de là.

J'étais ailleurs, je ne sentais même plus la douleur et encore moins le corps de celui qui était en train de me violé, non, tout ce qui m'importer était de voir leurs visages et alors qu'ils se passer mon corps comme on partage une cigarette, j'eus le plaisir de détailler trois d'entre eux pour remarquer qu'ils se ressemblaient tous étrangement, comme s'ils étaient frères.

Celui qui était resté sur le banc ne paraissait pas vouloir bouger, peut-être ne prenait-il plaisir qu'en regardant? Mais pour moi, il était tout aussi coupable que les autres. Toujours est-il que je parvins à le détailler également, le seul qui échappa à mon regard fut celui qui m'avait battu. Je me jurai alors que si je m'en sortais vivante, je tenterais de retrouver ces monstres à la peau étonnement chaude pour nettoyer le monde de ces ordures et m'offrir la vengeance que mon corps réclamait tant.

Aujourd'hui fut le jour de ma délivrance, mourir m'importais peu, tant que je l'emmenait avec moi, c'est tout ce que je voulais, j'arpentai les lieux rapidement pour revenir sur lui. Depuis ce fameux jour, je ne sortais pas sans mon arme, facile de se procurer une arme à feu à New York, elle était devenu mon amie, ma seule amie, celle qui m'avais accompagné durant mon voyage jusqu'ici.

Après m'être réveillé cette nuit là, j'étais rentré chez moi, j'avais pris quelques affaires et j'étais parti sans jamais me retourner.

Je volai au début, juste pour me nourrir, je dormais dans de vieux immeubles abandonnés, usines, cages d'escalier...

C'est à quinze ans que je suis devenu un monstre, lorsqu'un autre homme avait essayé de m'attaquer, une gamine seule dans la rue était une cible facile. Quinze ans fut l'age que j'avais lorsque j'ai commis mon premier meurtre et aujourd'hui encore, je ne regrette rien, je l'ait poignardé un nombre incalculable de fois et rien n'a été plus doux à mes oreilles que ses cris de souffrance, dire qu'il ne s'y attendait pas serait un euphémisme! Lorsque j'en ai eu fini avec lui, je fus heureuse de découvrir un portefeuille plein, sa pièce d'identité et ses clés. Je ne me suis pas attardé sur son nom, mais sur son adresse, j'ai brulé son corps et je suis parti chez lui.

Bien sur, il n'était pas question pour moi d'y vivre, mais je voulais ramasser tout ce que je pouvais, vivre dans la rue n'étais pas facile, tout était bon pour se faire un peu d'argent. La maison était vide, il paraissait vivre seul ce qui me soulagea, j'ai pris tout ce que j'ai pu avant de quitter sa maison, j'ai tout vendu et j'ai quitté la ville. Ce qui m'a rapporté le plus furent les bijoux que j'avais trouvé dans une vielle boite caché sous son lit, les gens sont stupides, ce sont toujours les mêmes cachettes! J'ai acheté une moto d'occasion avec l'argent, je pensai que je me ferais moins remarqué qu'avec une voiture, par ailleurs, je n'avais pas appris à conduire autre chose qu'une moto, James, mon compagnon d'infortune qui avait partagé ma vie pendant quelques mois m'avais appris, le pauvre s'était enfui de chez lui lorsqu'il avait seize ans, son père était un alcoolique pédophile et sa mère... et bien, sa mère était aveugle dans tout les sens du terme, alors un jour, il s'est enfui. Lui et moi aimions fumé, nous avions le même fournisseur, nous nous sommes croisé, nous avons parlé et puis je l'ai aimé comme un frère, nous avions beaucoup en commun lui et moi. Je n'ai pas compris pourquoi il avait disparut du jour au lendemain, je l'ai cherché pendant des semaines, mais personne ne l'a revu, alors j'avais fini par abandonné l'idée de le retrouver.

Après le meurtre dont je m'étais rendu coupable, je n'ai pas hésité à partir sur la route espérant ne pas tomber sur les flics, je n'avais même pas de papiers d'identités, mais je ne voulais plus rester à New York, trop de mauvais souvenirs et puis... un meurtre...

J'étais finalement parvenu à faire mon chemin jusqu'au Texas, il fallait bien que je m'arrête un jour et ce jour tombait justement très bien puisque je n'avais plus d'argent, je devais donc trouver ma prochaine victime, toujours des hommes, ils ne mourraient pas, mais ils en sortaient toujours gravement blessé, s'il y a bien une chose que j'ai appris avec les hommes, c'est de frapper avant de leur laisser le temps de le faire, je n'étais qu'une faible gamine, physiquement du moins, donc, après avoir soigneusement choisi ma cible, je tapai vite et fort avec ma lame, j'évitai les points vitaux, James m'avait apprit à planter certains points ( si l'effet de surprise le permettait, les tibias), parfait pour faire tomber la personne, me laissant le temps de prendre ce qu'il avait sur lui et de m'enfuir.

J'ai vécu comme ça jusqu'à mes dix sept ans et puis j'ai finalement trouvé un travail chez une veille dame qui ne posait pas de question, au début ça a été très dur de vivre avec elle, elle était ennuyeuse comme l'enfer, mais gentil et respectueuse, alors je me suis beaucoup attaché à Cathy, qui était devenu ma famille, ma grand mère, elle est morte deux ans après mon arrivé.

J'avais été surprise d'apprendre qu'elle m'avait tout laissé, sa maison, son compte en banque et sa voiture qu'elle m'avait appris à conduire. J'avais donc décidé de continuer à vivre chez elle à Houston, je ne fréquentai personne, ne parlant aux gens que lorsqu'il m'arrivait de sortir de la maison, j'allais souvent boire un verre en ville, peut-être en espérant me faire agresser de nouveau, maintenant que j'étais capable de me défendre...

Ce n'était cependant plus jamais arrivé, jusqu'à aujourd'hui, je n'avais plus fais face à ce genre de pourriture, mais ce soir, alors que j'étais assise tranquillement à ma table habituelle, sirotant un whisky, je l'ai vu, celui qui était resté sur le banc à regarder pendant que ses amis brisaient ma vie. Après l'avoir observé pendant un long moment, remarquant à quel point les années ne l'avaient pas changé, je me félicitai de le trouver seul à sa table, je m'étais levé, présenté à lui en lui rafraichissant la mémoire et il avait osé s'excuser, je lui avait demandé de me suivre pour lui parler à l'abri des regards, j'étais bien décidé à le tuer, bien sur, lui ne voyait qu'une faible femme brisé, j'avais tellement hâte de lui montrer ce que j'étais devenu, tellement hâte qu'il me supplie d'arrêter, tellement hâte de le voir mourir...

Je l'avais ramené à l'arrière du bar, une petite ruelle sombre, je souris, cette ruelle semblait tout droit sorti d'un film. Il me parlait, mais je n'entendais rien, mon cerveau surchauffait, entre mes souvenirs et mon indécision, allais-je me contenter de lui mettre une balle dans la tête et risquer de faire du bruit sachant que pas mal de gens avaient pu nous voir sortir ensemble ou le découper en morceau pour les ranger soigneusement dans un sac en attendant de pouvoir les bruler?

- Je n'ai jamais voulu que ça arrive, murmura t-il les yeux criant son désespoir

Comment pouvait-il regretter? Ce mec était déjà beaucoup plus vieux que moi à cette époque, il a regardé une gamine de quatorze ans se faire violer par ses amis, des hommes, il a juste regardé, pour moi, il était aussi coupable qu'eux, si ce n'est plus, il aurait pu appeler la police, tenté de me défendre, de les dissuader, mais non, il a juste regardé tranquillement assit sur ce banc.

- Donc tu regrette de m'avoir violé? Demandai-je sur un ton dénué d'émotion

- Je ne t'ai pas violé! Se défendit-il en tremblant frénétiquement

- C'est pareil! Sifflai-je, tu as regardé tes amis me torturer et me violer pendant des heures, tu es juste resté assit à regarder!

A cet instant, j'étais bouillonnante de rage, je fis un pas vers mon agresseur, mais mon attention fut reporté ailleurs puisque j'entendis un drôle de bruit derrière mon dos, je me retournai, mais rien. De nouveau je me tournai vers le pervers et un autre homme se tenait devant lui, je ne le voyais pas distinctement, il était grand et lorsqu'il tourna la tête vers moi, ses yeux étaient rouges, je n'avais encore jamais vu une chose pareil, je n'eus pas le temps de le détailler d'avantage que je remarquai que ma futur victime semblait prise de spasmes...

- Court! S'écria la voix cristalline de l'homme aux yeux rouges

- Rêve! Rétorquai-je contrarié d'avoir été interrompu par cet homme étrange, je ne sais pas ce que tu fais là, mais on était occupé!

J'entendis un grognement effrayant venant de mon ancien agresseur alors que son corps tremblait de plus en plus, il se pencha en avant et la seconde d'après, un énorme loup de la taille d'un cheval apparut à sa place.

Et bien, dire que je ne fus pas surprise serait le pire des mensonges, je fis plusieurs pas en arrière et observa l'homme aux yeux rouges fondre sur lui, mais le loup l'esquiva de justesse en sautant en arrière, ils se tournèrent autour quelques secondes dans cette minuscule ruelle, puis soudainement le loup bondit sur l'homme étrange et les mouvements qui s'en suivirent furent si rapides, qu'il me fut impossible de les détailler, tout ce que je sais, c'est qu'au bout d'un moment, l'homme aux yeux rouges avait les dents plantés dans le cou du loup qui poussa un hurlement à faire dresser les cheveux sur la tête, l'instant d'après, la bête avait disparut alors que l'enfoiré avait prit sa place, allongé au sol criant, se débattant contre l'homme qui avait rapidement replanté les dents dans son corps. Je regardais la scène en essayant de comprendre ce que mes yeux avaient vu mais que mon cerveau refusait d'intégrer.

Je scrutais le sang s'écoulant le long de la mâchoire de l'homme aux yeux étranges, je n'avais jamais rien vu de tel, malgré l'étrangeté de ce que je venais de voir et aussi impensable que cela puisse paraître, j'étais heureuse et j'espérais qu'il souffrait, le cannibalisme n'était pas une torture à laquelle j'aurais pensé et j'étais ennuyé de ne pas avoir pu lui demander où trouver les autres, mais sa torture semblait si douce à mes oreilles, loup ou homme, cette chose immonde méritait de souffrir milles morts.

Malgré l'horreur de la scène, je m'approchai lentement des deux hommes, celui qui buvait avait les yeux fermés et la main plaqué sur la bouche de l'enfoiré qui lui, avait les yeux grands ouverts, me suppliant silencieusement de l'aider. Dès que je fus à proximité, le cannibale ouvrit les yeux, visiblement surpris par ma proximité, je me penchai pour me rapprocher de l'oreille de celui qui était en train de mourir...

- Je ne sais pas ce que tu es et je ne veux pas le savoir, la seule chose que je regrette, c'est de ne pas avoir pu te tuer moi même, murmurai-je avant de tourner les talons