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Premier Quartier
Son rire mourut dans sa gorge tandis que ses muscles se bandèrent instantanément. Hésitant encore entre attaquer ou fuir.
Du regard, elle parcourut l'espace qui l'entourait, évaluant la situation. Le couloir était étroit, l'obligeant à la confrontation avec les deux personnes qui lui barraient le passage.
La femme se tenait à moins de cinq pas. A peine plus grande qu'elle et désarmée, un bon coup d'épaule suffirait à l'évincer de son passage. L'homme, en revanche, était en armure et dans la pénombre, Natsuki vit luire une épée le long de son flanc.
Un grondement sourd roula entre ses lèvres.
Quelle idée de sortir à moitié dénudé de la salle d'eau ! Mais tant pis : s'il fallait qu'elle morde pour s'échapper elle n'hésiterait pas à le faire.
L'homme se rapprocha d'elle et instinctivement, elle se tassa contre le mur, les poings crispés sur son paquetage, prête à bondir.
« Je vous pensais au Temple. »
Natsuki plissa les yeux, essayant de distinguer le visage de son interlocuteur.
Un homme blond : le chevalier qui lui avait permis l'accès à la ville.
Du coin de l'œil, elle vit Mai lancer un regard perplexe au Dragon :
« Au temple ? Vous vous connaissez ? Quel temple ?
- Le Temple de Séluné, si je me souviens bien. » L'homme répondit en continuant lentement sa progression. Natsuki se décala légèrement, prenant soin de rester hors de sa portée.
« Séluné, c'est bien ca. Mais les portes étaient closes et j'ai préféré passer la nuit en ville. »
Le soldat se tourna vers la tavernière. Un moment d'inattention et Natsuki pensa un instant à filer. Avant de rejeter cette idée : elle n'irait pas bien loin vêtue d'une simple serviette.
« C'est Nao, qui l'a ramenée.» La gérante intervint et l'homme esquissa un rictus désapprobateur.
Pas bon signe.
« Je les ai sortie d'un mauvais pas. » Natsuki crut obliger d'ajouter, s'en tenant à la même version que la roublarde. « Et je suis vraiment de l'Église de Séluné…
- Oui, coupa le chevalier. J'ai vu le rosaire ainsi que votre arme. Mais n'importe quel membre de l'Église se serait empressé de rejoindre les siens. Vous non. »
Il s'arrêta, parut un instant réfléchir avant de reprendre à voix basse :
« Que venait vous faire en ville ? Qui êtes vous réellement ? »
Natsuki grogna. Qui était-elle ? Elle avait été une guerrière à une certaine période. Et probablement une fervente croyante. Mais c'était à une époque révolue dont elle ne gardait plus aucun souvenir. Elle avait été une jeune fille blessée en proie au doute, une jeune fille naïve qui s'était laissé bercer d'illusion par un monstre avant d'être confronté à la réalité cruelle. Elle avait été un animal perdu, courant le Cormyr en quête de vengeance avant de devenir un limier traquant sa proie.
Rôdeuse et voyageuse, voilà comment on l'avait nommée.
Mais elle n'errait pas sans fin, comme un vagabond. Et son périple n'avait rien d'une agréable flânerie. Non, elle avait un but précis. Un objectif fait de sang et de représailles.
Elle leva son regard, vrillant ses yeux pâles dans ceux du chevalier.
« Une chasseuse, voila ce que je suis. »
- Une…une chasseuse de prime c'est ca ? »
Natsuki resta silencieuse, jaugeant l'homme qui le faisait face, le forçant peu à peu à baisser le regard, à reculer. Elle se détacha du mur et fit un pas vers eux.
« J'ai fait une longue route, j'aimerai dormir à présent. »
L'homme ne put qu'approuver avant d'ajouter, décontenancé:
« Je suis Yuuchi Tate, chevalier des Dragons Pourpre et le compagnon de Mai. » Sa présentation sonnait comme une intimidation. Comme pour le confirmer il termina :
« Autant dire que je garde souvent un œil sur cette auberge, tout comme mes frères jurés. »
Natsuki se contenta d'un mouvement de tête, aucunement troublée. Elle se détourna finalement du couple, mettant fin à cette conversation. Sa main était déjà sur la poignée, lorsque la tavernière la rejoignit.
« Je vous prends vos vêtements, ils ont surement besoin d'un coup de propre. »
Avant qu'elle puisse répliquer, la femme avait disparu avec ses habits. Un nouveau rire: elle se retrouvait désormais piégée ici jusqu'au matin.
Quelques rayons clairs filtraient au travers des lourdes persiennes closes.
Natsuki ne savait pas si c'était cette lumière qui l'avait sortie de son sommeil ou bien la faim qui tiraillait son estomac. Un bâillement quelque peu bruyant et elle se permit encore un instant supplémentaire de repos, se retournant sur son matelas. Un vrai matelas ! Elle sourit, et non un tas de foin pouilleux couvert d'une bâche rêche et crasseuse!
Un soupire approbateur s'échappa de ses lèvres tandis qu'elle profitait pleinement de son lit.
Ce confort, la chaleur de la pièce et surtout ce sentiment de sécurité…autant d'éléments qui lui avaient fait défaut durant sa route.
Un autre gémissement de contentement. Auquel un toussotement gêné répondit.
D'un bond, Natsuki se redressa, complètement éveillée. Elle roula sur le cotés, entrainant l'intrus avec elle dans sa chute, son cerveau fonctionnant à toute allure.
Etait-ce un garde ? Un Dragon ? Où même elle ?
Elle serra son poing. D'abord frapper et ensuite parler.
« Non mais t'es malade ! »
La voix nasillarde la força à abaisser son bras, reconnaissant sa victime dans l'amas de drap qui s'étalait au sol.
« Nao.
- Ouais, tu m'lâches maint'nant ? »
Natsuki secoua légèrement la tête, prenant un malin plaisir à la maintenir durement sur le plancher.
« Comment es-tu entrée ?
- Par la porte, pardi ! » La roublarde crâna. Par la porte ? Impossible ! Natsuki était certaine qu'elle l'avait verrouillée.
« Elle était fermée…
- Et je l'ai ouverte, ouais, pas b'soin d'en faire toute une histoire.»
La rôdeuse inspecta rapidement les alentours, agacée par la présence de la roublarde. Rien ne semblait cependant manquer, ses affaires n'avaient pas bougé de place.
« Que viens-tu faire ici ?
- Mai m'a demandé de t'apporter des vêtements propres.» De la tête, elle indiqua un tas d'habits, gisant à quelques pas d'elle.
Des vêtements…Natsuki sentit ses joues s'empourprer en réalisant qu'elle se tenait nue devant la jeune femme. Elle se racla la gorge, tentant de dissimuler sa gêne et de reprendre contenance.
« Tu n'étais pas obligée de venir aussi tôt pour me les donner. »
Elle se releva et s'enroula dans ses couvertures pour cacher sa nudité. Encore à terre, la rouquine se contenta de ricaner :
« Tôt ? Les cloches ont déjà sonné l'milieu d'la journée depuis bien longtemps ! Mai m'a envoyée car elle n'savait pas si t'étais encore vivante en haut ! » Elle s'esclaffa avant de se redresser et s'installer sans gêne sur lit de la brune.
Ouvrant les volets, Natsuki pesta. Une lumière pâle mais chaleureuse inondait la pièce. Elle venait de gaspiller une demi-journée à dormir. Et pire : elle avait oublié Duran chez le palefrenier.
« Tu peux partir maintenant.
- Bah, j'peux t'tenir compagnie si tu veux. » La jeune fille se jouait d'elle, Natsuki n'en doutait pas.
« Non. Je ne veux pas. » Elle l'attrapa par le col de son chemisier, la remettant rudement sur pieds.
« Non ! Attends faut qu'on cause ! »
Sans ménagement, Natsuki la traina jusqu'à la sortie.
« Plus tard. »
Elle acheva en lui fermant la porte au nez.
.
Natsuki patienta quelques instants, le temps que le bruit de pas lui confirme le départ de l'intruse. Rassurée, elle laissa tomber les draps qu'elle portait. Elle fit quelques pas, étirant ses membres courbaturés par son épuisante chevauchée avant de jeter un coup d'œil aux vêtements que la jeune femme lui avait amené.
En plus de ses propres affaires, la tavernière lui avaient joint quelques effets de rechange. Des habits aux teintes claires, semblable à ceux des habitants de la citée.
Elle s'en saisit, délaissant ses tenues de voyage. Aujourd'hui, elle voulait passer inaperçue, et nul doute que ses vêtement habituels auraient attirés l'attention des citadins.
Elle enfila un simple bustier d'une étoffe fine, avant de passer un long pardessus de coton beige aux manches coupées lui faisant office de manteau.
Elle avait dû remettre son pantalon de route. La tavernière ne lui avait fourni que des jupes et Natsuki ne s'imaginait pas monter à cheval dans cet accoutrement.
Le cuir avait était nettoyé et ciré, lui redonnant une nouvelle jeunesse. Seules ses bottes boueuses accusaient son périple.
Elle noua autours de son cou une écharpe avant de lacer les pans de son manteau.
Pas d'arme pour aujourd'hui. Elle ne pensait pas en avoir encore besoin.
Un dernier regard à la chambrée et attrapant sa besace, elle sortit de la pièce.
Natsuki se permit un repas frugal avant de descendre à Basse-Ville. Un bol d'avoine bouillie nappé de miel, que le jeune serveur lui apporta.
C'était le même garçon qu'elle avait vu la veille au soir à comploter avec la tavernière. Elle devina facilement que c'était lui, sous l'ordre de l'aubergiste, qui était allé quérir le chevalier.
« Eh toi ! Comment t'appelles-tu ? » Elle l'apostropha sèchement et le garçon leva sur elle un regard incertain.
« Ta…Takumi m'dame. » Natsuki reposa son écuelle, mine de rien :
« Bien Takumi…Tu as l'air d'être un jeune homme plein de courage.»
Son interlocuteur stoppa sa tache, hésitant sur le sens à donné aux mots de la voyageuse. Celle-ci, un discret sourire aux lèvres, poursuivit :
« Sortir, comme ça, tout seul à la nuit tombée.» Une bouchée de gruau pour laisser durer le trouble du serveur, avant de conclure:
« On ne t'a jamais prévenu qu'il était dangereux de vadrouiller ainsi ? Qui sait ce qui pourrait, une nuit, t'arriver…»
En face d'elle l'adolescent pâlit et s'empressa de retourner à son labeur. Elle s'autorisa un léger rictus. Trop facile…
« Et bien, impressionner des jeune filles et faire peur à des enfants…je ne sais pas si j'ai réellement raison de me méfier de vous. »
Prise sur le fait, Natsuki ne put retenir un juron, vaguement gêné d'avoir était surprise à tourmenter le jeune homme. D'un geste machinal, elle se gratta la nuque, reprenant son assurance face à la tavernière qui la considérait.
« Merci pour les vêtements, et euh… » Elle s'arrêta, fouilla sa besace pour en retirer sa bourse. Une lourde pièce d'or vint rouler sur la table.
« Voila pour la nuit. » Elle lança sans vraiment savoir si cela correspondait au tarif de l'auberge.
Mai attrapa l'écu, perplexe, son regard allant de la rôdeuse à la monnaie royal.
« Je ne l'ai pas volé !» Natsuki se défendit. Avant d'ajouter : « J'aimerai pouvoir rester ici, le temps de régler quelques affaires en ville. J'ai de quoi payer. »
La femme garda quelques instants le silence, soupesant la pièce dans sa main. Elle finit par l'empocher, un soupir au bord des lèvres :
« C'est 15 pièces d'argent la nuitée et les trois repas. On va dire que vous venez de payer pour sept jours. »
Natsuki se détendit un peu. Il lui restait quatre écus royaux. De quoi s'assurer l'hébergement jusqu'à la prochaine Lune.
Une Lune pour régler cette affaire. Et après…Natsuki grimaça légèrement : à vrai dire elle n'avait jamais envisagé la suite des événements.
Un claquement de doigt devant ses yeux la tira de ses réflexions.
Mai, son torchon par-dessus l'épaule, poing sur la table, se penchait pour lui faire face:
« Tate m'a dit que vous étiez venue en ville à cheval. Nous avons une écurie, derrière l'auberge et Takumi est un bon palefrenier. »
D'un mouvement de tête, la brune acquiesça et se leva.
Une main sur son bras la retint. Le regard améthyste de la gérante s'était fait menaçant :
« Et ne me faite pas regretter ma décision. »
C'est sans surprise, que Natsuki constata que Nao l'attendait à la sortie de l'auberge.
Assise à même le sol, elle discutait avec une gamine d'une quinzaine d'Eté, aux cheveux auburn noués en d'improbables couettes. A peine Natsuki s'était elle avancée dans la ruelle, qu'elle devina la jeune femme marcher à ses cotés.
« Ne me suis pas. » La rôdeuse prévint.
Elle était déjà irritée d'avoir perdu sa journée à dormir, une contrariété qui avait accru face à l'intimidation de l'aubergiste. La présence de la roublarde ne faisait qu'empirer ce ressentiment.
« Et t'as pas besoin d'un guide ? »
Natsuki se contenta de maugréer tout bas :
« Tu ne sais même pas où je vais. »
Le rire de la voleuse arrêta ses pas :
« M'étonnerais que tu comptes réellement aller dans ce cul d'sac ! »
La brune geignit, défaite. La ruelle qu'elle venait d'emprunter débouchait en effet sur un pan de muraille.
« Bill le Ferrant. Je dois récupérer mon cheval. »
A la lumière du jour, Basse-Ville était davantage accueillante.
Une foire avait eu lieu dans la matinée et les commerçants remballaient leurs marchandises, parcouraient chargés de victuailles ou d'étoffes, les rues de la ville. Quelques uns, aux détours d'une ruelle ou à l'entrée d'une taverne, haranguaient les passants, à grands renfort de cri et de gestes, afin d'écouler leurs excédents.
Des chariots tirés par des bœufs tentaient de se frayer un passage dans la populace. Des cages de volailles s'entassaient à l'arrière de ces carrioles et le piaillement des volatiles semblaient vouloir concurrencer les mugissements bovins.
Parmi cette cohue, quelques moines encapuchonnés remontaient lentement le long des ruelles en directions de la Citée, bénissant les citadins sur leur passages. A l'inverse, des bourgeois en habits de cours hâtaient le pas au milieu de gamins en haillons qui demandaient l'aumône.
Cela, ajouté aux diverses odeurs de nourriture et de bétails, créait une joyeuse cacophonie dans laquelle Natsuki et Nao déambulaient silencieusement.
Trop silencieusement au gout de la rôdeuse qui avait pensé que la rouquine aurait jacassé sur tout le trajet. Etrangement gênée par le mutisme de son guide, elle décida de pendre en premier la parole.
« Alors tu habites chez Mai c'est ca ? Avec Mikoto?
- Ouais, exact. Y a aussi Takumi, le gars qui travaille en salle et Shiho, que t'as croisée ce matin. Akane et Kazuya également, mais c'est deux là sont souvent embauchés dans les champs. »
Natsuki resta perplexe face aux dires de la jeune femme.
« Mais … elle hésita. Vous êtes tous de la même famille ? Enfin…Mai, c'est votre mère ? »
A ses cotés, Nao partit dans un long fou rire :
« Notre mère ! hoqueta-elle, non pas vraiment ! Si elle t'entendait…Elle est bien trop jeune pour avoir eu tant de mioches ! Non, elle s'contente juste de recueillir les gamins paumés, de leur offrir un toit et une gamelle le temps qu'ils grandissent, tu vois ?
- Je croyais que tu n'étais plus une gamine, ironisa Natsuki
- Ouais, moi faudrait que je parte bientôt en faite. » Bien que sa phrase avait été lâchée avec une certaine indifférence, Natsuki percevait que son détachement était feint.
« Tu ne travailles pas ? » demanda-t-elle doucement.
La roublarde opina, une lueur de malice retrouvée dans ses yeux verts :
« Si on veut. J'aide parfois à l'auberge, le reste du temps, je maraude, j'embobine... le truc c'est que Mai… »
Elle termina sa phrase d'une grimace entendue et Natsuki se surprit à arborer la même mimique.
« Elle dit que j'ai une mauvaise influence sur Mikoto. »
La rôdeuse hocha discrètement la tête. Elle comprenait Mai : même si la jeune voleuse lui semblait finalement sympathique, elle n'en oubliait pas moins leur rencontre, la nuit dernière, dans ces mêmes ruelles. Et le cocard qui fleurissait encore sur le visage de la voleuse, semblait lui rappeler qu'il s'en était fallu de peu pour que tout cela se finisse dans un bain de sang.
Ce n'était pas Bill le Ferrant qui tenait la boutique en cette fin d'après-midi, mais un jeune garçon, courtaud et robuste, revêtu du tablier de cuir des palefreniers.
Nao arrêta Natsuki à l'entré de l'atelier :
« Tu lui dois combien au gars ?
- Cinquante pièces de cuivres, Natsuki grommela. Mais c'était seulement pour la nuit, je crains qu'il m'en réclame maintenant le double. »
Une pièce d'argent. Trop pour la voyageuse.
« File-moi la monnaie et laisse faire mézigue. »
Natsuki hésita un peu avant de lui remettre la somme : elle l'avait à l'œil, la roublarde ne risquait guère de s'enfuir avec ce maigre butin.
D'un pas sûr la jeune fille se dirigea vers l'atelier, et avec amusement, Natsuki nota que sa démarche se faisait de plus en plus enjôleuse. Sa main passa avec un naturel feint dans ses cheveux, captant les lueurs du soleil rasant et déjà le jeune homme avait délaissé sa tache, un sourire béat sur son visage rougeau.
Natsuki resta en retrait, le temps qu'ils s'entretinrent et que l'apprenti disparaisse pour revenir accompagné de Duran. La brune s'approcha alors d'eux, salua d'un signe de tête le palefrenier puis se saisit des brides.
« L'a été pansé vot'bête, m'dame. Et comme il faut. »
Un délicat sourire vint ourler les lèvres de Nao :
« On n'en doute pas. » La voix habituellement aigüe de la rouquine, avait prit des teintes chaudes et suaves. Sa main vint se placer presque discrètement sur l'épaule de l'artisan.
« Natsuki, veut-tu bien nous attendre plus loin s'il te plais ? »
L'interpellée faillit se frapper le front devant le jeu de roublarde.
« Pas de problème. »
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Lorsque Nao la rejoignit, Natsuki était déjà en selle.
« Cinquante pièce pas une de plus ! » lui lança la jeune femme, riante. Et d'un ton plus bas, proche de la confidence elle ajouta :
« Et dés qu'y aura du mouvement aux portes de la ville tu seras prévenue. »
Natsuki tiqua :
« Et en quoi cela peut-il m'intéresser ? »
Nao, une main posée sur le pommeau de la selle, prête à monter, planta son regard dans celui de Natsuki, un sourire arrogant aux lèvres. La toisant presque malgré la hauteur qui les séparait.
« Parce que je sais que si tu es en ville, c'est pour capturer le tueur. »
Natsuki déglutit, la gorge terriblement sèche.
« Le tueur ?
- Le Fléau des Sélunites, qu'ils l'appellent. Celui qui dézingue les prêtres d'argent. Sa tête est mise à prix : cinquante pièces d'or, vivant et vingt-cinq, mort. »
Son cœur s'accéléra.
« Je n'ai vu aucune annonce…Et comment peux tu croire ca ?
- J'ai entendu ta conversation, hier soir avec Mai et Tate.» Devant le regard noir de la cavalière, elle s'empressa de rectifier :
« Bon, d'accord je vous ai espionné.» Une moue espiègle éclaira son visage.
« Et c'est de cette façon, que j'sais que t'es pas la seule à lui courir après. Et c'est également pour ca qu'on va faire équipe : j'suis au courant de tout dans cette ville, j'ai mes contacts et j'connais Amon Romen comme l'fond de ma poche. »
Les lèvres de Natsuki remuèrent silencieusement tandis qu'elle réfléchissait rapidement à cette proposition. L'angoisse que sa prise lui échappe ou pire qu'elle soit attrapée par un autre enserrait ses entrailles.
Elle agrippa le bras de la roublarde, l'aidant à se mettre en selle devant elle avant d'éperonner Duran et de remonter en direction de Ville-Basse.
Il lui fallait un allié. Nao ferait parfaitement l'affaire.
« D'accord, mais pour vingt-cinq pièces d'or seulement. »
Le sourire de la roublarde s'élargit :
« Moitié-moitié ? Ca me convient amplement.
- Non. corrigea la rôdeuse, dans un rictus féroce. Vingt-cinq pièces d'or car tu ne l'auras pas vivant. »
Trois jours s'étaient écoulés depuis son arrivé à Amon Romen, trois jours durant lesquels la roublarde avait fidèlement respecté son contrat.
Elle avait entrainé Natsuki dans les bas-fonds de Ville-Basse, la familiarisant avec les brigands et autres va-nu-pieds. Elle l'avait présentée à quelques gardes corrompus, lui acquérant désormais un laissé passer pour n'importe quel lieu de la ville. Natsuki avait été emmenée dans des garrotes malfamés, des endroits qui fourmillaient d'informations plus ou moins juteuses. Elle avait été conduite aux portes de luxueuse auberge, où des écuyers et autres échansons peu scrupuleux s'échangeaient des ragots croustillants sur leurs maîtres.
Et Natsuki avait constaté que son guide était à chaque fois comme un poisson dans l'eau : tantôt fleuretant sans vergogne pour amadouer les tenanciers, tantôt tapant du poing sur la table, plus vulgaire qu'une charretière, pour se faire entendre.
Natsuki avait également apprit le nom des différents quartiers d'Amon Romen. Et callée confortablement sur le toit de l'auberge, elle regardait la mer de tuiles sombres s'étendre sous elle, composant la ville.
Dans la nuit tombante, le quartier agricole, surnommé le Grenier, se discernait des ténèbres seulement par la fumée de quelques cheminées, et par le rougeoiement lointains des fours à pain. A ses pieds, Ville-Basse, au contraire paraissait en plein éveil, bruyante et flambante de mille feux. A l'écart, plongée dans l'obscurité, Ville-Vieille semblait oubliée. Construite aux cotés des carrières de granites, cette partie de la ville avait subit tellement d'éboulements que les habitants avaient préféré la déserter.
Enfin au dessus d'elle, flanquée dans les roches : La Citée. Le dernier bastion d'Amon Romen se drapait dans un silence sépulcral.
Natsuki n'avait pas eu l'occasion de visiter cette partie de la ville, le quartier saint, comme le nommait Nao à cause des différents temples qu'il abritait. Et elle n'y été guère pressée à vrai dire. Quelque chose en elle, lui intimait de se méfier de ce lieu.
De toute façon, occupée à courir les bas quartiers, même si elle avait voulu, elle n'aurait guère eu du temps à consacrer à la Citée.
Natsuki s'étendit davantage sur l'ardoise encore tiède de la toiture, profitant de ce début de soirée.
Le vent soufflait avec force, chassant les lourds nuages qui s'amoncelaient au sommet des Cornes. Une nuit désormais claire pesait au dessus de la ville, où seules quelques étoiles scintillaient faiblement autours du Premier Quartier de lune.
Nao n'avait pas chômé, Natsuki devait le reconnaître.
En plus de ces "visites", la roublarde avait réussi à dénicher l'identité de sa dernière victime.
Tomoe Marguerite.
Une jeune femme tout juste rentrée dans les ordres.
Natsuki grogna doucement, les bras nonchalamment croisés au dessus de sa tête.
Cela n'avait pas de sens. Pourquoi s'en prendre à une novice ? Rien ne correspondait avec le schéma mis en place. Dans la logique que Natsuki avait établie, elle aurait dû assassiner un prélat, à la rigueur un prêtre. Mais pas une jeune initiée.
Pourquoi l'avait-elle tuée ?
La gamine l'avait-elle surprise ?
Non, Natsuki réfuta directement son hypothèse. Elle avait eu beau demander, envoyer Nao fureter dans chaque taverne : personne ne connaissait son identité. Tout juste quelques descriptions fusaient, contradictoires et surtout très éloignées de la réalité : dans ses souvenirs, elle n'était ni pourvue de huit tête et crachait encore moins des jets d'acide.
Commençait-elle alors à commettre des erreurs ?
Natsuki l'espérait sincèrement. Acculée, comme un animal pris au piège, elle serait plus vulnérable. Natsuki profiterait alors de ses failles, de ses faiblesses apparentes pour l'achever.
Oui, Natsuki souhait ardemment que cela soit le cas, car la dernière hypothèse qui s'offrait à elle lui glaçait le sang.
Le corps avait été retrouvé sur une place marchande, au levé de jour.
Exposé.
A la vue de tous, il avait suscité en même pas une journée une quantité impressionnante de commérage. Une vague de peur s'était abattue derrière les remparts de la Citée, obligeant les Dragons Pourpres à doubler leur garde, à descendre au pied de la ville pour contrôler les allés et venues.
Déjà, l'écho de ce meurtre avait dû atteindre les citées voisines. Tout comme l'annonce de la mise à prix de sa tête.
Elle avait voulut attirer l'attention. Et elle avait réussi.
Rien que d'y songer un frisson parcourut sournoisement l'échine de la rôdeuse.
Elle avait voulu être retrouvée.
Par Natsuki.
Pour quelles raisons ? La brune l'ignorait encore.
Mais ce qu'elle savait, c'est qu'elle n'avait pas eu besoin de cette mie en scène pour rattraper sa piste. Elle l'avait devancée. Et elle se devait de maintenir cette longueur d'avance.
Cette pensée la réconfortait. Ca et l'idée que si ce meurtre était dans le but de l'attirer à Amon Romen, elle devait forcement s'y trouver encore.
Elle porta ses mains froides à son visage, massant légèrement ses tempes. Ses yeux se fermèrent, tandis qu'elle humait l'odeur glaciale qui descendait des montagnes. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres lorsqu'elle reconnut les pas furtifs de la roublarde se glisser jusqu'à elle.
L'ardoise crissa légèrement quand la jeune fille pris place à ses cotés.
« Le repas sera bientôt prêt. En attendant je te ramène de quoi t'ouvrir l'appétit. »
Elle entendit le chuintement d'un bouchon et aussitôt une odeur d'alcool épicé de cannelle et de girofle emplit la nuit.
Natsuki rouvrit les yeux, tourna son regard vers son acolyte. La rouquine avait déjà porté la bouteille d'hypocras à ses lèvres.
Elle se redressa, étirant son dos endoloris par sa sieste improvisé. Attrapa le flacon tandis qu'elle laissait filer un bâillement.
« Tu dors mal, hein ? »
Natsuki opina silencieusement. Si la première nuit l'avait littéralement terrassée, elle peinait désormais à trouver le repos.
Son sommeil était agité par un sentiment d'urgence. La savoir dans la même ville qu'elle, peut-être à seulement quelques pas de son auberge, alertait ses sens, la plongeait parfois dans une frénésie qu'elle peinait à restreindre.
Nao semblait l'avoir compris, et tous les soirs elle venait partager avec elle une bouteille de vin. Comme si l'alcool pouvait atténuer ses maux.
« C'est à cause d'cette affaire, vrai ? »
Natsuki fronça les sourcilles. Cette jeune femme était décidément bien perspicace.
« C'est quoi qui te tracasse autant ?
- Ca ne te regarde en rien ! »
En face d'elle la roublard leva les mains en signe de défense :
« Ola calme-toi ! Je disais juste ca comme ca.»
Natsuki s'empourpra, consciente qu'elle avait davantage aboyé que parlé. Elle s'excusa vaguement avant de lui repasser la boisson.
« Et c'est lui qui t'as balafrée comme ca ? M'étonne que tu ne sois pas contente.»
Les mains de Natsuki se posèrent une nouvelle fois sur son visage, frottant l'arrête de son nez, pour tenter de retrouver son calme. L'insolence de Nao avait le don de l'excéder, mais étrangement son impertinence l'amusait également. La jeune femme avait du cran et Natsuki appréciait malgré tout ce trait de caractère.
« Non, ca c'est autre chose. »
Ses doigts frôlèrent ses cicatrices, la ramenant soudain cinq Etés plus tôt dans la tiédeur des sous-bois d'Hullack.
Elle pouvait presque sentir l'herbe haute et odorante contre sa peau, les chants discrets des oiseaux remplacer le tumulte du vent et surtout sa voix, à elle.
« Natsuki ? »
Elle attrapa machinalement le flacon d'alcool, laissant de longues rasades sucrées bruler sa gorge.
Le souvenir de ce combat lui revint brutalement en mémoire. La peur folle qui avait fait pulser son cœur, la douleur effroyable quand les mâchoires de l'homme s'étaient refermées sur sa chair, le craquement de ses os sous la force des coups. Et la rage aveugle qui l'avait habitée tandis qu'elle le frappait encore et encore.
Natsuki avait refusé qu'elle fasse disparaitre ces balafres. C'était, à l'époque, pour elle, la preuve qu'elle était capable de se battre et de protéger les personnes qu'elle aimait. Ses blessures de guerres, le témoignage de son courage.
Mais tout cela n'avait été qu'une cruelle illusion.
« Les marques de mes faiblesses »
Elle relâcha la bouteille, se laissa basculer en arrière. Les yeux clos et son esprit tentant désespérément de repartir là-bas, dans le sanctuaire, pour réparer ses fautes.
Même si elle savait qu'aucune de ses erreurs ne pourrait être réparée.
Tout comme elle savait que le sanctuaire n'était plus.
Perdue dans ses pensées, elle ne prêtait guère attention au froid de la nuit, devenu mordant. Pas plus aux doigts de Nao qui glissaient, silencieusement, dans ses cheveux.
Quelque chose de chaud et de mouillé.
Caressant. Qui se frottait contre son visage, soufflant doucement dans ses cheveux. Insistant.
Natsuki ouvrit les yeux avec prudence.
L'intrus se déplaçait sur son lit, à pas feutrés. Trop léger pour être un humain.
Encore une fois la surface moite et rugueuse vint chatouiller à sa peau, laissant échapper un ronronnement.
Un chat ? Mais comment a-t-il pu rentrer ici ?
Elle se redressa, repoussant sans ménagement le félin qui avait décidé d'élire domicile dans son cou.
Malgré la pénombre, elle distinguait la porte de sa chambre entrebâillée. Et un autre matou, énorme et gras, confortablement installé au pied de son lit.
Quelqu'un est entré.
Ses doigts cherchèrent à tâtons son épée posée prés de son oreiller. Même s'il s'agissait de Nao, elle lui passerait un savon pour avoir oser une nouvelle fois pénétrer dans sa chambre sans sa permission. Et avec des chats en plus!
Soudain une main se posa sur son épaule.
D'instinct, Natsuki attrapa l'importun à la gorge, ramenant son visage à la lumière lunaire.
« Mikoto ? »
La gamine hocha la tête, nullement déroutée par la poigne de la rôdeuse.
« Qu'est-ce que tu fabriques ici ? »
Ses yeux se dirigèrent vers la porte. Natsuki mit quelques instants à comprendre.
« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a dehors ? »
Le regard se fit plus appuyé.
« Tu veux que je sorte ? »
Un mouvement de menton pour confirmer et Natsuki lâcha sa prise. L'adolescente ramassa sa gigantesque épée, faisant frissonner la brune. Cette gamine aurait pu m'éventrer sans problème pendant mon sommeil. Lui rappelant mentalement d'expliquer aux deux roublardes les notions d'intimité et de lieu privé.
Mikoto s'avança vers la sortie, suivit des deux matous. Un temps d'arrêt et son regard mordoré devint lourd, presque pressé.
« D'accord, j'arrive. Laisse-moi au moins le temps de m'habiller. »
L'air frais et humide finit de chasser les derniers fragments de son sommeil.
Natsuki avait l'impression qu'elle avait à peine fermée les yeux de la nuit. Et c'était peut-être le cas, se dit-elle, en voyant la lune encore haute dans le ciel.
En plus de cette fatigue lancinante, elle sentait poindre une migraine. La veille, elle avait une fois de plus abusé de ce délicieux hypocras que servait l'aubergiste. Vaseuse et transite de froid, elle n'avait qu'un souhait : retourner s'abriter au chaud.
Elle réprima un bâillement et se sermonna mentalement. Par Séluné, elle était dans cette foutue ville pour mener une chasse ! Et non pas pour se saouler tout les soirs ! Avec résolution, elle se frotta les yeux, se força à être plus attentive.
Vu le chemin, elles semblaient se diriger vers le quartier agricole. Natsuki ignorait pourquoi, elle n'avait pas réussi à comprendre où elles se rendaient. La gamine avait bien tenté de lui mimer la destination et le but de cette expédition mais en vain. Et Natsuki, découragée, avait finit par abandonner.
A deux pas d'elle, Mikoto paraissait glisser dans la pénombre, sa claymore au travers de son dos comme un simple bâton de bois. Les deux chats qui l'avaient tirée de son lit étaient également de la partie. Ils allaient et venaient le long de la rue, disparaissaient quelques instants avant de revenir, cajoleurs, se frotter aux jambes de la fillette.
Un autre, noir et malingre, se déplaçait furtivement sur les bordures de toit, considérant de son regard doré les alentours.
Mais elle a rameuté tous les chats de la ville !? Natsuki se demanda, amusée, en constatant que derrière elle, un matou éclopé, tentait de suivre la progression tant bien que mal sur ses trois pattes restantes.
Soudain, un des bestioles poussa un feulement, avant que le chat obèse ne rapplique avec son acolyte, le poil hérissé et les oreilles rabattues.
Attrapant la brune par le bras, Mikoto l'attira dans l'encoignure d'un porche.
D'une venelle adjacente, des murmures se faisaient entendre.
« …trop vieux celui-là… »
Des voix d'hommes. Automatiquement, sa main se plaça à sa ceinture, prête à défourailler.
« …fera l'affaire ?... »
Les voix s'arrêtèrent. Une lueur vacilla faiblement dans la ruelle, suivit d'un bruit d'étoffes qu'on remue.
« …viens… »
L'écho de pas se rapprocha et l'éclat tamisé d'une lanterne apparut bientôt à l'entrée de la rue.
Natsuki se tassa de son mieux dans le renfoncement, retenant son souffle. A ses cotés, Mikoto avait littéralement disparu dans les ombres.
Cinq silhouettes arrivèrent enfin dans son champ de vision.
Trois gardes, revêtus du manteau carmin des Dragons Pourpres. Dernier eux, suivaient docilement deux gamins. Un des hommes, proche des captifs, paraissait les sermonner gentiment. Ils passèrent à moins d'une dizaine de pas d'elle, sans les remarquer.
Probablement des fugueurs rattrapés par le guet de nuit. Natsuki conclut. Pas de quoi s'affoler.
Elle attendit néanmoins qu'ils disparaissent de la rue, avant de sortir de sa cache.
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La nuit commençait peine à s'éclaircir, lorsqu'elles arrivèrent à leur destination.
Natsuki leva les yeux vers l'imposante muraille qui se dressait entre elles et les plaines. La voleuse l'avait conduite aux portes de la ville et n'en connaissait toujours pas la cause.
« P'tain, vous en avez mis du temps ! On s'les gèle ici ! »
La brune se tourna vers la nouvelle arrivante :
« Nao. »
Elle n'eut pas le temps de lui demander la raison de sa venue.
« J't'avais dit que tu serait tenue au courant du trafic, vrai?»
Sans plus de cérémonie, Nao happa sa manche et l'entraina à sa suite.
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Discrètement, elles avaient prolongé leur route le long de l'enceinte jusqu'à arriver en vue d'une des entrée latérales. Au pied du mur, un petit vantail de bois, fermé par un cadenas rouillé, se détachait de la pierre. C'est prés de celui-ci que Nao arrêta finalement leur marche.
La rouquine échangea un regard de connivence à son amie. Celle-ci approuva et s'éloigna rapidement toujours suivie de sa horde féline. Natsuki avait déjà noté qu'un étrange langage corporel subsistait entre les deux complices, palliant l'handicape de la plus jeune.
« Reste là et fait le guet !» Nao intima à l'attention de Natsuki.
Elle faillit râler, pour la forme, mais déjà la roublarde s'était détournée pour s'intéresser à la porte close.
Avec une certaine admiration, Natsuki observa les mains de la jeune fille s'affairer sur la serrure, habiles comme des araignées pâles.
Pas étonnant qu'elle soit rentrée si facilement dans ma chambre.
« Hey, c'est pas moi qu'tu dois mater. »
La voleuse rigola doucement et Natsuki sentit ses joues s'échauffer.
Un déclic métallique et la porte s'ouvrit dans un raclement sourd. Aussitôt Mikoto les rejoignit, portant dans ses bras la bestiole estropiée.
« Sérieux ?» maugréa son amie. La gamine acquiesça gravement tout en posant le chat à terre. Celui-ci s'engouffra en premier dans l'ouverture, suivit par sa maîtresse. Nao d'un geste, invita Natsuki à leur emboiter le pas. Et quand la voleuse eut refermé le vantail, elles se retrouvèrent dans une noirceur totale et moite.
« Bougez pas. » souffla la rouquine. Il eut le crissement d'une allumette avant qu'une flamme vacillante vienne chasser l'obscurité. A peine suffisante pour éclairer l'étroit escalier taillé dans la roche qui serpentait dans les hauteurs de la fortification.
Une odeur d'humidité rance, viciée imprégnait les lieux. Sous ses bottes, Natsuki sentait la pierre érodée et glissante. Sa main se posa sur les parois, pour tenter d'assurer sa marche, ignorant le suintement poisseux des murs.
Un courant d'air glacial remontait parfois des ténèbres.
« Eclaire un peu en bas. » Natsuki chuchota, attrapant le bras de Nao. Celle-ci ricana :
« Quoi ? T'as la trouille ?
- Eclaire juste. »
Le lumignon projeta sa faible clarté sur un emmarchement qui semblait descendre au fin fond de l'édifice.
« Y a des galeries, d'sous. »
Natsuki hocha la tête. Elle avait déjà entendu parler des réseaux souterrains qui reliaient l'ensemble des places fortes de la ville. Certaines rumeurs certifiaient que ces tunnels débouchaient au-delà des Cornes de Tempêtes, rendant tout siège de la ville quasiment impossible.
Si tel était le cas, cela n'avait donc rien d'étonnant que Amon Romen soit devenue un des principaux bastions du Cormyr.
« Il n'y a pas de garde dans cette partie là ? »
La roublarde lui jeta un regard agacé, répondant néanmoins :
« Pas assez nombreux pour surveiller tout les accès. S'occupent surtout de l'entrée principale et des portes d'la Cité. Mais continue à causer ainsi et p'tre ben qu'ils vont rappliquer »
Natsuki étouffa un juron face au sarcasme de son guide.
Bientôt leurs ascensions s'arrêtèrent et Natsuki sentit sous ses pieds une passerelle de bois remplacer l'escalier. Elle buta contre le dos de Nao.
« Fait attention, merde ! »
La brune entendit le chuintement d'une charnière, puis le bruit d'une trappe s'ouvrir avec précaution. Un vent vif et sain vint mordre son visage avant qu'elle puisse apercevoir une embrasure en pierre sèche, marquant la sortie.
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Elles débouchèrent dans ce que Natsuki identifia comme une tourelle de garde. Les quelques débris de bois qui jonchaient le sol, les larges flaques de pluie croupissant dans les recoins, laissaient penser que depuis bien longtemps les lieux devait être inoccupés.
Pas assez de monde en effet.
Des rafales survolaient les montagnes, tournoyaient au dessus des remparts et chassaient les nappes de brume stagnantes dans les roches vers les landes rocailleuses. Une lumière blafarde s'élevait peu à peu sur celles-ci.
Quelques gardes s'affairaient sur la coursive qui dominait l'entrée principale. Trop loin pour que les trois fraudeuses en soit inquiétées. En se penchant davantage au dessus du parapet, Natsuki constata qu'une faction était en poste, aux portes de la ville. Il lui fallut quelques instants pour distinguer, à travers le brouillard, s'élever au loin un nuage de poussière.
Des cavaliers !
En peu de temps, le bruit des sabots raisonna dans la nuit, frappant durement la route pavé. Le convoi marqua un temps de pause, rapidement rejoint par le détachement de garde, avant de se détourner de leur trajectoire et de se diriger vers un des accès latéraux.
Natsuki étouffa un grognement : ils avaient opté pour la porte où elles étaient en planque ! Un bref regard vers la rouquine suffit cependant à la rassurer. Celle-ci paraissait pleinement confiante.
La procession se rapprocha rapidement. Dans l'aube, Natsuki entraperçut briller des armures damasquinées d'argent. Avant même de distinguer les blasons, elle sut à qui elles avaient à faire.
Des sélunites !
Plus d'une centaine de cavaliers. Des chevaliers, en lourds harnois blanc, montés sur de puissants destriers ouvraient la marche. Sur leurs arrières, des gardes en cuirasses sombres, assuraient la protection du convoi de charriots, abritant probablement les hommes de foi.
Les étendards d'un bleu nuit, claquèrent dans le vent, et un étrangement sentiment s'empara de Natsuki quand elle vit, flotter au-dessus des troupes, le symbole de Séluné, rehaussé de fils d'argent et d'opales.
Un sentiment qui tirait ses origines de son ancienne vie où se mêlait fierté et excitation. Inconsciemment, sa main vint chercher, dans les replis de son vêtement, son chapelet.
Elle inspira profondément, tentant de dissiper son trouble.
Avant de retenir son souffle.
Deux silhouettes venaient de se détacher du convoi.
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