Chapitre 3

Point de vue régulier

Appartement de Clark Kent et Lois Lane, le soir

Lois était allongée sur son canapé avec Bloom dans ses bras. Elle la berçait et la caressait tendrement. Peu après, la fenêtre de son balcon s'ouvrit puis une personne rentra à l'intérieur du salon : son fiancé Clark Kent.

"J'ai ramené des couches pour bébé et un berceau qui, j'espère, sera confortable pour Bloom." Dit-il.

Lois lui sourit en réponse. Mais son regard devint moins joyeux lorsqu'elle baissa à nouveaux les yeux sur l'enfant dans ses bras.

"Lois ? Qu'est-ce qui ne va pas ?"

"Je trouve ça malsain de lui avoir arraché cette petite fille de ses mains. Peut-être n'avait-il pas de mauvaises intentions pour elle."

"Deathstroke est un assassin et Bloom possède des pouvoirs surpuissants. En la kidnappant, il en aurait fait une machine à tuer des plus efficaces."

"Tu ne peux pas lire dans les pensées des autres, Clark. Tu n'as aucune preuve de ce que tu avances là."

"Bloom est plus en sécurité avec nous qu'avec Deathstroke. Ne penses-tu pas que c'est mieux ainsi ?"

Lois fixa son fiancé dans les yeux du mieux possible.

"Dis-moi la vérité. Quand tu as pris la décision d'emporter Bloom avec toi, qu'as-tu laissé parler au fond de toi ? Le cœur de Clark ? Ou l'instinct de Superman ?"

Clark se retrouvait sans voix et partit ranger les commissions. Quand il revint dans le salon, il étreignit sa fiancée et posa sa tête sur son épaule. Le couple regarda l'enfant en train de dormir paisiblement.

"Parle-moi un peu de ses pouvoirs." Dit Lois. Clark laissa échapper un petit soupir.

"Après que j'ai laissé Flash se charger de Deathstroke, les pleurs de Bloom n'ont cessé d'augmenter, comme si elle avait besoin de quelqu'un d'autre que moi. Elle se mettait en colère et j'ai vu ses mains s'envelopper de flammes extrêmement brûlantes, aussi brûlantes que l'enfer. Mais hormis le fait que j'étais sensible à ces flammes, j'ai tout de suite compris que ça n'était pas des flammes ordinaires c'était de la magie pure." Explique Clark.

Lois se blottit un peu mieux contre son fiancé.

"Crois le ou non, mais j'ai suis parvenu à la calmer en la laissant sucer mon index. Sa magie s'est adoucie en même temps que ses larmes. Encore plus tard, je suis allé fouiller dans les fichiers centraux pour voir si elle avait des parents, mais ça n'était pas le cas. Encore pire, il n'existait aucun acte de naissance correspondant au nom de Bloom. Pendant un instant, j'avais l'impression de tenir un véritable fantôme dans mes bras. Tout ce que je savais de son identité était son nom gravé sur le collier qu'elle portait autour du cou."

"Et comment es-tu certain qu'elle n'est pas de ce monde ?"

"Ses signes vitaux ne correspondent pas à celle d'un terrien normal, et encore moins à celle d'un kryptonien. Nous sommes pareils, elle et moi : deux individus venant d'un autre monde."

"Elle n'est plus seule à présent, tout comme toi."

Cette réponse fit sourire Clark. Mais en revenant sur ce que Lois lui avait dit tout à l'heure, il se posa la question : avait-il vraiment fait le bon choix ? Encore aujourd'hui, il se souvenait du visage de Slade quand celui-ci lui avait supplié de lui rendre Bloom. Et si c'était vrai ? Est-ce que Deathstroke aurait fini par reconnaître ses péchés ? Était-ce vraiment la meilleure chose à faire de lui prendre son enfant ? Le doute envahissait l'esprit de l'Homme d'Acier.


Point de vue de Slade Wilson

Prison de Metropolis

Tous les jours, la même chose. Je reste allongé sur mon lit de cellule et je ne pense qu'à une seule chose : Bloom. C'est une perte dont je ne me remettrais jamais. Et dire que j'étais sur le point de commencer une vie meilleure avec la plus belle fille du monde, et il a fallu que Superman interfère.

Autant je préfère rester dans ma cellule plutôt que d'être en compagnie des autres détenus. À chaque fois, je croise le chemin d'un type que j'ai sévèrement tabassé auparavant. Les repas en prison se déroulent toujours de la même manière : je mange sans rien dire, parfois je ne touche pas à mon assiette, et puis un gars se pointe derrière moi, il heurte mon visage contre la table et commence ensuite par me frapper le plus durement possible. Si j'avais voulu, je lui aurai retourné les membres, brisé sa mâchoire et rompu son cou sans aucun problème particulier mais là, je n'en avais pas envie. Je ne voulais plus blesser qui que ce soit. Alors je me suis laissé frapper et frapper jusqu'à ce que les gardiens interviennent. Et c'est comme ça tous les jours.

Qu'est-ce qui m'arrivais ? Pourquoi je n'arrivais plus à faire du mal comme avant ? Pourquoi je n'osais plus lever la main sur quelqu'un ? C'était comme si la violence avait disparu de mon esprit, et cela avait de grandes conséquences sur mes gestes.

En vérité, je savais parfaitement pourquoi. Je m'étais juré de ne plus jamais faire de mal à qui que ce soit, pour Bloom. J'ai voulu changer pour elle, pour devenir une personne bien et le père qu'elle mérite à juste titre. Et c'est un serment que je ne renierai jamais, pour rien au monde. Est-ce que c'était la magie de Bloom qui était derrière mon changement de comportement ? Un jour peut-être le saurai-je.

Une nuit, il m'est arrivé quelque chose de merveilleux. Alors que j'étais emporté par le sommeil, un homme apparut dans ma cellule un homme venant de partout et de nulle part à la fois : le Docteur Fate. Il était au courant pour Bloom et pour mon chagrin. Alors, cette nuit-là, il m'a offert un cadeau.

"Je suis vraiment désolé, Slade. Pour toi et pour ta fille adoptive que tu aimes tant. Tout ce que je peux faire pour toi est ceci." Me dit-il alors que je dormais.

Doucement, il posa le bout de ses doigts sur les deux côtés de ma tête et plaça un sort dans mon esprit. Et à partir de ce moment, j'ai rêvé.

Toutes les images que je voyais semblaient si réelles. Je découvrais la vie que j'aurais dû avoir avec Bloom. Dans ce rêve, nous passions de bon moment entre père et fille. Je lui apprenais à marcher, nous jouions dans l'herbe, je lui offrais une glace, je venais la chercher à l'école, elle était si heureuse de me revoir qu'elle sautait dans mes bras et me serrait avec tout son amour. Je lui lisais des histoires avant de dormir et je laissais la porte de sa chambre entrouverte pour qu'elle puisse venir dormir avec moi si elle faisait des cauchemars. Nous fêtions ses anniversaires, nous cuisinions ensemble. Et en plus, elle m'appelait « papa ». On était si heureux.

Mais après, je me suis réveillé. Ça m'a fait très mal de me rendre compte que ce que j'ai cru être vrai n'était que le fruit de mon imagination.

"Ce… ce n'était qu'un rêve ?" Ai-je dit avant de tomber en larmes. "Pourquoi ça n'était qu'un rêve ? Pourquoi ça ne pouvait pas être la réalité ? Pourquoi ?"

Ai-je vraiment commis trop de péchés pour que le bonheur n'est point le droit d'exister en dehors de mes rêves ? N'y a-t-il vraiment aucun moyen pour moi d'avoir la possibilité de devenir une personne bien ? Est-ce que je ne mérite vraiment pas la rédemption, ni le bonheur ? Et aussi… pourquoi n'aurai-je pas le droit d'avoir une famille ?

Pourquoi ?


6 ans plus tard

À l'origine, j'avais été condamné à perpétuité. Mais après six longues années de bonne conduite et de non violence, j'allais enfin être relâché. J'étais assis sur une chaise, dans une pièce vide avec une table et une autre chaise en face de moi. C'est la nouvelle sénatrice en personne qui se présenta à moi.

"Détenu n°79 : Slade Wilson." Dit-elle.

"Oui ? C'est moi." Ai-je répondu d'un ton calme.

"Je tenais à me présenter personnellement devant vous pour vous annoncer une nouvelle qui pourrai vous ravir : suite à vos années de bonne conduite en détention, la cour qui vous avait condamné à vie vous offre finalement la possibilité de vous redonner la liberté."

"À ce point là ?"

"Cette décision a été prise suite à la vue de vos progrès de comportement. Vous êtes libre à présent. Mais avant que vous ne puissiez partir, j'aurai une question à vous poser : qu'avez-vous l'intention de faire, une fois dehors ?" M'a-t-elle demandé.

J'ai beaucoup hésité sur ce que j'allais lui sortir.

"…Je… il y a quelqu'un que j'aime énormément et que je souhaiterais beaucoup revoir." Ai-je finalement répondu.

Ça l'a visiblement convaincue. Un peu après, on m'a redonné mes dernières affaires personnelles et parmi elles, il y en avait une qui m'a beaucoup manqué : la photo que j'avais prise avec Bloom. Quel soulagement de revoir une image de mon petit ange.

Comme vêtements, on m'a refilé un jean bleu foncé, un t-shirt blanc, des bottes militaires et une veste militaire noire. J'avais aussi une petite somme d'argent sur moi. Une fois en dehors de prison, j'ai respiré l'air frais du début de l'automne. Bon sang, ce que c'est bon.

Même si j'étais libre, je n'avais plus qu'un seul but bien précis : retrouver ma Bloom et commencer une vie normale en tant que bon père, comme je l'avais entrepris. Seigneur, je n'ose pas imaginer à quel point elle a dû grandir depuis toutes ces années. Il me tarde tellement de la revoir. Mais comment la retrouver ? Tout d'abord, il faut que je retrouve celui qui me l'a volé.

Ça ne devrait pas être trop difficile pour moi puisque je connais l'identité de Superman : Clark Kent. J'ai parcouru Metropolis et suis entré dans la première cabine téléphonique se trouvant sur mon chemin. J'ai regardé dans l'annuaire pour trouver l'adresse de Kent. Une fois l'adresse trouvé, j'ai discrètement pris la page de l'annuaire et je m'y suis rendu au plus vite.

Après une demi-heure de trajet, le temps de me rendre à l'autre bout de Metropolis, je suis enfin arrivé à l'adresse voulue. Seulement, une fois là-bas, qu'est-ce que j'aillais bien pouvoir faire ? Quand je suis arrivé devant l'immeuble où vivent Clark Kent et Lois Lane, je suis resté debout sur le trottoir d'en face, à surveiller la porte d'entrée de l'immeuble. À plusieurs reprises, je levais les yeux vers les fenêtres dans l'espoir de les localiser. En bref, je suis resté debout pendant deux heures, sous le léger vent frais de l'automne.

J'ai été patient, très patient. Jusqu'à ce que j'aperçoive enfin Kent sortir de l'immeuble pour se rendre je ne sais où. Si je le suivais, peut-être allait-il me conduire à Bloom et c'est ce que j'ai fait. Il s'est rendu devant une école primaire. Je suis resté sur le trottoir d'en face en restant caché derrière un arbre. Quant à l'Homme d'Acier, il attendait devant une grille à côté d'autres adultes. Puis, on entendit la sonnerie de l'école la grille s'ouvrit, les enfants sortirent en courant pour rejoindre leurs parents. Kent attendit encore un peu et se mit à sourire en disant :

"Bloom !"

Bien sûr, je m'attendais à l'entendre appeler son prénom et pourtant, en entendant ça, j'ai faillit sursauter. C'est alors que j'aperçus une petite fille aux cheveux roux flamboyants courir vers Kent.

"Papa !" Dit-elle en sautant dans ses bras.

…J'étais horrifié et sans voix. C'était bien elle. C'était ma fille. Ma Bloom. Mon petit ange. Quelque part, j'étais heureux de la revoir, mais j'étais surtout anéanti. Mon cœur se brisait encore plus violemment que la fois où j'ai été séparé de Bloom. Je ne pouvais croire qu'elle pouvait être heureuse avec ce monstre qui m'a fait beaucoup de mal. Et moi qui, durant toutes mes années de prison, ai tant rêvé d'entendre Bloom m'appeler « papa », et je découvre que c'est Superman qu'elle nomme ainsi. Il me l'a volée. Il m'a volé ce que j'avais de plus cher en ce monde.

Ils sont ensuite rentrés chez eux, sans se soucier de quoi que soit. Pendant que personne ne me voyait, je me suis enfui avec les larmes aux yeux. Le chagrin était si fort que cela me fit accélérer mon rythme automatiquement. J'ai couru jusqu'à trouver une ruelle déserte où je me suis réfugié. Après m'être caché de manière à ce que personne ne puisse me voir, je suis tombé à genoux et j'ai pleuré aussi longtemps que j'en avais besoin.