Absorption

La cinquième roue du carrosse. Ce sentiment de n'être qu'une pièce ajoutée, celui vers qui on se retourne qu'au dernier moment allait-il durer pour toujours?

Ils sont là, bien ancrés dans leur place. James n'a pas besoin de faire des efforts pour être admirés. L'aura, celle pour laquelle Peter donnerait un bras se dégage de lui et pousse les gens à l'aimer. Tout le monde l'apprécie, (à part peut-être les Serpentards).

« Comment as-tu pu nous faire ça Peter, à nous, tes amis ? »

« C'est comme ça que tu nous remercie, Queudver ? Nous qui t'avons défendu à l'école car tu étais trop faible pour le faire toi-même ? C'est ta preuve de reconnaissance Peter ? C'est par gratitude que tu as sacrifié notre fils ? ».

Sirius, héritier d'une grande lignée, envoie tout en l'air alors que tout lui était servi sur un plateau hors de prix. Trop fougueux et têtu pour son propre bien. Te souviens-tu des remarques que tu m'as faites, Sirius ? Chaque pique que tu me lançais, ça te faisait du bien de me rendre encore plus minable. T'aimais bien ça. Ça amusait la galerie et vous vous sentez plus proches les uns des autres.

« Kate Bradley? Franchement, Peter, même toi tu aurais pu faire mieux. Pitié, dis-moi que vous ne vous êtes pas arrêté chez madame Rosmerta, la pauvre va faire des cauchemars et fermer boutique pour se remettre du choc ». Sirius, voyant que tout le monde rigole est fier de l'effet de son intervention. Ils sont là dans la salle commune, James, Remus, Peter et lui ainsi que la moitié des élèves de Gryffondors.

Peter marmonne quelque chose, comme quoi Kate n'est pas si vilaine. Et puis, Peter n'est pas Sirius ou James. Peter ne collectionne pas les filles comme eux. Même Remus attire des filles. Son air calme et mystérieux semble les attendrir. Si seulement il faisait l'effort de ne pas fuir et de s'ouvrir.

Et Remus alors ? Remus est son propre ennemi. Une preuve de plus que la vie est injuste et qu'on est tous des acteurs de sa vie sans pour autant forcément y jouer un rôle. Deux soi-même aux antipodes en fin de compte. Mais Peter ne voit pas ça. Peter voit le moment présent. Remus est un rat de bibliothèque, s'accroche aux livres comme si sa vie en dépendait. Sa source de liberté. Liberté qui lui permet d'oublier. Plonger dans un monde parallèle. Mais Peter ne voir pas ça. Peter voit que Remus étudie pour obtenir des points remarquables. Les professeurs félicitent Remus. Peter lui est invisible dans le meilleur des cas et celui dont les notes sont les plus médiocres. Remus se bat contre ses propres envies, un loup-garou ne peut se permettre d'avoir une vie comme les autres, un loup-garou a des restrictions. Mais Peter ne voit pas ça non plus. Peter voudrait être Remus. Il voudrait être intelligent et aimé comme lui.

« Nous devons faire quelque chose Peter. Nous ne pouvons pas juste se terrer et faire comme si tout ça ne nous concernait pas. C'est notre vie ! On ne peut pas juste rester là à regarder des gens se faire massacrer. On n'est plus des gamins maintenant, il est temps de devenir adulte et faire partie du changement. Sirius, Remus et moi avons déjà prévu d'aller trouver Dumbledore afin de nous guider vers cette organisation qu'il dirige. Tu ne peux pas refuser une telle offre. »

Les personnes présentes pour la réunion se lèvent tous, prêtes à repartir après une énième convocation de Dumbledore. La pièce est remplie de bruits de conversation et de rires étouffés. En tant de guerre, le moral est important. Peter n'a pas envie de rire. Peter est vide. Ne voient-ils pas que cette guerre est un combat perdu d'avance ? Benjy Fenwick a été retrouvé en morceaux deux semaines auparavant. Sa famille n'a même eu la grâce d'un corps à enterrer. A chaque réunion, Peter essaye de se surpasser. Il a toujours voulu se rendre utile. Mais rapidement, il perd le fil. Il a beau s'accrocher autant qu'il veut, il ne comprend jamais tout ce qu'ils disent. Ce qu'il voit c'est la manière dont James détourne les yeux en souriant quand il n'a pas compris une question. La manière moqueuse dont Sirius s'esclaffe et le sourire sympathisant de Remus.

Peter ne croit plus en rien, il vit le moment en craignant pour sa vie et en se demandant si il sera toujours là demain. Petit à petit, il s'éloigne de ses amis.

Quand il se fait accoster par un homme masqué un soir en rentrant chez lui, seul et que celui-ci lui fait une proposition, Peter accepte. Un homme sans importance n'a plus rien à perdre.