Soudain, un claquement sec retentit dans la salle. Le souffle coupé, je tentais vainement de raisonner malgré la douleur lancinante qui me déchirait les entrailles... Masquée par la main que j'avais plaquée par pur réflexe sur le métal, de longues trainées écarlates suintaient à travers les quelques fissures du costume. Un simple mouvement m'appris que ce qui me servaient d'organes ne devaient maintenant plus ressembler qu'à une bouillie sanguinolente, agrémentée de quelques débris blanc rappelant étrangement des os humains…
A la porte, les âmes me fixaient toujours. La même présence fantomatique, irréelle. Mais au son qui m'avait tant fait souffrir, un rictus étaient venu déchirer leurs visages poupins en une caricature grotesque du Joker, contrastant étrangement avec la tristesse qu'ils affichaient à peine quelques instants plus tôt…
La douleur, elle, était toujours présente… Mon plexus me faisait l'effet d'un trou, et un instant l'image d'un homme empalé sur un de ces pièges barbares de feuilles et de bois s'imposa dans mon esprit. Un autre ressort lâcha, me brisant plusieurs côtes au passage. J'aurais juré les sentir encore, frottant contre l'abomination de métal qui prenait doucement leur place… Ils cédèrent les uns après les autres, déchiquetant et broyant mon corps, qui m'arrachait des hurlements que je ne pensais pas pousser un jour… La tête me tournait, comme prise dans un ballet infernal, où cette fois seule la souffrance menait la danse… Mes cris se perdaient, suppliques inutiles vers un monde qui me regardait crever, le sourire aux lèvres… Je ne sentais plus rien… Mon corps semblait se détacher de mon esprit, définitivement hors de contrôle… Echoué dans des limbes aux couleurs écarlates, je ne pouvais que me résigner à attendre… Mais attendre quoi ?
L'arrivée d'une mort que j'estimais avoir amplement méritée ? La fin de ce requiem aux accords macabres, joué par quelques-uns des êtres qui avaient eu le malheur de croiser trop jeune ma route ? Ou juste… La fin de cette agonie ?
Stop saying that I'm sick, babe…
You should call me crazy !
Sick sounds like there is a cure…
Sous le masque, deux lambeaux de viande sanguinolents que j'aurais autrefois appelés une bouche s'étirèrent en un sourire… Non, bien sûr que non… Malgré mon esprit embrumé, je pouvais encore les voir… Cinq silhouettes au contour flou, à la peau de porcelaine désormais marbrée des coups qu'ils avaient reçus il y a si longtemps déjà… Ou alors n'était-ce qu'hier ? Ces cinq silhouettes dont la présence n'importait à personne, mais dont l'absence avait immiscé une peur panique dans le crâne de chacun, comme une petite voix flutée, presque mélodieuse, qui leur aurait murmuré à l'oreille que bientôt, ce serait leur tour…
A présent, seuls quelques morceaux de chairs en lambeaux lutter encore contre le métal… J'étais toujours de ce monde ? Oui. Mais pour combien de temps ?
Contemplant le carnage, deux yeux injectés de sang se détachaient de cet étrange spectacle… Leur blancheur les faisait briller, comme s'ils n'étaient pas à leur place dans toutes ces ténèbres… On dirait bien que finalement, tout n'est pas bon à jeter là-dedans… Un léger coup de chiffon devrait sûrement venir à bout de ces quelques tâches rougeâtres, et malgré ma préférence pour les coups de couteaux, j'étais peut-être même prêt à le faire moi-même si le prix suivait… Après tout, deux globes oculaires en parfait état pouvaient toujours s'avérer utile non ? Fichés au bout d'un long pique de bois, pour colorer un cocktail… Ou au bout d'une chaine, pendentif éphémère des plus originaux… Ou… pour se regarder mourir peut-être ? Sentir son corps se disloquait pièce par pièce et pouvoir fixer chaque goutte de sang, chaque morceau de vous-même s'échappant de sa prison de métal… La dernière vision qu'ils me renvoyèrent fut 5 sourires figés, puis de nouveau le vide que leur absence créa dans la pièce…
Ma vue se troubla une fois de plus, et tout devint noir.
