Hello !
C'est un très long chapitre que je vous propose ici, (plus de 4 000 mots ^^). Je pense qu'il vous plaira beaucoup...
Waouh ! Merci beaucoup pour vos reviews ! Ils me font vraiment très plaisir !
(Je vous réponds à la fin du chapitre pour éviter tout spoil).
PS : pour ceux suivant Vivre à en mourir, nouveau chapitre sortit aujourd'hui.
Reo
Durant le week-end, je n'avais fait que me morfondre au fond de mon lit. Je ne suis même pas allé au cinéma avec Kotaro et Eikichi comme je leur avais promis. Ils m'ont appelé plusieurs fois, et au bout d'un moment, exaspéré par le bruit de mon portable, j'ai préféré décrocher.
C'était Eikichi qui appelait.
-T'es où ? On t'attend, dit-il simplement, sans un bonjour.
Sans un « comment tu te sens ? ».
-Je ne viens pas.
-Hein ? Mais pourquoi ? T'es pas sympa, t'avais dit oui !
-J'ai changé d'avis.
Il y eut un petit silence.
-Il s'est passé quelque chose ? Demandât-il finalement.
-Ils se sont embrassés.
Il savait bien de qui je parlais.
-Ah... Je vois. Désolé. Tu tiens le coup ?
-Qu'est-ce qui se passe Ei-chan ? Demandait Kotaro.
-Mini-roi et teinte-de-gris, ben... ils se sont embrassés. Quand ça au fait ?
-Vendredi soir, répondis-je.
-Mince, soufflât Kotaro. Tu veux qu'on vienne te voir, Reo-nee ?
-Non, merci, ça va aller.
-Comme tu veux.
Ils raccrochèrent peu de temps après. Ils m'envoyèrent un petit message en sortant du cinéma, m'informant que la séance était vraiment géniale et que j'avais raté quelque chose. Ils m'ont demandé une nouvelle fois si j'allais bien.
Je ne pouvais pas dire que ça allait, parce que ce n'était pas vrai. Mais je ne pouvais pas mettre des mots précis sur ce que je ressentais intérieurement sans leur faire peur.
Le lundi, je me suis enfin levé de mon lit. Mes parents n'étaient même pas venus me voir, ne m'avaient pas demandé ce qui n'allait pas. Tout compte fait, je n'étais même pas sûr qu'ils soient rentrés ce week-end.
Kotaro et Eikichi tentèrent de me remonter le moral toute la journée. Je leur en étais reconnaissant, mais malgré mes efforts pour sourire à leurs blagues, pourtant vraiment drôles pour une fois, le cœur n'y était pas. J'ai tenté de leur dire. Je n'ai pas pu. Leurs efforts comptaient beaucoup pour moi.
-Moi, dit Kotaro au cours de notre repas, je suis sûr que ça ne durera pas entre eux.
-Idem, renchérit Eikichi.
Je tentais de me convaincre.
Des yeux, je cherchais Mayuzumi et Sei-chan. Mais aucun des deux n'était en vue. Je cherchais, plus intensément, sachant que Mayuzumi n'était pas facile à repérer dans la foule compacte. Et enfin, au prix de plusieurs minutes à fixer la foule, je le vis, seul à une table.
Il ne mangeait pas avec Sei-chan ?
Kotaro me demanda ce que je fixais avec tant d'attention.
-Mayuzumi mange seul.
-Bah, tu vois ! J'avais raison !
-Ouais, rien n'est sûr tu sais.
Mais j'avais encore un peu d'espoir. Peut-être que je m'étais trompé après tout ? Peut-être que Sei-chan ne l'avait pas embrassé ce soir-là ?
Finalement, quand Eikichi, Kotaro et moi sortons du self, nous apercevons Sei-chan, assis sous le même arbre que la dernière fois. Il semblait travailler. Mais au moins, il n'était pas avec Mayuzumi.
Le soir, ils étaient bien évidement dans leur coin de gymnase pour l'entraînement. Mais ils n'avaient pas l'air plus proches que d'ordinaire. Il n'y avait pas non plus de tension particulière. Je commençais à me dire que je m'étais trompé.
-Au fait Reo, m'interpella Kotaro pendant l'entraînement.
-Oui ?
-Tu sais... Comment on embrasse une fille ? Parce que je... J'ai vu Mineko pendant le week-end. On est allé dans un petit café. C'était vraiment super. Mais... Et si elle voulait m'embrasser un de ces soirs ? Ce soir même. Je dois la raccompagner chez elle et...
Il détourna le regard et marqua un panier, me laissant le temps de réfléchir.
-Tu sais, je n'ai jamais embrassé quiconque. Jamais pour de vrai si on peut dire, lui répondis-je.
-Ah oui ? Étonnant.
-Pas tant que ça je trouve.
-Et donc, si tu n'embrassais pas pour de vrai, qu'est-ce que tu faisais ?
Je rougis.
-C'était juste... On s'embrassait juste sur la bouche, pas... pas avec la langue et tout.
-Ah, ouais. Je vais demander de l'aide à Ei-chan alors.
-Parce que tu penses qu'il a embrassé plus de personnes que moi ?
-Ei-chan ! Appelait-il.
-Tu m'écoutes ?! Rouspétais-je.
Eikichi arriva vers nous. Il discutait auparavant avec un troisième année. Une histoire de dunk et d'un joueur connu.
-Ouais ?
-Tu as déjà embrassé une fille ? Demandât Kotaro.
-Ouais. Plusieurs fois même.
-Avec la langue ? Demandais-je à mon tour, intrigué.
-Ouais.
-Comment on fait ?! S'écria Kotaro.
-Bah...
Il réfléchit un petit moment avant de répondre qu'il ne savait pas vraiment, que ça venait tout seul, qu'on avait pas à réfléchir. De toute façon, d'après lui, Mineko ne devait pas non plus être très expérimentée. Elle n'avait pas l'air d'une fille qui courait après les mecs.
Pendant qu'il faisait son exposé, je regardais Sei-chan à l'autre bout du gymnase. Je l'imaginais en train de m'embrasser. J'imaginais ce que cela pourrait faire, de le tenir dans mes bras, rien qu'une seconde.
Allais-je encore pleurer, pensant à cet amour presque perdu ?
C'est alors qu'il me regarda. Il me regarda longuement même. Je ne détournai pas le regard, je le dévorais des yeux sans honte. Il fallait qu'il sache.
Et je crois bien qu'il comprit.
Mercredi, Sei-chan vint me parler. Je ne m'y attendais vraiment pas. J'étais devant mon casier, dans le hall, en train de ranger mes affaires, quand il arriva derrière moi.
-Mibuchi ?
J'avais mes écouteurs sur les oreilles, aussi, je ne l'entendis pas. Il me frôla l'épaule pour me faire comprendre qu'il était là. Je sursautai.
-Oh, Sei-chan.
-Bonjour.
-Bonjour. Ça faisait un petit moment qu'on ne s'était pas parlé.
-En effet.
-Tu ne viens plus manger avec nous. Dommage, tu sais, Kotaro et Eikichi on fait des progrès au niveau de leur humour.
Il sourit légèrement. Puis, son visage devint plus sérieux. Il y avait quelque chose chez Sei-chan qui avait changé. Outre le fait qu'il me semblait plus distant, il avait aussi les yeux bien moins pétillants. Il était... terne, il semblait moins lumineux. Où était passé le feu qui l'habitait en début d'année ?
-Mibuchi, j'aurai besoin de toi.
Je clignai plusieurs fois des yeux.
-Ah... ah bon ?
Il y avait mieux comme réponse...
-Mais... euh... pourquoi ?
Cette fois-ci, c'est lui qui semblait gêné.
-Je... Mon père... Mon père va se marier ce week-end. Et il souhaiterait que je joue du violon durant la cérémonie. Je ne veux pas y aller. Encore moins seul. Je sais que tu joues de la contrebasse. Accompagne-moi.
Je tombais des nues. Et en même temps, je m'envolai. Sei-chan me demandait de l'accompagner à un mariage ! Certes, ce n'était que parce que j'étais musicien moi aussi, mais c'était un grand pas en avant. Nous pourrions nous rapprocher tous les deux.
-Je viendrai.
Il semblait rassuré et son visage se détendit.
-Merci beaucoup.
Sei-chan me remerciait... J'étais aux anges.
-Il faudrait qu'on puisse s'entraîner une ou deux fois ensemble avant ce week-end. Demain, on pourrait aller en salle de musique à midi ?
-Bien sûr.
-Très bien. Alors à demain.
Il s'éloigna ensuite, me laissant sur mon nuage, refusant de descendre sur terre.
Kotaro
Mineko tenait ma main. J'aimais la sensation que cela procurait sur la mienne.
Nous arrivons devant chez elle. Elle ralentit quelques mètres avant, comme pour rallonger le temps qu'on avait à passer ensemble.
-Bon.. finit-elle pas dire, parce que le temps et l'espace ne s'étendent pas à l'infini, c'est ici.
-D'accord. C'est joli.
-Merci.
Sa maison était très traditionnelle. Elle était entourée d'un jardin troué de petits lacs où semblait nager des carpes. Il y avait un grand arbre au fond du jardin dans lequel était perché une cabane en bois.
Mineko s'approcha de moi. Elle frôla mes lèvres, laissa son souffle courir dessus. Ce fut moi qui amorça le baiser. Je touchai seulement ses lèvres, puis, lentement, je les embrassai. Elle fit de même, je sentais qu'elle avait bien plus d'expérience que moi. Finalement, ce fût elle qui passa sa langue dans ma bouche. J'étais affreusement timide, n'osant pas ouvrir trop grand ma bouche, n'osant pas trop bouger ma langue dans la sienne. Mais je me laissai emporter, et, petit à petit, prenait de l'assurance.
Mineko se sépara de moi. Elle me fit un petit signe de la main et s'en alla derrière la porte de la maison.
Reo
Sei-chan et moi nous sommes entraînés jeudi et vendredi midi. Nous faisions une croix sur le déjeuner. Eikichi et Kotaro ne me posèrent pas plus de question que ça. Je leurs disais seulement que Sei-chan et moi allions jouer un peu de musique. Eikichi me confiât que n'avait plus à m'en faire concernant Mayuzumi maintenant.
Sei-chan était un excellent violoniste. Sa mélodie était si pure, si belle, elle me donnait des frissons. À côté de lui, je me sentais un peu nul. Pourtant, il me disait que je jouais très bien moi aussi. Et son sourire n'avait pas l'air d'un sourire de politesse. Il était sincère.
Sei-chan et moi nous mettons d'accord pour jouer un morceaux du Printemps de Vivaldi. Je ne faisais que l'accompagner, revisitant un peu le morceaux pour l'adapter à la contrebasse.
À la fin de notre séance de vendredi, Sei-chan me donna les coordonnés du lieu où se déroulera le mariage. C'était un hôtel très chic du centre-ville.
Mais je me posais une question Avec qui le père de Sei-chan allait-il se marier ? Avec sa mère ? Sei-chan serait alors un enfant né hors mariage ?
-Sei-chan...
-Oui ?
Il répondit très distraitement, occupé à détendre le crin de son archet.
-Ton père... Il va se marier avec ta mère ?
Il se stoppa net dans son mouvement. Puis, il tourna la tête vers moi. Je vis, je vis très distinctement la lueur triste dans son visage, avant qu'il ne le détourne pour ranger son archet.
-J'aurai dû préciser. Il va se remarier.
-Ah. Tes parents avaient divorcé ?
-Non. Ma mère est morte.
Je me pinçais les lèvres, haïssant mon manque de délicatesse.
-Je suis désolé.
-Ce n'est pas grave, tu ne savais pas. Cela fait huit ans maintenant, j'ai fait mon deuil depuis.
-Je...
-N'en parlons plus.
Il ferma l'étui en cercueil alors que je rangeais ma contrebasse dans sa housse. Puis, sans un mot, il quitta la pièce, se rappelant au dernier moment, qu'il devait tout de même me dire au revoir.
Samedi, je mettais une chemise blanche, un veston gris, un pantalon gris, une cravate rose et des chaussures en cuir noir. Je me coiffai bien les cheveux, me parfumai, puis, sans dire au revoir à mes parents, je partis, ma contrebasse sur le dos, vers l'hôtel où avait lieu la cérémonie.
Il y avait beaucoup de monde. Dans la foule, je cherchais Sei-chan. Finalement, au bout de quelques minutes, je l'aperçus, un peu en retrait.
Il était incroyablement beau, moulé dans un costume qui lui allait à la perfection. Il portant en l'occurrence une chemise noire, une cravate grise, de la même couleur que sa veste. Une petite serviette rouge était coincée dans sa veste. Sous sa veste, il portant un veston de la même couleur que le mien. Il était parfait. S'il n'était pas si terne, il serait encore plus beau.
J'allai le voir. Il me remarqua et me sourit.
-Il y a beaucoup de monde !
-Pas étonnant. Ce n'est pas tous les jours que le deuxième homme le plus riche de Kyoto se marie.
Il avait un ton affreusement sarcastique.
-Tu vas bien, Sei-chan ?
-Pas vraiment, non. Je... cet idiot est en train de remplacer ma mère ! Par une pouffe de vingt ans en plus !
Il cria sa rage, je ne l'avais jamais vu ainsi. Il semblait si mal, si triste, si brisé presque. Je tentai de le calmer, mais cela ne servait à rien, il ne voulait rien entendre. Heureusement, tout le monde était regroupé autour des marches de l'hôtel et personne ne faisait attention à Sei-chan qui piquait sa crise.
Finalement, il se calma, expira et inspira de nombreuses fois.
-Tu te sens mieux ? Lui demandais-je.
-Ça devrait aller.
Il s'adossa contre le mur, puis, détourna le visage. Je savais qu'il se retenait de pleurer. Il devait penser à sa mère. Je tentais de m'imaginer ce qu'il pouvait bien ressentir, seul, avec cet homme qui remplace une par de son existence. Le père de Sei-chan, je l'avais déjà vu sur des magazines, il avait l'air d'un homme sévère. Sei-chan n'avait pas dû être heureux. Sans doute que sa mère était sa seule source de réconfort.
-Ils ne vont pas tarder à arriver. Je vais te montrer où poser ta contrebasse.
Je suivis Sei-chan qui passa par la petite porte derrière l'hôtel. Nous arrivons dans un petit couloir. Sei-chan nous mena dans une pièce où sont entreposés des tables, des cartons et de la vaisselle. Il m'indiqua un coin où son violon était déjà posé.
-Tu peux la mettre ici.
Ensuite, nous ressortons et allons attendre avec les autres la voiture qui devait amener les futurs mariés. Ils ne tardèrent pas et je vis le regard de Sei-chan se voiler. Son père arriva le premier dans une limousine noire luxueuse. Les photographes le prirent sous toutes les coutures. Il portait un costume très chic, mais pas extravagant. Il restait tout de même très classe, et largement au-dessus des autres.
Il s'installa en haut des marches de l'hôtel. Il salua d'un bref signe de tête son fils qui se trouvait aussi en haut des marches. J'étais juste en dessous de lui.
Puis, ce fût une limousine blanche qui apparue au coin de la rue. Une très belle femme en sorti, blonde aux cheveux retenus par un épais chignon. Un voile cachait partiellement son visage que je devenais très fins. Elle portant une robe imposante, couvertes de voiles, de satins, de perles et de motifs compliqués. Ses gants en satin blancs remontaient jusqu'à ses épaules. Sa robe bustier formait une longue traîne derrière elle.
Un homme que je devinais être son père sorti de la foule et l'embrassa sur la joue. Il prit son bras et la fit monter jusqu'à son futur époux. Une fois en haut, l'homme remit à Masaomi Akashi la main de sa fille. Ils restèrent ainsi un petit moment pendant lequel l'homme parla à Masaomi d'une voix basse. La femme se tourna vers Sei-chan et lui sourit.
-Bonjour, darling, susurrât-elle.
Sei-chan se tendit à côté de moi.
-Bonjour, Hime-san.
Hime ? Cette fille s'appelait princesse ? Ou bien voulait-elle que Sei-chan l'appelle ainsi ? Elle me répugnais. Je comprenais pourquoi Sei-chan était contre ce mariage. Cette femme ne semblait se marier que pour l'argent et la renommé. Elle n'aimait pas Masaomi, et sûrement pas son fils non plus.
Hime, au bras de Masaomi, entra dans l'hôtel. Toute la foule les suivit dans la grande salle de réception où se trouvait une estrade sur laquelle le maire de Kyoto attendait. Masaomi et Hime montèrent solennellement les marches, tout le monde s'installait à sa place attribuée. J'étais à côté de Sei-chan, au premier rang, tout au fond du rang, près du mur.
Je voyais Sei-chan mal à l'aise. J'imaginais à peine ce qu'il ressentait. Cette femme devait être à l'opposé de sa mère.
Le maire commença son discours. Le silence dans la salle était étrange. Tout le monde écoutait le maire parler respectueusement. Il déblatérait des banalités sur la fidélité, l'importance de l'amour qui n'était d'ailleurs sûrement pas le moteur de cette union.
-Si quelqu'un souhaite s'opposer à ce mariage, qu'il le dise ou se taise à jamais.
Je voyais Sei-chan serrer ses poings à côté de moi. Puis, il se leva. Toute la salle se mit à murmurer. Hime regarda le rouge, les yeux rieurs. Masaomi n'accordait qu'un regard en coin à son héritier, ses yeux étaient assassins.
-Jeune homme, vous êtes contre ? Demanda le maire.
-Oui. Je refuse cette union.
-Quel culot ! Lança le père de la mariée. C'est une attitude scandaleuse !
Masaomi mitrailla l'homme du regard avant de fixer de nouveau son fils. Sei-chan détourna le regard et préféra quitter la salle par une petite porte. La cérémonie continua comme si rien ne c'était passé. Je profitai que l'attention ne soit plus braquée vers mon coin de banc pour m'éclipser par la même porte que Sei-chan.
Il était adossé au mur juste à côté. La petite porte donnait sur la salle où était entreposé, entre autre, nos instruments de musique.
-Je ne le comprendrais jamais, soupira Sei-chan quand il me vit entrer.
Je m'assis, le dos coller contre le mur à côté de lui. Il fit de même. Sa main était posée très près de la mienne. J'hésitais à la prendre, dans le seul but de lui montrer mon soutien.
-Merci d'être venu Reo. Si tu n'étais pas là, j'aurai déjà cassé toute la vaisselle.
Je souris, tentant de détendre l'atmosphère. Soudain, des applaudissements retentirent, venant de la grande salle. Je voyais le regard de Seijuro perdre sa lumière lentement. Puis, il baissa la tête et se recroquevilla sur lui-même. Je ne pouvais rien faire pour lui. Je ne connaissais pas sa mère. Je n'avais pas les mots pour cette situation.
Je ne pouvais que lui dire que j'étais là.
Je passai mes bras autour de lui. Il n'était plus qu'une boule de tristesse adossée à un mur. Je le serrai contre moi, le tenant par les épaules.
-Tu sais, deux mariages sur trois finissent en divorces de nos jours. Avec de la chance, le leur ne durera pas longtemps.
Sei-chan ne répondit pas. Il restait ainsi, dans son monde de tristesse. Je ne pouvais rien faire pour l'en sortir.
Nous sommes restés ainsi pendant peut-être une heure complète avant que des employés de l'hôtel ne viennent chercher les tables entassées dans la salle. Je me décollai à regret de Sei-chan et me levai. Sei-chan par contre, ne bougea pas. Masaomi Akashi entra dans la salle.
-Bonjour, Akashi-dôno, dis-je poliment en m'inclinant.
-Bonjour. Vous êtes ?
-Un ami de votre fils, Mibuchi Reo. Il m'a demandé de venir. Il voulait que nous jouions ensemble une mélodie lors de la cérémonie.
-Je vois.
Puis, il s'avança vers Mini-roi en boule et je décidai de me mettre à l'écart. Je me rendais à un autre coin de la pièce, vers ma fidèle contrebasse.
Mais j'entendais ce qui se disait à quelques mètres de moi.
-Tu me fais honte, disait le père.
-Vous aussi, répondait le fils.
-Vraiment ? Et en quoi, je te pris ?
-Vous vous remariez avec une pouffe qui ne veut que votre argent, vous faîtes semblant d'être heureux. De quoi à l'air ce qui était ma famille maintenant ? Un vieux père avec une nana qui pourrait être ma sœur !
Sei-chan se leva, défiant son père. Ses yeux étaient emplis de haine.
-Hime est un mariage avantageux. Je ne pouvais pas finir ma vie en ressassant éternellement le souvenir de Shiori. C'est une époque révolue, tout ça.
-Alors moi aussi, je suis d'une époque révolue ? Je croyais être votre espoir ! C'était ce que me répétait maman. Elle disait que j'étais votre seul enfant, que j'étais de ce fait un peu plus important à vos yeux qu'une pièce de rechange.
-Si tu te comportes de la sorte, Seijuro, j'aurai vite fait de te remplacer.
Le visage haineux de Seijuro se mua en une mine brisée. Il baissa les yeux.
-Je vous présente mes excuses pour mon comportement, père.
-C'est mieux, soufflât le père. J'accepte les excuses. Maintenant, viens avec ton ami, Hime veut faire des photos.
Masaomi quitta la pièce. Une fois qu'il fût parti, je vis Sei-chan vaciller. Je me précipitais vers lui et le pris dans mes bras.
-Je suis là, lui dis-je simplement.
Il me repoussa et sortit de la pièce sans un mot. Je le suivis.
Ensuite, nous avons supporté l'affreuse séance photo. Seijuro posa une fois seul avec Hime, puis avec Hime et son père, puis seul avec son père. Durant cette prise, la tension entre les deux hommes était telle que l'atmosphère semblait baisser de quelques degrés.
Il était prévu que Sei-chan et moi jouions avant le grand repas. Je n'avais pas vraiment le trac, j'étais plutôt préoccupé par Sei-chan. J'imaginais ce à quoi il pensait, ce qui se cachait derrière ses yeux vides, pourtant si lumineux quelques mois auparavant. C'était de ce regard, de ce tempérament fougueux et invincible dont j'étais tombé amoureux. Pourtant, le Sei-chan devant mes yeux ne me déplaisait pas complètement. Car lui, il avait besoin de moi. Lui, je pouvais le consoler, je pouvais lui apporter quelque chose. C'était un attachement différent.
Il sortit son violon, son archet en bois, plus léger que le mien en carbone. Je l'observais, assis sur une petite chaise, mettre précautionneusement le colophane. D'un geste à la fois minutieux et rapide. Je faisais de même, les yeux rivés vers lui.
Puis, nous avons accordés nos instruments et nous sommes montés sur l'estrade.
Les regards se tournèrent vers nous. Mais je ne regardais que lui.
Nous avons tranquillement commencé à jouer. Sei-chan jouait plus vite que durant nos répétitions, comme s'il était enragé, comme s'il voulait en finir au plus vite. Mais moi, j'allais à mon rythme. La différence de tempo ne s'entendait pas tant que cela, ce décollage rendait le morceaux agréable. Ses gestes étaient rapides, son visage fermé.
Finalement, sur le deuxième mouvement que nous avions décidé de jouer, je continuais, un rythme un peu plus lent que d'ordinaire. Sei-chan me regarda. Et il semblait s'apaiser. Son rythme ralentit. Et là, nous étions en phase. Nous jouions avec un rythme parfait, nous jouions comme jamais nous n'avions joué. Souriant quand nos archets bougeaient à la même vitesse. Dans notre bulle, nous n'apercevions pas le monde qui nous regardait, ce monde qui se demandait pourquoi les deux musiciens se mangeaient ainsi sur scène, pourquoi ils semblaient autant s'amuser.
Sei-chan ferma les yeux. Il avait un visage apaisé, calme, tellement beau. Le morceaux prit fin. La bulle éclata et les applaudissements remplirent l'espace, envahit, il y a quelques secondes encore, de do, sol, fa, de mi bémol et autres notes jouées à la perfection.
Nous saluons brièvement la foule avant de s'éclipser comme des gamins impatients de la scène pour retourner dans la salle annexe.
Sei-chan se mit à rire. Contagieux, je le suivis dans cet élan.
-Tu as vu ? On était... C'était... bredouillais-je.
-Oui. C'était incroyable. Presque magique.
Comme honteux de ce terme enfantin, il rougit et détourna le regard. Il commença à ranger son instrument, le sourire aux lèvres. Je fis de même.
-Ne t'obliges pas à rester déjeuner. Ça va être insupportable.
-Non, c'est bon. Je vais rester avec toi.
-Vraiment, Mibuchi... ça va être affreux. Tu vas t'ennuyer, je vais me faire appeler darling toutes les cinq secondes. Je ne veux pas que tu restes.
Je finis de fermer ma housse avant de me tourner vers lui.
-Et si tu rentrais toi aussi ? Proposais-je.
-Non, je ne peux pas. Ça reste le remariage de mon père.
-Tu n'es pas obligé de t'imposer ça.
-Toi non plus.
Je soupirai.
-Bon, je vais y aller alors. Tu m'excuseras auprès de ton père.
-Bien sûr.
Nous restâmes un petit moment à nous regarder. Sei-chan tenait la lanière de sa boîte sur son épaule. Il semblait hésiter. Bien que j'avais réussi à illuminer son regard quelques secondes plus tôt, il s'assombrissait trop vite à mon goût. Je devais faire quelque chose.
-Sei-chan ?
-Qu'y a t-il ?
-Il n'y a rien entre Mayuzumi et toi, n'est-ce pas ?
J'ignorai moi-même comment j'avais pu avoir le courage de prononcer ces mots.
-Non. Pourquoi ?
En quelques secondes, mes inquiétudes s'envolèrent et une vague me submergea. J'ignorais de quoi elle était faite, je ne parvenais pas à mettre un mot sur le sentiment qui m'envahit.
-Pour savoir si ce que je vais faire est grave.
Avant qu'il n'ai pu réagir, je fondis sur ses lèvres. Loin de me repousser, Sei-chan agrippa mes cheveux et attira mes lèvres contre les siennes, il s'accrochait presque désespérément à moi. Il entrouvrit sa bouche et j'étais moi-même surpris par la fougue que je ressentais en lui. Comme s'il avait retenu son envie depuis trop longtemps. J'étais un peu comme lui, alors que je me laissais aller. Je dévorais ses lèvres, je dansais avec sa langue, je tirais sa veste, je le collais fort contre mon torse.
Peut-être que nous n'aurions jamais pu nous arrêter. Mais nos poumons ont leurs limites et nous avons dû nous interrompre quelques secondes.
Quand Sei-chan eu repris sa respiration, il embrassa de nouveau mes lèvres, fusionnant nos cellules. Je ne pensais plus, j'étais à sa merci. Il était, en quelques secondes seulement, en train de prendre possession de moi. Mon cœur lui appartenait déjà depuis des mois. Mais mon corps, non. Il était en train de me prendre ma raison.
C'était lui, mon âme sœur. Je n'avais jamais eu de tels sentiments pour une autre personne. Je ne pouvais me passer de lui, de son parfum. J'étais à lui, complètement à lui, alors que j'avais amorcé ce baiser, il me dominait totalement.
J'adorais être sa chose. J'adorais qu'il fasse ce qu'il voulait de mes lèvres, de mon esprit. Je savais qu'il me torturait, que nous allions devoir nous séparer, et qu'il me donnait de moins en moins envie de le faire.
Je m'étais dit que ce serait lui qui tomberait sous mon charme, qu'il serait à moi, entièrement à moi. Mais en réalité, c'était l'inverse qui se produisait.
Mon adoration pour lui était absolue.
Nous nous séparons de nouveau. Pour de bon cette fois-ci. Son père devait se demander ce que nous faisions.
-Je devrais... Je devrais y aller.
-Oui.
Je ne parvenais pas à amorcer le mouvement pour m'en aller. Finalement, ce fût Sei-chan qui rompit le contact.
Il déposa son violon sur une table près de nous, me tournant le dos. Il caressait la boîte.
-Tu t'extasie sur l'instrument ? Plaisantais-je.
Je devrais partir.
-Non, pas vraiment.
-J'ai toujours adoré le violon.
-Ah oui ?
-Oui. Quand j'étais petit, je voulais en jouer. Mais on m'a dit que c'était trop dur, et je ne voulais pas me lancer dans quelque chose de trop dur. Alors j'ai préféré la contrebasse.
Sei-chan se tourna vers moi. La boîte dans les mains. Il la regarda longuement. Avant de me la tendre.
-Prends-le.
-Quoi ?
-Je te dis de le prendre.
-Mais...
-J'en ai d'autres chez moi. Ce n'est pas ça qui manque. Prends-le.
-Ce n'est pas un souvenir ?
-Non. Prends-le.
Bien qu'hésitant, je décidai de lui faire plaisir.
Nous décidons de ne pas nous embrasser une nouvelle fois, cela réveillerai les passions. Alors, je suis simplement parti.
kama-chan59 : Oui, mais je te rassure, Reo va aller beaucoup mieux... Merci beaucoup en tout cas, ça me fait plaisir que cette fic te plaise.
StupidePatate : Je savais bien que Reo allait faire de la peine, raison pour laquelle il va mieux dans ce chapitre. J'ai résolu sa situation ^^ Ahah, encore ces surnoms XD Décidément ça fait son effet. PS : J'aime bien ton pseudo ^^
Zofra : Merci ! Alors, comme tu as pu le voir, c'est un Reo/Aka, le réserve le Mayu/Aka pour une autre fic... Qui, je le pense, devrait beaucoup plaire. Alors, concernant les signes, je te l'accorde, c'est pas encore très évident, je les ais caché exprès, et j'ai posé des pièges aussi (on n'arrête pas le sadisme aussi facilement héhé).
mystrale9331 : Merci ^^ C'est fait ! Il y a eu un petit kiss ^^ J'espère que la suite te plaira.
Guest : Et bien, je compte publier tous les mercredis si possible ^^ Eh bien, c'est un Reo/Aka ! (Un des plus beaux couples...). Merci beaucoup pour cette review ^^
Alors... Contents ?
Alors, concernant les fameux signes, je vous laisse un petit indice : Il n'y a pas de signes dans le premier chapitre ^^
Reviews ?
