Blabla de début de chapitre : Hello tout le monde ! J'espère que vous allez bien ? Si vous êtes en semaine de partiels (bon la semaine touche à sa fin mais il y en a encore pour celle qui vient), bon courage à vous ! Et bon courage aussi à ceux qui révisent pour le bac et les épreuves anticipées ! Ou pour tout autre examen, d'ailleurs…
Bref ! Dans ce chapitre apparaissent les frères Kirkland, petite précision qui n'est pas très utile dans un UA mais je vous l'apporte tout de même :
Alister Kirkland : Écosse
Elwyn Kirkland : Irlande
Cymru Kirkland : Pays de Galles
Voilà voilà, je n'ai pas grand-chose de plus à dire ! J'espère que vous apprécierez votre lecture ! N'hésitez pas à laisser un petit commentaire si ça vous a plus, c'est toujours important et motivant !
Chapitre 3
Lorsque le regard des trois frères d'Arthur se posa sur lui, Francis fut certain que le petit anglais ne lui avait pas menti. Ils commencèrent par se figer de surprise en le détaillant de la tête aux pieds. Puis, Francis vit clairement dans leurs regards qu'ils le connaissaient. Ou tout du moins, qu'ils l'avaient connu… dans une autre vie.
Le jeune homme se sentait de nouveau mal à l'aise avec cette idée. Il n'aimait vraiment pas le fait d'avoir eu des sosies dans le passé, qui en plus avaient des points communs avec lui. Il était Francis Bonnefoy et personne d'autre.
Les trois jeunes hommes étaient comme sur la peinture. Leurs yeux verts étaient identiques et Francis savait que c'était le même regard que celui d'Arthur. Ce n'était pas une couleur surnaturelle, mais leur regard avait quelque chose. Quelque chose d'un autre âge. Cela le frappa particulièrement.
-Bonjour, fit poliment le brun dans un français teinté d'un accent britannique.
-B-bonjour, répondit Francis, soudainement un petit peu intimidé face à ces trois hommes qu'il ne connaissait que par une peinture. J-je m'appelle Francis et je… enfin… j'ai rencontré votre frère…
-On s'en doute, lui dit le roux à côté de lui. Sinon, tu s'rais pas v'nu nous voir.
Mal à l'aise, le blond tourna la tête pour regarder ses deux meilleurs amis. Ils se tenaient tous les deux en retrait et ne semblaient pas trop avoir compris sa réaction un peu irréfléchie, mais ils lui adressèrent toutefois des sourires encourageants. Francis décida de parler aux trois anglophones sans trop y réfléchir, sachant que lui-même ne savait pas où il allait avec toute cette histoire.
-Je ne sais pas trop ce qu'il se passe, avoua-t-il. Je n'ai rencontré Arthur qu'hier, mais je pense sans arrêt à le revoir. Il y a comme quelque chose qui me pousse à revenir vers son château. Et l'idée qu'il ait connu « d'autres moi » dans le passé m'énerve vraiment et je ne comprends même pas pourquoi. Je ne suis pas eux du tout et je ne veux pas qu'il agisse avec moi par rapport à ce qu'il a vécu avec eux ! J'aurais même préféré ne pas leur ressembler du tout ou qu'il ne les ait pas rencontrés !
Il avait légèrement haussé la voix sans s'en rendre compte, ce qui l'étonna lui-même. Cependant, cela ne le surpris pas autant que sa propre franchise. Il ne connaissait ces trois britanniques ni d'Eve, ni d'Adam, mais il venait de leur exprimer des sentiments qu'il ne savait même pas avoir sur le cœur. Le brun et le roux le moins grand le contemplaient avec une surprise égale à la sienne, tandis que le plus massif éclatait de rire.
Il posa familièrement une main sur sa tête pour lui frotter les cheveux.
-Non, en effet, tu ressembles pas trop aux autres ! Tu m'plais bien !
Cette phrase apaisa Francis et lui tira un petit sourire.
-Vraiment ? demanda-t-il.
-Ouais ! C'est pas la tronche qui fait tout, tu sais…
Le blond hésita encore un peu. Maintenant qu'il avait exprimé les sentiments étranges qui l'envahissaient, il avait un peu plus de mal à trouver ses mots et quoi dire.
-Alors c'est vrai ? Vous êtes bien des vampires ?
Le large sourire option canines pointues du grand roux lui apporta une réponse évidente.
-Je suppose que tu voudrais bien en savoir plus sur tout ça ? Tu dois te sentir plutôt perdu. Tu devrais venir avec nous quelques instants, lui proposa le brun.
Francis tourna de nouveau la tête vers ses meilleurs amis, peu sûr de ce qu'il devait faire à ce sujet. Après tout, il n'était pas tout seul et il refusait de les laisser en plan, aussi étrange que toute cette histoire puisse être.
-Tu peux bien aller leur causer un peu si tu veux ! lui sourit Gilbert. J'pense que ça te ferait du bien, même !
-Ouais, parce que là, y'a vraiment quelque chose à faire… ajouta Antonio avec un regard plein de malice.
Francis préféra ne pas lui demander ce qu'il avait derrière la tête pour avoir un tel regard, même s'il s'en doutait un peu. Il acquiesça, rassuré.
-Je suis vraiment désolé, je n'arrête pas de vous laisser en plan, leur sourit-il pauvrement.
Gilbert lui tapota la tête.
-T'as rencontré la famille Adams, j'crois que ton excuse est valable !
Francis éclata de rire et les enlaça brièvement avant de s'écarter, le sourire aux lèvres.
-On ne va pas le retenir bien longtemps de toutes façons, assura le brun.
-On va s'poser là en attendant, alors !
Sur ce, les frères Kirkland embarquèrent Francis jusqu'à la terrasse d'un café un peu au-dessus du Loch et lui payèrent une tasse de thé qu'il ne parvint pas à refuser malgré ses protestations. Puis, les trois garçons se présentèrent avant de continuer la conversation. L'aîné, le roux massif, se nommait Alister. L'autre rouquin s'appelait Elwyn, et enfin, le brun et cadet des trois répondait au nom de Cymru.
Il leur posa tout d'abord des questions à propos des vampires. Il apprit qu'ils n'avaient pas besoin de vider un humain de son sang pour se nourrir, qu'ils pratiquaient une forme de magie qui leur était propre, qu'ils pouvaient se transformer en chauves-souris, en loup ou en brume, que le soleil ne les brûlait pas mais les affaiblissait grandement jusqu'à la mort et qu'ils n'étaient pas les seules espèces surnaturelles existant sur Terre.
Francis fut grandement fasciné par ce qu'il apprenait et il aurait bien voulu en savoir plus, notamment au sujet de la magie et des autres espèces surnaturelles, mais la conversation aurait certainement été beaucoup trop longue.
Après cette « petit » introduction, ils embrayèrent sur Arthur et Francis leur fit de nouveau part de ses inquiétudes au sujet des anciennes versions de lui-même et des réactions que cela pouvait entraîner chez leur jeune frère. Ils s'empressèrent alors de le rassurer.
-Déjà, commença Alister, même si Arty et nous on a connus les anciens « toi », te prends pas la tête : t'es pas la même personne, t'es différent d'eux, et on le sait ! Ok ?
-Oui, sourit Francis. Je vous avoue que ça me rassure un peu… je n'ai pas envie qu'on m'associe à des gens que je n'ai même pas connu.
-C'est normal ! sourit son vis-à-vis avec un grand sourire.
Francis but une gorgée de son thé, plus à l'aise. La familiarité d'Alister aidait à se sentir à sa place, il fallait dire. Et le Français devinait que c'était là son caractère naturel, et pas parce qu'il avait déjà vu son visage auparavant.
-C'est compliqué d'expliquer pourquoi il y a des vies antérieures comme ça, commença finalement Cymru. Ces gens-là sont très souvent les âmes sœurs de créatures immortelles. Cela permet justement à la créature en question de retrouver son âme sœur à travers le temps. C'est assez barbare comme explication, mais c'est la plus simple que j'ai…
Francis secoua la tête pour signifier qu'il voyait ce qu'il voulait dire.
-Le truc qu'on comprend moins, c'est pourquoi parfois, cette âme sœur rejette celui à laquelle il ou elle est destiné. Parce que normalement, l'amour devrait être si fort que les obstacles en deviennent dérisoires… il n'y a pas plus fort que l'amour entre âmes sœurs. Ça n'a strictement rien à voir avec l'amour que les humains peuvent éprouver les uns pour les autres. Ça devient une dépendance physique, même. La séparation peut être douloureuse et pas juste pour les sentiments. C'est pire quand le lien est formé. Si les deux âmes sœurs se séparent, à cause de la mort de l'un, par exemple, cela en devient mortel pour l'autre.
Francis, liant tous les éléments qu'il avait à sa disposition, commençait à comprendre les tenants et les aboutissants de tout cela.
-Si je comprends bien… je serais l'âme sœur de…
-D'Arthur, oui. En effet.
Le blond accusa le coup et ne répondit pas tout de suite, les trois autres respectant son silence. Ils comprenaient parfaitement qu'il avait besoin de mettre de l'ordre dans ses pensées avec tout ce qu'il vivait actuellement.
-Je suis son âme sœur, mais les autres avant moi ne l'ont jamais choisi lui, c'est bien ça ? continua-t-il finalement.
-Exact, acquiesça Elwyn. Arty leur a lancé un sort d'oubli à chaque fois, et généralement c'est eux qui lui demandaient ça.
Francis trouva cela incroyablement triste. Le vampire avait vécu certainement des siècles et des siècles, il savait parfaitement à quoi s'attendre à chaque fois qu'il rencontrait une nouvelle personne lui ressemblant à l'identique, et l'issue restait toujours la même.
Il comprenait bien mieux pourquoi il avait semblé le détester de prime abord.
Francis aussi aurait fini par détester quelqu'un qui l'avait sans cesse rejeté, même si ce quelqu'un n'était jamais le même.
Tout cela était vraiment très très compliqué…
-On s'dit que ceux d'avant c'étaient peut-être pas vraiment les bons, continua Elwyn. Que c'était pour le conduire au vrai, à celui qui l'aimera, qui le choisira, et que lui aura pas envie de laisser se barrer !
Ce raisonnement étant assez cohérent, Francis espéra que c'était le cas, avant de se rappeler qu'il était le principal concerné par toute cette affaire. Il n'avait aucune envie de briser le cœur d'Arthur, c'était une certitude. Mais il ne s'était jusque-là pas du tout posé de questions au sujet de ses sentiments et de tout le reste.
Des questions qu'il n'avait pas vraiment envie de se poser par ailleurs.
Il ne voulait pas être comme les autres, il ne voulait pas le décevoir, et pourtant il le connaissait à peine.
L'aimait-il ? Il ne le savait pas réellement. Lui-même était sorti avec beaucoup de gens, filles comme garçons, aimant beaucoup le romantisme et les plaisirs de la chair.
Mais il n'avait jamais vraiment eu de relations qui le faisaient rêver d'un avenir à deux. De plus, il était tout de même assez tôt pour se poser d'emblée ce genre de questions.
Étrangement… il n'arrivait pas à se demander s'il pourrait se voir passer sa vie avec Arthur. Parce qu'il ne le connaissait pas assez, certes, mais aussi parce qu'une étrange certitude avait naquit dans son cœur. Il n'arrivait pas à mettre de mots dessus, mais il se sentait tranquille quant à ce qu'il allait se passer par la suite. C'était un sentiment très très étrange, mais le creux dans son cœur qu'il avait ressenti à la seconde où il avait vu Arthur semblait moins vide, d'un coup.
Mettant un terme à ses songes, la voix d'Alister le rappela au monde réel.
-Est-ce que là, si on te proposait de t'effacer la mémoire pour que tu reprennes le cours de ta vie, tu accepterais ?
-Non ! protesta spontanément Francis. Non ! Je ne veux pas ! Je… je veux apprendre à le connaître… vraiment…
Les trois frères échangèrent alors un bref regard avant de lui sourire.
-T'as vraiment l'air différent des autres, tu sais. Ton aura est… différente. Et tes réactions aussi d'ailleurs. Ils étaient moins sûrs d'eux et se posaient vachement plus de questions chiantes. Tu d'vrais essayer de le revoir !
-Oui mais… quand ? Je ne suis que de passage, avec mes amis, j'habite en France… ce n'est pas à l'autre bout du monde, mais tout de même.
-Tu trouveras bien un moment pour le faire.
Francis acquiesça. Il s'étonna lui-même de ne pas se poser plus de questions que cela, au fond. Il n'était même pas dérangé par le fait qu'Arthur soit son âme sœur ou un vampire. Il fallait croire qu'on finissait par s'habituer assez rapidement aux bizarreries… d'un côté, il était en train de prendre le thé avec trois vampires âgés de plusieurs siècles.
Tout était relatif.
-Comprends quand même une chose, fit alors Elwyn. Si jamais tu restes avec lui, tu vieilliras plus alors que tes proches si. C'est une contrainte importante, et c'est justement à cause d'elle que certains ont pas choisi Arty.
Francis avait bien évidemment compris cela. Étant donné qu'Arthur était immortel, cela lui paraissait logique.
-Je n'ai pas de famille, répondit-il. Juste mes deux meilleurs amis. Eux non plus ont personne, enfin sauf Gil avec son petit-frère… on ne pourrait vraiment rien y faire ?
-Eh bien… marmonna Cymru. Pour trois personnes… si vraiment il se passe quelque chose de différent cette fois-ci… on pourra bien faire ça. De toutes façons, on a déjà vu leurs têtes à eux aussi. Ils sont forcément les âmes sœurs de quelqu'un. Ça peut s'trouver plus facilement qu'on n'le pense…
Francis fut soulagé d'apprendre cela. Il préférait appréhender toute la question sans se prendre la tête avec les « oui, mais ».
Certes, prendre ce genre de décisions sans en parler à ses meilleurs amis était prématuré, mais il comptait aborder le sujet avec eux, tranquillement et calmement. Tout cela prenait de trop grosses proportions pour qu'il n'en dise rien ou ignore tout.
Mais avant cela, il devait revoir Arthur. Il ne devait pas agir hâtivement et se projeter en faisant des théories ou en apportant des solutions sans qu'il ne soit sûr. Pas de décision irréfléchie.
Son cœur l'avait déjà prise, lui, sans même lui demander son avis.
oOoOoOo
Arthur contempla la foule naissante. Les révolutionnaires. Ces Français le surprendraient toujours à chambouler ainsi des acquis sociaux implantés dans la société depuis des lustres, et à se battre si fort pour renverser les choses.
Ils étaient vraiment tenaces. Oh, pas tous, mais bien souvent, il ne suffisait que d'une minorité pour faire pencher la balance.
Décidément, il s'était un peu trop entiché de ce peuple…
Beaucoup trop.
L'un des révolutionnaires attira son œil, à travers les torches flamboyant dans l'obscurité charbonneuse. Il ne voyait que sa queue de cheval nouée par un ruban rouge de là où il était.
Le vampire ne voulait pas voir ce spectacle. Il comprenait la volonté des Français de s'affranchir de leur monarchie, de la noblesse et des inégalités. Mais tout cela était en train de tourner beaucoup trop mal. Le rêve de liberté virait au cauchemar et il ne tenait pas à en être témoin.
De toutes façons, pour lui aussi le cauchemar était revenu.
Cette fois-ci, il n'avait pas eu besoin de laisser la décision au beau blond aux yeux bleus qui le faisait chavirer à chaque fois qu'il le rencontrait de nouveau.
Il ne voulait pas d'une âme sœur comme cela. Il n'était pas l'homme doux et gentil qu'il aimait. Oh bien sûr il aurait pu l'être… il avait réellement bon cœur.
Mais ce bon cœur était trop englué dans la haine et dans la révolte.
C'est donc de son propre chef qu'il avait prononcé les mots magiques une nouvelle fois, profitant du sommeil du Français.
Le vampire se leva dans les ténèbres et commença à s'éloigner des feux ardents.
Il avait mal.
Très mal.
Mais il commençait à s'y habituer.
oOoOoOo
Francis se retint de soupirer. Il avait l'impression de gâcher les courtes vacances qu'il passait avec ses amis, bien qu'eux lui assuraient le contraire.
Il était sans cesse ailleurs, ses pensées étant restées dans ce fameux château. Antonio et Gilbert ne savaient que faire : Francis n'était tellement plus connecté avec l'instant présent qu'il en oubliait de manger. Et même lorsqu'ils le lui rappelaient, il n'avait pas d'appétit.
Ils avaient peur que toute cette histoire ne finisse par lui apporter des séquelles physiques.
Ils firent alors tout pour le distraire et lui changer les idées. Ils visitèrent plus d'endroits encore que ce qui était prévu, et le Français se prêta bien au jeu et à l'ambiance, participant aux blagues et discussions.
Cependant, son regard bleu demeurait loin de là.
Ses deux amis ne comprenaient pas bien la portée de tout cela, mais ils avaient bien retenu que Francis était l'âme-sœur de ce fameux vampire. Pour eux, la solution semblait toute trouvée, mais le blond avait l'air de dire que c'était plus compliqué que cela. Il n'était même pas sûr qu'Arthur se laisse revoir un jour. Après tout, s'il avait tant de fois été blessé, cela était compréhensible.
C'est pour cela que, lorsqu'ils aperçurent deux des frères Kirkland, l'aîné et le brun, Alister et Cymru dans un magasin, ils y entrèrent, entraînant Francis qui n'avait rien vu dans leur suite.
Ils virent rapidement que les deux autres membres de la fratrie étaient présents, discutant devant le rayonnage des bières. Francis releva la tête vers Arthur au même moment que ce dernier se retournait vers lui en sentant son odeur.
Il y eut un bref échange de regard, silencieux. Arthur sembla avoir peur de ce qu'il pouvait lire dans ce regard bleu, et se détourna sans un mot, esquissant un mouvement pour s'éloigner.
Francis, par réflexe, tendit la main et attrapa le poignet du petit blond. Ce dernier se figea en sentant la peau chaude sur la sienne, et se dégagea brusquement.
-Ne me touche pas, siffla-t-il.
Son ton légèrement agressif sembla être celui d'un animal blessé et acculé, mordant pour se défendre. Son regard était à la fois fuyant et plein de colère contenue. Francis recula d'un pas, comme s'il s'était brûlé.
Elwyn, ayant directement assisté à la scène, passa un bras autour des épaules d'Arthur et regarda quelques secondes Francis. Un léger soupir s'échappa de ses lèvres.
-Peut-être est-ce mieux, au final, que vous ne vous revoyiez pas.
Le blond aux yeux bleus se tourna vers les deux autres aînés d'Arthur, le regard un peu plus perdu que précédemment, mais ils fixaient leur cadet avec tristesse.
Sans un mot, les quatre frères sortirent de la boutique sans rien avoir acheté, laissant le Français avec un goût amer et une boule dans la gorge.
oOoOoOo
Après avoir fait deux pas en avant et dix en arrière, Francis ne se résignait toujours pas à souhaiter oublier.
L'image d'Arthur le hantait, la phrase d'Elwyn ne cessait de lui revenir en tête, le tourmentant et lui faisant perdre espoir… mais il refusait d'oublier.
Il revoyait ce mouvement de recul, ce ton froid, lorsqu'il avait saisit le poignet d'Arthur. Son regard à la fois plein de terreur et de colère. Il avait pourtant espéré avoir suffisamment fait baisser sa garde au vampire…
Et puis, bien sûr… il ne pouvait espérer que les frères d'Arthur lui accordent eux aussi toute sa confiance. Arthur avait peur. Il avait souffert, énormément souffert. Ils avaient dû le voir souffrir à chaque fois, à travers des siècles. Il était normal qu'ils se montrent protecteur et préfèrent éviter le pire s'ils voyaient que cela ne se passait pas bien.
Peut-être avaient-ils espéré un bon geste venant d'Arthur ? Un signe que Francis était, pour lui, différent ?
Tous ces questionnements demeuraient sans réponses, et ils le demeureraient longtemps s'il ne se passait rien.
Le blond avait terriblement envie de tenter quelque chose, mais il ne pouvait pas se contenter de revenir près du château. Son intuition lui soufflait que, cette fois-ci, on ne le laisserait probablement pas entrer.
Le jeune homme se laissa alors retomber sur son oreiller, dans la chambre d'hôtel.
Gilbert et Antonio l'avaient enjoint à se reposer un peu pendant qu'ils allaient acheter des billets pour leur prochaine visite, et probablement comploter dans son dos pour trouver une solution.
Il était touché qu'ils s'impliquent ainsi dans tout cela. Après tout, ils n'étaient pas directement concernés et auraient pu simplement lui dire d'oublier Arthur, que cela n'en valait pas la peine, et toutes les phrases bateaux que les amis sont censés sortir dans ce genre de situations.
Mais ils avaient compris l'importance que cette histoire prenait dans le cœur du jeune homme. Ils avaient compris qu'il ne voulait pas oublier, et que de toutes façons il n'y parviendrait pas.
Ils avaient compris que c'était une histoire qui dépassait l'entendement, et qu'il n'y avait que deux issues possibles : la souffrance, ou la résolution et le bonheur.
Malheureusement pour Francis, le premier choix se profilait de plus en plus pour lui… et les vacances qui n'allaient plus durer bien longtemps…
Soupirant, il se redressa de son lit pour aller s'accouder à la fenêtre. L'hôtel avait vu sur la mer, et au crépuscule, avec le reflet du ciel paré de multiples couleurs, elle devenait magnifique.
Francis adorait l'Écosse. Le Royaume-Uni de façon générale, d'ailleurs. Il avait visité l'Angleterre et voulait absolument en faire de même pour le Pays de Galles et l'Irlande. Curieusement, alors qu'il n'avait pas de famille dans les quatre nations britanniques, ou qu'il n'y avait jamais vécu… il s'y sentait chez lui. Tout comme il se sentait chez lui en France.
Il aurait sans aucun doute pu s'y installer…
Concentré sur les douces vagues au-delà du port, Francis ne prit pas attention à la forme se faufilant au bas de la rue. Aussi, il sursauta lorsqu'un jeune homme sauta sur son balcon alors qu'il se trouvait au quatrième étage de l'hôtel.
Il le reconnut instantanément. Elwyn Kirkland !
Fébrilement, il lui ouvrit la porte-fenêtre menant au balcon.
Le grand roux entra, visiblement plutôt gêné de ce qu'il était en train de faire.
- 'soir… marmonna-t-il.
-Bonsoir… sourit Francis en retour, toujours poli.
Le regard émeraude du vampire semblait hésitant et il passa une main dans ses cheveux, les ébouriffant plus qu'ils ne l'étaient déjà.
-J'suis venu parce que j'pense que même si Arty te rejette, t'as le droit à une chance, continua-t-il d'un ton légèrement revêche, comme s'il n'assumait pas d'être venu ici.
Francis pouffa légèrement de rire devant son attitude, s'attirant un haussement de sourcil du britannique.
-What ? fit-il.
-Rien, rien… mais tu n'étais pas obligé de venir si tu n'en avais pas envie, tu sais…
Le sourire gentil de Francis et sa sincérité embarrassèrent un peu le grand roux qui sembla se rendre compte que son attitude était légèrement en contradiction avec sa venue. Il prit alors un air moins abrupt, restant simplement gêné de se trouver là.
-On tient à Arty, tu sais, avoua-t-il. Toute cette histoire, ça nous fait chier, parce qu'on veut pas qu'il souffre encore… mais t'aurais pu te barrer depuis longtemps, ou juste vouloir oublier, mais t'es encore là alors que ça doit te faire souffrir aussi.
Francis acquiesça sans mot dire. Il se doutait que mentir serait inutile, et que le roux se doutait de l'état mental dans lequel cette situation le plongeait.
-J'sais pas si t'es le bon, ou quoi… mais tiens.
D'un geste, il sortit un vieux livre à la couverture ouvragée, rouge foncée, en cuir. Francis tendit les mains, hésitant. L'objet semblait vieux, rien qu'au toucher. Le papier était ancien, jauni.
Lorsque le vampire relâcha sa pression sur l'ouvrage, Francis fut surpris du poids de l'objet. Il était lourd…
-C'est un des journaux d'Arty… j'sais pas trop de quelle époque il est, celui-là… mais ça t'apprendra à le connaître un peu…
Il tourna les talons pour revenir sur le balcon, mais avant d'en sauter, il se tourna une nouvelle fois vers Francis. Ce-dernier, surpris de la visite et du « cadeau », n'avait pas esquissé un mouvement.
Néanmoins, il plongea son regard dans celui d'Elwyn. Le roux semblait sérieux et inquiet.
-Fais le bon choix… please… fit-il.
Puis, il disparut du balcon, partant avec les derrières lueurs du jour qui s'estompaient déjà à l'horizon.
