Chapitre 2 : Harpie et confidence
Avec ce qui s'était passé la veille, sans le vouloir, Drago ne lâchait plus Granger du regard et il remarqua qu'en cours, son bras ne semblait plus monté sur ressort. Elle semblait prendre note, écouter, mais elle ne cherchait plus à répondre. Chez un autre élève, ça ne l'aurait pas inquiété. Mais chez Granger, c'était assez significatif du fait qu'elle n'allait définitivement pas bien.
Puis d'un seul coup, il secoua la tête. Mais qu'est-ce qu'il lui prenait de s'inquiéter pour elle ? Il avait assez de ses propres problèmes pour ne pas, en plus de ça, gérer les états d'âme de Miss je-sais-tout ! Puis, elle avait des amis !
Le soir, il était de nouveau présent pour leur ronde et cette fois-ci, elle arriva à l'heure. Sans un mot, ils se mirent en marche. A un moment donné de leur ronde, ils croisèrent un couple en train de s'embrasser. Croyant que, comme la veille, elle n'allait pas y accorder d'attention et n'étant pas lui-même décidé à jouer le parfait préfet, il continua sa route. Toutefois, il s'arrêta net lorsqu'il vit sa « collègue » foncer comme une furie sur le jeune couple.
- Vous avez vu l'heure qu'il est ! Non mais je rêve ! Allez tout de suite dans votre dortoir et si je vous revois dehors à cette heure-ci, je m'arrangerai pour que vous soyez collés pour trois semaines ! cria-t-elle.
Les deux jeunes, qui ne devaient pas avoir plus de 14 ans, se ratatinèrent sur eux-mêmes avant de partir dans le couloir, dans la mauvaise direction puisque leur tenue montrait les couleurs de Serdaigle.
- Pas par ici, vous ne savez même plus où vous habitez ? Ou vous avez la tête trop pleine d'idées perverses ? cria-t-elle encore.
Les deux Serdaigle repartirent dans la bonne direction en courant pour fuir au plus vite la harpie. Alors qu'il s'apprêtait à lui demander ce qui n'allait pas, elle fondit en larmes et se laissa aller contre le mur jusqu'à être assise à terre.
Il ne savait pas quoi faire, devait-il la laisser tranquille ? La rassurer ?
- Granger, c'est quoi ton problème ? demanda-t-il un peu brusquement
Elle ne répondit pas. Il l'avait toujours vu forte, fière, même hautaine. Mais la voir comme cela lui faisait plus de peine qu'il ne l'aurait cru et il se dit que, s'il arrivait à lui remonter le moral, peut-être que sa culpabilité envers elle s'atténuerait.
- Granger, calmes-toi ! dit-il de manière plus douce.
Elle ne répondait toujours pas, alors il s'accroupit en face d'elle et lui tendit son mouchoir d'une main, tout en lui tapotant maladroitement l'épaule de l'autre. Tant de gentillesse de la part de Malefoy la surprit tellement qu'elle releva la tête et tâcha de se calmer.
- Voilà, c'est mieux comme ça, dit-il sur un ton doux qu'il n'avait jamais entendu venant de lui.
Elle prit le mouchoir, souffla un bon coup, s'essuya les larmes et se releva, l'air fier et supérieur, comme seule elle savait le faire, voilà qui était plus digne d'elle pensa Drago.
- Merci, dit-elle en regardant le mouchoir à défaut de le regarder lui.
Il ne répondit pas, s'il lui répondait « de rien », elle le trouverait encore plus bizarre. Elle lui tendit le mouchoir après l'avoir nettoyé à l'aide d'une formule puis se remit en route.
- Il est parti, dit-elle soudainement.
Malefoy mit un moment à comprendre de quoi elle parlait, mais il finit par percuter qu'elle parlait probablement du rouquin.
- Parti où ?
- Ça, je n'en sais rien. Tout ce que je sais, c'est qu'il va bien et qu'à la dernière lettre que j'ai reçue, il était en Australie.
- Vous sortiez ensemble, non ?
Il se souvenait qu'après les événements, il les avait croisés au ministère, main dans la main. Il crut qu'elle allait encore fondre en larmes mais elle se contenait.
- Oui c'était le cas, avant qu'il ne parte, répondit-elle.
- Il ne vaut pas tes pleurs, dit Malefoy avant de pouvoir se retenir.
- Depuis quand essaies-tu de me remonter le moral ?
Il haussa les épaules.
- C'est vrai, tu me tapotes l'épaule, tu me prêtes ton mouchoir et maintenant tu me sors des paroles réconfortantes !
- Même si tu es une Sang-de-Bourbe, Weasmoche ne vaut pas qu'une fille pleure pour lui.
Elle aurait mal pris l'insulte en temps normal mais Malefoy n'y avait pas insufflé le mépris qu'il y mettait à l'époque.
- En tout cas, merci.
- N'en fais pas toute une histoire ! s'énerva-t-il.
Elle sourit, Malefoy leva les yeux au ciel mais ne fit aucun commentaire. Se pouvait-il qu'elle ne soit pas rancunière ? Ou alors, les événements, puis le fait que l'autre abruti l'ait plaquée pour aller voir les kangourous, l'avaient complètement détraquée. En tout cas, elle lui avait souri.
Lorsqu'ils arrivèrent dans le couloir proche de la salle commune des Serpentard, ils croisèrent Parkinson et Goyle.
- Non, la Sang-de-Bourbe va contaminer le couloir, ça va peut-être se propager jusqu'à notre salle commune ! s'exclama Pansy avec un faux air inquiet ce qui fit ricaner Goyle.
Malefoy l'aurait bien remise à sa place mais Hermione intervint avant.
- Surveille tes paroles Parkinson !
- Sinon ?
- Sinon la Sang-de-Bourbe que je suis va te le faire regretter, dit-elle calmement.
Parkinson sortit sa baguette mais Hermione fut plus rapide et lança un sortilège de bouclier renvoyant à Pansy son propre sort de bloque-jambe. Puis Hermione explosa d'un rire franc lorsqu'elle tomba. Malefoy avait bien compris qu'il s'agissait là d'une manière de se défouler. Puis Parkinson l'avait bien cherché, après tout, c'était simplement son sort qui s'était retourné contre elle et elle avait insulté Granger juste pour amuser Malefoy.
Avant, il aurait ri mais évidemment, elle ne voulait même pas entrevoir la possibilité que les événements l'aient changé. Non, Pansy voulait continuer à idolâtrer la brute qu'il était avant.
- Tu ne feras jamais le poids contre moi Parkinson, se vanta Hermione avec toute l'arrogance dont elle était capable.
Goyle fit un pas en avant, Malefoy ne savait pas ce qu'il comptait faire, frapper Hermione ? Il espérait que non, Née-Moldue ou pas, elle restait une fille et même lui à l'époque où ses convictions étaient féroces, il ne se serait pas abaissé à ça. Il n'avait pas l'intention de le laisser approcher plus pour savoir.
- Goyle, elle est préfète-en-chef et Pansy l'a attaquée, ne fais rien de stupide, prévint Malefoy.
Goyle s'arrêta net, lui aussi, il était redevenu le soumis qu'il avait été avant l'année dernière.
- Libère-la plutôt, nous, on va finir notre ronde.
Malefoy repartit et Hermione le suivit.
- Ça va mieux ? Demanda-t-il sur un ton ironique.
- Oui tellement mieux ! Maintenant je comprends pourquoi tu te montrais toujours odieux, ça défoule !
- Je ne le faisais pas pour ça mais heureux que ça ait pu t'aider.
- Tu le faisais pourquoi ?
- Parce que j'étais comme ça, enfin, parce que je suis comme ça, rectifia-t-il.
Elle le regarda bizarrement mais ne fit aucun commentaire.
- Je commence quand même à regretter, avoua-t-elle.
- Tu n'as fait que lui renvoyer son propre sort, minimisa Malefoy.
- Je m'étonne que tu ne prennes pas sa défense, je pensais qu'elle était ta copine.
- Non, on couche ensemble, des fois, elle me colle mais ce n'est pas ma copine Granger, je ne suis pas du genre à avoir une copine. Je ne m'embarrasse pas de sentiment.
- Tu as raison, les sentiments c'est trop…
Elle ne termina pas sa phrase, elle semblait replonger dans ses abîmes de souffrance silencieuse qu'il connaissait trop, même si lui, ne les connaissait pas à cause d'un chagrin d'amour.
- Ce ne sont pas les sentiments qui craignent, c'est celui pour qui tu les ressentais, fit remarquer Malefoy.
- Tu ne connais pas Ron comme je le connais, répondit-elle, entêtée.
- Peut-être, mais je vais te dire ce que je pense, insista-t-il.
- C'est vraiment nécessaire ? demanda-t-elle avec un air à la fois réticent et amusé.
- Non, mais je vais le faire quand même ! Autant tu serais amoureuse de Potter, je pourrais comprendre, il est courageux et héroïque puis un peu intelligent…
- Il est plus « qu'un peu » intelligent et Ron l'est aussi, de même qu'il est courageux et héroïque. Mais avec Harry, ça n'a jamais été comme ça, dès le début il a été mon meilleur ami, sur ce plan, il l'a toujours été plus que Ron. Mon meilleur ami, répéta-t-elle.
- Oui, oui, mais on s'en fout ! Ce que je voudrais comprendre c'est pourquoi tu tiens autant à Weasmoche ? Tu es intelligente, jolie, lui il est intelligent à sa manière, c'est sûr mais pas plus que la plupart des gens, bien moins en réalité ! Il est courageux mais bien moins que Potter et il est loin d'être beau ! Il braille dès que quelque chose le contrarie. Il a cessé de parler à Potter pendant des mois, simplement parce qu'une personne avait mis son nom dans la coupe et il s'est jeté dans les bras de cette cruche de Lavande juste pour te faire payer le fait d'avoir embrassé Krum, 2 ans plus tôt. Alors dis-moi, qu'est-ce que tu lui trouves ?!
Hermione fut surprise qu'il connaisse autant de détails sur leur vie à tous les trois, surprise aussi qu'il lui ait fait des compliments et surprise qu'il ait envie de comprendre pourquoi elle aimait Ron.
- Ron est loin d'être parfait, c'est vrai, mais à côté de tous ses défauts, il est drôle, des fois à ses dépens, je l'avoue. Ensuite, il n'est pas le garçon le plus intelligent que je connaisse mais des fois, il surprend. C'est ça en fait, Ron est, et sera toujours, quelqu'un de surprenant. Quand tu penses le connaître par cœur, tu découvres quelque chose de nouveau. Peut-être que tu as raison, peut-être qu'il n'a rien de magnifique, pourtant, je l'ai toujours trouvé beau. Je ne me l'explique pas, c'est comme ça.
Elle avait parlé sur un ton doux, les yeux perdus dans le lointain, comme si à chaque fois qu'elle lui révélait une des raisons de ses sentiments, elle revoyait une scène de son passé. Il se dit pendant une fraction de seconde que cette fille savait aimer, si une fille l'avait aimé comme cela, aurait-il fait les mêmes erreurs ? En même temps, il n'avait jamais mérité qu'une fille l'aime comme cela. Elle aimait Weasmoche pour ses bons et ses mauvais côtés. Elle l'aimait pour ce qu'il était, pas pour ce qu'elle voulait qu'il soit. Pansy l'aimait peut-être, mais pour ce qu'elle voulait voir, pas pour ce qu'il était.
- Mais quand il m'a quittée, là aussi je l'ai trouvé surprenant, je ne m'y attendais pas, c'est peut-être pour ça que j'ai du mal à m'en remettre.
- Tu dépasseras ça.
- Qu'est-ce qui te permet d'en être aussi sûr ?
- Granger, tu es la fille la plus fière, la plus entêtée et la plus forte que je connaisse, pour moi, tu pourras toujours tout surmonter.
Elle le regarda : c'était la première fois que quelqu'un lui parlait ainsi, à part Harry mais venant de Malefoy, c'était encore plus touchant parce que lui ne chercherait jamais à lui inventer des qualités qu'elle ne possédait pas. Mais pourquoi donc faisait-il cela ?
Puis après tout, si elle, elle était devenue un peu plus agressive, comme avec Pansy, peut-être que lui au contraire était devenu plus sympathique ? Mais le changement était tout de même assez important ! La ronde toucha à sa fin, ne sachant quoi dire de plus, ils se contentèrent d'un « à demain ». Hermione ajouta un dernier merci auquel il ne répondit pas.
