Titre : Hosanna, III.
Auteur : JohnnieDarko.
Fandom : Harry Potter.
Personnages/Couple : Hermione Granger, Sirius Black, un paquet de Chogrenouilles.
Genre : Amitié, réflexion.
Warning : Niet.
Rating : G
Disclaimer : J.K. Rowling, je ne suis pas encore sur son testament.
Bien évidemment, tous mes remerciements à mes bétas (Eanna et Shaman). Je vous souhaite une bonne lecture !
Assise dans la cuisine du 12, square Grimmaurd, Hermione se perdait dans ses pensées tout en grignotant une brioche. Elle savait bien qu'elle n'était pas censée se trouver ici aussi tard mais là n'était pas le problème. À son grand étonnement toutefois, lorsqu'elle avait descendu les escaliers, il n'y avait pas d'autre bruit que les respirations paisibles venant de différentes chambres. Sachant que la maison était le quartier général de l'Ordre, elle se serait bien attendue à trouver du monde veillant ici ou dans le salon, même à trois heures du matin. Elle n'avait pas prévu de manger seule avec l'écho de ses bruits pour toute compagnie, et cela la mettait mal à l'aise.
Elle aurait voulu retourner se coucher mais elle savait qu'elle n'arriverait pas à retrouver le sommeil. Elle ne supportait pas d'être seule dans cette grande chambre avec Ginny. Même endormie, la jeune fille l'empêchait de réfléchir comme elle en avait l'habitude, c'est-à-dire en marmonnant pour elle-même ou se tirant les cheveux de manière maladive. Hermione avait beau l'aimer comme une sœur, elle devait cependant s'avouer que sa présence lui ôtait la solitude dont le besoin parfois trop violent ne pouvait être expliqué.
Il n'y avait personne, du moins personne de visible, se dit-elle avec un sourire. Malgré toutes les protections magiques du lieu, elle savait pertinemment que l'Ordre ne pouvait se permettre de laisser la porte sans surveillance. Elle avait bien essayé d'appeler mais seul le silence avait accueilli ses tentatives. Tant pis. Elle mangerait toute seule les sucreries qu'elle avait repérées un peu plus tôt et bien fait pour les autres.
« Tu sais que c'est interdit par le règlement d'être debout à cette heure-là et de manger le lot commun ? » demanda soudainement une voix rauque à l'autre bout de la cuisine.
Hermione sursauta. Elle s'était bien attendue à ce que quelqu'un vienne la trouver, mais pas sans qu'elle n'ait senti de présence.
« Sirius. Il m'arrive aussi parfois d'être simplement insomniaque et affamée, tu sais ? »
Elle aimait bien Sirius, malgré tout ce que Harry pouvait penser. Elle l'aimait même énormément. Du moins, dans la mesure où une enfant trop mature de seize ans peut apprécier un adulte de trente-cinq ans resté sur ses vingt-un. Ils savaient tous les deux qu'ils étaient engagés dans deux chemins trop antagonistes pour être un jour amis.
Sirius se décolla du chambranle de la porte, se débarrassa de la cape d'invisibilité de Maugrey avant de la rouler en boule et de se diriger vers les nombreux placards ouvragés. Son choix s'arrêta sur paquet de Chocogrenouille d'une taille respectable, puis il vint s'asseoir à côté de la jeune fille et se mit à le dévorer. Hermione fut agréablement surprise de réaliser que le silence que ponctuaient les bruits de leur collation n'avait rien de pesant.
« Ça t'arrive souvent de ne pas dormir ? demanda-t-il après un moment .
— Pas vraiment, répondit-elle en réfléchissant, ou plutôt si, mais généralement je sais pourquoi. »
Devant le sourcil interrogateur de Sirius, elle reprit :
« D'habitude, c'est quand je me fais du souci. Pour un devoir, parce que Harry a encore trouvé le moyen de se mettre dans le pétrin, parce que l'un d'entre eux a décidé de ne plus m'adresser la parole... (elle ne pouvait pas prononcer le nom de Ron mais cela n'était pas nécessaire) J'ai toujours une raison je veux dire, bonne ou mauvaise. Là, je ne sais pas. Je pourrais te dire que j'étouffe, mais ça ne m'a jamais empêchée de dormir. Je partage mon dortoir avec deux filles qui me demandent de leur ramener des Elle moldus, alors bon... »
Sirius partit de son habituel rire canin. Hermione restait fidèle à elle-même en toutes circonstances. Il l'aimait bien, quoi qu'il donne l'impression du contraire. Elle était trop mûre pour son âge, brillante, absolument insupportable et complètement inconsciente de son génie. Elle devait être jolie les jours où elle le désirait et il devinait que c'était bien la dernière chose dont elle se fichait. Pourtant, elle aurait aimé avoir la grâce naturelle d'une Parvati, parce qu'elle savait que les garçons étaient toujours très concernés par les formes de leur copine. Elle était amoureuse de Ron qui ne savait même pas qu'elle n'était une gamine terrorisée à l'idée que Harry ou lui se détournent d'elle. Ils ne le feraient jamais mais cette peur irrationnelle ne semblait pas la quitter. C'était une petite fille toute seule, qui voulait l'être mais qui ne supporterait pas le rejet. Elle avait seize ans et elle était en plein dans les joies de l'adolescence. Il lui tendit le paquet de Chocogrenouilles et ricana devant son empressement à faire des provisions. Miss-Je-Sais-Tout était imparfaite et ça lui allait très bien.
« Je ne pensais pas que c'était comme ça, reprit Hermione en interrompant le cours de ses pensées.
— Quoi donc ? demanda-t-il avec intérêt.
— Chez toi, je veux dire, désigna-t-elle en balayant l'espace d'un large mouvement de la main. Je ne pensais pas... Je ne sais pas, en fait. Je ne voyais pas ton enfance comme ça, c'est bizarre je veux dire... Je suis désolée. » finit-elle piteusement à mesure que le visage de Sirius se décomposait.
Elle avait raison sans savoir pourquoi. Sirius haïssait cet endroit mais il était sa seule contribution à l'Ordre. Il trouvait un souvenir ou une anecdote dans chaque lambris, chaque lampe, chaque brisure. C'était chez lui, c'était chez ses parents. Il y avait la chambre de Regulus qu'il ne nommait jamais – Azkaban l'avait empêché à jamais de rouvrir ce pan de sa mémoire. Parfois, il se demandait s'il était réellement parti d'ici, avant, dans cette autre vie de bonheur onirique. Harry ne tarderait pas à y venir, c'était le seul soulagement qu'il tirait de ce semblant de foyer : il pouvait y accueillir son filleul.
Sirius fronça les sourcils devant l'évidence. C'était chez lui et elle y logeait depuis trois semaines. Dix jours à peine après la fin de l'année scolaire, elle avait débarqué avec les Weasley. Quand et où diable donc se sentait-elle chez elle ?
« Dis-moi, Hermione, tu n'avais pas envie de revoir tes parents, pour être ici depuis la mi-juillet ? » l'interrogea-t-il avec une douceur inhabituelle.
S'il avait été dans la nature de Hermione de jurer, elle aurait sans doute lâché quelque obscénité à propos de Walburga Black et de sa petite vertu, mais la seule réaction qu'il obtint fut une rougeur peu seyante sur les joues de la jeune fille. Celle-ci se plongea un moment dans la contemplation d'un muffin et Sirius la laissa dans son mutisme, croyant bon de ne pas insister.
« Ça n'est pas vraiment comme s'ils comprenaient quoi que ce soit à la magie, déclara-t-elle avec lenteur. Ils essayent mais c'est au-dessus de leurs forces. Ils pensent que je gère ça au mieux, parce que c'est toujours ce que je fais. »
Elle savait qu'elle était pitoyable. Avouer ainsi au parrain de son meilleur ami qu'elle n'était qu'une fillette enfermée dans son rôle de première de la classe la gênait monstrueusement. Cependant, énoncer la vérité à haute voix avait quelque chose de libérateur. Comme si cela lui permettrait de dormir après une trop longue journée de veille. Une myriade de questions vint insidieusement fleurir sur ses lèvres mais Hermione la rejeta dans un coin sombre. Celui du fond, là où elle s'aventurait le moins possible et où elle rangeait ce type de préoccupation. Comment c'était Azkaban, est-ce que tu as pu redevenir Sirius quand tu es sorti ? Comment c'était ces douze ans à devoir écouter en permanence les voix dans ton esprit ? Celle des Détraqueurs, et puis la tienne ? Qu'as-tu fait de la culpabilité ? Est-ce que tu es redevenu entier ? Dis-moi Sirius, tu arrives à échapper aux murmures qui te parlent de James ? Comment peux-tu vivre après cela, explique-moi, j'ai besoin de comprendre. Ça me faisait mal de te voir comme ça, l'année dernière. C'était moi, les colis supplémentaires et anonymes, en plus de ceux de Harry. Je n'ai jamais avoué à personne que je t'aidais. Je ne pouvais rien dire. Tu allais encore te moquer de moi, tu n'aurais pas compris à quel point c'était difficile de ne pas t'emmener à Poudlard sous forme de chien, n'importe où plutôt que cette caverne où tu finissais de mourir. On t'aurait caché, il y a toujours des recoins sûrs à Poudlard. Entre Harry, Ron et toi, je ne sais plus où donner de la tête.
« Tu es la bienvenue ici, lâcha Sirius sans préavis. Même quand tu auras vingt-un ans, tu toujours pourras venir chez cet attardé de Sirius Black. Tu auras le droit et le devoir de ne pas me rappeler que je ne me conduis certainement pas comme quelqu'un de responsable, mais la porte sera ouverte. On ne s'entendra pas forcément très bien Hermione, mais tu es trop jeune pour t'en sortir seule comme tu le crois. »
Ah tiens, elle se le disait bien. Une petite fille face à un rescapé, il ne pouvait que la mépriser et ne pas voir ses mains qui frémissaient de rage. Elle n'était pas une Miss-Je-Sais-Tout. Elle était Hermione, elle n'avait que seize ans et elle faisait bien plus que nécessaire. Elle était en colère parce qu'elle savait qu'il avait raison et qu'elle ne voulait pas être faible. Elle ne savait plus où elle en était.
Elle se leva pour se faire un chocolat chaud et resta silencieuse. Ce qu'il venait de dire n'exigeait pas de réponse et elle ne se sentait pas le courage de rester propre et polie. Elle n'était pas de Serdaigle, se dit-elle alors que ses poings tremblaient de colère, elle était sortie avec Viktor, elle avait pénétré seule un monde qu'il considérait comme acquis, elle avait affronté un Filet du Diable, elle...
« Tu ne t'énerves donc jamais ? Je pensais comme toi avant, que j'étais capable de tout garder en moi sans jamais rechigner. Ça ne marche pas comme ça. Tu n'es pas assez forte pour, ça n'est pas plus mal d'ailleurs.
— Qu'est-ce que tu en sais, Sirius ? rétorqua-t-elle enfin, mains sur les hanches. Qu'est-ce que tu en sais de tout ça ? D'être une fille entourée de garçons, de faire les devoirs de tout le monde, DE SE COLTINER LES SARCASMES DE TOUT LE MONDE PARCE QU'IL FAUT BIEN QUE QUELQU'UN FASSE LE SALE BOULOT UN JOUR ? D'être là, acquise à tout le monde, nécessaire à personne ? Tu en sais quelque chose de ça ? » cracha-t-elle, à bout de souffle.
Un sourire ironique quoique bienveillant s'étira sur le visage de Sirius.
« Tu as mis le temps, répliqua-t-il avec calme. Je me demandais jusqu'à quand tu comptais m'écouter sans m'envoyer sur les roses. Tu es moins forte que je ne le croyais. »
C'en fut trop pour Hermione. Elle savait parfaitement qu'elle serait ridicule mais son premier réflexe fut d'envoyer son poing droit sur l'épaule de Sirius. Bien évidemment, elle avait oublié de protéger son pouce – la douleur était négligeable mais bien présente, et il le savait. Bien qu'elle n'ait pas manqué sa cible et qu'elle continue à viser son épaule, Sirius n'eut pas grand mal à lui attraper les poignets. Elle se débattait vainement, écarlate comme une peau de rousse, les cheveux hirsutes et un regard de haine comme il n'aurait jamais pensé en trouver dans ses yeux.
Je t'aime bien, petite. Tu as du cran. Tu me rappelles Lily lorsqu'elle menaçait James et pourtant, tu ne lui ressembles pas. À moi non plus tu ne me ressembles pas. Je suis sûr que tu ne sais même pas que les filles qui ne ressemblent qu'à elles sont les plus charmantes. Tu es toute petite, Hermione, tu as des airs que j'aurais voulu voir sur le visage de ma fille si j'avais pu en avoir une. Si j'avais rencontré une femme, mais ça c'est une autre histoire. Tu es petite, seule et triste, mal à l'aise et pourtant si douée. Quelqu'un qui ne baissera pas les bras. Même si tu aimes Ron, peut-être trop d'ailleurs pour ton âge, je ne crois pas qu'il te fera du bien. Quel dommage que Harry et toi ne vous soyez regardés comme autre chose que des frères.
« Ce que j'en sais, c'est que malgré tous tes cris et toute ton indignation, tu n'as que seize ans et tu es face à un homme qui en a passédouze à Azkaban. » souffla-t-il avec un regard de sérieux absolu.
Elle l'avait oublié, croyait-il, tout le monde oubliait cela de toute façon. Il s'était évadé de façon si spectaculaire que personne n'avait songé qu'il était mort là-bas. Il vivait pour Harry et la mémoire de James, pour Remus aussi, mais quelque chose de très important était resté sur l'île d'Azkaban. Les gens voyaient le souvenir d'un garçon de vingt-et-un ans sans de douter qu'il n'avait pas eu le temps d'être un adulte. Combien d'entre eux se doutaient qu'il parlait seul pour ne pas oublier les mots ? Qu'il se passait les mains sur le corps pour ne pas perdre la notion de chaleur ? Que le souvenir de James s'effaçait, qu'il bataillait pour retrouver le rire de Lily ? Combien d'entre eux mesuraient ce qu'était une cellule vide de sens et de paroles pendant douze ans ? Elle était forte et trop expérimentée mais elle ne savait pas. Et il ne souhaitait pas qu'elle puisse jamais comprendre ce qu'avait été sa demi-survie. Il aurait voulu la détester, il ne pouvait qu'apprécier la douceur de son innocence.
« Pardon. Pardon, je ne voulais pas... Je pensais que tu ne voulais pas en parler. »
Elle ne pleurait pas mais sa voix l'exprimait sans qu'elle-même puisse le manifester. Était-ce de la honte et de la faiblesse qu'il lisait dans les yeux d'une petite fille de seize ans ? Il songea brièvement que Molly hurlerait si elle le voyait, mais Sirius fit ce qu'il savait faire de mieux et tant pis pour la mégère. Ses bras entourèrent le dos de Hermione tandis qu'il lui fit loger la tête au creux de ses tatouages. Il s'était levé et la recouvrait de sa hauteur. Sirius plongea le nez dans les cheveux de Hermione et la berça comme un enfant prêt à être mis au lit.
« Arrête de vouloir porter les autres. Tu ne le pourras jamais, personne ne l'a fait et personne ne le fera. Surtout, rappelle-toi qu'il y a pire que toi. Tu es mignonne comme tout, ce serait dommage que les gens ne voient que ta fichue manie de tout savoir. »
Elle rit contre son épaule et cela le chatouilla. Il ne s'attendait pas à retrouver de sitôt cette sensation, si étrange d'une complicité physique, et surtout pas avec elle. Sirius essaya de ne pas y penser, par peur d'y prendre goût peut-être, par crainte de replonger dans les souvenirs sans doute.
Hermione entoura la taille de Sirius et se laissa aller contre lui. Elle ne savait pas vraiment si la chaleur qu'il dégageait était troublante mais elle se permit de la trouver simplement réconfortante et délicieuse. Cet homme aurait pu être son père, il était censé ne rien entendre à ses petits problèmes d'adolescente perdue. Cependant, c'était lui qui la rassurait alors qu'il ne recollerait jamais les morceaux de sa propre vie. L'étreinte devint tacitement mutuelle alors que le pouce de Hermione caressait chastement le flanc du parrain de son meilleur ami. Combien parie-t-on que Ron ferait une scène ?
Il avait raison sur un point. Ils ne seraient jamais amis. Ce qu'ils ignoraient tous deux était que le temps les frustrerait de cette possibilité. Que dans la possibilité d'un autre univers, si un voile n'était pas tombé entre eux, une jeune femme de vingt-un ans serait venue trouver un quadragénaire enfermé en lui-même. Elle ne serait jamais totalement parvenue à l'en extraire. Cependant, son sourire aurait retrouvé l'éclat sincère de ses insouciantes années de petites maraudes entre amis.
J'offre une veillée aux chandelles à chaque review !
