Chapitre 2 : Imprévu

Leroy Jethro Gibbs adorait son travail. Ancien marine, il avait tout naturellement accepté un poste au NCIS à la fin de sa carrière militaire et il ne regrettait rien. Au fil des ans, il s'était attaché à chacun des membres de son équipe, même s'il ne l'avouerait jamais à voix haute. La seconde raison pour laquelle, il tenait à son job, c'était pour essayer de rétablir l'équilibre entre ceux qui profitaient des autres et ceux qui subissaient sans pouvoir se défendre.

Gibbs était d'ailleurs occupé actuellement par un cas précis qui le touchait personnellement. Ces dernières semaines, le cartel Renosa refaisait surface en vendant des secrets d'Etat. L'équipe de Gibbs n'avait pas encore trouvé à qui mais ils restaient tous concentrés jour et nuit sur cette enquête. En effet, Gibbs lui-même avait un compte personnel à régler avec Paloma Renosa et son frère Alejandro, car ceux-ci s'en étaient pris à plusieurs reprises à sa famille, heureusement sans succès jusque là.

Pour le moment, l'ex-marine hésitait à envoyer sa femme et sa fille sous protection loin de lui. Cependant, quelques agents leur étaient assignés et plusieurs fois ces dernières semaines, des membres de sa propre équipe étaient venus dormir à la maison, par précaution. Cela faisait par ailleurs le bonheur de sa fille Kelly, toujours friande d'histoires palpitantes.

« Patron, je crois que j'ai quelque chose. »

L'intervention de l'agent Timothy McGee sortit Gibbs de ses pensées. Il se rapprocha de son agent.

« Montrez-moi. »

Le prodige en informatique brancha sa trouvaille sur l'écran principal, afin de faire profiter toute l'équipe de ses explications. Les agents Anthony Dinozzo et Ziva David se rapprochèrent intéressés.

« Voilà, Patron. Quand vous m'avez dit d'examiner tous les contacts du cartel Renosa ces dernières semaines, j'ai tout examiné. Et même si pour le moment, je n'ai rien de totalement concret, j'ai remarqué la présence d'une petite icône qui revient tout le temps. Une icône en forme de scorpion. »

« Que penses-tu que cela signifie, McGénie ? Que les Renosa négocient avec des marchands de poison ? », fit Dinozzo.

Il se reçut aussitôt un coup sur la tête.

« Peux-tu nous montrer l'icône McGee ? », intervint Ziva, concentrée.

« Des anciens partenaires de ton temps au Mossad ? », ironisa encore Tony.

« Dinozzo ! »

Agacé, Gibbs fit signe à Ziva de se rapprocher pour jeter un coup d'œil, ce qu'elle fit, les yeux fixés sur l'écran.

« Il me semble que… »

L'ex-agent du Mossad réfléchit encore une seconde, puis se précipita sur son ordinateur pour vérifier quelque chose. Ses coéquipiers la laissèrent, attentifs au moindre signe sur son visage.

« C'est bien ce que je pensais, il s'agit d'une opération d'envergure programmée par l'organisation criminelle internationale Scorpia. »

« D'où le scorpion… » intervint McGee

« Pas très original. », souligna Tony, « d'autant que cela équivaut à nous laisser une carte de visite ! Avec des erreurs pareilles, ce n'est pas des criminels qui vont échapper longtemps à la police. »

« Détrompes-toi Tony, Scorpia a été créé il y a plus de vingt ans par des maîtres-espions du monde entier. Il font de tout, mais pour résumer ils tuent. Ils travaillent avec des tueurs à gages, des hackers, des contrebandiers au travers le monde. Ils vendent leurs services toujours au plus offrant, que ce soit à des psychopathes ou des gouvernements. Ils n'ont pas de sentiments, même négatifs, leur seul but est de faire de l'argent. Ils gagnent des milliards, ils ont même créé une école pour renouveler leurs effectifs et entraîner de nouveaux assassins. Car une faute signifie la mort. »

« Et comment savez-vous tout cela Ziva ? », interrogea Gibbs

« Un des membres fondateurs est un ex-Mossad : Levi Kroll. Mon père essaie de le coincer depuis des années mais il est très difficile à saisir. »

« Comment allons-nous retrouver le lien tangible avec les Renosa ? », demanda soudain McGee.

« Je pense que nous devons identifier lequel de leurs agents est en charge de l'opération et en lien direct avec le cartel. »

« Parmi tout ceux que Scorpia a dans le monde ? C'est impo… »

« Alors, mets-y tout de suite Dinozzo ! Les contacts ont été apparemment effectués dans cette ville donc je veux que vous cherchiez toutes les éventualités en regardant parmi les possibles suspects arrivés ici ces dernières semaines. »

« Ok, patron. »

AR/NCIS

A quelques kilomètres de là, dans un quartier paisible, un homme s'attelait à taper un rapport à l'ordinateur. L'homme assis devant l'écran avait des cheveux blonds coupés ras, des yeux bleus glacés et des sourcils presque féminins. Ces mains pianotaient avec grâce et bien qu'un petit peu musclé, il avait le corps d'un danseur. Il ne paraissait pas imposant, mais il émanait de lui une froideur surnaturelle qui amenait n'importe lequel de ses ordres à être exécuté immédiatement. Cet homme s'appelait Yassen Gregorovitch.

Yassen fit une pause, consultant sa montre. Puis il mit en marche l'interphone posé à côté de lui, pour contacter un des quatre assassins présents dans la maison à cette heure-ci. On décrocha aussitôt.

« L'agent Walker et Alex sont-ils rentrés ? »

Question directe de quelqu'un qui avait l'habitude d'être obéi au quart de tour.

« Walker vient de rentrer, mais le gamin n'était pas avec lui. », répondit l'agent Hisham Refahi, le sniper marocain.

Yassen fronça les sourcils.

« Qu'il monte. »

« Tout de suite. »

La réponse était courte mais au ton de la voix, Yassen sut immédiatement qu'il serait exaucé.

Le Russe ne s'embarrassait pas de titres, il ne cherchait pas comme d'autres criminels à se faire valoir. Il était simplement sévère afin d'obtenir la plus parfaite obéissance de ses subalternes, car c'était le secret de la réussite chez Scorpia. L'organisation n'oubliait pas une faute, ni ne la pardonnait.

Des coups furent toqués à la porte. Le Russe referma son ordinateur alors que la porte s'ouvrait.

« Où est Alex ? »

Les politesses étaient inutiles et d'ailleurs l'agent ne les attendait pas. Pas ailleurs, une infime inquiétude était perceptible dans la voix de Yassen mais l'homme en face de lui aurait été extrêmement imprudent de la remarquer. Il répondit d'une voix neutre.

« Il n'est jamais revenu après la course chez le vendeur d'armes mais il m'a envoyé un message me disant qu'il rentrerait en bus. Andrew a retrouvé la trace de ce message, il provenait du téléphone du jeune Harris. Alex a du passer lui rendre visite pour se détendre. »

« Alex semble vous voir de plus en plus comme des amis et vous obéir de moins en moins. Peut-être serait-il temps de changer de surveillants. »

La voix était douce mais elle contenait une tonalité dangereuse sous-jacente que le subordonné entendit très bien.

« Je comprends. »

Walker aurait aimé pouvoir répondre à Gregorovitch que le seul auquel le jeune Rider obéissait vraiment, c'était le Russe. Cependant, il craignait (même s'il ne le montrait pas) véritablement en cet instant pour sa vie.

L'adolescent encore quelque peu insouciant ne connaissait pas encore ce sentiment, songea-t-il, mais Walker avait l'impression que le sermon de Gregorovitch serait cette fois-ci plus dur pour Alex. Car prendre des risques inutiles alors que Yassen était en mission pour Scorpia représentait une faute. Sans gravité apparente mais tout de même.

Sans un mot de plus, Yassen congédia l'agent. Il reprit son travail précédent, tentant de réfléchir à autre chose qu'au savon qu'il allait passer à son protégé.

Alex dépassait parfois un peu les bornes. Sans être trop grave, cet exemple montrait encore une fois qu'il était prompt à la désobéissance, une attitude pas tolérée chez Scorpia. Et cette tendance faisait peur à Yassen. Il ne l'avait jamais dit à Alex mais son père John était en réalité un agent du MI6 et le conseil exécutif, s'il avait accueilli l'enlèvement de l'enfant comme une vengeance envers le frère de John, Ian, n'avait tout d'abord fait que tolérer sa présence. Yassen avait du promettre d'en faire le meilleur agent de Scorpia, tout comme son père avait été le meilleur agent du MI6. Alex avait énormément de potentiel, mais s'il ne pouvait se plier aux règles…

Parce qu'il aimait l'enfant (bien qu'il ne l'avouerait jamais, mais il soupçonnait qu'Alex le savait de toute manière), il se résolut à sévir encore.

D'ailleurs, son ouïe affutée venait de percevoir le bruit d'une porte que l'on ouvre, deux étages plus bas…