Chapitre 2 Pan
Ils étaient évidemment arrivés en retard. Pan maudit son père, toujours absorbé par son travail, toujours distrait, parfois tellement, hors du monde.
La jeune fille ajusta sa robe avant d'entrer dans la salle principale. Dieu, que c'est court, comment c'est autorisé de fabriquer des trucs aussi inconfortables. Elle contempla son reflet dans le miroir. Si elle ne bougeait pas, c'était parfait.
Sa mère apparut derrière elle. « Tu es magnifique, chérie » souffla t-elle en déposant un baiser sur sa tête. Disant cela, Videl ne put s'empêcher de remarquer la maigreur et la pâleur de sa fille qui l'inquiétait particulièrement ces derniers temps.
- C'est pas un peu court ? demanda son père qui se battait avec son nœud papillon, debout devant le miroir à côté de sa fille.
- Rabat-Joie, répliqua Videl sur le ton de la plaisanterie en saisissant le bout de tissu des mains de son mari pour le nouer elle-même.
Pan attarda son regard sur ses parents. Elle ne pouvait s'empêcher d'admirer leur complicité après tant d'années ensemble. Ses pensées furent interrompues par la musique qui annonçait la première danse.
- Ca y est, ça commence, j'y vais ! s'exclama Pan en quittant ses parents.
Elle s'engouffra dans la salle de bal et fendit la foule pour se dégager une vue sur la piste de danse. Trunks dansait avec une femme brune très distinguée. Elle mit un temps à identifier une des sœurs de Damon Stunt. Comment elle s'appelle, celle-là, déjà ? Livia, je crois.
La mine de Pan se renfrogna. Elle était venue à cette réception des plus ennuyeuse que parce qu'elle savait que Trunks y serait seul. Ce qui signifiait qu'il n'y emmenait pas cette fille à qui elle avait eu la faiblesse de le présenter.
Je ne vais jamais y arriver…
Elle se souvenait de ce jour où il l'avait appelée pour lui demander s'ils pouvaient se voir, un mois auparavant. Son cœur s'était presque arrêté de battre ce jour-là. Elle avait bafouillé et il lui avait proposé d'aller la retrouver après la sortie de ses cours.
Qu'est-ce qu'elle avait fait, alors ? Un truc totalement pathétique, vue la suite des événements. Après avoir accepté avec une vénération débile, elle avait séché ses cours pour rentrer se changer et mettre ce qu'elle avait trouvé de plus féminin dans sa garde-robe. Elle s'était littéralement déguisée. De toute façon, il n'avait manifestement pas fait la différence.
- Alors, les cours ? lança Trunks quand la serveuse eut pris la commande.
- C'est quasiment fini, les examens commencent la semaine prochaine. Bra va bien ?
- Bra va toujours bien, tu ne l'as pas vue récemment ? s'étonna-t-il
- Non, elle révise je crois, ça fait un mois que je n'ai plus de ses nouvelles.
- Ouais, c'est vrai, elle révise… Y a un truc que je voulais te demander…
Pan sentit un certain malaise dans la voix de Trunks tandis qu'il fouillait dans sa sacoche. Le cœur de la jeune femme s'était emballé, son souffle était devenu court.
Puis la stupeur l'avait saisie quand il avait placé un magazine sur la table entre eux, ouvert à une page bien précise.
Il glissa le papier vers elle et elle scruta la photo qu'il lui pointait du doigt. C'était un cliché pris au mariage de Bra. Pan y apparaissait en premier plan dans sa robe de cérémonie. Elle ne comprenait pas.
- Tu peux me dire qui c'est ? demanda Trunks en désignant une fille un peu en retrait derrière elle sur l'image.
Pan le regarda avec un air ahuri. Il attendait sa réponse avec sérieux. Elle aurait pu hurler.
- Ca va pas, Pannie ? s'inquiéta Trunks en remarquant qu'elle avait pâli subitement.
- Faut que j'aille me rafraîchir, dit-elle très vite en s'enfuyant de leur table.
Il la suivit du regard, un peu stupéfait. Elle s'était enfermée dans les toilettes. Quelle conne, quelle conne, quelle conne… Là où elle avait vu un rendez-vous intime, il avait juste besoin d'elle pour rencontrer une autre fille. Elle se retenait de pleurer. Finalement, essayant de positiver, elle se dit que Trunks n'avait peut-être pas d'arrière-pensées et pouvait voir besoin de la rencontrer pour une raison sans rapport avec une relation amoureuse.
Et comme elle avait été idiote jusqu'au bout, elle lui avait livré l'information. La fille était étudiante dans un des cours de Pan et elle lui présenterait sans problème à la sortie.
Et une semaine plus tard, Pan les voyait repartir dans la voiture de Trunks en sortant de la fac.
Les choses étaient douloureusement limpides Trunks était à ce point aveugle à son sujet qu'il lui avait littéralement demandé de jouer les entremetteuses pour lui.
C'est ce jour-là que le corps de Pan avait commencé à refuser de se nourrir correctement.
Mais ce soir-là, elle savait que Trunks ne s'intéressait déjà plus à la fille, ou la fille à Trunks, peu importait. L'essentiel était que cette fille avait un nouveau petit ami.
C'est pour ça que Pan était venue à cette stupide réception. Elle observa les danseurs en repensant à tous ces événements.
- Pannie-Girl, tu es là aussi ? demanda une voix derrière elle.
Elle sursauta et fut surprise de trouver son oncle, qui tenait Marron à son bras.
- Salut, Pan ! lança joyeusement Marron. Y'a tout le monde ce soir, c'est super pour un retour.
Pan sourit faiblement.
- T'as pas l'air dans ton assiette, chérie ? Viens à notre table si tu veux, proposa Marron.
Mais Pan jeta un œil ennuyé sur les verres que tenait le couple. C'est déjà pas les premiers, les gars.
- Ca va aller, je vais rester avec mes parents, marmonna Pan en s'éloignant.
- C'est pas comme ça que tu vas trouver un copain ! lui lança Goten sur le ton de la plaisanterie.
Elle le fusilla du regard tandis que Marron lui donnait un coup de coude. Ces deux-là font bien la paire.
Elle n'avait jamais aimé Marron.
Elles ne s'étaient jamais fréquentées vraiment, compte tenu de leur différence d'âge mais Pan avait toujours considéré qu'elle avait une mauvaise influence sur Goten. Elle avait une vie décousue et Goten n'avait pas besoin de gens comme ça autour de lui, surtout depuis la mort de Valèse.
Valèse ne s'y était d'ailleurs pas trompée et durant les trois ans qu'avait duré sa relation avec Goten, il avait été sommé de tenir Marron à distance. Même si Pan savait que son oncle n'avait jamais vraiment respecté les directives de sa fiancée.
Marron avait toujours été une fille bizarre, un peu à l'écart. Surtout, Pan estimait qu'elle avait peu de morale.
Un jour où Pan devait avoir quatorze ou quinze ans, sa mère lui avait demandé, au cours d'une fête, de récupérer quelque chose dans sa voiture. Pan se souviendrait toute sa vie de cette soirée où, faisant son chemin dans le dédale obscure du parking, elle avait surpris Marron avec un homme dans une posture éloquente. Pan s'était figée, le souffle coupé, avant que le couple ne s'aperçoive de sa présence. Elle aurait pu vomir. D'autant que le type n'était pas vraiment un petit ami de Marron, ni avant, ni après…A la réflexion, Pan n'avait jamais eu la moindre idée de qui il était.
Marron avait essayé de la rappeler quand elle s'était enfuie. Horrifiée comme elle l'était, Pan ne se serait arrêtée de courir pour rien au monde.
Un peu plus tard, Marron l'avait coincée pour discuter. Pan n'avait pas vraiment gardé ses paroles en mémoire, mais elle se souvenait que Marron semblait plus concernée par l'embarras de Pan que par la crainte qu'elle raconte ça à n'importe qui.
Pan était restée imperméable à son discours d'excuses. Un vague dégoût avait simplement imprimée l'esprit de la jeune fille à tout jamais.
Pan devait aussi admettre qu'elle n'aimait pas Marron à cause de sa proximité avec Trunks. Ils avaient même eu une histoire quelques années auparavant. Pan n'avait pas suivi ça de très près parce qu'elle était plus jeune et pas franchement intéressée par ces détails à cette époque. Ce qu'il y avait à en retenir, c'est que ça n'avait pas duré.
Ca aurait dû rassurer Pan, mais en réalité l'amitié solide qui liait encore Marron à Trunks la rendait encore plus amère. Elle ne pouvait s'empêcher de considérer Marron tellement indigne de l'attention de Trunks, tellement en-dessous.
Voilà ce qu'était Marron dans l'esprit de Pan qui ne comprenait pas comment Goten et Trunks étaient restés ses amis depuis si longtemps.
Pour l'instant, Pan ne quittait pas la table de Trunks des yeux. Il était toujours avec Livia et ils mangeaient en discutant avec animation. Pan serrait ses poings sous la table.
- Tu as été voir Trunks et Bra, ma chérie ? demanda sa mère subitement.
- Pas encore, Maman, ils ont l'air occupés…
Videl caressa la joue de sa fille. Elle la trouvait préoccupée et estimait également qu'à son âge, elle n'était plus dans l'obligation de coller aux pas de ses parents comme elle le faisait ce soir. Elle aurait préféré la voir attablée avec des gens de son âge. L'œil de Videl n'avait pas manqué de glisser sur l'assiette de Pan qui était encore quasiment intacte.
- Pas si occupés, je suis sûre, releva Videl, je vais leur dire bonjour, tu viens ?
Pan hésita et suivit sa mère.
- Trunks, Bra, comment ça va ? demanda Videl.
Le frère et la sœur lui adressèrent un large sourire.
- Bonsoir, Damon, salua Videl d'un hochement de tête.
Elle avait tout de suite reconnu le fiancé éconduit.
- Salut, Pan ! lâcha Bra. Tu viens avec nous ?
Pan hocha la tête timidement. Bra prit soin de lui ménager une place entre Damon et elle. Pan comprit la manœuvre et lui jeta un regard sombre.
Soudain la lumière baissa et un roulement de tambour invita l'assemblée au silence. Videl était déjà repartie se rassoir. Bulma apparut à nouveau sur l'estrade en expliquant que des hôtesses allaient passer avec des paniers pour récupérer les généreux dons de la soirée.
Un tonnerre d'applaudissements accueillit la nouvelle tandis que d'élégantes jeunes filles faisaient déjà leurs apparitions aux quatre coins de la salle.
Livia Stunt sortit un chéquier qui paraissait d'une taille totalement démesuré. Elle ouvrit son stylo et le laissa un instant en suspens. Trunks murmura quelque chose à son oreille et elle lui sourit malicieusement. Il se rapprocha d'elle et lui saisit la main qui devait écrire. Il la guida pour inscrire un montant sur le chèque. Elle le laissa faire, docile mais attentive.
Il suspendit son geste pour la laisser décrypter le résultat. Ils se regardèrent un instant, puis elle sourit à nouveau et ajouta un chiffre que Pan ne pouvait voir de sa place.
Bra se tortillait pour essayer d'entrevoir le résultat.
Subitement Trunks et Bra se tournèrent vers Pan. Son ki s'était anormalement élevé. La scène l'avait mise hors d'elle et elle avait du mal à se contenir.
Bra comprit immédiatement
- Pan, c'est du cirque, c'est du business, c'est que du business, chuchota-t-elle avec empressement à son oreille.
Le regard de Pan croisa celui de Trunks, interrogateur. Elle rougit imperceptiblement. Elle sentit alors la main de son oncle sur sa nuque et celle de Bra sur sa cuisse sous la table.
- Tout va bien, ici ? demanda Goten, qui était apparu derrière sa nièce, de l'air le plus dégagé qu'il put.
Les Stunt n'avaient rien capté de l'incident, Livia était occupée à finir de signer son chèque et son frère discutait avec un convive de la table d'à côté.
Marron arriva à son tour. Elle resta debout derrière Trunks et jeta un coup d'œil à Pan.
- Moi, je livre directement au patron, susurra-t-elle en glissant un papier replié dans la pochette de Trunks
Il pressa sa main en guise de remerciement. Elle chuchota quelque chose à son oreille. Il acquiesça silencieusement.
A nouveau, Pan sentit le dégoût et le malaise l'envahir. Goten qui avait toujours sa main sur sa nuque pressa un peu son cou, comme pour lui rappeler de se calmer. Sous la table, Bra faisait de même sur sa cuisse.
Marron se releva et regarda Pan, dubitative. Elle fit un signe à Goten et ils s'éloignèrent à nouveau.
- Pan, calme-toi ! marmonna Bra avec autorité.
Trunks regardait Pan avec préoccupation. Elle se sentit subitement totalement confuse, avec l'impression de s'être mise à nue devant l'assemblée toute entière. Elle se leva et s'excusa avant de quitter la table. Elle aurait voulu mourir.
Elle se dirigea vers les toilettes. Le refuge des loosers. Avant qu'elle n'y arrive, Trunks la rattrapa par le bras.
- Pannie-Girl, qu'est-ce qui ne va pas ?
Elle resta figée. Elle ne pouvait détacher ses yeux de lui. Finalement, elle baissa la tête avec un air d'entêtement. Il essaya de se mettre au niveau de son regard.
- Hey, qu'est-ce qui se passe, là ? insista-t-il.
C'était peut-être le moment de lui expliquer. C'est ce que lui disait son cerveau. Son cerveau le lui disait mais ne se décidait pas à le faire. Sa bouche restait collée. Elle essaya alors de lui dire avec les yeux, relevant la tête et les plantant dans les siens. Ses grands yeux d'obsidienne, au bord des larmes. Il essaya de déchiffrer le message, elle crut qu'il déchiffrait le message. Elle était à ce point transparente qu'il ne déchiffrait pas le message ? Il hésita.
- OKay, bon, si tu ne veux rien me dire, tu préfères peut-être en parler avec Bra ? finit-il par lâcher.
Elle eut l'estomac broyé par la réponse. Il tournait déjà les talons pour aller chercher sa sœur.
- Trunks ! rappela-t-elle sans savoir comment elle avait si subitement retrouvé l'usage de sa voix.
Il s'arrêta pour lui faire face à nouveau, attendant la suite.
- Ca va aller… Ca va, dit-elle misérablement en essuyant une larme au coin de son œil.
- Tu es sûre ?
- Je crois.
Il lui sourit et passa son bras sur ses épaules pour lui frotter le dos amicalement.
- Ca ne peut pas être si grave, dit-il sur un ton rassurant.
- Je vais rentrer, c'est mieux, murmura-t-elle alors qu'une seule idée hantait son esprit, celle de le serrer dans ses bras.
