Voici à présent le troisième chapitre de ma nouvelle histoire. N'hésitez pas à laisser vos commentaires. C'est toujours encourageant pour la suite.
Je tiens à remercier tout particulièrement miriamme pour ses nombreux encouragements lors de la publication de ma première fiction mais également pour m'avoir encouragée à publier celle-ci.
Bonne lecture à tous...
Jane, la soeur aînée d'Elisabeth, s'était installée à New York après l'obtention de son Bachelor's degree il y a cinq ans. Bien qu'elle adorait la Californie et ses températures clémentes, elle n'avait pas hésité à accepter le poste d'assistante juridique que lui proposait le prestigieux cabinet d'avocats Harrison basé à Manhattan. C'était une belle opportunité pour un début de carrière. La jeune femme s'était mariée deux ans plus tard avec Peter Harrison, un brillant avocat d'affaires qui était également le frère cadet de son employeur. Peter était rapidement tombé sous le charme de sa magnifique assistante, devenue Jane Harrison à l'issue de nombreux mois d'une cour assidue.
Après trois années de mariage, Jane n'avait pas d'enfant. Peter ne le souhaitait pas, du moins pas avant quelques années. La jeune femme souffrait de plus en plus de la situation et malgré sa nature calme, les discussions sur le sujet se terminaient le plus souvent par des querelles. Elle approchait la trentaine et ressentait au plus profond d'elle-même le manque d'enfant. Son mari ne semblait pas comprendre. Il ne se sentait pas prêt et voulait profiter pleinement de sa vie de couple avant d'envisager de fonder une famille.
Les Harrison habitait dans un très bel appartement style loft décoré avec beaucoup de goût et situé non loin de Central Park. Peter en était le propriétaire. Lorsque Jane avait emménagé chez lui, elle s'y était sentie très rapidement à son aise. Elle n'y apporta que peu de changements, une petite touche personnelle deci delà avait suffit. Le couple envisageait toutefois d'acheter une maison ou un appartement plus grand dans les prochains mois et leur choix s'était arrêté sur Greenwich village, pour son charme et sa tranquillité notamment.
C'était plutôt calme au bureau cet après-midi là et Peter était en rendez-vous d'affaires à l'extérieur. Jane ne se sentait pas très bien depuis quelques jours et envisageait donc de rentrer chez elle plus tôt. Bien qu'elle était sous contraception, ses nausées matinales et une grande fatigue laissaient supposer qu'elle pouvait être enceinte. Elle n'évoqua pas ses maux ni ses craintes à son mari et lorsqu'elle prit connaissance du résultat négatif du test de grossesse qu'elle avait fait au lever le matin même, contre toute attente elle en fut soulagée. Elle décida toutefois de consulter son médecin avant de rentrer se reposer. Le praticien ne décela rien d'alarmant. Il prescrivit à Jane des anti-vomitifs et anti-spasmodiques et ne jugea pas nécessaire de demander des examens complémentaires. Il savait que Jane avait un fort désir d'enfant et ses maux étaient selon lui d'origine psychosomatiques ; il lui conseilla toutefois de revenir le voir si les symptômes persistaient après une semaine.
Il ne fut pas nécessaire à la jeune femme de consulter de nouveau son médecin. Elle allait mieux mais se posait désormais des questions. Comment expliquer le soulagement qu'elle avait ressenti lorsque le test de grossesse s'était révélé négatif ? Après toutes ces années à souhaiter avoir un enfant de Peter, son désir avait-il disparu ? Et si c'était le cas, quelle en était la raison ? Durant les semaines qui suivirent, Jane se mit à passer en revue l'année écoulée et petit à petit le puzzle commença à s'assembler. Elle se rendit compte qu'au fil des mois, sa relation de couple avait changé. Les conversations avec son mari avaient de moins en moins d'intérêt à ses yeux, elle ne partageait plus systématiquement ses joies et n'était plus aussi attentive à son bien être. Elle avait perdu le goût de partager des activités en commun avec Peter et même dans l'intimité, elle n'éprouvait plus autant de désir pour son mari qu'auparavant, à tel point qu'elle le repoussait de plus en plus souvent. Elle savait que Peter l'aimait toujours et il se plaignait régulièrement de son manque d'attention. Après de longues heures de réflexion, elle en arriva à la conclusion qu'elle aspirait à une nouvelle vie. Avait-elle envie de sauver son couple ? Non parce qu'elle s'était finalement rendu compte qu'elle avait cessé d'aimer son mari. Elle était malheureuse et bien que son désir d'enfant était très fort, elle voulait fonder une famille basée sur un amour réciproque et avec Peter, ce n'était plus possible.
Peter et Jane avaient l'habitude de prévoir leurs vacances d'été à la dernière minute et cette année n'échappa pas à la règle. Un soir alors que le jeune homme réfléchissait à haute voix sur les destinations possibles, il s'aperçut une fois de plus du manque d'attention de son épouse et la questionna. Jane lui apprit que dans la mesure où sa sœur Elisabeth et son neveu William emménageaient début août chez leur tante Maddie à Boston, elle avait prévu de passer les vacances en leur compagnie. Bien qu'il appréciait beaucoup sa belle sœur, il était contrarié par ce qu'il venait d'apprendre ; à aucun moment Jane ne lui avait parlé de ses projets. Il observa longuement sa femme tandis qu'elle feuilletait nonchalamment un magasine sans se soucier de sa présence. Puis après un court instant, il s'adressa de nouveau à elle, visiblement froissé par son attitude. « Quand comptais-tu m'en parler Jane ? » L'indifférence de son épouse le perturba. Il avait bien remarqué que depuis quelques mois la nature de leur relation avait changé et que ces dernières semaines, sa femme était devenue encore plus distante notamment dans l'intimité. Il pensait à une crise passagère et espérait que les vacances d'été apporteraient un nouveau souffle à leur relation car il aimait tendrement son épouse. Devant son mutisme, il insista. « Jane, serait-ce trop de demander que de m'accorder un peu d'attention ? » La jeune femme leva enfin les yeux et son mari fut surpris de lire sur son visage autant de détermination. Elle lui précisa qu'elle avait pris des dispositions et ne changerait pas ses projets. « Et de quelles dispositions parles-tu ? » demanda-t-il de plus en plus irrité. « Je ne suis pas contre l'idée de séjourner à Boston, après tout ce sera l'occasion de passer du temps avec Elisabeth, William et tante Maddie, mais ne crois-tu pas qu'il aurait été normal de m'en faire part ? Je te rappelle que je suis ton mari. » Souhaitant à tout prix éviter une querelle, il reprit plus calmement, après un profond soupir. « Je sais que notre relation a changé depuis quelques mois Jane et ces dernières semaines je te sens encore plus distante, mais j'espérais que les vacances d'été seraient pour nous l'occasion de retrouver la complicité que nous avons perdue. »
Jane n'avait pas revu sa soeur et son neveu depuis les funérailles d'Henry et se réjouissait à l'avance de les revoir. Elle ressentait également le besoin de s'éloigner de son mari et l'occasion s'y prêtait parfaitement. Alors qu'il avait pris place à côté d'elle et s'apprêtait à lui prendre la main, elle esquiva son geste. « Peter, je… je souhaite passer du temps avec ma famille, seule. » Le coeur de la jeune femme se serra lorsqu'elle vit l'incompréhension dans les yeux de son mari mais elle tint bon toutefois et ajouta la voix tremblante. « J'ai besoin de me séparer de toi quelques temps, » ponctua-t-elle, « Pour réfléchir... à nous. » Les yeux plein de larmes, elle continua, « Je m'absenterai tout le mois d'août. J'ai déjà fait le nécessaire auprès de la DRH du cabinet. »
Peter accusa difficilement le coup. Il ne s'imaginait pas que son couple était si mal en point. C'était la première fois que Jane prenait des décisions sans lui en parler au préalable et il craignait le pire. « Jane, tu n'y penses pas ! » réagit-il la voix rauque. « Tous les couples ont des périodes de crises, ce n'est pas pour autant qu'ils se séparent ? Tu sais que je t'aime et je suis sûr que nous pouvons surmonter cette situation ensemble. » Le regard déterminé de sa femme lui fit l'effet d'une douche froide. « Jane, je t'en prie, tout peu s'arranger, » tenta-t-il la voix vibrante d'émotion. Mais devant son mutisme et son attitude distante, il se résigna, « Très bien. Une séparation de quelques semaines est peut-être ce qu'il nous faut après tout. Quand prévois-tu de partir pour Boston ? »
« Elisabeth et William arrivent la semaine prochaine et j'ai prévu de les accueillir à l'aéroport avec tante Maddie. Je suis désolée Peter, mais j'ai vraiment besoin de m'éloigner pour faire le point. J'ai prévu de partir pour North End dans trois jours. »
