Disclaimer : Cato et l'univers des Hunger Games sont la propriété de Suzanne Collins.
Note : Encore une fois, j'espère que cette fic vous plaira !
Te parler
Pendant une année, Cato se contenta de l'observer. Il ne lui adressait la parole que pour lui donner des ordres brefs. Il détournait ensuite le regard, le temps qu'elle s'exécute, avant de la fixer à nouveau. Helena ne se plaignait jamais, quoi qu'il lui demande de faire. Elle semblait ne pas connaitre les mots rébellion et résistance. Elle n'était que soumission. Cato l'observait, fasciné par cette fille si différente de lui. Il avait désormais treize ans et s'était musclé. Il attendait avec impatience le jour où son nom serait tiré au sort pour les Hunger Games. Chaque jour, il allait à son entrainement. Un soir, tandis qu'il en revenait et qu'Helena faisait le ménage, l'envie lui prit soudainement de lui parler.
- J'ai failli tuer quelqu'un, aujourd'hui, dit-il.
Helena tourna son regard sombre vers lui, une pointe d'interrogation dans les yeux. Elle était à genoux sur le sol, une serviette sale à la main. Comme d'habitude, ses vêtements étaient rapiécés et ses cheveux longs, mal peignés, flottaient autour d'elle. En un an, elle n'avait toujours pas appris à se coiffer, songea Cato avec une pointe de sarcasme.
- J'ai hâte de montrer ce que je vaut, poursuivit-il. J'aime bien la violence.
- Pourquoi tu aimes ça ? demanda-t-elle.
- Je me sens fort, c'est... Je ne sais pas. Je me sens puissant. J'aime ça, c'est tout. Pourquoi tu me parles, d'un coup ?
Le bout des lèvres d'Helena se retroussa, comme si se moquait de lui. Le torchon qu'elle tenait à la main pendait lamentablement tandis qu'elle souriait à moitié. Elle redressa légèrement son buste pour le regarder.
- C'est toi qui a commencé à me raconter tes exploits, répondit-elle calmement.
- Je ne vois vraiment pas pourquoi j'aurais fait ça, répliqua-t-il avec mauvaise foi.
La jeune fille leva doucement les yeux au ciel. Elle retourna ensuite à son ménage, astiquant soigneusement les pavés de la maison. La mère du garçon le lui avait bien dit, il fallait que tout brille. Helena s'employait donc à ce que tout soit au mieux pour gagner son salaire, et, parfois, un petit pourboire de l'homme de la maison, lorsqu'il rentrait de bonne humeur.
Cato se tut un moment, la regardant faire. Elle aussi avait grandi. Ses cheveux clairs lui arrivaient désormais plus bas que le milieu du dos, sa taille s'affinait sous le poids de la misère, et son regard semblait plus torturé que jamais. Elle aurait presque pu être belle si elle avait prit la peine de se nettoyer et de s'occuper d'elle. Pensif, il se demanda pourquoi elle était toujours vêtue de haillons. Son salaire ne lui permettait-il donc pas de s'habiller correctement ? Haussant les épaules, il se désintéressa d'elle. Il revenait de son entrainement et comme toujours, il se sentait à la fois fort et épuisé.
- Tu te rappelles de n...
Hésitant, Cato s'arrêta. Il prit le temps de reformuler sa phrase. Helena le déroutait, elle n'était pas comme les autres gamins du District. Elle répondait calmement à tout ce qu'il disait, presque avec indifférence, mais sans mépris. Il n'était pas habitué à ce calme.
- Tu te rappelles de la première fois où je t'ai vu ?
Elle tourna les yeux vers lui, étonnée qu'il reprenne la parole. Helena le regarda une seconde avant de se concentrer à nouveau sur le torchon qu'elle tenait et les pavés qui attendaient qu'elle s'occupe d'eux. Elle frotta vigoureusement une tâche qu'elle ne parvenait pas à faire disparaître. Avec une pointe de sadisme, Cato se remémora le moment où il avait soigneusement fait tomber de la colle par terre.
- Tu avais un bleu, ce jour-là. Un énorme bleu. Il venait d'où ? l'interrogea-t-il.
- J'étais... tombée, marmonna-t-elle en astiquant plus fort.
- Je ne te crois pas.
Elle haussa les épaules. Elle frottait le carrelage sans vraiment le voir. Cela lui arrivait souvent : devant son regard se substituaient d'autres images, des moments passés qui lui faisaient peur, des instants doux qui la torturaient. Elle n'écoutait plus vraiment Cato, elle ne voulait pas lui répondre. Cela ne servait à rien.
- Dis-moi qui t'avais fait ça. Je veux le savoir.
- Pourquoi ? demanda-t-elle en fixant sur lui son regard noir. Pourquoi ? Pour faire pareil que...
La porte du rez-de-chaussée claqua soudainement, annonçant le retour du père de Cato. Calvin arriva dans le salon deux secondes plus tard. L'homme ressemblait beaucoup à son fils : même cheveux clairs, même visage fin. La seule différence était leur carrure : Cato se musclait en attente des jeux de la faim, son père ne faisait rien pour s'entretenir et demeurait long et mince. Un sourire éclaira son visage lorsqu'il vit son fils en compagnie de la femme de ménage.
- Bonsoir, Cato, Helena. As-tu bientôt fini de nettoyer le sol ? J'ai déchiré une de mes chemises hier et j'aimerais que tu me la recouses. Tu peux faire ça, n'est-ce pas ?
- Bien sûr, monsieur.
- Je t'attends dans ma chambre, Helena.
Calvin monta à l'étage, laissant les deux enfants entre eux. Le garçon regarda sa servante, suspicieux. Le ton qu'elle employait lorsqu'elle s'adressait à Calvin le gênait. Elle ne lui parlait pas à lui ainsi, il ne détectait aucune trace de respect et de crainte dans sa voix lorsqu'elle répondait à ses questions.
- Pourquoi tu parles comme ça à mon père ?
- Peut-être parce que c'est lui qui me verse mon salaire ? répliqua la fillette en frottant un dernier coup.
- Il y a autre chose. C'est ma mère qui te donne l'argent, à chaque fois. Mais tu ne lui parles pas comme ça, à elle.
Helena soupira. Elle se releva, dépoussiéra sa jupe d'un mouvement las, fit craquer les vertèbres fragiles de son dos en se redressant. Une grimace lui échappa. Elle essora ensuite son torchon dans le seau à côté d'elle, scruta les carreaux en quête de poussière puis se déclara satisfaite.
- Enfin fini, annonça-t-elle. Je suis désolée, il va falloir que je te laisse. Tu n'as besoin de rien d'autre ?
- Non c'est bon. Mais j'ai envie de discuter avec mon père, je vais t'accompa...
- Non !
Cato, debout à côté d'elle, la dévisagea avec étonnement. C'était la première fois qu'elle lui parlait autant dans une journée, et surtout la première fois qu'elle s'opposait à lui. Une fois de plus, un soupçon de doute lui effleura l'esprit.
- Tu... Tu m'as l'air fatigué. On ne tue pas quelqu'un tous les jours, déclara-t-elle très vite. Tu devrais aller te reposer, tu... Tu as entrainement demain ! Il faut que tu sois en forme !
Pourquoi évitait-elle ainsi son regard ? Elle avait rougit. Le jeune garçon faillit lui répondre qu'il n'avait pas de conseils à recevoir d'elle, et puis il se calma. Elle n'avait pas tout à fait tort, il était fatigué. Mais contrairement à ce qu'Helena venait de dire, il n'avait pas tué quelqu'un. Uniquement faillit. Ce qui était bien dommage.
- D'accord, je laisse passer pour cette fois-ci. Fais attention à toi, si tu décides encore de me parler ainsi, je ne serais pas si gentil.
Il partit dans sa chambre sans attendre de réponses, oubliant déjà tout ce qu'il venait de lui dire. Il rêvait de son lit.
Seule dans le salon, Helena soupira et baissa la tête, cachant son visage au reste du monde. Elle songea un instant, un infime instant, que tous ces mensonges, ces secrets, tout ce qu'elle vivait lui pesait. Lorsqu'elle se redressa, elle avait reprit son attitude soumise. Elle monta les escaliers, doucement, appréciant chaque seconde qui la séparait du moment fatidique. Malheureusement, elle arriva enfin dans la chambre de Calvin, son employé.
- Entre, Helena, entre. Et ferme la porte, s'il-te-plait.
