Chapitre 3

Il raccrocha, un sourire aux lèvres. Il se sentait déjà mieux. Elle arrivait, elle allait le sauver, encore une fois. Dieu, qu'il aimait cette femme !

Il se souvint de leur première rencontre. Le Directeur Adjoint Hacker l'avait assigné à une affaire qui paraissait assez classique mais avec une innovation de taille.

- Nous allons tester une collaboration avec l'Institut Jefferson. Comme le corps trouvé dans cette décharge est presque totalement décomposé, nous le confions à l'équipe d'anthropologues judiciaires de l'Institut. Vous serez notre liaison avec les scientifiques.

- Mais Monsieur, je suis un agent de terrain. Je n'ai rien à voir avec les fouines !

- Agent Booth, pas de discussion. C'est un essai. J'ai besoin de quelqu'un de diplomate, c'est pourquoi je vous ai choisi. Vous rendrez compte comme d'habitude à Cullen. Pour l'instant, foncez à l'Institut, le Docteur Goodman, leur directeur, vous attend.

Lorsqu'il était arrivé à l'Institut Jefferson, le Docteur Goodman l'avait accueilli, lui avait expliqué le rôle de son équipe et l'avait présenté à ses collaborateurs. La première fois qu'il avait vu le Docteur Tempérance Brennan, il avait été ébloui par la beauté de cette femme, surtout de ses yeux clairs qui semblaient voir jusqu'aux tréfonds de son âme. Il l'avait observée, penchée sur le squelette de la victime. Elle semblait fascinée par ce qu'elle voyait, ses mains fines touchaient les os avec douceur et dextérité. Elle parlait indistinctement avec son assistant, dont il n'avait pas saisi le nom, lui montrant différents points. Soudain, elle s'était redressée et adressée à lui d'un ton froid et monocorde « La victime est une femme, de type afro-américain. Elle avait environ 28 à 30 ans au moment de son décès et devait être danseuse classique. Elle a été tué par un couteau à lame dentelée avec un manche de section ovale.»

Il avait cligné des yeux et lui avait répondu d'un ton incrédule « Et vous pouvez deviner tout ça juste en regardant ses os ? ». La réponse n'avait pas tardé : « Je ne devine pas, je le sais. C'est mon travail. Vous avez des informations, utilisez-les au lieu de rester planté là. » La colère l'avait envahi. Cette femme, bardée de doctorats, le traitait comme un demeuré, un inférieur. Il était sûr qu'elle avait raconté n'importe quoi, juste pour lui en mettre plein la vue. Sans un mot, il avait tourné les talons et quitté l'institut. Quel imbécile il avait été ! L'enquête avait trainé en longueur car il n'avait tenu aucun compte des informations que le Docteur Brennan lui avait fournies. Quand, finalement, ils avaient bouclé le coupable, il savait que la jeune scientifique avait eu raison et que, s'il l'avait écoutée, il aurait pu trouver l'assassin beaucoup plus rapidement.

Etant un homme d'honneur, il avait tenu à faire amende honorable. Il était arrivé à l'Institut Jefferson avec un bouquet de fleurs et avait frappé à la porte de son bureau.

- Bonjour, Agent Booth, lui avait-elle dit d'un ton froid.

- Bonjour, Docteur Brennan. Je suis venu m'excuser de mon attitude de l'autre jour.

- Avez-vous attrapé l'assassin ?

- Oui, et vous aviez raison, Bones, il connaissait la victime car…

- Comment m'avez-vous appelée ?

- Heu, Bones… Vous savez, c'est un jeu de mots, parce que vous travaillez avec les squelettes et…

- Ne m'appelez pas comme çà ! l'avait-elle coupé d'un ton froid. Pourquoi avez-vous mis si longtemps à confondre le coupable puisque vous saviez qu'il fallait chercher une danseuse de ballet.

- En fait, avait-il répondu d'un air gêné, je ne le savais pas

- Mais je vous avais parlé de…

- Oui, mais, Bones… avait-il bafouillé

- Je vois, vous n'en n'avez tenu aucun compte. Ce n'est donc pas nécessaire de poursuivre cette collaboration. De toute manière, j'avais dit au Docteur Goodman que j'étais contre cette idée.

- Mais non, la prochaine fois, je…

Elle l'avait transpercé de son regard clair et avait laissé tomber d'un ton sans appel « Il n'y aura pas de prochaine fois. D'ailleurs, je pars demain pour le Guatemala pour tenter d'identifier les victimes découvertes dans un charnier ».

Il n'avait pu s'empêcher de faire la grimace, en l'imaginant pataugeant au milieu des cadavres. Elle s'était emportée « Et bien quoi, Agent Booth, il faut bien que quelqu'un s'intéresse à ces pauvres gens et les identifier permettra de les rendre à leurs familles pour qu'ils soient enterrés et pleurés correctement ». En écoutant sa diatribe passionnée, il avait senti pour la première fois son cœur s'enflammer pour cette femme. Le souvenir de cet instant le fit sourire.

La seconde fois qu'ils avaient été réunis pour l'affaire Cléo Eller, il n'avait pas été très fier non plus. Elle l'avait exaspéré et il se souvint du petit discours bien macho qu'il lui avait servi sur le rôle des fouines et celui des flics. Quel abruti imbu de lui-même il avait été encore une fois. Mais lors de la même affaire, elle l'avait fait rire avec sa manière inimitable de le faire chanter pour participer à l'enquête sur le terrain. Après l'enterrement de Cléo, lorsqu'il lui avait parlé de son passé de sniper, elle lui avait dit qu'elle aimerait l'aider à réparer. A cet instant, c'en avait été fini de lui, ça y était, il était désespérément et définitivement tombé amoureux de Tempérance Brennan.

Tout au long de ces quatre années, il avait appris à mieux la connaître et tout ce qu'il avait vu n'avait fait qu'entretenir cet amour. Il savait qu'elle méritait beaucoup mieux que lui et faisait tout pour qu'elle ne découvre pas ses sentiments. Mais lui, il était si heureux de sa présence, des moments qu'ils partageaient. Et aujourd'hui encore, elle arrivait. Dans moins de quatre heures, elle serait là. Il carra ses épaules. Ce n'était pas le moment de flancher, de lâcher ses démons. Il n'allait pas jouer, mais seulement l'attendre tranquillement. Il s'installa dans le fauteuil, ouvrit le dossier de l'affaire en cours et se replongea dans ses notes.