Léa se préparait pour le briefing. C'était sa première rencontre avec son staff. Elle connaissait le conseiller parce qu'elle s'était retrouvée rescapée sur son ancien vaisseau, le USS Pioneer, et qu'il l'avait aidé à traverser une épreuve difficile, mais elle ne connaissait personne d'autre. Son premier officier, Myriam White, avait aussi servi sur le Pioneer, mais elle ne l'avait pas rencontrée à l'époque.

Elle avait hésité entre arriver avant tout le monde et les attendre ou arriver à la fin pour faire son effet. Finalement, elle arriva un peu avant l'heure alors qu'il y avait encore des retardataires. Quand elle entra, tout le monde tourna les yeux vers elle. Elle devrait s'y habituer : dans ces réunions, le capitaine présidait. Elle alla jusqu'à sa chaise et s'y installa.

Elle révisa les informations qui apparaissaient sur le terminal qui était inclus dans la table de conférence en attendant que tout le monde soit arrivé. C'était sa première mission en tant que capitaine et ça la rendait nerveuse.

Elle leva les yeux sur son staff, il ne manquait qu'une personne. Tout le monde la regardait en silence. Souvent dans les réunions de staffs qu'elle avait connues, les officiers discutaient entre eux avant le début de la rencontre. Pour l'instant, personne ne se connaissait sauf le commandeur White et le conseiller Riyax, mais ce dernier n'était pas encore arrivé.

La porte coulissa justement devant lui. Il entra et prit la place qui restait.

- Tout le monde est là, on peut commencer, dit-elle. Notre première mission sera d'aller étudier un phénomène étrange qui se poursuit depuis des siècles sur la colonie d'Irizia. Docteur Sermak, avez-vous eu le temps de vous familiariser avec la mission?

- Oui, capitaine, dit-il. La colonie d'Irizia a été découverte récemment par le USS Grizzly. Il s'agit d'une colonie humaine involontaire.

- Involontaire, demanda White?

- Les colons sont en fait les descendants des survivants du vaisseau cargo le Valkyrie. Au 22e siècle, il se serait crashé sur cette planète. Les officiers du Grizzly ont eu du mal à les croire tellement les colons avaient perdu leur humanité.

- Que voulez-vous dire par là, demanda Douze?

- En seulement deux siècles, ils ont évoluée à une vitesse anormale. Voyez par vous-même.

Il alla vers l'écran et le portrait d'une femme s'afficha. Elle ressemblait à un extraterrestre bipède de type insectoïde. Elle avait le teint vert, une bouche allongée qui faisait penser à une trompe, des yeux immenses et pas de nez.

- Vous n'allez quand même pas me dire que c'est une humaine, s'étonna le chef ingénieur?

- Elle n'a que des ancêtres humains, répondit-il. Et voici son frère.

Il montra une autre photo d'un être petit au teint laiteux et à la tête énorme, ses yeux étaient aussi grands que sa sœur, mais pour le reste, on les aurait pris pour des représentants de deux espèces différentes.

- Quelque chose sur cette planète les affecte, conclut finalement le vulcain. Chaque génération est radicalement différente de la précédente et le taux de mutations génétiques est anormalement élevé.

- Nous allons donc devoir étudier ces gens et leur planète,conclut Léa. Le laboratoire médical s'occupera d'étudier les habitants, le laboratoire géologique cherchera sur la planète directement. Le département d'exobiologie étudiera les espèces indigènes. Le département de cartographie stellaire étudiera ce système planétaire. Je veux aussi une équipe de reconnaissance formée d'ingénieurs et d'officiers de sécurité pour retrouve les traces du Valkyrie et en étudier les débris.

- Je vais m'occuper de former l'équipe de reconnaissance, capitaine, dit Myriam White, son second.

- Comme nous ignorons la cause de ces mutations, je recommande que tout le monde porte des tenues environnementales, dit le Vulcain.

- Faites le nécessaire. En attendant, que tous les chefs de départements forment leurs équipes au sol et m'envoient les noms. Quand nous serons en vue du système d'Irizia, tout doit être prêt. Cette réunion est terminée.

Les officiers sortirent, le conseiller Riyax resta.

- Y a-t-il un problème, conseiller?

- Capitaine, dit-il, vous faites très bien ça, vous ne devriez pas vous en faire autant.

- Conseiller, je n'ai pas vraiment envie d'une consultation.

- Je ne fais rien de la sorte, mais est-ce que je me trompe en disant que je suis le seul visage familier parmi votre nouveau staff?

Il lui fit son sourire triangulaire typiquement Dénobulien qui avait le don de la désarmer.

- Vous ne vous trompez pas.

- Il n'est pas bon d'être seul au sommet de sa tour. Tout le monde a besoin d'un ami.

- Sommes-nous déjà des amis?

- Pas encore, mais ça ne saurait tarder.

L'assurance du Dénobulien la fit sourire.

- C'est ma première mission en tant que capitaine, je suis effectivement nerveuse. Ça parait tant que ça?

- Vous vous efforcez de le cacher et ça réussit plutôt bien; mais j'ai trente ans d'expériences en tant que conseiller sur des vaisseaux de la Fédération, alors disons que j'ai l'œil pour ce genre de chose.

Elle ne répondit pas, mais elle repensa à l'époque où elle l'avait connu alors qu'elle avait été recueillie par son vaisseau dans un espace vide de temps et de matière où elle y était torturée par des êtres intangibles.

- Vous savez que vous m'avez beaucoup aidée dans le temps.

- Vous voulez parler de votre passage sur le Pioneer.

- Oui. J'étais complètement perdue, sans aucuns repères.

- Vous avez vécu des heures sombres comme peu en ont connu, capitaine. J'ai fait mon travail.

- Je ne pourrai pas être votre patiente ici, considérant que je suis l'officier en commande.

- Qu'est-ce qu'ils ont les capitaines à croire que s'ils se montrent vulnérables, ils perdront le respect de leurs subalternes?

- Ce n'est pas une question de respect. J'ai la responsabilité des membres de cet équipage et à certain moment leur vie se retrouvera entre mes mains et ils le savent. Si un seul d'entre eux me voyait flancher, pourrait-il encore me faire confiance et se sentir en sécurité?

- Mais vous n'êtes pas infaillibles, vous pouvez aussi avoir besoin qu'on vous aide.

- Je sais et c'est surement le difficile travail du conseiller de le détecter et d'insister quand le besoin se fait impérativement sentir.

Le conseiller resta silencieux un court moment en la regardant, comme s'il l'étudiait.

- Avez-vous besoin d'un conseiller, demanda-t-il alors?

- Non, je ne crois pas, mais peut-être bien d'un ami.

- Je vous l'avais dit ça ne tarderait pas, dit-il en souriant.

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Quelques jours plus tard, sur la passerelle, tout le monde était à son poste. Sur l'écran, on pouvait voir le croissant d'une planète, un rayon de lumière la couvrait alors que son soleil rouge se levait.

- Mise en orbite complétée, capitaine, dit alors Douze.

- Ouvrez une fréquence de communication.

- Fréquence ouverte, répondit la Bajoran.

- Ici le capitaine Léa Roberge du vaisseau de la Fédération Hawking. Je suis ici à la requête du capitaine du Grizzly, tel qu'il vous l'a promis lors de son passage sur votre planète.

L'image d'un homme au visage complètement recouvert d'écailles s'afficha sur l'écran. Ses yeux était d'un vert étrange, luminescent.

- Je suis le gouverneur Mitchell. Êtes-vous les scientifiques qu'on nous a promis?

- Nous venons étudier le phénomène qui vous affecte. Je ne peux pas promettre que nous trouverons une façon de renverser le processus.

- Je suis né comme je suis, capitaine Roberge, ça ne me dérange pas. Le problème, ce sont les enfants.

- Que voulez-vous dire?

- Depuis dix ans, tous les bébés sont nés avec des mutations si extrêmes qu'ils n'ont pas survécu.

- Je suis désolée de l'entendre, gouverneur. Nous ferons tout en notre pouvoir pour vous aider.

- Merci.

- Nous allons téléporter plusieurs groupes de scientifiques et leurs équipements sur votre planète. Préparez-vous à les recevoir.

- Il me fera plaisir de les accueillir.

L'image du gouverneur disparut et fut remplacée par le croissant de la planète.