Chapitre 02: Noir destin
Sirius hait de toute son âme l'horloge accrochée au mur. C'est une vieille horloge, faite de bois qui craque et se fend sur les bords. La peinture dorée bon marché qui a été utilisée pour les dessins colorés sur la surface est à présent d'un jaune moisi et passé, qui rappelle à Sirius la couleur du vomi. Mais ce qu'il déteste le plus chez cette foutue horloge, c'est le bruit qu'elle fait. Elle est toujours atrocement bruyante et chaque tic à chaque seconde et chaque toc à chaque minute résonnent dans la tête de Sirius en un écho insupportable. Cette femme, ce docteur, elle parle et parle et pose des questions idiotes; mais même sa voix ne suffit pas à noyer le son de cette horloge. C'est horripilant. Extrêmement horripilant.
« Vous voulez bien me parler de vos moments à l'école, Sirius ? Comment étiez-vous quand vous étiez enfant ? »
« Plus petit. » répond Sirius avec rudesse, sentant son humeur se dégrader au fur et à mesure que la petite aiguille avance.
« Pouvez-vous élaborer votre réponse pour moi ? »
Sirius soupire d'exaspération mais obéit : « J'aimais l'école. J'aimais apprendre des choses que Mère ne laissait pas le tuteur m'enseigner. J'aimais James. »
« Est-ce que vous l'aimiez de manière romantique ? »
Pendant un moment, toute l'attention de Sirius est détournée de l'horloge, tandis qu'il éclate de rire. Le docteur attend patiemment qu'il cesse, mais la question est tellement ridicule qu'à chaque fois que Sirius s'arrête, son fou rire reprend. « Tous les autres l'aimaient d'une façon romantique. Je l'aimais parce que c'était le type le plus audacieux que j'avais jamais rencontré. Il se fichait pas mal des règles ou du fait d'être un sang-pur. A cette époque, tout ce qui comptait pour lui, c'était s'amuser. »
« Qu'est-ce que "s'amuser" ? Pouvez-vous définir ce que "s'amuser" signifiait pour vous, à cette époque ? »
« Des blagues. » répond simplement Sirius. « On inondait l'école, on embêtait les fantômes, on mettait des rats dans les placards des filles; tout pour rire un bon coup. » Sirius sourit tandis qu'il se remémore les jours passés à l'école. Les jours qui n'étaient pas comme ceux-ci : où il ne devait pas s'asseoir sur cette chaise ridicule et écouter le tic tic lancinant de cette horloge. « Il y avait ce garçon qu'on n'aimait pas et sur lequel tombaient la plupart de nos blagues : Severus Snape. On l'appelait Snivellus. » grogne Sirius, le rire menaçant de ressortir de ses lèvres. Il y avait eu beaucoup de noms pour ce type-là : tas d'ordure, tête de puant; mais Snivellus était celui que Sirius préférait.
« Pourquoi le détestiez-vous ? »
Sirius fronce les sourcils. « Je ne le détestais pas. James le détestait parce qu'il aimait la copine de James. Je voulais juste m'amuser... »
« Vous amusiez-vous ? »
Sirius hausse les épaules. « Parfois. Parfois James était un peu un imbécile. Il avait toujours cette "limite" parce qu'il pensait que si on allait plus loin, ce serait inhumain et contraire à l'éthique. Je lui disais que, quand il s'agissait de s'amuser, il n'y avait pas de limites. Le concept de l'amusement est simple : parce que vous ne pensez pas, vous vous amusez. » Sirius penche la tête de côté et la regarde. « L'amusement est un sentiment, pas une pensée. »
« Pouvez-vous me parler de cet amusement sans limites ? Racontez-moi une de vos blagues que James n'approuvait pas. »
Ça ne dérange pas Sirius de lui raconter, si elle comprend le concept. Sirius réalise aussi que penser garde son esprit loin de l'horloge et que c'est assez soulageant. « Snivellus était vraiment un type bizarre. Il était tout le temps dans nos pieds, à essayer de découvrir comment on faisait nos trucs, nos secrets et nos passages; beaucoup de fois, il a essayé de nous cafter ou de nous mettre dans le pétrin délibérément. » Sirius ferme les yeux et s'appuie contre le dossier de la chaise. « Il y avait cet arbre dans notre école, qu'on appelait le Saule Cogneur. Tout le monde disait qu'il avait été planté à la mémoire de quelqu'un que Dumbledore avait connu ou d'un étudiant qui était mort. Un truc de ce genre, je ne suis pas trop sûr. Mais il réduisait en pièces quiconque essayait de l'approcher. Excepté qu'il y avait un tour que seuls James et moi connaissions. Alors, j'en ai parlé à Snivellus, puisqu'il était tellement curieux à ce sujet. Enfin, j'ai fait semblant. » Sirius rit, tandis qu'il se rappelle de l'expression de Snape. Dans ses souvenirs, ça reste la meilleure blague qu'il ait jamais réalisée et peut-être aussi la plus drôle. « Je l'ai fait parce qu'il le méritait, mais quand James a découvert ça, il était furieux. Il a sauvé ce salaud qu'il détestait. Ça a juste compliqué les choses. »
« Que voulez-vous dire par compliquer, Sirius ? »
« Rendre complexe, difficile à comprendre. » ricana Sirius. « Mère nous a toujours enseigné qu'il ne fallait jamais gaspiller un moment à paresser, alors quand elle m'enfermait dans la bibliothèque pendant une semaine en guise de punition, j'apprenais une bonne partie du dictionnaire. C'était amusant. » Sirius plia les doigts machinalement. « Parfois, j'utilisais des mots qu'elle ne comprenait pas pour l'embêter. Il y avait des mots qui m'ont donné l'idée de créer de nouveaux sorts qui rendaient Mère fière. Elle souriait quand je les lui montrais et on pouvait savoir qu'elle était contente si on voyait sa dent en or, à l'arrière. »
« Vous n'avez pas répondu à ma question, Sirius. »
Sirius roule des yeux. « Une blague est une blague. Certaines personnes en méritent, d'autres non. James ne comprenait pas ça, mais Snivellus oui. » Sirius déboutonne les quatre derniers boutons de sa chemise, révélant une cicatrice qui débute du bas de ses côtes et plonge bien plus bas sous la taille de son pantalon. Ce n'est pas une cicatrice douloureuse, ou en tout cas, plus maintenant; simplement de la peau un peu en saillie. Mais à l'époque, la médicomage avait eu beaucoup de difficulté à arrêter le sang de couler. « Snivellus comprenait que les gens sont seulement entravés par les limites qu'ils s'imposent; la morale, l'éthique, l'humanité. Ce n'est pas important. Une blague est juste une blague. »
« Une blague sonne un peu comme une revanche. Y a-t-il une différence ? »
Sirius rit. « La revanche est bien plus douce. »
XxxxX
« MERDE ! » jura Sirius, sa voix couvrant le bruit de violents haut-le-cœur venant de la salle de bains. « Bordel ! » Sirius claqua rageusement la porte du bureau et se laissa tomber sur le sofa. Ce n'était pas ce qu'il avait prévu; ce n'était pas ce qu'il voulait. C'était agaçant : ce manque de contrôle et cette totale soumission de la part de Remus. La façon dont Remus défiait chacun des mots qui sortaient de sa bouche et chaque pensée perverse qui traversaient l'esprit de Sirius...ses nerfs étaient à fleur de peau. Ça l'irritait et ça l'excitait, cette nature rebelle, mais uniquement quand il avait le contrôle. Uniquement quand la rébellion allait selon ses souhaits.
Trois jours étaient passés depuis que Sirius avait sorti Remus de sa cage. Et chaque matin depuis lors, Sirius ouvrait la porte pour trouver Remus allongé, les yeux grands ouverts, sous le lit. Toujours sous le lit. Toujours éveillé et alerte, malgré le manque flagrant de sommeil; et toujours méfiant envers Sirius. En vérité, à chaque fois que Sirius avait essayé de le mettre à l'aise, il avait été l'objet de violentes manifestations menant à un bras déboîté, deux côtes cassées et quelques coupures qu'il avait dû soigner seul. Les bleus restaient présents, comme des ajouts peu attrayants aux visage et bras de Sirius.
« Plie. » grogna Sirius, plaçant le sac de glace sur son visage, dans l'espoir vain de calmer le maux de tête qui semblait pulser à l'arrière de son crâne. « Plie-toi à mes désirs et laisse-moi te baiser. » Une soudaine quinte de toux se fit entendre de derrière la porte et Sirius poussa un rugissement de fureur avec impatience. Manger. Même une chose aussi simple que manger se mettait en travers de son chemin. Remus n'était pas habitué à prendre des repas réguliers ou même des quantités adéquates de nourriture. La majeure partie de ce qu'il avalait était ensuite vomie dans la demie-heure qui suivait le repas, laissant à Kreacher le soin de s'occuper de ce que Sirius voyait comme une créature faible et dévastée C'était exaspérant. Il ne voulait pas cette caricature de personne. Il ne voulait pas de ce corps faible ou de ces piètres attaques qui avaient pour origine la peur et le désespoir. Il voulait les yeux d'ambre. Il voulait le feu et la chaleur. Il voulait jouer...
« Sirius, pourquoi t'es-tu engagé ? »
Sirius jette un coup d'œil à son frère cadet à travers le miroir. Il est assis en tailleur sur le lit et le fixe avec une curiosité malsaine. « C'est mon devoir en tant qu'héritier, » répond Sirius, retournant son attention à sa cravate avec dédain. « Je voulais rendre Mère fière. » Récemment, la seule raison que Sirius avait de faire quoique ce soit, c'était la volonté de Mère. Il songeait qu'il avait eu sa propre volonté, avant, mais elle avait été écrasée le jour où il avait été diplômé de Poudlard. La réponse qu'il donne à Regulus n'est pas tout à fait vraie. Il n'a aucun désir de rendre Mère fière, parce qu'il la hait. Il la hait plus que quoi que ce soit dans le monde enter mais il veut aussi qu'elle l'aime parce que peu de gens l'aiment. L'amour peut être inconditionnel dans la famille Black s'il est mérité. Sirius avait découvert assez tôt qu'on ne pouvait pas pousser les limites de l'amour à travers la désobéissance.
« Je me suis engagé pour te rendre fier »
Sirius lève la tête, surpris à la réponse de Regulus. « J'ai toujours été fier de toi, Regulus, pour de nombreuses raisons avant celle-là. Mais ne me fais pas passer avant Mère. »
« Je m'en fous d'elle. » répond Regulus d'un ton plein de défi, bras croisés sur sa poitrine. Sirius se rappelle avoir été exactement pareil au même âge : rebelle et insolent. Pourtant, d'une certaine façon, il n'avait jamais été capable de franchir la limite.
Sirius pousse un profond soupir et fait signe à Regulus de s'approcher. « Viens ici. » dit-il doucement, en attendant que Regulus se trouve à sa hauteur, avant de le frapper à l'arrière de la tête. « Je ne pensais pas t'avoir élevé pour que tu deviennes aussi con. » réprimande-t-il gentiment, riant légèrement tandis que Regulus masse sa tête avec irritation. « Écoute-moi, Regulus. Mon destin comme membre de la maison Black a déjà été décidé mais toi, tu as l'avantage d'être plus jeune. S'il y avait bien une seule chose que je voulais de toi, c'était que tu finisses ta scolarité et profite de ta propre vie. »
« Ne me traite pas comme un enfant. » rétorque Regulus. Il tape du pied de façon enfantine et Sirius s'en amuse. Regulus a quinze ans; il a quatre ans de moins que son frère et est son portait craché. Pourtant, il est plus petit que Sirius se rappelle avoir été au même âge.
« Tu n'es pas un adulte non plus. » répond-t-il d'un air suffisant.
« Tu n'as pas besoin d'être si dur. »
Sirius a un rire exaspéré. « Laisse-moi voir ta Marque des Ténèbres, Regulus. » Regulus le fixe avec curiosité mais relève sa manche pour révéler le serpent tatoué sur son bras. La façon si naturelle dont Regulus la montre dit à Sirius que Regulus ne comprend pas vraiment le sérieux de la situation. Sirius a soudain le sentiment que Regulus ne s'est pas engagé parce qu'il voulait rendre Sirius fier mais plutôt parce que c'est ce qu'on attendait de lui, comme représentant des Black. Le cercle infernal de pression ne s'arrête pas avec Sirius, à l'évidence. « Cette Marque régit tes sentiments, lit la moindre pensée qui passe dans ta tête, surtout quand tu ne maîtrises pas l'Occlumancie...mais elle ne peut pas interférer dans tes actions. Est-ce que tu comprends ça, Regulus ? Pense avec ta tête, pas avec ton cœur. »
Regulus ricane. « C'est marrant de t'entendre dire ça : tu ne penses jamais. »
« Mais je suis incontrôlable et imprévisible. » répond-t-il en souriant avant de retrouver son sérieux. « Nous allons devoir tuer des personnes innocentes, mais si tu sais comment fermer ton esprit, tu n'y seras pas obligé. Nous apprenons la magie noire comme une nécessité pour survivre dans la maison Black mais pas dans le monde réel. » Sirius tire sur la manche de Regulus jusqu'à ce que la Marque des Ténèbres disparaisse sous le tissu. « Écoute-moi bien : ne tue pas, à moins que ce ne soit bien mérité. Garde un profil bas et suis les ordres, mais ne t'abaisse pas à leur niveau. »
Regulus acquiesce.
« Bien. » Sirius attrape Regulus par la nuque et le serre dans ses bras. Sirius doit se pencher pour placer son menton sur la tête de son frère, mais Regulus a toujours été petit; se cachant commodément derrière le dos de Sirius et serrant très fort le dos de sa robe. Sirius l'a élevé de cette manière : de façon à être dépendant de lui. La loyauté de Regulus pour Sirius ne faiblira jamais, tout comme les poings qui serrent sa robe ne se relâcheront jamais.
« Maître Sirius, Kreacher a fait comme vous aviez demandé. La créature est dans le salon, attend le Maître. »
Sirius ouvrit les yeux et réalisa qu'il s'était enfoncé si profondément dans ses pensées qu'il n'avait pas remarqué que le paquet de glace était en train de fondre et de goutter sur ses cheveux et vêtements. « Bien, Kreacher. Nous ne serons pas à la maison avant dîner, nous avons quelques endroits à visiter. »
L'elfe de maison écarquilla les yeux de surprise. « Mais Maître Sirius, c'est dangereux avec ce lou- »
Sirius sécha rapidement sa robe avec un sort. « Kreacher, ne me réponds pas. »
Kreacher pinça les lèvres et fit une profonde révérence. « Kreacher est désolé et il se punira de façon convenable. » Il se remit aussi à marmonner à voix basse, probablement parce qu'il n'était pas d'accord avec les principes de son maître, mais Sirius l'ignora, comme toujours.
« Ce n'est pas nécessaire. » répondit Sirius d'un ton désintéressé. Il sortit du bureau, permit à Kreacher de l'aider à enfiler son manteau. Il pouvait voir Remus assis dans le salon, comme Kreacher l'avait mentionné, habillé des vêtements moldus que Sirius n'utilisait pas. Lui et Sirius avaient plus ou moins la même taille mais les vêtements tombaient de façon peu élégante sur le corps de Remus. Quand Sirius se tint pile devant lui, Remus le fixa délibérément comme s'il ne le voyait pas, se levant uniquement parce qu'il savait que c'était ce qu'on attendait de lui. Ça faisait sourire Sirius et ça calmait l'irritation qu'il avait ressenti à l'égard du loup-garou, un peu plus tôt. Remus avait adopté une nouvelle forme de défi et de combat : l'ignorance.
« Maître Sirius. » appela Kreacher, alors qu'ils étaient sur le seuil de la porte avant. « Si vous allez...est-ce que...pour Kreacher... »
Sirius hocha la tête. « Je passerais tes salutations, Kreacher. Autre chose ? »
Kreacher secoua la tête et fit une profonde révérence. Quand il se redressa, il y avait un léger sourire sur ses traits tordus et enfoncés.
Sirius fit semblant de ne pas le remarquer, tandis qu'il laissait la porte se fermer derrière eux. « C'est la première fois que tu sors dehors comme ça, n'est-ce pas ? Fais-le moi savoir si c'est trop pour toi. » S'il devait être honnête avec lui-même, Sirius espérait que ce serait trop pour Remus. Il voulait voir la panique, il voulait voir une réaction violente; il voulait voir tout tandis que Remus s'adaptait au monde extérieur. Surtout, il voulait voir si Remus allait perdre le contrôle. « Ignorer mon existence ne me fera pas ignorer la tienne. Ça me donne simplement envie d'attirer ton attention et j'userais de n'importe quel moyen pour l'obtenir, tu devrais déjà le savoir. »
Sirius eut un léger rire face au silence de Remus. D'une certaine façon, il s'était attendu à ce que Remus s'enfuie dès la minute où ils avaient franchi le seuil mais Remus était docilement resté au côté de Sirius et marchait à son pas. Non, pas docilement. Remus avait déjà remarqué la main de Sirius posée sur sa baguette, cachée dans la poche de sa robe. Décevant. Sirius avait même préparé un sort exprès pour Remus, s'il avait tenté une escapade.
« Tu vas rencontrer des gens d'importants aujourd'hui. » continua Sirius, même quand il remarqua que Remus jetait des coups d'œil prudents tandis que les rues devenaient de plus en plus peuplées. Les poings de Remus étaient serrés, son corps était tendu, sur la défensive, comme s'il se préparait à une attaque. « Je nous aurais bien transplané ici mais tu aurais combattu, n'est-ce pas ? Rien n'est pire que d'être désartibulé, je pense bien. Et puis, c'est tout près. » Sirius fit exprès de se diriger vers une allée bondée; une rue saturée à bloc d'hommes et de femmes en tenue d'affaires, courant tout le temps.
Sirius eut un sourire quand il vit le corps de Remus se recroqueviller légèrement, se tendre avec conscience et malaise, une veine palpitait sous l'effet d'un pouls enragé, juste sous la peau du cou. Il pouvait voir le tourbillon dangereux d'ambre dans les yeux du loup-garou devenir de plus en plus sombre comme s'il essayait de brûler jusqu'à en devenir totalement noir. Ces yeux fixaient quiconque avec prudence, mais pas une prudence née de la peur. C'était la prudence qui venait de la puissance à l'état brut; Remus voyait quiconque comme une proie – un ennemi à tuer. Sirius brûlait de sentir ce regard sur lui. Juste une fois, une seule fois, et Sirius se laisserait happer par le tourbillon et perdre le contrôle. Ses mains et ses genoux tremblaient déjà d'excitation; chaque fibre de son corps était tendue, en attente.
Un homme bouscula Remus, le fit presque tomber à terre et, aussitôt, Remus bondit – dents découvertes et mains en forme de griffes.
Sirius rit et attrapa Remus par le col de sa chemise, le tirant si fort qu'il en tomba sur le trottoir. « Contrôle-toi. » réprimanda gentiment Sirius. En toute honnêteté, il avait voulu voir exactement ça. Il voulait voir Remus perdre le contrôle de lui-même, mais il ne voulait pas que ce soit aux dépens d'un inconnu sans prétention. Il n'y avait aucun plaisir à jouer avec un étranger. « Chut. » répondit Sirius quand Remus grogna rageusement. « Tu vois tous ces gens ? »
Remus ne regarda pas autour de lui, pas plus qu'il ne réagit à la question de Sirius. Au lieu de quoi, il continua de fixer Sirius, ses yeux étincelants de rage.
« Non, je ne les vois pas non plus. » répondit Sirius, plaçant une main apaisante sur la tête de Remus. « Mais c'est ainsi que nous devons être. Il n'y a pas de place pour l'individualisme dans cette ville dégoûtante. Tout le monde s'habille de la même façon, pense de la même façon, agit de la même façon; ils font exactement ce qu'on attend d'eux, tellement qu'ils se fondent tous dans une même masse. Quand nous sommes dehors, nous faisons partie de cette masse. Tu comprends ? »
Remus ne l'écoutait pas. Il avait la tête levée, avec sur les traits une expression de respect mêlé d'admiration. Ce ne fut que quand Sirius vit l'éclat bleu clair dans les yeux de Remus qu'il comprit. « Tu n'as jamais vu le ciel auparavant. » Sirius s'agenouilla au niveau de Remus. C'était étrange, cette façon dont Remus ressemblait à un enfant, assis là, au beau milieu de la rue, jambes étendues et une expression fascinée sur son visage. « Il n'y a pas beaucoup de verdure dans cette partie de la ville, surtout avec un temps pareil. Mais si tu te tiens bien, je t'emmènerais dans un endroit où il y a beaucoup plus de ciel que ça. Tu pourras regarder autant que tu veux. » Sirius sourit quand Remus rencontra enfin son regard. « L'idée te plaît, je vois. Bien. »
Remus laissa Sirius caresser sa joue une fois, avant de repousser sa main durement.
« Viens. » soupira Sirius, en se levant. « Nous sommes arrivés. Peut-être devrais-je te souhaiter la bienvenue ? L'hôpital Sainte-Mangouste vous accueille chaleureusement. J'espère que votre séjour ici sera agréable. » aboya Sirius d'une voix forte, ouvrant grand les bras et marchant à reculons, dans une parodie de geste de bienvenue. Les guérisseurs et médicomages le fixaient mais se détournaient dès qu'ils le reconnaissaient, comme d'habitude. « Une personne très spéciale vit ici, tu sais. » continua Sirius, traversant l'aile avec une familiarité due à l'habitude. St-Mangouste était devenue comme une seconde maison, pour Sirius. « Mon petit frère. Il est absolument adorable, ce qui est normal puisqu'il est mon portrait craché. Il a eu dix-sept ans cette année mais on ne dirait pas. Il n'a pas grandi d'un pouce et il est assez sensible à ce sujet alors n'en parle pas. » Sirius s'arrêta devant la chambre 2034, poussa la porte. « Salut Regulus ! »
Regulus respira. Comme il le faisait toujours quand Sirius venait le visiter. Parfois, quand Regulus était très content, il hoquetait et il s'arrêtait de respirer dans son excitation et puis recommençait. Aujourd'hui, il respirait tout simplement.
« Mr Black, vous venez tôt aujourd'hui. » Le guérisseur John avait tendance à connaître les venues de Sirius et le suivait souvent. C'était un petit homme potelé, dont les rares cheveux se trouvaient sur les côtés de son crâne, aux grands yeux bleus et était souvent plutôt nerveux. « On m'a dit que vous seriez là à midi. » Le guérisseur John jeta un coup d'œil nerveux à Remus, qui se tenait stoïquement à côté de Sirius. Sirius n'était pas certain de savoir pourquoi il avait si peur de Remus, même après que Sirius lui ai fait faire un examen médical pour Remus déjà deux fois. Malgré l'aversion de Remus pour tout contact humain, le guérisseur ne s'en était sorti qu'avec un coup à l'estomac.
« Si nous pouvions aller dehors pour un petite conversation, Guérisseur, ce serait avec un grand plaisir. » dit Sirius en souriant obligeamment.
Le Guérisseur John lança un regard inquiet à Remus. « Je ne pense pas que ce soit très sage, Mr Black. Je veux dire, laisser... »
« Remus ne fera pas de mal à Regulus. » assura Sirius, sortant déjà de la pièce. « Je pense qu'ils devraient faire connaissance. Ne vous inquiétez pas, Regulus a un caractère facile. Je crois qu'ils se prendront tout de suite d'amitié l'un pour l'autre. »
La respiration de Regulus eut un raté, sa poitrine s'abaissant l'espace de juste une seconde avant de se lever à nouveau.
Le guérisseur John hésita, puis sortit, fermant la porte derrière eux. Sirius acquiesça de la tête avec reconnaissance. « Je pense qu'on devrait sortir Regulus de temps en temps. Il est devenu atrocement pâle; presque plus blanc que les draps. Ah, mais oubliez ça. » continua Sirius distraitement. « J'ai besoin que vous me prescrivez des potions de sommeil : les plus fortes que vous ayez. Remus a énormément de mal à être hors de sa cage et il n'a pas encore passé une seule nuit complète. C'est assez embêtant. »
John mordit sa lèvre nerveusement. « Bien, Mr Black, mais en ce qui concerne votre frère... »
« Il ne mange toujours pas vraiment bien non plus mais vous aviez dit que cela prendrait du temps. Un peu à la fois, je suppose. »
« Mr Black, je veux vous parler de Regulus. » persista le Guérisseur John, bien au mécontentement de Sirius. « Nous avons réellement besoin que vous preniez enfin la décision de le laisser partir. C'est cruel de le laisser ainsi. Il ne va pas aller mieux ou même se réveiller dans un avenir proche. »
Sirius grinça des dents. « Vous faîtes votre boulot et administrez à Regulus ses potions, Guérisseur. Je ne me rappelle pas vous avoir demandé votre opinion ou vos morales. »
« L'aider à simplement respirer avec toutes ces potions ne lui garantissent pas la vie, Mr Black. » essaya désespérément d'expliquer le Guérisseur John, comme il le faisait à chaque fois. « Son corps est en train de mourir. En tant que guérisseurs, il nous est douloureux de voir ce que vos caprices égoïstes font subir à votre frère. Sur ce même lit, nous pourrions sauver d'autres vies plutôt que d'essayer en vain de faire revivre quelqu'un qui est déjà... »
« N'oubliez pas, Guérisseur John, que ma très généreuse contribution à cet hôpital vous permet de garder votre travail. » cracha Sirius. Il détestait écouter ces salauds lui faire la morale et lui dire quoi faire. Tous ne voulaient que des lits vides pour les remplir de patients et de plus hauts revenus. Même les vies étaient devenues des biens commerciaux dans cette institution. « Vous faîtes ce que je vous demande de faire. Je me fiche de vos autres vies ou comment vous gérez tout ça. Prescrivez-moi simplement mes potions et assurez-vous que Regulus bronze un peu. »
« Mr Black, vous êtes irrationnel... »
« Je vous attendrais à l'intérieur pendant que vous vous arrangez. » répondit brusquement Sirius, ouvrant la porte de la chambre de Regulus.
Regulus respira.
Remus se tenait dans un coin de la pièce, les bras croisés sur la poitrine. Il observait Regulus avec une expression concentrée, comme s'il essayait de comprendre ce qui n'allait pas. Ce qui n'allait pas ? Sirius se surprenait à rire à chaque fois qu'il pensait à cette question. Regulus respirait, c'était ça qui n'allait pas. « Il est merveilleux, n'est-ce pas ? » demanda Sirius, allant s'asseoir sur le bord du lit de Regulus. Il caressa les cheveux noirs de son frère, guère surpris quand quelques mèches lui restèrent entre les doigts. Regulus perdait une grande partie de ses cheveux. « Quand il était plus jeune, il copiait tout ce que je faisais. Je me suis parfois dit que j'étais comme son Dieu. Il n'aurait même pas levé le petit doigt sans avoir d'abord mon accord. » Sirius eut un rire amer, ses mains descendirent doucement sur le visage de Regulus jusqu'à atteindre son cou. Le pouls battait faiblement sous ses doigts. Il pressa un peu plus fort, juste pour être capable de mieux ressentir le rythme erratique. Toujours faible. Les doigts de Sirius se resserrèrent et soudain, il se retrouva les deux mains autour du cou de Regulus. « Réveille-toi, pauvre petit con ! » grogna Sirius, ses mains tremblant alors qu'il serrait un peu plus fort. Il pouvait sentir le pouls s'accélérer à présent, beaucoup plus vivant qu'auparavant. « Réveille-toi ! » Encore un peu plus fort et certainement, Regulus...
« SIRIUS ! »
Choqué, Sirius lâcha prise et se tourna pour voir Remus le fixer, yeux écarquillés, la respiration laborieuse et se balançant d'un pied à l'autre, de façon incertaine. « Tu sais parler. » s'étrangla Sirius, s'éloignant du lit de Regulus. « Tu as dit mon nom. » Plus Sirius s'avançait vers Remus, plus Remus pinçait les lèvres au point qu'on aurait dit qu'il les avait avalées. « Ce n'est pas mon imagination. » se rassura Sirius avec un sourire. « Tu peux jouer les muets ou te forcer à te taire, mais j'avais raison dès le début. » Sirius eut un rire hystérique, s'arrêtant seulement à quelques millimètres du visage de son vis-à-vis et saisit le menton de Remus entre ses doigts. Il avait le sentiment que, pour une fois, Remus n'allait pas l'attaquer; que ce soit de surprise ou parce qu'il comprenait que l'endroit n'y était pas propice. « Tu me comprends parfaitement, n'est-ce pas ? Et tu sais aussi parfaitement parler. »
Regulus respira.
XxxxX
« Tu aimes ça, Harry ? » James envoya quelques bulles de plus vers son fils à l'aide de sa baguette. Harry aurait bientôt un an et était une boule de nerfs, courant d'une pièce à l'autre à la recherche de quelqu'un avec qui jouer et babillant le peu de mots et phrases confuses qu'il avait appris. « Attention, chéri... »
Une bulle éclata sur le nez d'Harry et James tendit la main pour essuyer le savon qui restait pour éviter que son fils n'en ait dans les yeux.
La sonnette retentit et Harry entra dans une toute autre dimension d'excitation. « Oh merde. » jura James à voix basse, se demandant comment il allait garder Harry en un seul endroit et hors de danger pour quelques heures. Le petit se dandinait déjà vers la porte dans l'attente d'un nouveau camarade de jeu, sautant et trébuchant.
« J'y vais ! » cria James, tant qu'il dépassait la cuisine, où Lily était occupée à préparer le repas de midi. James jura quand la sonnette retentit une nouvelle fois et que l'excitation de Harry redoubla. « Ok, ok, ça suffit, toi. » gronda-t-il doucement, saisissant Harry par la taille et le balançant sur le côté, d'une façon que James savait que son fils adorait. Harry était déjà en train de rire, quand James ouvrit la porte.
Sirius sourit. « Tu veux jouer à un jeu, Jamie-boy ? »
James jeta un regard au loup-garou derrière Sirius et ferma la porte. Malheureusement, il ne fut pas assez rapide, tandis que Lily entrait dans le salon et repérait immédiatement Sirius. « Sirius ! Tu viens enfin passer nous dire le bonjour ! » s'écria-t-elle, se précipitant vers lui pour l'embrasser. « Comment tu vas ? Tu manges bien ? Qu'est-ce qui est arrivé à ton visage ? James ne me dit jamais rien alors que vous travaillez ensemble tous les deux ! »
Bien sûr que James "ne dit jamais rien à Lily" sur Sirius; elle ne serait pas capable de supporter la vérité. Lily ne pensait que du bien de Sirius alors tout ce qui n'était pas des louanges était automatiquement rayé de sa mémoire. Et puis, ce n'était pas un sujet que James pouvait aborder autour d'une tasse de thé. Que pourrait-il dire, d'ailleurs ? Lily, Sirius est devenu fou ? Je ne pense pas qu'il puisse encore endurer quoi que ce soit ? Je pense que c'est un putain de lunatique et qu'il devrait être enfermé quelque part ?
« Qui est ton ami ? » demanda Lily, en jetant un coup d'œil curieux au-dessus de l'épaule de Sirius.
Sirius eut un sourire suave. « Pardon, quel malpoli je fais. Il s'appelle Remus. Il... »
Le sang de James se figea. Il ne pouvait pas y croire. Il ne pouvait pas croire que Sirius l'avait réellement laissé sortir de sa cage. C'était dépasser clairement les limites. C'était une chose de se mettre en danger et d'entrer dans la cage mais de laisser une créature de classe neuf à l'air libre c'était juste... « Sirius allait justement partir, n'est-ce pas, Sirius ? » demanda sèchement James, sentant la colère bouillir dans ses veines. Il devait garder son calme devant Lily. « Un rendez-vous de première importance ou quelque chose comme ça... »
« N'importe quoi. » écarta Lily avant de faire entrer Sirius. « Viens t'asseoir. Une tasse de thé n'a jamais fait de mal à personne et je vais te chercher quelque chose pour ces bleus sur ton visage, aussi. Franchement, se faire agresser comme ça, en plein jour. » jacassa-t-elle avant d'afficher un grand sourire, tandis que le loup-garou suivait Sirius à l'intérieur. « Enchantée de faire votre connaissance, Remus. Je m'appelle Lily. » Lily tendit la main pour serrer celle de Remus mais n'eut droit à aucune réaction.
Le loup-garou ne fit que fixer sa main stoïquement. James n'était pas du tout surpris; Remus était une bête, pas un humain. Il ne savait pas ce qu'une poignée de main voulait dire. Ce dont James était surpris, par contre, était que le loup-garou était docile et n'avait pas encore attaqué. Malgré le parfait mensonge de Sirius, il ne fallait pas être un génie pour deviner d'où lui venaient ces bleus. Le loup-garou était une bombe prête à exploser. Il était imprévisible et dangereux; et Sirius l'avait mené tout droit chez James et sa famille.
« Il est étranger. » expliqua Sirius quand Lily laissa tomber le geste, les joues rouges d'embarras.
« Oh. Bien. Pourquoi vous n'allez pas vous asseoir, les garçons ? Et je vais faire du thé pou tout le monde. »
« Pas de thé pour Remus. » corrigea Sirius, avec un sourire charmeur. « Mais si tu as quelque chose avec du chocolat, ce serait parfait. »
Lily éclata de rire, secoua la tête et se dirigea vers la cuisine. James attendit d'être sûr qu'elle soit bien hors de portée de voix avant de laisser éclater sa colère. Il déposa Harry à terre et attrapa Sirius par le bras, le tirant énergiquement vers le salon. James n'osait pas toucher le loup-garou ou essayer de le forcer à quitter la maison, se souvenant parfaitement de la violence de sa réaction à quelconque démonstration de force. La créature avait l'air faible, mais James savait depuis longtemps de par sa propre expérience avec Sirius que les apparences étaient souvent trompeuses. Non, Sirius était celui que James allait tuer.
Le loup-garou les suivit à l'intérieur et s'assit calmement sur le sol.
« Mais putain, qu'est-ce qui tourne pas rond chez toi ? » demanda James, à travers des dents serrées. « Écoute, j'en ai rien à foutre de ce que tu fais de ta putain de vie. J'ai essayé un bon putain de million de fois mais tu veux que ton visage ait cette gueule-là; tant mieux ! Mais ramener cet animal dans ma maison et... »
« Il s'appelle Remus. » répondit calmement Sirius, époussetant sa robe. « Il est assez intelligent si tu prends la peine de le connaître; ça ne prend que quelques côtes cassées. »
James avait envie d'hurler. Il avait peur et il était furieux. Tout ce qu'il voulait, c'était crier et frapper Sirius et les jeter dehors tous les deux avant qu'il ne se passe quelque chose. "Jouer un jeu" – mais putain, pour qui le prenait Sirius pour l'utiliser de cette façon ? James ne savait même pas pourquoi il se retenait ou pourquoi il avait cette affection absurde pour Sirius. Il ne savait pas comment s'en débarrasser. « Sirius, je ne sais pas si tu es dérangé ou juste complètement dingue. Tu as lu son dossier; tu le connais mieux que moi. Je m'en fous que tu aies finalement donné un nom à ton animal de compagnie, il est ce qu'il est et il doit partir. Je n'arrive pas à croire que tu mettes ainsi ma famille en danger... »
« James, peut-être as-tu oublié. » interrompit Sirius, son expression devenant de plus en plus sombre. « J'ai sacrifié plus que ma vie pour ta famille. Si un malheur lui arrivait, en particulier à mes dépens, alors, ce sacrifice serait vain. » Sirius semblait vouloir rajouter quelque chose, mais il garda le silence. Au lieu de quoi, sa mâchoire se serra avec résolution. « Remus reste avec moi. Il est à moi. »
James eut un soupir d'exaspération. Ce n'était pas comme s'il n'était pas conscient de que Sirius avait fait pour eux ou qu'il n'en était pas reconnaissant. Encore maintenant, James souhaitait que, ce jour-là, les choses se soient passées autrement. Mais il y avait des limites. Des limites aux actions, à la tolérance et même à l'amitié. « Je ne doute pas de tes intentions, Sirius. Je doute de ta santé mentale. Je ne te le répéterais pas. » James se massa les tempes et son regard dévia vers le loup-garou. Son cœur s'arrêta quand il remarqua qu'Harry courait pour monter sur les genoux de la bête. « Harry, non ! »
Harry s'assit juste entre ses jambes, remuant des pieds et des mains jusqu'à ce qu'il soit bien installé. Il souriait de toutes ses dents, complètement inconscient des battements frénétiques du cœur de son père. « Harry, chéri, ne bouge pas, d'accord ? Papa va venir te chercher. » James avait envie de pleurer. Son fils. Son fils était assis là, complètement inconscient et pire, en train de tirer sur la chemise du loup-garou pour le pousser à jouer avec lui.
James tuerait Sirius. Si jamais quelque chose arrivait à son fils, James tuerait Sirius et il s'assurerait que le loup-garou ne respirerait plus jamais. Si jamais...
« Et bien, regarde-moi ça, » fit entendre la voix de Sirius, derrière lui. « il sait aussi sourire. On dirait bien qu'aujourd'hui est un jour plein de surprises. »
James s'arrêta, les yeux écarquillés et les battements de son cœur légèrement calmés. La bête était réellement en train de sourire, même si c'était un très léger sourire – le genre qui est un peu tordu et inhabituel. Il tendit une main tremblante pour caresser gentiment Harry et James se tendit à nouveau à ce contact. Les enfants. James pensait que même un loup-garou avait des enfants qui semblaient humains. Même eux pouvaient ressentir de l'empathie envers des enfants innocents. Mais alors, James se souvint que, même l'autre jour, le loup-garou n'avait attaqué que quand Sirius avait menacé son territoire. Il était très possible que la créature voit Harry comme un être sans danger et ne pense pas à devoir faire quoi que ce soit.
« Oh, Harry, tu embêtes notre nouvel invité ? » s'écria Lily, en entrant et en posant le plateau de thé sur la table. « Je suis vraiment désolée. Il fait toujours ça. Il est intenable quand il rencontre de nouvelles personnes. »
James s'essuya rapidement les yeux. Il voulait toujours emmener Harry ailleurs. Il voulait faire quelque chose mais n'était pas certain que la créature le considérerait comme aussi inoffensif que son enfant. Il s'assit près d'eux, au sol, juste au cas où, restant assez près et la main droite posée sur sa baguette.
« Je vais prendre ça pour lui, Lily. Merci. » Sirius s'assit de l'autre côté de Remus, posant les deux tasses à terre avant de tirer Harry des genoux du loup-garou et de le poser sur le sol.
James n'avait jamais été aussi reconnaissant envers Sirius de toute sa vie.
Sirius souffla sur un des mugs avant de le tendre lentement au loup-garou, l'aidant à le tenir correctement par la anse. « Bois lentement ou tu vas te brûler la langue. » dit-il gentiment d'une voix douce qui semblait si peu Sirius.
« Est-il quelqu'un de spécial pour toi, Sirius ? » demanda Lily, en les fixant tous les deux. « Vous avez l'air très proches. »
« Il est spécial. » répondit Sirius en souriant. « Peu de gens voient ça, je pense. »
Lily fronça les sourcils mais ne dit rien. Elle jeta un coup d'œil réprobateur à James et James savait que c'était parce qu'il n'essayait pas de faire la conversation. Il était aussi certain qu'une impression hostile se dégageait de lui mais ce n'était pas quelque chose qu'il était capable de contrôler. Et il ne pouvait pas non plus en parler à Lily.
« Remus, n'est-ce pas ? Comment trouvez-vous votre séjour ici jusqu'à présent ? » demanda Lily, en prenant une gorgée de thé.
« Il ne s'est pas encore vraiment adapté, on dirait. » répondit Sirius à sa place. « Mais tu sais comment c'est ici; ça prend un peu de temps pour s'y habituer. » A l'air confus qu'affichait Lily, Sirius éclata de rire. « Remus est muet, Lily. »
James eut un reniflement de dédain.
Lily lui lança un regard furieux. Son expression s'adoucit quand elle revint à Remus. « Je suis vraiment désolée. S'agissait-il d'un accident, si vous permettez que je pose la question ? C'est simplement que...on dirait qu'il a de très nombreuses cicatrices, même sur ses bras. Pardon si je suis indélicate. »
« Les cicatrices n'en sont pas à l'origine. » assura Sirius avec un sourire. « Il sait parler, c'est simplement qu'il ne veut pas le faire. »
Même James fronça les sourcils de surprise en entendant ça. Sirius était-il complètement sûr de ce qu'il avançait ? "Remus" avait été élevé en captivité dès un très jeune âge, il n'avait pas eu l'occasion d'apprendre ou de d'enrichir sa culture par lui-même, comme d'autres loups-garous plus âgés l'avaient fait. Contrairement à ceux du Registre du Ministère, celui-ci n'avait même jamais eu la chance d'être humain et n'avait probablement jamais appris à parler non plus.
« Il peut s'agir d'un traumatisme ou peut-être qu'il est simplement têtu. Je le découvrirais tôt ou tard. »
Sirius éclata de rire, de façon complètement décalée, mettant Lily mal à l'aise. Elle détourna le regard, se concentrant sur une tache au hasard sur le mur. « Ton ami; il est... »
La tête du loup-garou glissa sur le côté, tout son corps retombant gracieusement contre Sirius. Pendant un moment, James fut certain que le loup-garou était soudain mort. Mais la lourde respiration lui indiquait qu'il ne faisait que dormir. Sirius continua de rire, passant un bras autour de son épaule et l'attirant plus près de lui.
Il déposa un baiser un peu vague sur le front de la créature et eut un sourire. « Ne t'en fais pas, il finira par parler. »
XxxxX
Le dos de Remus s'arqua au-dessus du lit et Sirius attendit, sa main s'arrêtant à la base. Quand les yeux de Remus papillonnèrent légèrement, Sirius serra, augmentant la pression juste suffisamment pour que la situation devienne inconfortable. Remus grogna en réponse et, lentement, ouvrit les yeux.
« Tu as fait une bonne sieste ? » demanda Sirius avec un sourire, se rasseyant de telle sorte que tout son poids se presse sur les genoux de Remus.
Les yeux de Remus s'écarquillèrent et, immédiatement, il essaya de se lever, seulement pour se sentir retenu de force au lit. Il lutta, essaya de dégager ses mains des liens et gronda furieusement quand il remarqua qu'ils étaient scellés au lit et entrelacés. C'était le meilleur sortilège de torture de Sirius; il était extrêmement puissant et même si vous essayiez de lutter contre, se libérer une main voudrait dire s'arracher l'autre. Mais ce qui plût le plus à Sirius était que, non seulement Remus avait très vite compris dans quel pétrin il était mais il avait aussi prit conscience presque instantanément que la même chose avait été faite à ses pieds.
« Je t'ai drogué. » répondit Sirius tandis que la tête de Remus se relevait brusquement, dents découvertes en un grondement féroce. « Je déteste ça, utiliser des tonnes de potions ou de médicaments mais tu avais besoin de rattraper trois jours de sommeil. Tu ne m'es d'aucune utilité si tu es faible. » Sirius éclata de rire et le mouvement de sa main reprit. Sa jumelle se dirigea vers son propre pantalon, bataillant pour abaisser la fermeture éclair tandis que son excitation augmentait et que le tissu lui donnait l'impression d'être plus serré. « Ça a fait effet bien moins longtemps que prévu pour que tu te remettes totalement. Pas que je m'en plaigne. Me branler à la vue du changement d'expression de ton visage est beaucoup plus efficace. »
Sirius libéra son sexe et le frotta contre celui de Remus, gémissant sous le frisson de plaisir qui traversa son corps. Le corps entier de Remus luttait sous lui, essayant de le faire bouger mais ses tentatives étaient vaines. Plus Remus luttait, plus Sirius accélérait le mouvement de va-et-vient, forçant le contact entre leurs sexes et créant une friction addictive. Mais plus que tout, c'était le visage de Remus que Sirius ne pouvait cesser de fixer.
La rage qui contorsionnait et se lisait dans ses membres anguleux et toute la force qu'il mettait dans sa lutte; tout ce qui était Remus était absolument vertigineux. Ses yeux hurlaient en un tourbillon de couleurs folles; or, noir, rouge, brun, ambre, si ambre que Sirius voulait s'y noyer. Sirius suivait chaque son qui s'échappait de ces lèvres pâles, gercées; chaque grondement et grognement et gémissement involontaire que Sirius soutirait par juste une torsion adéquate ou la pression de ses doigts aux extrémités et juste la pression requise.
« Est-ce que tu trouves ça humiliant ? » haleta Sirius, fixant, fasciné, la sueur de son front tomber dans le creux des hanches de Remus. « Ta fierté était vraiment importante pour toi, n'est-ce pas ? Est-ce que ça te fait mal ? Quand je touche comme ça, est-ce que mon désir menace de te briser ? » Sirius éclata de rire quand il remarqua les larmes de rage et de frustration dans les yeux de Remus. « J'arrêterais si tu le veux. » Sirius se pencha pour murmurer dans le cou de Remus. « Tu n'as qu'à parler. Le demander. »
Sirius plongea dans une douleur aveuglante quand il sentit des dents aiguës mordre son épaule. Les sens exacerbés par la chaleur, il sentit sa peau craquer, le mince filet de sang et le souffle brûlant de Remus pesant sur lui. C'était le genre de douleur qui lui faisait voir des taches aveuglantes. Douleur qui fit accélérer le mouvement de sa main et pulser si violemment sa verge qu'il avait l'impression qu'elle allait exploser à n'importe quel moment. Même quand les dents le relâchèrent et que Remus commençait à perdre conscience sous lui, sous la sensation vertigineuse. Même alors, Sirius se complaisait dans les derniers vestiges de la douleur, les amenant Remus et lui jusqu'à l'orgasme et éjaculant délibérément sur le torse et le visage de Remus.
« Ils continuent de t'appeler "animal", n'est-ce pas ? Même James. » souffla Sirius, le corps tremblant sous l'effet de la jouissance. « Mais ce qu'ils ne sauront jamais... » fit-il en riant doucement, rampant sur le corps de Remus et léchant le sperme de sa joue avec un coup de langue lent et délibéré. « c'est que tu as exactement le même goût qu'un humain. »
Remus avait déjà perdu connaissance.
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Le titre du chapitre est bien entendu un jeu de mot entre la couleur noire et le nom de famille de Sirius : Noir destin ou "Destin des Black".
Désolé pour le retard que j'ai mis pour publier ce chapitre mais...j'ai préféré me concentrer sur ma propre fic, Killing Loneliness, pendant un moment et puis j'ai repris le RP et...j'ai un peu laissé tomber la traduction. Mille excuses !
Le prochain chapitre risque de mettre du temps à venir, mes examens approchant à très grands pas ^^' Encore désolée...
Oh, pour le tout dernier passage, la VO me donnait "Even when the teeth had released from his shoulder and Remus was drifting in and out underneath him, from the overwhelming sensation." J'avoue ne pas du tout avoir trouvé la traduction de "drift in and out" alors je me suis débrouillée comme je pouvais ^^'
NdA : Oh oui, juste pour clarifier une chose. Les sessions au début du chapitre se déroulent dans le temps réel. Comme pour chaque chapitre sur le côté, comme un aperçu du psychisme de Sirius.
Sorn
