La semaine s'écoula relativement lentement entre les murs de l'hôpital Ste Mangouste, les jours passant et se ressemblant sans pour autant être identiques. Un beau matin, un incident étranger à celui de la morsure de Murlap vint pimenter le quotidien de Severus (chose dont il se serait bien passé malgré son désir d'échapper à cette routine monotone qui était désormais la sienne). En effet, alors que ce dernier était en train de se changer à l'abri des regards indiscrets, la porte de sa chambre s'ouvrit brusquement, révélant la chevelure ébouriffée et la mine sympathique d'une certaine guérisseuse.
- Bonjour, Severus, est-ce que vous avez pris..?
Pendant l'espace d'un instant, la scène sembla se figer dans le temps, puis tout se passa alors très vite : Dans un geste incroyablement vif (qui témoignait d'ailleurs de l'efficacité des soins attribués par Ste Mangouste), le concerné attrapa sa baguette et fit apparaître une couche de vêtements sur son corps pâle et dénudé. Hermione resta plantée là, son bloc-notes contre sa poitrine.. Visiblement, elle ne savait pas comment réagir. Pourtant, elle en avait déjà aperçu plusieurs, des patients nus, mais Severus ne lui laissa point le temps de réfléchir et la chassa aussitôt de sa voix tonitruante.
- DEHORS ! s'écria-t-il sèchement, comme si la jeune femme s'était introduite chez lui sans y avoir été invitée. Hermione fit un pas en arrière, les joues colorées par la gêne.
- Mais je.. Je suis venue..
- On toque avant d'entrer, Granger ! lui rappela-t-il sur un ton moralisateur qui lui donnait l'air de s'adresser à une enfant de cinq ans, et non à une sorcière qualifiée.
- Désolée, mais je ne savais pas que..
- Qu'est-ce que l'on vous apprend ici, bon sang ?
- Oh, ça suffit un peu ! Vous n'aviez qu'à étendre les rideaux autour de votre lit !
Hermione mit alors les poings sur ses hanches, l'air contrarié. Si Ron ou Ginny avaient été là, ils n'auraient sans doute pas pu s'empêcher de faire la comparaison avec leur mère, Molly Weasley. Severus lança à son ancienne élève un regard interdit, étonné qu'elle lui tienne tête. À côté d'elle, son bloc-notes volait furieusement dans les airs.
- De quoi je me mêle ? reprit-il en la fixant d'un regard intense.
- Ils sont là pour ça, vous savez, répondit-elle aussitôt, les bras désormais croisés.
Finalement, le duo cessa de se disputer aussi vite qu'il avait commencé. Toutefois, leur querelle ayant réveillé l'étage entier, Hermione se fit réprimander dans la matinée.
- Je vais finir par me faire renvoyer à cause de vous, dit-elle amèrement à Severus un peu plus tard, tandis qu'ils étaient tous les deux assis sur un banc dans le parc de l'hôpital, à savourer le soleil d'août. L'un des guérisseurs-en-chef (un denommé Augustus Pye) semblait penser qu'un peu d'air frais rendait les patients plus dociles.
- Vingt points en moins pour Gryffondor, répondit l'ancien maître des potions, le regard plongé dans le ciel d'un bleu lagon. Hermione se rapprocha de lui et le considéra, la bouche entrouverte. Avait-il dit cela machinalement (ce qui aurait été très inquiétant) ou avait-il tenté de faire de l'humour (ce qui aurait été surprenant) ?
- Mais.. Severus ? Nous ne sommes plus à Poudlard, je vous rappelle..
Le concerné esquissa un sourire amusé. Il appréciait de plus en plus se jouer d'elle.
- Quel dommage, fit-il remarquer avec une certaine ironie. En tout cas, à l'époque, vous n'auriez pas réussi à entrer dans mes appartements avec tant d'aisance..
- Hmm.. Je me souviens pourtant avoir visité votre réserve en deuxième année..
Severus grimaça malgré lui, tandis que Hermione riait de bon cœur tout en ignorant les regards étonnés de certains visiteurs. Visiblement, l'ancien professeur semblait toujours considérer cette effraction comme une atteinte personnelle, voire quelque chose d'embarrassant. Mais en même temps, cette époque leur semblait maintenant appartenir à un passé lointain, et la disparition de Voldemort n'était pas étrangère à cette impression. Il y a encore quelques années de cela, Hermione passait ses journées à Poudlard avec Harry et Ron, ses deux meilleurs amis, et le monde des sorciers vivait dans la peur du retour de Voldemort (ou par la suite, dans la peur de sa présence parmi eux). Désormais, le monde magique était en paix, et Harry et Ron étaient en passe de devenir Aurors pour le ministère de la Magie. De son côté, Hermione travaillait en tant que guérisseuse à l'hôpital Ste Mangouste, et apprenait chaque jour à aider et redécouvrir la personne de Severus Rogue. Jamais elle n'aurait un jour pensé l'avoir comme patient.. Mais que se passerait-il pour ce dernier lorsqu'il sortirait enfin de l'hôpital ? Retournerait-il enseigner à Poudlard comme autrefois ? En réfléchissant à cela, la jeune femme se sentit envahie par un sentiment d'inquiétude inexplicable.
Au final, Severus Rogue et Hermione Granger semblèrent s'être mis d'accord pour ne plus jamais évoquer l'incident ayant eu lieu ce matin-là (bien qu'aucun des deux ne l'oublia complètement). Au fur et à mesure que les jours passèrent, cependant, le sorcier remarqua davantage d'agitation au premier étage. Certains visiteurs s'arrêtaient même devant la porte de sa chambre avant d'être gentiment invités à aller voir ailleurs. Lorsque cela arrivait, Terry Boot, rougissant, se mettait systématiquement à parler du beau temps, des actualités, ou encore de sa famille. Hermione, elle, paraissait mal à l'aise.. Jusqu'à ce qu'elle décide d'aborder le sujet elle-même en milieu de semaine.
- Euh.. Dites-moi, Severus, vous avez lu la Gazette du Sorcier récemment ?
- Tss, je préfère ne rien lire que de lire un tel torchon..
- Oh, vous savez, le niveau a clairement remonté depuis, fit remarquer la brune en se levant de sa chaise pour aller arroser la plante posée près de la fenêtre. Severus était persuadé que c'était elle qui l'avait placée là, mais en réalité, cette dernière avait été envoyée par une tout autre personne. En tout cas, reprit Hermione d'une voix un peu plus aigüe qu'à l'ordinaire, si vous aviez lu le dernier numéro.. Vous vous seriez rendu compte qu'il y avait un article sur.. Eh bien, sur vous, et sur votre retour parmi nous.
- Sur moi ? demanda le concerné en se redressant dans son lit.
- En effet, acquiesça-t-elle en tournant la tête vers lui. En fait, j'ai entendu dire que Ste Mangouste avait reçu énormément de courriers vous étant adressés.. Seulement, le guérisseur-en-chef avait estimé que vous n'étiez pas encore en mesure de les lire..
- Alors jetez-les au feu, l'interrompit froidement Severus. Si ce sont des lettres de menaces ou autres.. Je n'en ai aucune utilité. Hermione parut choquée et attristée.
- Mais non, pas du tout ! s'indigna-t-elle vivement. En vérité.. Ils sont tous heureux de vous savoir en vie. Peu après la fin de la guerre, Harry a parlé de vous aux journalistes, et du rôle que vous avez réellement joué durant toutes ces années..
- Par Merlin, soupira Severus en se laissant retomber sur ses oreillers.
Hermione esquissa un sourire rempli de tendresse en songeant à son meilleur ami : Ce dernier avait agi avec beaucoup de noblesse ce jour-là. Le regard de la jeune femme s'égara ensuite sur la petite étiquette qui était accrochée à la plante. Dessus, on pouvait lire un mot écrit de la main de Minerva McGonagall, l'actuelle directrice de Poudlard.
- D'ailleurs, je suppose qu'il ne tardera pas à venir vous voir, reprit-elle en ouvrant légèrement la fenêtre. Seulement, les visites ne sont pas encore autorisées..
- Et tant mieux, assura Severus d'un air profondément détaché. Je préfère rester avec vous.. Euh, je veux dire que je dois déjà vous supporter, ce qui est déjà bien assez. Sans compter sur cet idiot de Boot. Il n'arrête pas de bavasser ces temps-ci..
Il détourna alors le regard, tandis que son interlocutrice le considérait avec un certain amusement. Dehors, le chant des oiseaux se mêlait aux rires des enfants qui jouaient dans le parc. Décidément, pensa Hermione, Severus Rogue était un sacré personnage.
- En tout cas, vous devrez bel et bien passer par là avant de sortir d'ici. Le personnel commence à avoir du mal à empêcher les gens d'entrer dans votre chambre..
- Qu'ils essayent un peu, et je les stupéfixerais.
- Au moins, ce ne sera plus de mon ressort.. Ils iront directement au quatrième étage.
À la fin de la semaine, Severus se rendit compte une nouvelle fois que Hermione Granger, l'ancienne Miss Je-Sais-Tout de Poudlard, n'avait jamais tort. En effet, à sa plus grande horreur, Harry Potter, accompagné de Ginny Weasley, sa petite amie, était venu lui rendre visite un soir, comme la brune lui avait prédit, quelques jours plus tôt.
- Il était..
- Oui ?
- Il était..
- Il était quoi, au juste ?
Le sorcier déglutit avec difficulté. Hermione et lui étaient installés au salon de thé du cinquième étage, et il s'apprêtait à lui raconter sa dernière rencontre avec Harry Potter.
- Heureux, répondit Severus d'un air confus. Potter était heureux de me voir, moi, répéta-t-il avec insistance, comme s'il avait lui-même du mal à accepter cette réalité.
- Et ? ajouta Hermione en tripotant nerveusement sa tasse en porcelaine.
Cela lui paraissait tout à fait normal, mais elle restait inquiète, car Severus, lui, avait l'air perturbé. La vérité, c'était qu'il avait impression d'avoir atterri dans une autre dimension depuis qu'il était sorti du coma.. Un monde dans lequel il était apprécié.
- C'était étrange, expliqua-t-il d'une voix sombre. Vous auriez dû le voir.. On aurait dit.. On aurait dit qu'il était prêt à nommer un de ses futurs enfants après moi..
Là-dessus, Hermione le regarda avec des yeux écarquillés avant d'éclater de rire. « Il n'y a rien de risible » marmonna Severus en dédaignant le contenu de sa tasse. Mais Hermione, elle, continuait à rire joyeusement, comme si quelqu'un lui avait lancé un sortilège de Chatouillis. Et dire que demain, il quitterait définitivement l'hôpital..
