Near regarde la porte métallisée se refermer sur lui dans un claquement sonore. Il appuie sur un des boutons et se replonge dans ses pensées, serrant dans ses bras un robot de plastique. Le cliquetis régulier de l'ascenseur qui descend ne le dérange pas le moins du monde. Celui plus grave qui résonne lorsque l'appareil se bloque le fait tiquer par contre.

L'albinos sursaute violemment, puis reste immobile, attendant que l'ascenseur reprenne sa course. Lidner l'avait prévenu que cet ascenseur-là déraillait. Avec ennui, Near appuie sur le bouton d'appel. Une voix mécanique le prévient que des gens s'occupent de la machine et qu'il doit patienter. Cela prendra quelques instants. Near retient un soupir. Inconsciemment, il se redresse, vacillant sur ses pieds.

Ses paupières se ferment sur ses orbes noirs et sa respiration se fait entendre, heurtant le silence angoissant de la cage de métal. Une prison. Near a l'impression barbare d'être enfermé. Il se concentre, essaye de penser à autre chose. De sortir de la pièce, au moins en pensées. Ses mains lâchent le robot qui tombe au sol dans un bruit sourd.

La peau de Near est blafarde sous la pâleur de la lumière des néons. Lumière qui vacille, devient plus forte, menace de s'arrêter. Lumière qui décroît au même rythme que l'angoisse grandit dans les yeux du jeune homme, ses doigts se tordant. L'horreur se lit sur son visage lorsqu'elle s'éteint, lassée de jouer avec lui. Sa respiration s'accélère brutalement, et l'air entre dans ses poumons par à-coups qui lui retournent l'estomac. Il serre ses bras contre lui, enfonçant ses ongles dans sa propre peau, y dessinant des petits croissants rouges malgré l'étoffe de son pyjama. Ses joues se teintent d'une nuance rosée que personne n'avait encore vue sur lui. Il se tasse sur lui-même, au centre de l'ascenseur devenu monstre de métal, et attend. Que le malaise passe, que tout soit fini. En attendant, il angoisse, panique, crise. Se balançant sur lui-même, à l'image des personnes autistes. Sans émettre le moindre son.

Et lorsque les lumières se rallument, alors que l'ascenseur se débloque et reprend sa course, il se relève. Sans prendre la peine de dissimuler son soulagement, Near reprend contenance, reforgeant son masque d'impassibilité. Une mèche de cheveux délavés vient trouver sa place autour de son index droit, et sa main serre négligemment le robot factice. Ses yeux retrouvent leur profonde froideur et fixent un point devant eux.

La porte de l'ascenseur s'ouvre enfin, et Rester fronce les sourcils en voyant l'albinos. Near est donc resté immobile dans l'appareil en panne. L'obscurité, le silence et l'étroitesse des lieux ne semblent avoir eu aucun effet sur lui. L'homme soupire devant l'insensibilité de l'être debout face à lui.