Encore une fois, merci pour toutes vos reviews, vos conseils, et aussi merci à celles qui ont prit le temps de corriger quelques fautes, l'orthographe est mon ennemi mortel.

Je suis consciente que les chapitres rapetissent un peu, mais c'est surtout que je manque de temps en ce moment. Je vous promets un chapitre 4 plus long!

Encore merci et bonne lecture.

ps: on m'a questionnée quant à de l'éventuel lemon, mais pour l'instant je n'en ai pas la moindre idée! Alors qui vivra verra!


3.

La demi-promenade du quadrille.

Si mon père était un adepte des « nonversations », il n'en restait pas moins un shérif père, et un shérif père est naturellement perspicace. Il n'avait pas besoin de m'entendre parler pour deviner la nervosité dans ma voix, et pas besoin de me voir bouger pour sentir la tension émaner de mon corps. Mais j'étais sa fille, et je connaissais ses faiblesses.

-Je ne sais pas si je suis bien à l'aise avec l'idée que tu fasses de la route avec un inconnu jusqu'à Port Angeles Bella...

-Papa, c'est un professeur, pas le clodo du coin !

Il m'examinait avec ce même regard qu'il utilisait très certainement pendant les interrogatoires de police. Il savait qu'il y avait anguille sous roche, et sentait que ce n'était pas simplement une affaire d'école, néanmoins il n'avait aucun indice, et je tâchais d'agir de la façon la plus naturelle.

-Tu t'es portée volontaire ?

-Non, mais ma participation en cours est plutôt relâche en ce moment, c'est une punition pédagogique, une manière de susciter ma motivation.

C'était la technique imparable. Car bien avant les garçons, les voitures, et tous les problèmes semi-existentiels qui hantaient son cerveau de géniteur, l'école était la priorité number one.

-Tu ne participes pas en cours ? S'exclama-t-il comme si je venais de confesser un meurtre.

-Dans le cours de musique ? Pas beaucoup...

-Bella, tu sais bien que les appréciations sont aussi importantes que les notes, voir plus, dans les dossiers d'admission en université ! Tu iras avec ton professeur demain, et tu feras en sorte de t'intéresser à ce qui se passe, d'accord ?

J'étais passée maître dans la manipulation psychologique avec Charlie, mais je m'étonnais parfois encore de la simplicité avec laquelle il pouvait tomber dans le panneau, alors que j'utilisais constamment les mêmes méthodes, et qu'il était un ancien détective...

-Promis.

Je lui offris mon sourire le plus convainquant, puis terminais mon repas en me posant la question la plus stupide et la plus stéréotypée du siècle : qu'est ce que j'allais bien pouvoir porter demain ?

C'était tellement … pas moi. Je ne m'étais jamais angoissée sur un choix vestimentaire. Enfin, mise à part lors des contextes pièges, type mariages et enterrements, où tu ne sais jamais vraiment comment choisir les couleurs. Faut-il véritablement porter du noir pendant les obsèques ? Est ce que ce n'est pas un peu surfait ? Et comment fait on lorsque notre seule jolie robe est blanche lors d'une cérémonie de mariage ? Mais ici, il s'agissait d'un vrai dilemme de nana, et c'était la première fois que j'expérimentais la chose. Aussi je me demandais si en fait, nous n'étions pas des filles seulement par opposition avec les hommes. C'est vrai, plus je pensais à Edward, et plus je découvrais les obsessions ringardes et futiles de mes homologues. Avant ça, quand les garçons avaient pour moi autant d'intérêt qu'un chewing-gum collé sous une table, je ne me comportais pas selon les lois en vigueur du code de la féminité.

Toutes mes pensées étaient tournées vers la journée de demain, et c'en était presque absurde. Aussi je décidais de m'installer devant la télévision avec Charlie, peut être que le match de base-ball aurait le mérite de me distraire. Ça fonctionna un peu, pas beaucoup, et lorsqu'il fut une heure assez tardive pour rejoindre le lit, je tachais de m'endormir rapidement, et de ne pas laisser mon cerveau prendre les rênes.

Le réveil fut plus facile qu'escompté. C'était sans doute lié à mon excitation, et je trouvais ça très agaçant. Jacob m'attendait dans l'allée, et je courais jusqu'à l'habitacle pour échapper à la pluie qui tombait, véritable mur grisâtre qui s'abattait sur nous. J'avais horreur de la pluie, de l'humidité en général d'ailleurs, mais rien ne pouvait me départir de ma bonne humeur, et Jacob sembla s'en apercevoir.

-Tu es étrangement joyeuse !

Je souris bêtement avant de répondre. Je me sentais aussi stupide qu'un carlin.

-Et toi tu es étrangement curieux !

-Allez, raconte ! Implora-t-il, et je me résignais.

-Edward m'a demandé de l'accompagner à Port-Angeles ce soir! expliquais-je en dissimulant mon euphorie, car je me sentais particulièrement ridicule de m'enthousiasmer de la sorte pour si peu.

-Tu es sûre que c'est une bonne idée ? Demanda-t-il.

Sa voix était grave et son air sérieux. C'était une réaction aux antipodes de celle à laquelle je m'étais préparée : railleries et petit coup dans l'épaule. Jacob avait été le premier à m'encourager dans cette histoire, quand moi même j'avais refusé l'idée de le rencontrer à nouveau. Je n'expliquais pas cette volte-face.

-Qu'est ce que tu entends par là ?

-Eh bien, il est quand même beaucoup plus vieux que toi, et puis c'est ton professeur. C'est un peu déplacé !

Les jointures de ses mains blanchirent à mesure qu'il serrait le volant. C'était à n'y rien comprendre.

-Il y a une semaine encore, tu riais avec moi de cette situation ! Je peux savoir ce qu'il y a de différent ?

-Rien.

-Alors pourquoi cette réaction idiote ?

-Parce que tu agis comme une idiote.

Sa réponse coupa court à la conversation, et je décidais de rester muette pendant le reste du trajet, partagée entre incompréhension et colère. J'avais horreur qu'on lève la voix dès le matin, et j'avais clairement pris cette intervention comme une agression pure et simple. Une fois sur le parking, je n'attendais pas mon reste pour descendre de la chevrollet, et n'adressais pas un mot à mon chauffeur. Comment pouvait on crier à une heure pareille, ça me dépassait. Très franchement, le matin a déjà tout de désagréable, il n'a pas besoin de notre aide.

Je réussis à esquiver Jess aussi bien que faire ce peu en m'asseyant aux côtés d'Angéla Weber. C'était une fille simple, discrète, gentille. Je n'avais plus envie de parler d'Edward, après la réaction que ça avait provoqué chez Jacob. Et je savais que Jessica allait m'assommer de questions à son sujet, car comme toutes mes camarades, elle avait trouvé étrange qu'il me choisisse, alors que j'étais la seule à ne pas m'être proposée. Angéla tenta bien d'aborder le sujet, mais devant mon mal aise apparent, elle se ravisa aussitôt. Je pourrais m'entendre avec une fille comme Angéla. Elle était courtoise, et agréable. Elle perçut ma tension avant de pénétrer dans la salle de musique, mais ne fit aucune réflexion.

Pourtant le cours se déroula sans encombre. Edward reprit ses bonnes vielles habitudes, et ne m'interrogea pas pendant toute l'heure. Néanmoins, je le surprenais à m'adresser quelques œillades, et même, quelques sourires. Heureusement, je semblais être la seule à l'avoir remarqué. Quand la sonnerie retentit, j'hésitais à lui dire quelque chose avant de quitter la salle, mais me ravisais. Ce fut lui, cette fois, qui m'interpella.

-Tu n'as toujours pas prononcé un mot en classe, railla-t-il en m'offrant le sourire le plus charmeur de l'histoire.

-Tu ne m'as toujours pas interrogée, répondis-je en réalisant au même moment que je venais de me piéger toute seule.

-Si ce n'est que ça, très bien !

Je grimaçais et un rire mélodieux s'échappa de sa bouche fine.

-Quelle idiote, ruminais-je.

D'autres élèves pénétrèrent dans la pièce pour leur prochain cours, et c'était mon signal.

-À ce soir, dit-il en me couvant de sous ses longs cils, et il me fallut quelques secondes pour reprendre pied, et tourner les tallons.

Je passais le reste de la matinée à attendre. J'observais l'eau, violente et glacée, tomber en cascade derrière les fenêtres du lycée, en me demandant s'il faisait beau, à Honolulu, et si ma mère était heureuse. Elle avait toujours détesté la pluie autant que moi, peut être même plus. C'est l'une des choses qui l'ont fait fuir la péninsule olympique. Ça, ainsi que le routine barbante de Charlie, et son amour soudain pour les jeunes fraîchement sortis de l'université...

J'évitais soigneusement Jacob à la cafétéria, tiraillée par ma rancune stupide et puérile, quitte à supporter les jacassements de Jessica, ou les tentatives désespérées de Mike. Et la journée se déroula avec le même morosité. La bonne humeur qui m'avait submergée au réveil s'était fait la malle petit à petit, sans doute car le lycée ressemblait véritablement à un genre de punition mentale, quand Edward n'y était pas. Il était la seule chose qui rendait ce bagne un peu excitant. Charlie me faisait souvent le reproche de ne pas m'être fait de vrais copains avec qui passer du temps, en dehors de Jacob, et c'était vrai. J'avais beau parler avec tout le monde, ce n'était que du savoir-vivre, de la courtoisie élémentaire, car c'est ainsi que les choses doivent être. Je pouvais entendre Eric Yorkie me parler de photographie pendant plus d'une heure s'il le fallait, parce que c'est ainsi que la vie fonctionne. Mais je ne faisais jamais que l'entendre, et non l'écouter. Peu de personnes arrivaient vraiment à capter mon attention, et ça avait tendance à me rendre maussade, sarcastique, et parfois blessante. Je me sentais comme un hérisson. Peu importe la manière dont je m'y prenais, je finissais toujours par piquer les autres. Et j'avais la drôle de sensation qu'Edward était la seule personne imperméable à mes réactions, où plutôt, à qui cette règle ne s'appliquait pas.

Seulement, il n'apparaissait qu'une heure dans ma journée, je ne pouvais pas miser toute ma motivation sur ce minuscule moment, c'était complètement dingue, et aussi très pathétique. J'avais besoin de me comporter comme toutes les ados de mon âge, aussi j'acceptais l'invitation de Mike à sortir avec les autres pour une excursion à la plage de la push le samedi qui suivait. Cette plage n'était pas loin de la réserve Quileute, la réserve indienne où vivait Jacob. Je décidais que c'était une bonne façon d'amorcer une trêve et j'avais bien l'intention de l'inviter à se joindre à nous. Mais pas tout de suite, car les mots « tu agis comme une idiote » flottaient encore dans ma tête...

Bientôt, la dernière sonnerie de la journée annonçait la fin de la torture, et les mines tristes qui s'endormaient dans le cours de littérature s'illuminèrent soudain, la mienne y compris. Le temps ne sembla pas vouloir célébrer cette bonne nouvelle, et la pluie continuait de tomber avec une frénésie sans faille. J'attrapais mon coupe-vent sur le dossier de ma chaise, et décampais à toute vitesse. La perspective de passer un moment avec Edward rehaussait ma journée toute entière. Dans les couloirs, je croisais Jacob, qui m'adressa un regard peu amène, si bien que je remettais encore à plus tard mon invitation à la push.

Je sortais du bâtiment, et Edward m'attendait plus loin, parapluie à la main.

-Viens vite t'abriter !

Je m'exécutais sans protester, il agrippa mon bras gauche et me conduisit jusqu'à sa voiture. Depuis plusieurs jours je me demandais à qui appartenait la volvo argentée, car à Forks, les voitures sont rarement tape à l'œil... J'aurai du me douter qu'il s'agissait de la sienne. Il m'ouvrit la portière côté passager, et je m'installais rapidement. Il ne tarda pas à me rejoindre.

-Quel temps ! Persifla-t-il, sans se départir de sa bonne humeur.

L'eau coulait le long de ses tempes, et perlait dans ses cheveux si bien que je mourrais d'envie d'y passer les doigts pour les y déloger. Son sourire était éclatant, et son teint rosé. Il était le seul qu'une météo pareille pouvait rendre resplendissant à ce point. J'osais à peine m'observer dans le rétroviseur, imaginant déjà mon visage blafard, le mascara coulant, et les cheveux en mode guerre du Vietnam. Un frisson me secoua, et c'était difficile de savoir à quoi il était vraiment du... Edward m'observa du coin de l'œil, mit le chauffage en route, puis démarra.

-Merci d'avoir accepté de venir ! Dit-il en fixant la route.

-Je n'avais pas vraiment le choix, raillais-je pour le provoquer, on ne dit pas non à son professeur.

-Vraiment ? C'est un principe que je pourrais bien réutiliser !

Je levais les yeux au ciel avant de répondre.

-Il possède tout de même ses limites !

Il riait de bon cœur, alors que le mien battait la chamade. J'écoutais attentivement le bruit séquentiel des essuies-glace, et tachais d'y calquer mon rythme cardiaque, en vain.

-En vérité, reprit-il, je n'avais pas vraiment besoin qu'on m'accompagne. Mais je pense que tu l'avais compris...

Je déglutis bruyamment.

-Pourquoi ce revirement ? Demandais-je, brûlante de curiosité.

Edward détourna son regard, et je le sentais gêné, pour la première fois. Il ne répondit pas tout de suite, si bien que je du le secouer légèrement pour l'inciter à parler. Il riait de nouveau.

-Je ne pouvais simplement plus t'ignorer. Tu es tellement étrange Bella, tellement à des kilomètres de tout ces lycéens ! Tu m'intrigues.

J'ignorais si c'était une bonne chose, mais la façon dont il avait prononcé sa phrase suggérait qu'il s'agissait d'un compliment. Alors je le remerciais en rougissant.

-Je t'observe beaucoup pendant les cours, continua-t-il. Tu n'as pas les mêmes réactions puériles que les autres filles de ton âge, même si elles sont tout à fait légitimes. Tu m'aurais vu à 17 ans, j'étais un véritable abrutis !

-J'ai du mal à imaginer que tu aies pu ressembler à un des cancres de ma classe...

-Je t'assure, j'étais le pire ! J'étais du même genre que Mike Newton, et pourtant, je vois bien comme il t'agace ! Révéla-t-il avec un sourire en coin, parfaitement séduisant.

Il avait remarqué ce genre de détail, c'était à peine croyable.

-Mike Newton ? M'étonnais-je. C'est impossible ! Ce garçon, c'est une punition ! Et toi, tu es …

« Parfait ». Mais je préférais laisser ma phrase en suspens, ce qui sembla légèrement frustrer Edward. Néanmoins il ne s'en formalisa pas.

-On change beaucoup en 5 ans... Mais ce qui est le plus étonnant, c'est que tu aies déjà opéré ces changements. Tu es beaucoup plus mature.

Je me terrais dans un mutisme gêné. Je n'étais pas habituée à crouler sous les compliments. Edward me jaugeait d'un œil curieux et doux et je tentais de lui adresser un pauvre sourire, en guise de remerciement. Pourtant, je savais déjà tout ça. Renée avait pour habitude de dire que j'avais 35 ans le jour de ma naissance, et que j'entrais dans la fleure de l'âge, un peu plus chaque année. Mais l'entendre de la bouche d'Edward, c'était autre chose. Ça prenait une forme plus douce, plus agréable. Néanmoins, c'était aussi la raison pour laquelle je n'arrivais pas à me lier d'amitié avec mes camarades...

-J'ai été très étonnée que tu me pardonnes de t'avoir menti, avouais-je en tournant le visage vers la fenêtre inondée, pour ne pas lui dévoiler mon embarra.

-J'étais d'abord en colère, expliqua-t-il, puis rapidement, je me suis dis une chose. Si tu ne m'avais pas menti, peut être que j'aurai eu la réaction bête et regrettable de te juger comme j'aurai jugé n'importe quelle fille de ton âge. Alors que tu te démarques clairement de la plupart d'entre elle. Et nous n'aurions peut-être pas eu cet échange qui m'a tant plu. Et qui m'a donné envie de t'inviter ce soir à venir avec moi à Port-Angeles.

-C'est une réaction très mature, et très honorable, remarquais-je, bouche-bée.

J'ignore si j'aurai réagi de la même façon, à sa place. Sans doute pas.

-C'est toi qui me l'a inspirée.

Il fixait le par-brise, peut être autant embarrassé que moi. Sûrement pas autant, à la réflexion, mais tout de même un peu. Nous passâmes le reste du voyage à parler de tout et de rien, de la musique et de ses cours, car la tension avait expressément besoin de redescendre. La conversation perdait en intensité, mais était tout aussi agréable. Sans doute car parler avec Edward semblait toujours agréable. Il avait un avis sur tout, et tout le passionnait. Je me surprenais à m'intéresser à des choses auxquelles je me pensais hermétique. Et bientôt, beaucoup plus vite que ce que j'avais imaginé d'ailleurs, nous étions arrivés à Port-Angeles. Il serpenta un peu dans les rues étroites de la petite ville, puis se gara en face de la salle de concert. Ce n'était rien de très extravaguant, nous n'étions pas suffisamment loin de Forks pour voir quoi que ce soit de rocambolesque, mais ça avait tout de même son charme. Edward m'achemina jusqu'à l'entrée sous son parapluie jaune, puis nous entrâmes d'un pas lourd. Il y avait une femme d'une trentaine d'années postée derrière un bureau, en pleine conversation téléphonique. Elle nous fit signe d'attendre, et Edward en profita pour s'ébouriffer un peu, et m'arroser par la même occasion.

-Eh ! Râlais-je. Tu n'es pas un chien !

Il éclata de son rire mélodieux, et j'aurai voulu qu'il ne cesse jamais.

-Tu es encore toute mouillée toi aussi, dit-il en m'examinant.

Ma tignasse étaient beaucoup trop longue et beaucoup trop épaisse pour sécher en si peu de temps, mon sèche-cheveux en savait quelque chose. Edward leva sa main à hauteur de mon visage, et mon souffle se déroba aussitôt. D'un geste tendre, il replaça une mèche qui s'était collée à mon front, puis, comme s'il avait mal agis, ramena son bras vers lui dans un geste brusque, avant de faire un pas en arrière. Je décidais de marcher un peu dans les locaux, pour fuir la gêne qui s'était emparée de moi. La salle n'était pas bien grande, mais largement suffisante pour héberger les 25 élèves de notre classe et plus encore. La femme derrière le bureau d'accueil nous interpella finalement, et je pouvais voir à la façon dont elle dévisageait Edward, qu'elle non plus, n'était pas insensible à ses charmes. La jalousie n'était pas un de mes pêchés en temps normal, et pourtant, j'avais très envie d'abîmer sa rhinoplastie.

-Qu'est ce que je peux faire pour vous, minauda-t-elle sans m'adresser un regard.

-Nous voudrions faire une réservation au nom du lycée de Forks High School, pour le concert de lundi après midi.

La secrétaire pianota sur son clavier, l'air pensive, en se mordant la lèvre d'une façon aguicheuse et tout sauf naturelle. Je la foudroyais du regard, mais j'étais aussi invisible à ses yeux qu'une molécule flottant dans les airs.

-Combien de places ?

-26, dont 25 au tarif étudiant.

Edward ne semblait pas remarquer cette drague évidente, ou alors, il décidait de l'ignorer. À la place, il me lançait quelques regards complices, et la pimbêche fut bien forcée de noter mon existence. J'affichais un sourire satisfait désormais. Elle imprima les billets, et se débrouilla pour nous laisser repartir avec le nom et le numéro d'Edward en poche, en cas de changement d'horaire... Tu parles d'une excuse ! Bientôt, nous étions de nouveau dans la volvo.

-Effectivement, tu n'avais vraiment pas besoin de mon aide ! Raillais-je.

-Le voyage est tout de même plus sympa avec de la compagnie, répondit-il avec une moue à faire décongeler un freezer.

J'opinais d'un mouvement de la tête, puis il démarra de nouveau. Sur le chemin du retour, nous passâmes en revu la collection de CD qu'il abritait dans sa voiture et je me laissais bercer par les commentaires savamment exprimés qu'il avait pour chacun d'eux. Je me moquais de son vieil album des Sum 41, m'étonnais en dénichant son single des Stray Cats, et découvrais tout un tas d'artistes dont j'ignorais jusqu'au nom. Bientôt, nous étions de retour à Forks, et je regrettais très franchement que le trajet fut déjà terminé. Je lui indiquais la route jusqu'à chez moi, où il se gara dans l'allée.

Une fois le moteur coupé, la voiture se chargea d'une tension à couper au couteau. Il y avait comme une électricité, presque palpable, à vous dérober le souffle. J'ignorais quoi dire, et quoi faire. De toute évidence, il était temps pour moi de descendre de la volvo et de regagner le domicile des Swan, pourtant, aucun mots d'au-revoir ne parvenaient à franchir mes lèvres, et à en juger par le regard d'Edward, je n'étais pas la seule à me débattre avec ce malaise.

-Bella... commença-t-il, et son air grave m'inquiéta sur-le-champ. J'ai passé un très bon moment avec toi, et j'espère qu'il y en aura d'autres mais... Je dois tout de même garder une certaine distance. Tu comprends ?

Si je m'étais attendue à ça ! En vérité, je ne m'étais attendue à rien du tout, car je n'y avais pas pensé une seule seconde. Je ne m'étais pas demandée si ce soudain revirement allait donner naissance à quelque chose de plus concret, ou si cette tentative allait être étouffée dans l'œuf. Évidemment, Edward était toujours mon professeur, et les relations entre enseignants et élèves étaient toujours prohibées, ça n'avait pas changé.

-Je comprends, répondis-je d'une voix sombre et voilée.

Je tentais de ne pas avoir l'air trop déçue, mais c'était bien au-dessus de mes talents d'actrice.

-Passe une bonne nuit Bella, murmura-t-il en effleurant mon visage du bout de ses doigts, avant de les retirer lentement, laissant sur ma joue une sensation de brûlure, et de vide.

Je m'extirpais de la voiture, penaude, sans vie. Je rejoignais le porche, et ce ne fut qu'une fois à l'intérieur de la maison que j'entendais le moteur se remettre en marche, et la volvo s'éloigner.

-Bella c'est toi ? S'époumona mon père depuis la cuisine.

-Non, c'est le pape !

Comme à mon habitude, le sarcasme fut la réponse naturelle à mon irritabilité. J'étais déçue, triste, et amère. Mon père ne tarderait pas à s'en rendre compte, aussi je tentais de mettre tout ça sur le compte de la fatigue, du temps, et d'un rhume imaginaire. Il était sceptique, comme d'ordinaire, car son instinct le trompait rarement, mais il me laissa regagner ma chambre sans dîner, et sans trop me poser de questions. Je filais dans la cabine de douche, et sous l'eau brûlante, je permettais à une petite larme de rouler le long de ma joue. Une seule. Car j'étais plus forte que ça. Les hormones d'ados avaient beau faire leur boulot aussi bien chez moi que chez les autres filles de mon âge, je n'étais pas à ce point pathétique pour laisser un garçon avoir le contrôle sur mon conduit lacrymal, aussi parfait était-il. Car oui, Edward Cullen était parfait. Et il était aussi parfaitement inaccessible. Du moins, temps qu'il restait mon professeur... Et Edward n'allait pas être enseignant toute sa vie. Il n'était là que pour deux mois. Et qui sait ce qu'il peut advenir en deux mois ?