3ème Consultation : Que la Force soit avec vous !
Zoé poussa la porte du cabinet, hors d'haleine. Son réveil lui avait encore fait un faux bond et elle était une fois de plus en retard. Le Docteur allait la tuer.
Dans la salle d'attente, elle entendit des sanglots. Alarmée, elle leva la tête. Dans un coin de la pièce, deux hommes étaient assis sur les chaises en plastique bleu.
Le plus vieux tentait de consoler l'autre, qui se tenait la main en pleurant.
Zoé s'approcha, toujours un peu essouflée.
-Messieurs ? Il y a un problème ?
Le plus vieux leva la tête vers elle. Une barbe blond-roux lui mangeait les joues et son regard intelligent brillait sous les mèches mi-blondes, mi-rousse qui lui tombait savemment sur le front.
-Mademoiselle. Mon apprenti a était blessé, mais le Docteur va nous aider. Merci de votre aide.
Zoé regarda ledit apprenti qui serrait son bras contre sa poitrine en tentant vainement de réprimer les sanglots de douleur qui comprimaient sa poitrine. Son beau visage était déformé par la douleur et son étrange cape brune était maculée de sang.
-Je suis l'assistante du docteur Kermann, venez, je vais vous introduire, cela me semble devoir être traité rapidemment.
Elle posa doucement sa main sur l'épaule du jeune homme qui sursauta au contact doux de la jeune femme. Elle haussa imperceptiblement les sourcils. Ce jeune homme ne devait pas être habitué aux contact physique. Les deux hommes se levèrent. Ils étaient étrangement vêtus de longues capes brunes à capuches. Le plus vieux portait des vêtement beiges sans ornement, très simples, sous sa cape brune.
Le plus jeune était sans conteste, le plus beau. Un visage aux traits fin, qui renvoyait des éclats miel de par la couleur lisse de sa peau sans défauts et et de par ses cheveux d'une couleur solaire et chaude. En outre, de grands yeux bleus illuminaient sa figure comme deux morceaux de ciel arrachés au firmament.
L'oeil expert de Zoé l'affirmait sans doutes : elle se trouvait en présence de deux spécimens de la beauté masculine, ignorant en plus leur propre beauté, à en juger par les vêtement amples et sans couleur du plus vieux et de la coiffure absolument ridicule du plus jeune (cheveux hérissés, agrémenté d'une longue et fine tresse, de quoi faire fuir n'importe qui doté d'un peu de bon goût).
Elle les conduisit mais au moment de frapper à la porte du cabinet, elle eut une hésitation. Son retard était des plus considérables et Kermann allait vraiment griller un fusible.
-Un problème, mademoiselle ? Demanda le plus âgé des deux hommes.
Elle se tourna vers eux, gênée.
-Non, pas du tout. C'est juste que...
-Que ?
-Je suis un peu trop en retard ce matin, mon patron déteste ça...
-Ayez confiance. Avec nous, il ne peut rien vous arriver.
Zoé s'empêcha de demander en quoi leur présence pourrait lui éviter le lynchage et elle frappa doucement.
-Entre Zoé, entre...
-Bonjour Mons... BAISSEZ-VOUS !
Zoé cria (ce qui n'était absolument pas dans ses habitudes) et s'accroupit. Aussi rapide qu'un coup de feu, l'homme avec une barbe dégaina son arme, que Kermann identifia comme un sabre laser.
Aussitôt, il baissa son pistolet à eau.
-Voyons, voyons, ce n'est pas la peine de s'énerver ! Ce n'est qu'un vulgaire pistolet à eau.
Zoé se releva, l'air contrarié.
-Vous m'avez fait une de ces peurs monsieur !
-Tu es encore en retard !
-Ce n'est pas une raison pour me menacer avec un pistolet !
-Pistolet à eau !
-Vous êtes puéril !
-Et tu es en retard !
Zoé leva les yeux au ciel. Le chevalier au sabre laser le rangea, légèrement décontenancé. Il fit signe à son apprenti, qui était resté en arrière, le visage strié de larmes, d'entrer dans la pièce.
-Vous avez des patients ! Reprit-elle plus calmement.
-Oui, j'avais cru remarquer... Bon, c'est lequel qu'il faut rafistoler ? La barbu réac' ou le jeunot en larmes ? Oh, je crois deviner !
-Quel sens de la déduction, ironisa le chevalier, un peu vexée de s'être fait traité de "barbu réac' "
-Je vous remercie, d'ailleurs ça me fait penser qu'il faut annuler tous nos rendez-vous avec Sherlock Holmes et son petit-ami. Je ne veux plus les voir.
-Hors de question monsieur, répliqua Zoé, l'Angleterre a besoin de nos services.
-Mais Zoé !
-Il n'y a pas de mais.
-Grmpf.
Kermann se renfrogna.
-Docteur, nous avons besoin de vos services, dit le chevalier.
-Oui, bon, quoi ? Vous êtes qui d'abord ?
-Je suis le chevalier Jedi Obi-Wan Kenobi et voici mon Padawan, Anakin Skywalker.
-A vos souhaits.
-Monsieur ! Lança Zoé en avertissement.
-C'est bon, c'est bon... Bon, c'est quoi votre problème ? Pourquoi il chiale, l'autre-là ?
Anakin Skywalker se crispa et avec une grimace de douleur pure, leva lentement sa main.
Ou plutôt, son absence de main.
Un grand silence s'abattit sur le cabinet. Zoé fixait le poignet amputé avec horreur et consternation. Le premier à réagir fut Kermann :
-Oh putain, le boulet !
Il cogna son front contre le bois de son bureau, complètement découragé.
-Monsieur ! , le sermonna Zoé.
-Le boulet, le boulet, le boulet !
A chaque "boulet" qui sortait de sa bouche, il se refrappait le front.
-Bon, je vais chercher les prothèses, dit Zoé en se levant.
Kermann releva brusquement la tête, l'air un peu halluciné de ceux qui regarde la bêtise en face.
-Mais comment, COMMENT, tu as pu te couper une main ?
-A vrai dire, commença Obi-Wan Kenobi, c'est une longue histoire.
-Par pitié, dites-moi qu'il n'a pas essayé de jouer aux majorettes avec son sabre laser !?
-Non, non, heureusement que non !
Kermann parut un peu soulagé.
-Alors, comment il a fait ça ?
-Eh bien en fait, il y a très longtemps, dans une galaxie très lointaine...
-Epargnez-moi les détails.
-Il y a des gentils Jedis et des méchants Siths. Les Siths sont parfois des anciens gentils Jedis, qui ont été comrrompus par le côté obscur de la Force.
-Tututut ! C'est quoi la Force ? Y'a combien de côtés ?
-Euh... Pour faire simple, la Force, c'est comme un tranche de mie de pain. Il y a un côté avec du Nutella, et un sans. Le côté Nutella, c'est le côté obscur, terriblement tentant, mais dangereux.
-En l'occurence, dangereux pour la santé, avec le Nutella.
-Oui. Et l'autre côté, c'est le côté lumineux, sans Nutella. Moins bon, mais meilleur.
-Pour la santé.
-Entre autre.
-Et pourquoi il a perdu sa main l'autre, là ?
-Bah, un méchant Sith, le comte Dooku. Vous savez comment c'est, nous petits jeunes que nous sommes, il nous lamine, comme ça.
Obi-Wan claqua des doigts, dépité.
-Pourquoi dites vous ça ? Vous avec quoi ? Trente ans, et je sais reconnaitre un excellent guerrier, ce que vous êtes.
-Dites-vous qu'à trente, je suis l'un des meilleurs chevaliers Jedis, c'est dit sans prétention, imaginez-vous un Jedi de 900 ans !
-900 putains d'années à s'entrainer ?
-Ouais !
-Il est en forme Papi !
-Vous pouvez le dire ! Tenez, j'ai un photogramme.
-Mais... mais c'est un nain ! Un nain vert !
-Je ne sais pas exactement le nom de son espèce, mais Maitre Yoda est tout simplement le meilleur.
-Un nain vert avec des grandes oreilles. J'en reviens pas !
-ça surprend toujours la première fois, rit Obi-Wan.
Il y eut un BOUM. Obi-Wan et Kermann se tournèrent. A côté d'eux, Anakin s'était purement et simplement écroulé, terrassé par la perte de sang qu'il endurait.
Au même moment, Zoé entra, les bras chargés d'une pile de caisses pleines de prothèses en tout genre.
Elle les lâcha sans un mot en voyant la scène qui s'était figée devant elle. Kermann et Obi-Wan, assis, fixaient d'un air interdit Anakin qui gisait par terre, blanc comme un linge.
-Mais c'est pas vrai ! Mais c'est pas vrai, je rêve ! s'exclama Zoé, hors d'elle.
Ces paroles semblèrent réviller Obi-Wan qui bondit :
-Anakin !
Zoé se précipita, déchira la cape du jeune homme pour dégager sa blessure, qu'elle enveloppa avec des gestes professionnels avec les chutes de tissu.
-Monsieur, ne restez pas planté là !
-Mais je ne suis pas une plante en pot !
Zoé tourna la tête. Comme par magie, Kermann avait enfilé sa tenue de chirurgien et semblait prêt à agir. Elle en fut à la fois ravie et étonné.
-Bon sang, faites vite ! S'inquièta Obi-Wan. Il est plus blanc que le maquillage d'Amidala !
-Mettez-le là !
Obi-Wan prit son apprenti dans ses bras et le déposa doucement sur la couchette.
-Qu'est ce que vous allez faire ?
-Il faut lui transfuser du sang, sinon, il va nous claquer entre les doigts...répondit le docteur d'un ton tranquille.
Obi-Wan blêmit.
-Zoé, prélève un échantillon, je veux connaître son groupe sanguin d'ici quinze secondes.
Sans répondre tant elle était concentrée, Zoé se saisit d'une seringue à prélèvement et la planta d'un geste précis dans une veines du bras du jeune homme. Le liquide rouge monta et pour la première fois, Obi-Wan eut véritablement peur. Il ne voulait pas perdre son padawan, pas comme il avait perdu son mentor.
-Kenobi ! Hors de mes jambes, j'ai besoin d'espace !
Le ton de Kermann était sans appel. Obi-Wan s'écarta, se sentant plus impuissant que jamais. Il regarda le Dr Kermann brancher Anakin à une machine mesurant les battements de son coeur et lui coller un masque à oxygène sur la figure.
-Alors, ce groupe sanguin ?
Kermann semblait plutôt décontracté, presque calme.
-Il est O +, monsieur !
-Boulet jusqu'au bout, hein !
Kermann asséna une petite tape sur le crâne d'Anakin, sous le regard outré d'Obi-Wan et celui blasé de Zoé.
-Mais où est-ce qu'on va trouver du O + ? Moi, je suis A +, Zoé AB-...
-Comment vous connaissez mon groupe sanguin ?
Eludant la question, Kermann reprit :
-Et vous, c'est quoi votre groupe sanguin ?
-Je n'en sais rien, avoua Obi-Wan.
-Bon, Zoé, appelle Tommo, il nous faut une transfusion de O + dans les plus brefs délais !
-Oui monsieur !
Elle s'éloigna. Le docteur se tourna vers Obi-Wan et lui planta l'aiguille à transfusion dans le bras sans prévenir.
Sans même utiliser le microscope qu'avait emprunté Zoé, il passa l'éprouvette à la lumière de sa lampe de bureau/
-O + aussi, conclut-il imédiatement, sous le regard éberlué d'Obi-Wan. Zoé ! Annule la commande, le barbu réac' est O + !
-Je suis pas réac' !
-Donnez-moi votre bras et aussi votre sabre tant que vous y êtes ! Dit Zoé en remontant la manche du Jedi. Allongez-vous. Voilà.
-Ouch !
-Oh, je me suis trompée de veine ! Mais si vous n'aviez pas la bougeotte, ça n'arriverait pas !
-Dites que c'est de ma faute tant que vous y êtes !
-Bon, ça vient, ce sang ? Moi je n'installe aucune prothèse tant que son niveau de globules rouges et blancs ne s'est pas stabilisé !
-Oui, bah cinq minutes, merci !
-Comment va Anakin ?
-Mais arrêtez de bouger !
D'un geste doux, mais autoritaire, Zoé força Obi-Wan à rester allongé pendant que son sang partait dans une poche prévue à cet effet. En fronçant les sourcils, Kermann brisa le silence revenu temporairement :
-Pourquoi il a perdu autant de sang, le gamin ?
-Ah ça ! Je suis contente que vous posiez la question Docteur !
-C'est ma faute ?
-Si vous aviez agi tout de suite au lieu de taper la discut', on n'en serait sûrement pas là !
-Oui, et bien... et bien...
-Et bien vous n'avez rien à dire pour votre défense, je suggère que vous vous excusiez platement.
-Tu veux pas que je me mette à plat ventre, non plus ?
-A genoux serait parfait.
-Pardon, je suis désolé, ça va, tu es contente ?
-Il y a du progrès.
-Mademoiselle ? Je crois que la poche est pleine...
-Oh ? Merci M. Kenobi.
-Hein ? Euh, non. Maitre Kenobi, Obi-Wan, Obi, vraiment à la limite, mais M. Kenobi, c'est tout simplement pas possible.
Zoé eut un de ses sourires à la fois étranges et magnifiques. Elle décrocha la poche et la tendit au docteur, qui en deux trois mouvement, l'avait relié à une veines d'Anakin.
-Vous croyez que ça va suffire ? Demanda Obi-Wan.
-Le moelle épinière fabrique le sang en continu. Avec le contenu de cette poche, on l'aide juste à faire face à la grosse perte en comblant un peu le manque. Et puis, il est robuste votre apprenti !
-Bon, les globules rouges et blancs se stabilisent !
-Parfait ! On va pouvoir passer à la phase délicate ! Six mains ne seront pas de trop !
-Euh.. monsieur, deux mains plus deux mains, ça fait quatre...
-Oui, et bien lui, il va pas rester là à se tourner les pouces ?
...
Les trois adultes se tenaient devant les trois cartons remplis à craquer de prothèses, interdits.
-Bon, du coup. On prend laquelle ?
-Faudrait un truc discret. C'est pas facile pour un jeune de perdre sa main comme ça...
-Ani aime bien le noir, vous n'en n'auriez pas une dans le genre ?
-Euh... non, je ne crois pas...
-Zut.
Zoé en prit une au hasard.
-Ah non. Ça, c'est moche.
-Bah, c'est rose quoi...
-Sinon, y'a celle-là !
-Ah, ouais pas mal !
-C'est pas vraiment noir, mais c'est discret.
-Et puis ça ressemble à une main.
-C'est pas donné à toutes les prothèses.
Il y eut un moment de silence.
-On la prend ?
-On la prend.
...
-Et là, on va faire des raccords entre les muscles et les tendons du bras qui ont été sectionnés avec les systèmes électroniques de la main.
-Comme ça ?
-NON, NE TOUCHEZ PAS A ...
BZZZZZZ...
-Putain, le con, il a fait sauter les plombs...
-Bon. On garde son calme.
-Tiens, la machine d'Anakin est restée allumée...
-Oui, elle fonctionne sur batterie.
-Vous pensez qu'on peut faire repartir l'électricité en utilisant le défibrillateur ?
-Monsieur, je ne vous permet même pas d'essayer.
-Sinon, j'ai un sabre laser qui brille dans le noir.
-Ah oui ! Pas bête !
Une lumière verte émanant du sabre du Jedi illumina le cabinet.
-Par contre, ne faites aucun geste brusque. C'est que c'est dangereux votre machin, là...
-Je vais aller voir le compteur.
-Monsieur, rendez-moi ce défibrillateur !
...
-Et là on relie ça à...ça !
-Ouf, fini !
-Euh...
-Quoi ? Pourquoi il tire la tronche le Jedi barbu ?
-Monsieur, restez poli.
-Nan, j'admire, c'est un splendide travail ! C'est juste que...
-Que quoi ?
-Bah, vous l'avez mis à l'envers, quoi.
Il y eut un moment de silence.
-Pourquoi ne l'avez-vous pas dit plus tôt ?
-Mais c'est pas vrai, mais c'est pas vrai, mais dites moi que c'est un gag ! Est-ce que c'est possible d'avoir deux mains gauches aussi maladroites ?!
-Eh ho, c'est bon, hein !
-Je reste calme Monsieur.
De fait, Zoé était très calme.
-Par contre, je vais m'asseoir là et vous regarder recommencer l'opération tout seul.
Vaisseau Jedi, au milieu de nul part.
-Maitre ?
-Oh Anakin, tu es réveillé !
-C'est quoi, ça ?
-Quoi, ça ? Bah... Ta prothèse...
-Pardon ?
-Qu'est ce qu'il y a encore ?
-Mais, mais, mais... Il y a que c'est moche ! Hideux !
-Oui, et bien il ne restait plus que celle-là.
-Mais, enfin, il n'y a aucun moyen d'en changer ?
-Anakin...
-Mais regardez ça maitre ! C'est mi-jaune, mi-brun, c'est laid !
-Et bien tu porteras des gants !
-De toute façon, c'est pas des gants qu'il me faudrait, c'est une combinaison intégrale. Noire de préférence, avec un casque, pour bien cacher ma gueule. Et un truc pour changer ma voix.
-Mais qu'est ce que tu racontes ?
Il est scientifiquement prouvé qu'en raison de leur entraînement, la crise d'adolescence survient plus tard chez les Jedis.
