_Le médicomage est formel, nous ne pourrons les interroger que demain matin, à la première heure, une fois que les effets de la stupefixion seront dissipés…
Ron se passa une main dans les cheveux, irrité. Harry faisait les cent pas, tandis que Kinglsey les observait.
_Rentrez chez vous, finit-il par dire. Votre mission est un succès…
_Un succès ? reprit Harry, furieux, deux Mangemorts se sont enfuis ! Vous…
_Et nous avons deux Mangemorts à interroger ! le coupa séchement Kinglsey, Rentrez chez vous Potter, c'est valable pour vous aussi Weasley, nous vous attendons demain de bonne heure pour l'interrogatoire.
Le directeur du bureau des Auror s'éloigna.
_Rentres, lança Harry, je vais taper le rapport, ce sera ça de fait ! Ginny finit sa garde dans 1h, je l'attends… On se voit plus tard...
_Tu es sûr que… commença Ron, hésitant.
_Hé, ne fais pas semblant d'avoir envie de le taper ce fichu rapport !
Ron éclata de rire mais ne se fit pas prier.
Une fois hors de Sainte-Mangouste, il regarda l'heure sur la mons…monkre…montre que lui avait offert Hermione. Elle devait être en train de se préparer pour aller au Terrier. Il allait lui faire la surprise de passer la prendre. Il sourit à cette idée, elle le croyait parti pour plusieurs jours, elle ignorait à chaque fois la teneur de ses missions et donc la durée supposée. Malgré la fuite des Mangemorts, rien ne saurait ternir la joie qu'il ressentait ! Il allait pouvoir passer plus que quelques heures avec la femme de sa vie !
Ron transplana et se retrouva dans sa rue, devant sa maison. Le quartier était paisible, un chat passa paresseusement devant lui, se dandinant, lui rappelant Pattenrond et l'époque où lui et Hermione se disputaient à son sujet, à Poudlard. Le matou vivait une retraite dorée au Terrier, à pourchasser les gobelins du jardin et à se prélasser au soleil. Il avança à grands pas, pour se figer soudain… Quelque chose n'allait pas…La porte était entrouverte… Le cœur de Ron se figea, il sortit sa baguette, la terreur paralysant son esprit. Cette scène lui rappelait des moments trop souvent vécus, quand il arrivait sur une scène de crime. Il ne savait pas s'il devait céder au soulagement quand il vit l'absence de marque des ténèbres flottant sur la maison.
-Non, pas Hermione, pas Hermione je vous en supplie, pas elle, laissez la moi, pas elle…
Il murmurait ses paroles, comme une prière, son cœur sur le point d'exploser, ses sens en alerte, l'horreur et la peur tordaient ses tripes dans une douleur sans nom.
Il poussa la porte et pénétra avec précaution. La maison était silencieuse, terriblement silencieuse. La lumière dans la pièce principale était allumée, il vit les placards de la cuisine explosés, les traces de brulures à divers endroits, le verre par terre, le guéridon renversé… La peur se mua en une rage sourde, profonde. Où était-elle ? Si jamais, si jamais… Il ne pouvait se résoudre à formuler cette hypothèse, même en pensée, elle lui était insupportable. Il avança toujours, sans la voir, dans un mélange d'angoisse et de soulagement de ne pas tomber sur son corps sans vie.
_Hermione ?
Aucune réponse. Toujours à l'affut, il fit le tour de la maison. Il n'y avait personne…
_HERMIONE !
Son cri désespéré résonna. Il se laissa tomber à genoux. Il devait réfléchir, vite. C'était une attaque de Mangemorts, sans aucun doute. Elle était là quand ils sont entrés dans la maison, étant donné les traces de bataille… L'avaient-ils emmenée, était-elle en vie ? Les questions se bousculaient dans son esprit, la peur l'empêchant d'y mettre de l'ordre, Hermione était sa faiblesse. Si en mission il savait garder la tête froide, la simple idée de perdre Hermione le plongeait dans une détresse innommable.
Une lueur d'espoir s'alluma malgré lui dans son cerveau. Le Terrier ! Sans plus attendre, il transplana.
Arrivé devant la maison biscornue de son enfance, il se mit à courir et déboula dans la demeure, cherchant du regard son visage. Il vit d'abord les visages figés de stupeur de sa famille, George, qui berçait sa fille, Alicia son épouse, il vit Harry qui semblait venir d'arriver, Ginny près de lui… Puis il la vit, les yeux écarquillés, entre les mains de Molly qui soignait une écorchure sur sa joue.
-Ron !
Elle n'eut pas le temps de réagir, le jeune homme traversa la pièce à grandes enjambées et se saisit d'elle pour la serrer de toutes ses forces contre lui.
_Hermione…dit-il dans un sanglot.
Hermione, bouleversée, ferma les yeux et huma son odeur. Il s'écarta d'elle, la dévisageant.
_Hermione, par Merlin, j'ai cru mourir quand je suis arrivé à la maison, que j'ai vu l'état de…Tu es blessée ?
Sa voix se fit basse, emplie de fureur.
_Ce n'est rien Ron, une égratignure, une boite de conserve m'est tombée dessus. Tu es blessé aussi, qu'est-il arrivé à ta lèvre ?
Mais le jeune homme, la tenant par le menton, regardait son écorchure, le visage tendu, les lèvres serrées. Une colère sans limite se lisait dans son regard. Hermione n'insista pas. Elle était encore sous le choc, et avait du mal à cacher ses tremblements.
_Ron, j'ai prévenu le QG, Kingsley nous envoie du renfort, dit Harry à son ami.
_Ton père sera là d'une minute à l'autre, ajouta Molly, laisses moi soigner Hermione maintenant…
Le rouquin s'écarta à regret. Pourquoi elle ? Pourquoi l'avaient-ils attaquée ? Il aurait pu la perdre, cette idée le rendait fou ! Que serait-il sans elle ? Hermione était son oxygène, il se sentait en vie grâce à elle, pour elle. Il ne la quitta pas du regard, tout en s'adressant à Harry.
_Nous devrons y aller, voir si nous pouvons trouver des indices…
_ J'irai une fois que les renforts seront là, trancha Harry, restes avec elle, elle a besoin de toi…
_Hum, je suis là, coucou, je peux vous entendre, arrêtes de faire comme si je n'étais pas là Harry ! protesta Hermione en croisant les bras.
_Cesses donc de bouger la sermonna Molly en tapotant sa joue avec sa baguette.
La jeune femme demeura immobile, son regard allant de son ami à son amant.
_Nous devons savoir pourquoi ils l'ont attaquée, comment ont-ils fait pour pénétrer dans la maison et qu'est-ce qu'ils voulaient…, dit Ron. Ses poings étaient serrés, il était en colère, tellement en colère, contre ces monstres, contre lui-même.
Hermione se rappela le parchemin serré dans la main du Mangemort, ce même parchemin enfoui en ce moment même dans son sac. Elle se mordit la lèvre et baissa les yeux. Ils ne devaient pas savoir, pas maintenant.
Deux « cracs » sonores, suivi de près d'un troisième, retentirent dehors.
Arthur Weasley entra, suivi par Neville et Seamus, en uniforme d'Auror. Les hommes saluèrent l'assemblée et allèrent s'attabler. Les mains serrées autour d'une tasse de thé fumant, Hermione dut leur raconter ce qu'il s'était passé, en détail, omettant toutefois volontairement de mentionner le parchemin. Elle savait que garder cette information ne les aiderait pas dans leur enquête mais elle n'avait pas le choix. Ron resta silencieux tout ce temps, ne lâchant pas la jeune femme du regard. Hermione connaissait cet air par cœur. La peur, l'inquiétude, la colère, l'incompréhension, le besoin d'agir… Une bousculade de sentiments qui tourbillonnaient dans les yeux bleus du jeune homme.
_Ils te voulaient vivante, conclut Harry, sourcils froncés.
_Est ce que ça aurait un rapport avec ton travail ? demanda Seamus. Je sais que le décret concernant l'abolition du domestiquage d'elfes a été relativement mal pris dans les hautes sphères…
_C'est de l'esclavage…corrigea Hermione, l'œil sévère. Mais je ne saurais vous dire leurs motivations… La seule certitude que j'ai, c'est que c'étaient des Mangemorts…
Harry finit par embrasser Ginny puis il transplana avec ses collègues jusqu'à la maison de Ron afin de commencer les investigations.
Le repas se déroula dans le calme, les visages étaient tendus. Toutes ces attaques leur rappelaient de mauvais souvenirs, une sombre époque, comme si Voldemort était toujours là… L'ombre des disparus planait au-dessus d'eux. Fred, Tonks, Lupin… Seraient-ils morts en vain ?
Hermione prit congé, épuisée, vidée tant émotionnellement que physiquement.
Ron l'accompagna à l'étage, il referma lentement la porte de sa chambre derrière eux, saisit la jeune femme, la plaquant contre le mur. Il l'embrassa brutalement, désespérément, avec un besoin insatiable de sentir son souffle contre lui. Une douleur à la lèvre le contraint à stopper le baiser, laissant une Hermione haletante, les lèvres gonflées, les yeux écarquillés.
Il caressa sa joue, passant le pouce sur l'écorchure.
_Ils vont payer pour ça…
_Ron…Je vais bien, regardes moi, je suis là et je vais bien…
_Ils auraient pu…Tu aurais pu…
Il se tut, incapable de finir sa phrase, de prononcer à voix haute sa pire hantise, son pire cauchemar. Ses yeux parlaient pour lui, comme souvent.
La jeune femme entoura sa taille de ses bras et posa la tête contre sa poitrine. Ron soupira. Elle faisait bien une tête de moins que lui, elle était si fragile…
_Je vais bien, répéta-t-elle.
Si Hermione s'endormit rapidement, aidée par son épuisement et par la potion apaisante que lui avait donnée Molly, Ron n'arrivait pas à trouver le sommeil. Dès qu'il fermait les yeux, il voyait Hermione à terre, sans vie. Cette image, un mélange de son imagination et du souvenir d'Hermione aux mains de Bellatrix Letrange, le hantait, le torturait. Il la regarda dormir, blottie contre lui, ses boucles ramassées dans un chignon, dégageant ainsi son visage. Elle s'agita et ouvrit un œil ensommeillé. Quand elle vit le regard perçant de Ron sur elle, elle referma les yeux et passa un bras autour de lui.
_Essaies de dormir… marmonna-t-elle.
_Je ne peux pas…
Elle ouvrit les deux yeux, se releva sur un coude et l'observa. Son beau visage, sa mâchoire tendue, ses cernes…
_Depuis combien de temps n'as-tu pas dormi Ron ?
_...
_Ron ?
_Je n'y arrive pas…
Hermione se redressa, croisa les jambes et lui fit face. La pièce était plongée dans le noir mais leurs yeux s'étaient habitués à l'obscurité. Elle attendait. Ron soupira. Hermione ne renoncerait pas.
_Hermione…Je supporte de moins en moins la situation… On pensait qu'une fois Voldemort anéanti, la paix reviendrait…Et regardes ce gâchis, des morts tous les jours, aucun répit… Hermione, je n'arrive plus à vivre avec cette peur de te perdre, de perdre Harry ou Ginny, ou mes frères, mes parents… Je me bats contre ça mais j'ai l'impression de combattre un fantôme, tu comprends ? Je… Je crois que je vais arrêter…Je veux t'emmener loin de tout ça, à l'abri…
Hermione croisa les bras. Le jeune homme ne connaissait que trop bien cet air là.
_Il en est absolument hors de question ! clama-t-elle.
Ron se renfrogna.
_Je ne veux pas que tu penses que je suis un lâche, mais…
Hermione prit ses mains dans les siennes. Elles étaient si petites, si délicates, comparées aux grandes mais calleuses du rouquin.
_Jamais je ne penserais ça, jamais ! Ron, nous allons bien ! Je suis forte, bien plus que tu ne le crois, je sais me défendre, la preuve ce soir ! Et tu me l'as dit toi-même, je suis une sorcière extrêmement douée ! J'ai failli être Auror je te rappelle, j'aurais pu l'être très facilement !
_Peu importe Hermione, ce qui m'importe, c'est ta sécurité ! Tu es d'origine Moldue, tu es avec moi, un des Auror qui les pourchassent, tu es une cible de choix ! Ce n'est pas un hasard ! Je ne veux pas qu'à cause de moi tu…
Hermione l'interrompit en posant ses lèvres contre les siennes.
_Tu ne réussiras pas à me couper la parole comme ça à chaque fois, chuchota le jeune homme en reprenant sa respiration.
Hermione sourit et attrapa son visage pour planter son regard dans le sien.
_Ron, tu le sais, si tu pars, tu ne pourras plus jamais te regarder dans une glace. Je suis tombée amoureuse de toi parce que tu es la personne la plus courageuse, la plus loyale, la plus gentille et la plus forte que je connaisse…Harry a besoin de nous, le monde a besoin de toi…
Elle le regardait, débordante d'amour, et le jeune homme se demandait si vraiment, il le méritait.
Ron sourit à son tour et l'attira à lui, promenant ses mains dans son dos.
_Une fois de plus, tu as raison…
Merci pour les reviews, c'est très encourageant, même une ligne suffit à me motiver j'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire là suite que moi à l'écrire !
