Je me sens grosse, toujours trop tassée, toujours tout qui déborde. Et je voudrais être fine, avoir une élégance intrinsèque, idéale et pure mais tout est pulpeux.
Et tous ces autres qui ne cessent de me rappeler que je suis tellement belle comme ça, que d'avoir des formes c'est bien plus attirant. Mais je ne veux pas être attirante bordel, je ne suis pas un morceau de viande, je veux inspirer quelque chose et quelque chose de fort pour une fois. Je veux que mes cotes saillent sous mes tee-shirts, que mes seins soient plats, que mes cuisses ne se touchent pas. Et je m'en fiche de leur regard, je veux être ainsi, alors je pince sans relâche mes cuisses, observant la cellulite pour mieux l'appréhender, la combattre, j'ai envie de tout couper, tout ce qui ne me plait pas, prendre un scalpel et tronquer mon corps, tronquer mon visage, faire ressortir les brisures de l'intérieur sur chaque millimètre de peau.
Et leur montrer ce que je suis vraiment, rien d'attirant, juste des abcès à découvert.
Des marques iconiques.
Je veux être une laideur marquante.
Bouche
/
Seins
/
Mords
Une semaine à nous, rien qu'à nous. Une autarcie de félicité.
Et tout à coup, loin de tout, tout s'évapore : les rancœurs, les regrets, les désirs à combattre.
On est juste nous. Aucune obligation, rien à penser, juste laisser le temps défiler et sourire.
Il ne comprend pas. Le retour à la réalité lui convient, tout lui va. Il voudrait sortir, voir des amis. Je refuse. Je veux garder ce sentiment de plénitude, personne ne doit briser notre bulle, elle est rien qu'à nous.
Il ne comprend pas. Il pense juste que je suis triste, que je le bloque une nouvelle fois, que je l'empêche de sortir. Il pense que je suis un boulet. Je le suis. Mais pas de cette manière.
Il croit toujours que je suis jalouse lorsqu'il s'amuse avec d'autres filles. Non, je suis juste seule, seule face à moi-même, seule face à la sensation qu'il m'est enlevé, arraché, mais je ne peux pas lui dire, ce serait être faible et lui gâcher ses plaisirs. Et puis je craque, je m'effondre, obligée de lui demander de rentrer, de venir me rassurer. Et il le fait. Persuadé que ce n'est qu'une simple crise égoïste il vient tout de même. Il ne comprend jamais et moi j'ai mal.
Aujourd'hui je me suis rappelée d'un truc tout bête. J'étais loin de lui et après m'être fait piquer par un moustique j'ai instinctivement répété sa vieille technique de charlatan consistant à faire une croix dessus à l'aide de ses ongles.
Il s'insinue vraiment dans chacune de mes cellules. Mes réflexes deviennent les siens. Ça m'a frappé comme je l'aime
