A peine arrivée, la petite Cara me sauta dessus:
"Morri, Morri!"
Je lui souris chaleureusement, passant mon bras autours de son épaule. Elle était toute mignonne, les cheveux blonds comme les blés et les yeux bruns aux reflets ambrés. Elle me posa tout un tas de question sur les plantes médicinales, je me sentais comme ma grand-mère lorsqu'elle me donnait des leçons sur le même thème...
Ailinn nous rejoint, mais je me concentrai sur ce que je racontais à Cara pour ne pas assaillirai ma cousine de questions.
La journée passa à une vitesse fulgurante, il était déjà l'heure de souper. Ailinn était à ma droite, et Braden en face de moi. Tout en mangeant nous nous échangions des regards pour voir qui de nous deux parleraient en premier à Ailinn de tout ce qu'il s'était passé précédemment...
"Bon, OK, l'un des deux se décide à poser LA question, parce que votre échange mental commence à me taper sur la système!" grogna l'intéressée
Braden entreprit de lui répondre, alors que je lui fis les gros yeux - Mais tais-toi... -
"Que comptes-tu faire" lui demanda-t-il, en m'ignorant.
"J'ai fait un marché, je n'ai donc pas le choix, nous irons écouter ce que ce taré a à nous dire, et ensuite bye bye Messire Merlin!" décida-t-elle.
"Ta fierté te perdra un jour" commenta Braden.
"Ah parce que tu n'aurais pas agis pareil peut-être... C'est l'hôpital qui se fout de la charité!" m'offusquais-je.
"Quand?" continuais-je en fixant Ailinn
"Ce soir, comme il nous la demandé, quand il fera nuit... Je préfère attendre que tout le monde soit occupé, et évite de nous déranger!"
Ma cousine, c'était une dirigeante. Une chef de file. Je l'admirais lorsqu'elle prenait les choses en main, décidée à suivre son instinct. Dans ces cas-là, il ne valait mieux pas la contredire. C'était une chef dans l'âme.
"Tu aurais fait un fameux chef de clan!" ricana Braden comme s'il lisait dans mes pensées.
"Ce Myrddin ... Il est puissant, durant votre combat j'ai sentis son pouvoir m'effleurer la peau, c'était bizarre, comme une aura bienfaitrice, mais de laquelle il faut se méfier tout de même. Il m'a filé la chair de poule, j'avais l'impression déconcertante d'être en face..." déclarais-je en repensant au combat qui avait eu lieu un peu plus tôt dans la journée.
J'entendis la grosse voix de Braden commenter ce que je venais de dire, mais je ne l'écoutais pas, revoyant la scène défiler devant mes yeux. Mais ma cousine me sortit de ma torpeur:
"Tu ne vas quand même pas me dire que tu crois que ce gars, un peu dérangé soit dit en passant, soit Myrddin... Le vrai et unique Myrddin? Celui de la légende? Arthur et tout le tralala?"
Et pourquoi pas? Ça se pourrait tout à fait. Il était puissant, c'était un sorcier, je le sentais, je le savais... Ca paraissait fou comme idée, mais je commençais à m'en persuader. Non. C'était débile, je me sentais honteuse d'y avoir pensé, et fixait intensément mon assiette. Pour ne pas croiser le regard inquisiteur de ma cousine.
Le jour avait fait place à la nuit désormais, et j'essayais de m'occuper tant bien que mal en attendant l'heure de rejoindre Ailinn et Braden, et nous mettre en route afin de retrouver Myrddin.
Vingt-trois heures... C'était le moment. J'allais vite me changer, enfilant simplement un pantalon en dessous de ma robe, car le temps s'était rafraîchit, m'emmitouflant également dans ma longue cape.
"Très classe Ailinn" complimenta Braden à l'attention de la gothique celtique. Elle était habillée tout de noir, seules ses bottes ressortaient.
"Je te remercie... t'es pas mal non plus sapé comme un sombre vagabond" ricana-t-elle.
"Merci pour moi" commentais-je, puisqu'ils m'ignoraient.
"Vous êtres resplendissante Ô grande druidesse Morrigann" se rattrapa Braden, alors qu'Ailinn et moi éclations de rire.
"Bon et si nous allions rencontrer Merlin l'enchanteur?" dit ma cousine d'un ton amusé. Mais ça ne m'amusait pas, ça n'avait rien de drôle...
Nous pénétrâmes dans la taverne, et d'instinct mon regard se dirigea vers un homme encapuchonné, installé au fond, la pipe au bec. Myrddin. Alors que nous nous rapprochions, il montra son visage et nous sourit sincèrement tout en nous invitant à nous installer à ses côtés.
"Myrddin, si tel est bien votre nom, que nous voulez-vous?" attaqua Ailinn.
"Jeunes gens, ne vous hâtez point à connaître les raisons de cette entrevue, cela ne nous mènerait pas très loin" répondit-il.
"Bien, mais venez en aux faits, et rapidement, je ne suis pas quelqu'un de patient" répliqua Braden en mode "Ours", les bras croisés sur le torse.
Je fixais l'homme, tentant de forcer les portes de son esprit, de savoir ce à quoi il pensait, qui il était réellement... Mais son esprit était bien protégé de plusieurs barrières psychiques. Mes doutes s'envolèrent, cet homme était un sorcier ou un magicien très puissant. Bien plus que je ne le serai jamais.
"Bien! Mon nom est Myrddin, comme je vous l'ai dit, cher Ailinn, je vis depuis bien trop longtemps, dans l'attente de ce jour. Et permettez-moi, ma chère, de vous dire que ce soir, je ne regrette rien. Depuis maintenant 16 siècles, j'attends que la prophétie se réalise."
Hein? XVI siècles? Mais c'est du délire... Un homme vit à peine septante voir quatre-vingts ans. Qu'est-ce qu'il raconte...?
"Après la mort de tous les Chevaliers, et l'abandon de la Bretagne aux ennemis, une prophétie est arrivée tout droit des Thuatha Dé Danann, révélant qu'un jour lointain, une guerrière des temps nouveaux, Bretonne elle-même, reviendrait sur ses terres et changerait la face du monde" continua-t-il alors que je ne perdais pas un mot de ce qu'il racontait.
"Avec le temps, les anciennes traditions se sont perdues, les héros d'antan sont devenus des légendes, des mythes, des contes de fée qu'on raconte aux enfants pour qu'ils dorment sans cauchemar la nuit. Les prophéties elle-même se sont envolées, et bientôt tout cela ne fut plus rien d'autre que des racontars de vieux fous. J'ai donc décidé qu'il était de mon devoir de Druide, d'attendre cette jeune fille et de la guider vers son destin"
"Vous avez attendu 16 siècles?" ces paroles m'échappèrent malgré moi.
"Oui, jeune druidesse, j'ai attendu, jusqu'à, il y a de cela 24 années" et son regard se posa sur Ailinn, désormais âgée de 24ans.
"Qu'avons-nous avoir la dedans?" lui demanda-t-elle
"Mais enfin, Ailinn, ne comprend tu vraiment pas? C'est nous... Enfin c'est Toi!" lui fis-je remarquer, ailleurs.
"Dame Morrigann, il s'agit de vous aussi..." me reprit-il, me faisant sourire béatement.
J'avais donc un but dans ma vie, moi, qui durant mon adolescence avait longtemps ruminé l'idée que je n'aurais jamais du naître, que je n'avais rien à foutre sur Terre. Et ça a empiré à la mort de ma grand-mère, lorsque j'étais à peine âgée de 11ans et demi...
Il continua:
"La prophétie mentionne également, que cette princesse guerrière, née Bretonne, serait accompagnée de sa jeune sœur, prêtresse. Qu'à elles deux, elles réunifieraient les deux Bretagne, et ..."
"Et quoi?" le poussa Ailinn
"Et qu'elles donneraient naissance à la nouvelle lignée de guerriers celtes" finit-il, me faisant frissonner
"De la, la légende du retour du Roi..." dis-je malgré moi
"Non mais rendez-vous compte de ce que vous racontez, bon sang! Une prophétie qui prédirait que Moi et Ma cousine, qui en fait est une cousine très lointaine, serions des genres de guerrières millénaires aux pouvoirs dévastateurs, réincarnées, en attendant le jour de mes 24 ans, afin de retourner dans le passé, pour protéger des mecs, qui soit dit en passant n'ont peut-être jamais existé, et tout cela en se faisant engrosser et rentrer à la maison comme si de rien n'était, pour et je cite: Le grand retour du Roi et le sauvetage du monde? On n'est où là, dans le Seigneur des Anneaux? Légolas and co' vont se joindre à nous pour partir en quête d'un monde meilleur? " s'énerva Ailinn à voix basse.
Dans le fond, elle avait raison. C'était totalement fou! Nous, donner naissance à de futurs guerriers, ayant pour père des chevaliers légendaires... Que nous ne connaissions même pas! N'ayant aucune certitude de leur existence...
"Ailinn ... Tout ceci n'est pas un jeu, c'est la réalité. Tu es ce que j'attends depuis des siècles!" s'enquit l'homme.
"Je ne suis pas celle que vous croyez!" répliqua Ailinn
"Dans les rêves qui bercent tes nuits, ne vois-tu pas des scènes qui te paraissent plus que réelle? N'as-tu pas la sensation de ne pas appartenir à ce monde ? Ne ressens-tu pas cette nostalgie envahir ton être quand tu te réveilles le matin avec encore ces images en tête ? Et les visions, cher Ailinn, pense tu seulement qu'elles ne sont que le fruit de ton imagination?" déclara Myrddin, sévèrement.
"Comment savez-vous pour les rêves et les visions?" dit-elle, l'air de s'être prit une énorme claque.
Il en savait vraiment beaucoup ce vieux fou... Comment pouvait-il savoir ce qu'Ailinn vivait, et voyait lors de ses visions? Moi même je devais attendre qu'elle veuille m'en parler pour en prendre connaissance...
"Je te connais, Ailinn, je te connais mieux que tu ne te connais toi-même! Je conçois que pour l'instant tu te sentes perdue, Ailinn, je peux le lire dans ton regard mais... Crois-tu en la destinée?" conclut-il.
"Je ne sais plus en quoi je crois... je ne sais plus qui je suis, et je ne sais même pas pourquoi je suis là, à vous écouter déblatérer tout ça!"
"Je vais te dire pourquoi tu es là! Tu es là parce que tu as un pouvoir en toi, Ailinn. Un pouvoir que tu ne t'expliques pas, mais qui pourtant, est bien là, au fond de toi. Un pouvoir que tu as ressenti toute ta vie. Tu sais que tu n'as jamais été une jeune fille comme les autres, et ce sans comprendre le pourquoi du comment, mais tu le sais!" finit-il avant de fixer intensément ma cousine, au bord de la crise de nerfs.
Elle eut l'air absent durant un moment, je la scrutais à la recherche d'une quelconque réaction. J'aurais parié tout ce que je possédais qu'elle était en train d'avoir une vision... J'attendais que ça passe et qu'elle revienne parmi nous... Il ne fallait pas l'interrompre dans ces cas-là, tout comme on ne réveille jamais un somnambule. Lorsqu'elle revint enfin à la réalité, elle se leva:
"Bien, Messire Myrddin, que devons-nous faire?"
" Je suis heureux de constater que vous semblez vous rendre compte de la situation, Ailinn." il fit face à ma cousine, en se levant.
J'étais perdue, larguée. Et mon avis à moi, il ne compte pas? Je n'avais aucune envie de m'empêtrer dans une histoire aussi dingue... Je tenais bien trop à ma vie actuelle, aussi banale et routinière soit-elle!
"Ce soir la pleine lune sera à son apogée à exactement 1h46', je vous prierais de vous hâter à prendre ce dont vous aurez besoin une fois passé la porte temporelle. Nous nous retrouverons dans une heure à l'orée de la forêt, près du puits. Ne soyez pas en retard les enfants, c'est ce soir ou jamais!"
C'était pure folie... Il allait nous envoyer je ne sais où, comme par magie? Mais il était cinglé ce mec! Je ne savais plus quoi penser, je ne savais pas quoi dire...
oOoOo
