Chapitre 3 :
« J'ai une bonne nouvelle pour vous, les gars ! lança Temari de sa voix forte. C'est terminé. Le dernier carton a rejoint les autres. Vous pouvez à présent admirer mon nouveau chez moi. »
Lee, Naruto, Shikamaru et un garçon aux cheveux roux poussèrent en chœur un ouf ! de soulagement tandis que Hinata, qui était de la partie, semblait complètement perdue au milieu de toutes ces piles de cartons qui s'entassaient dans son salon si vide.
« C'est pas trop tôt ! Je n'en peux plus, geignit le rouquin. Cela dit, je dois admettre qu'on s'est améliorés dans notre performance de déménagement. Cinq heures pour ça, c'est un record.
- Je me suis débarrassée de pas mal de chose depuis mon dernier déménagement, expliqua la blonde.
- Ah bon ? A part Sasori, de quoi d'autre t'es tu débarrassé ? demanda le roux.
- Très drôle Gaara, tu essayes de recycler tes meilleures vannes ? »
Temari tira la langue au dénommé Gaara. Elle fit le tour de la pièce puis, comme si c'était la chose la plus importante à faire, se précipita sur un bouquet en plume de paon pour en faire un artifice de couleurs. Pour la blonde, l'aménagement de l'appartement de sa colocataire avait la même fadeur que celui d'un logement de fonction. La jeune femme allait installer un autre de ses bibelots favoris quand elle entendit un bruit derrière elle. C'était Naruto qui se manifestait, avec si peu discrétion qu'elle en frisait l'apoplexie.
« Pardon ? Tu as dit quelque chose ? demanda-t-elle en se retournant vers lui. »
Le blond la regarda avec un étrange sourire, et Hinata se demanda si le jeune homme avait déjà eu un sourire sincère de toute son existence. Pour un homme aussi mignon que ça, c'était un comble.
« Je disais qu'il n'y a rien de tel que d'être chez soi.
- Ah ! Un extrait du Magicien d'Oz, s'exclama Gaara. »
Temari n'en crut pas ses oreilles.
« Encore ce stupide jeu de citations ? Mais vous avez quel âge ? »
Naruto lui répondit en haussant les épaules et le rouquin se lança dans un bavardage que Temari n'eut aucune envie d'entendre. Elle s'empara de son dernier carton le plus précieux, celui où elle avait écrit : Affaires personnelles. Ne pas toucher en grosses lettres, et se sauva avec son trésor dans sa chambre.
Elle le posa sur son lit, l'ouvrit avec précaution et sortit un par un tous les objets, délicatement. Chacun de ses gestes obéissant à un rituel immuable qu'elle s'évertuait à améliorer à chaque déménagement. Elle fit deux tas sur son immense lit, le premier était destiné à la table de nuit de droite, et le second à celle de gauche. Ces deux meubles, le lit, et ces deux piles d'affaires, c'était toute se vie qui s'étalait devant elle.
Temari était aux anges.
Avant de commencer, elle eut une vague pensée pour le pauvre Sasori qui allait devoir se racheter un lit rapidement s'il ne voulait pas dormir par terre. Entuber les mecs c'était ce qu'elle aimait le plus. Elle sourit au souvenir de ce beau garçon qui s'était un peu trop entiché à son goût. Mais peut-être que si elle se sentait trop seule elle pourrait le rappeler ? Après tout, il était vraiment bien fait, avec ce qu'il faut, là où il faut. Elle se mordilla la lèvre et ferma les yeux en pensant encore à lui… Et puis… il était intelligent, il avait un bon métier, gagnait pas mal d'argent et il avait été une bête de sexe à ses débuts… Que demander de plus ? Elle secoua la tête et rouvrit les yeux avant de se mettre à fantasmer sur lui.
Elle venait de lui faire un sacré coup de truand, il ne souhaitait certainement plus entendre parler d'elle.
La blonde s'occupa d'abord de la table de nuit de droite, celle réservée aux invités, qu'elle espérait nombreux. Elle y déposa préservatifs, huiles et lubrifiants variés et divers, une paire de menotte et quelques accessoires qu'elle avait récupérés par-ci par-là.
Si Hinata avait eu une seule pette idée des penchants de sa nouvelle colocataire, la décision de la prendre dans cet appartement n'aurait certainement pas été la même.
Temari finit son office par sa propre table de nuit, réservée à son usage personnel. Elle y déposa son journal intime, griffé d'une kyrielle de poèmes d'une mièvrerie inégalée à ce jour, quelques barres de chocolat, une vieille cartouche de cigarettes barrée d'un S et un paquet de chewing-gums.
Satisfaite, elle se leva et contempla son œuvre avec fierté avant de sortir de la chambre. Les garçons étaient vautrés sur le canapé. Hinata leur servait de la limonade.
« Oh ! Quel charmant tableau ! Quelle image touchante. Mais dis-moi, Hinata, tu es une parfaite femme d'intérieur, s'exclama-t-elle, moqueuse. »
Une impression étrange la submergea à la vue de la brunette. Cela faisait un long moment qu'elle n'avait pas habité avec une fille. Et quelle fille ! Tout droit sorti de sa province ! Ca promettait.
« Ca y est, j'ai tout installé ! Un chef d'œuvre de bon goût. »
Hinata qui paraissait toujours être dans un état second, la regarda avec étonnement.
« J-je n'aurais jamais cru que tu aurais autant d'affaires. »
Temari sourit à la remarque de sa colocataire et se demanda comment l'interpréter. Regrettait-elle déjà sa décision ? Trop tard ! Elle était là, et elle comptait bien y rester autant que possible !
« C'est vrai que quand je m'installe j'ai tendance à…
- Envahir les lieux ? lança Gaara, qui se tut après une tape derrière la tête de la part de Lee. »
Elle lui répondit par une grimace, se contenant pour ne pas lui sauter au cou et l'étrangler, chose qu'elle rêvait de faire depuis que son meilleur ami sortait avec. D'accord, Gaara était son frère, mais sortir avec un meilleur ami… Ça ne se faisait pas, merde.
« En tout cas, c'est décoré avec goût, dit Hinata de sa petite voix douce.
- Merci. »
Le compliment de la Hyûga lui rendit sa bonne humeur. Temari avait été touchée par la timidité de sa nouvelle colocataire et se dit que, malgré son côté un peu godiche, elles pourraient sans doute être amies.
« Est-ce que je t'ai dit que j'étais décoratrice ?
- Non.
- Maintenant, tu sais pourquoi j'aime donner une touche artistique à mon intérieur, expliqua Temari en ajoutant que la plupart de ses dessins accrochés aux murs étaient de sa main. C'est une question d'atmosphère, de disposition des objets, de message. Tu vois ce que je veux dire ? »
Hinata hocha la tête, mais elle n'avait manifestement pas compris le moindre de ses propos. Son acquiescement était de pure forme.
« Par exemple, avant que je m'installe, quel était le message que tu voulais faire passer ? Qu'est-ce que tu voulais dire de toi ? »
Temari avait sciemment enfoncé le clou, juste pour voir comment la brune allait réagir.
« Eh bien… commença Hinata, clignant des yeux comme éblouie par les phares d'une voiture, chambre à louer ? »
La blonde éclata de rire et se dit qu'une demoiselle qui gardait le sens de l'humour ne pouvait pas être totalement coincée.
« Je meurs de faim, s'exclama-t-elle en se plantant devant les quatre garçons, comme pour leur signifier que cette phrase n'était pas une parole en l'air mais un ordre. »
Gaara semblait partant et encouragea Lee à en faire autant. Hinata remarqua le regard lubrique que lança Shikamaru à Temari avant de rire en acquiesçant. Quant à Naruto, il resta égal à lui-même, un sourire de façade planté sur le visage.
« Bon, déclara Lee en souriant, on va où ?
- Au Trader ? proposa le rouquin. »
La blonde lança un regard lourd de sens à son frère qui, gêné, haussa les épaules. Il était hors de question d'aller dans cet endroit, et Lee le savait très bien. Une petite de boutade temps en temps ne ferait de mal à personne.
« On reprend, déclara-t-elle, où est-ce qu'on va ?
- Quoi, ça ne vous plaît pas ?
- Trop vulgaire, Gaara, répondit son petit-ami.
- Si c'est pour dépenser son argent dans un endroit remplit de vieillards fatigués, autant aller à l'Arène.
- Et justement, pourquoi on n'irait pas à l'Arène? »
Naruto ajouta son grain de sel à la discussion tandis que Gaara, se sentant rabroué, avait décidé de bouder. Temari crut entendre sa colocataire pouffer mais quand elle se retourna vers elle, elle ne décela aucune expression sur son visage.
« Merci de votre aide, vraiment, merci les gars… »
Temari fit quelques pas dans son nouvel appartement et se tourna vers eux, les pointant du doigt : « J'ai trouvé ! Et si on allait au Shokuten ? En plus ils ont de superbes plats végétariens !
- Parce que cette semaine tu es végétarienne, ma puce ? demanda le blond, faussement innocent.
- Pourquoi est-ce que tu me cherches ? D'ailleurs, tu n'as pas le droit à la parole, rit Temari, tu travailles ce soir, mon chou.
- C'est vrai, grimaça l'Uzumaki, je travaille au café.
- Tu n'as pas envie de changer un peu ? demanda la blonde. Avec les capacités que tu as, tu pourrais faire quelque chose de tellement mieux.
- Et si j'aime ça, moi ? »
Temari sourit et lui ébouriffa les cheveux. Chose qui fit froncer les sourcils à Naruto qui se releva d'un coup, bien décidé à faire payer à Temari ses excès de coiffeuse. Hinata observa alors Nara Shikamaru qui, sans grand étonnement, serra les dents en voyant le blond attraper Temari pour la porter sur son épaule comme un sac à patate.
Si Temari ne sortait avec aucun des hommes présents, celui que ça devait déranger le plus devait bien être ce brun au regard las. Ce brun-là qui sentit le regard de Hinata le vrillant lourdement mais se concentra sur Naruto qui redéposait la nouvelle locataire.
« C'est surtout le fait de travailler un samedi soir qui me semble déprimant. Tu nous rejoindras plus tard, à l'Asylum ? demanda la blonde à bout de souffle d'avoir crié pour qu'on la relâche.
- Pourquoi pas… Mais je ne suis pas sûr, ces temps-ci, j'ai du mal à suivre le rythme… Travailler puis sortir… C'est plus de mon âge, ahah.
- Parfait, c'est décidé, on va au Shokuten, dit Temari en regardant Gaara avec insistance alors qu'il s'apprêtait à manifester son désaccord.
- En route alors, déclara rapidement Lee, tuant toute velléité de rébellion de la part de son petit ami. »
Ce dernier semblait au bord de l'apoplexie tant il était contrarié. Il avait beau être le petit frère de la blonde et le petit-ami de Lee, sa voix ne portait jamais assez dans une décision. Si Gaara le déplorait à juste titre, Hinata entrevoyait à peine le caractère de chacun des personnages présents.
« Laisse-moi juste le temps de faire un saut chez moi pour me changer… Je ne veux pas sortir avec des vêtements qui sentent la sueur. »
La coquetterie de Lee fit rire Temari et Hinata. La blonde se tourna vers sa colocataire, elle s'était faite oublier, silencieuse, adossée contre le mur, se demandant si elle aurait le courage de les accompagner.
« Et toi, quels sont tes projets ? Allez, je te donne trente minutes pour te préparer… À condition que tu me laisses la salle de bain, rit la sœur de Gaara en lui faisant un clin d'œil.
- Eh bien…, Hinata s'éclaircit la voix, c'est gentil de ma proposer de venir avec vous. J'aimerais bien, mais je ne peux pas.
- Tu plaisantes j'espère ! s'exclama Temari, une nouvelle fois touchée par Hinata, si polie, si bien élevée. Allez, viens avec nous. On va bien s'amuser. Vois cette soirée comme une espèce d'initiation à la vie nocturne à Suna.
- Un bizutage quoi, intervint Naruto.
- Tais-toi, tu vas lui faire peur, s'écria Temari en scrutant le visage de Hinata. Alors, tu viens ?
- Non, vraiment, je ne peux pas. Mon copain - ou plus exactement mon fiancé -va sûrement m'appeler ce soir et je ne veux pas manquer son coup de fil.
- Ton fiancé ? »
La blonde interrogea son ami Lee du regard, qui lui répondit par un froncement de sourcil accompagné d'un léger signe de main qui signifiait clairement qu'ils en parleraient plus tard.
« Comme tu veux. »
Temari ne voulut pas insister, ni en savoir plus. Elle savait que Lee lui dirait tout sur ce fiancé durant leur dîner. Elle était cependant déçue par le peu d'entrain de Hinata et en vint à la conclusion que la jeune Hyûga était bien ennuyeuse en fin de compte.
« Dans ce cas, je ne voudrais pas être un obstacle à l'amour… Bon, ma chérie, je vais avoir besoin de la salle de bain pendant un moment. Si tu as un besoin pressant, je te conseille de le satisfaire maintenant.
- Tema, je file, je viens te chercher dans une heure, dit Lee d'une voix grave, comme pour lui signifier qu'il ne fallait pas brusquer la jeune brune.
- Je suis prête à ton retour. »
Elle embrassa son frère sur la joue, serra la main de son petit ami, enlaça le blond et posa un baiser, qui en disait long sur ses envies, sur la joue de Shikamaru. Hinata fixa la blonde et le brun un moment avant de regarder Lee qui haussa les épaules en baissant les yeux.
C'était étrange. Temari et Shikamaru ? De toute façon, elle demanderait à Lee dès qu'elle pourrait. La blonde referma la porte après avoir éjecté les garçons et se tourna vers Hinata, visiblement contrariée.
« Tu es vraiment sûre que tu ne veux pas venir ?
- Je te remercie vraiment Temari. C'est très gentil, mais je t'assure que tout va bien. »
La blonde sourit de l'amabilité de sa colocataire et se dirigea vers la salle de bain. Alors qu'elle retirait son haut, quelqu'un sonna à la porte. Elle sourit en se disant que Hinata ouvrirait la porte et ferait office de petite ménagère parfaite. Alors elle fit descendre son pantalon pour emporter ses chaussettes avec. La voix de l'autre côté de la porte semblait masculine. C'était peut-être le fiancé de sa colocataire, après tout.
Très peu probable.
La blonde se déshabilla entièrement et se détacha les cheveux pour rentrer dans la cabine de douche. Elle alluma l'eau et passa la tête sous le jet d'eau qui se réchauffait. La porte de la salle d'eau grinça légèrement, mais elle ne s'en préoccupa pas, faisant le point sur la situation.
Voilà ! Elle se retrouvait avec une espèce de nonne sur les bras, qui servait les faveurs à un fiancé invisible. La cohabitation promettait d'être une véritable partie de plaisir ! Deux choix s'offraient à elle : remballer ses affaires et déguerpir - idée qui ne l'enchantait guère - ou bien dresser sa nouvelle colocataire. Elle mit son visage sous le jet d'eau avec un sourire conquérant. Elle avait opté pour la seconde proposition sans une once d'hésitation.
Elle sursauta en voyant la porte de la cabine de douche s'ouvrir sur un Shikamaru nu comme un ver.
« Nara ? Qu'est-ce que tu fous là ? demanda-t-elle, prise de court, hésitant à chuchoter.
- Eh bien… J'ai oublié quelque chose en partant. Alors Hinata m'a laissé entrer. Elle n'a pas posé de question quand j'ai dit que j'étais là pour prendre une douche. Elle est plutôt maline ta nouvelle coloc'. »
Shikamaru la poussa un peu et rentra dans la cabine en la mettant dos à lui.
Pourquoi fallait-il qu'il s'attache tant à elle ? Elle n'attendait pourtant rien de lui, prenant même la peine de le rejeter inlassablement en lui refusant le moindre sentiment. Et heureusement pour lui, même si c'était court et irrégulier, elle acceptait facilement de le laisser s'approcher suffisamment pour lui faire oublier ses préceptes de femme sans attaches.
Nara attrapa le gant de toilette à sa portée, le mouilla et le passa sur le ventre de la blonde qui frissonna et posa l'arrière de son crane contre le torse du jeune homme.
« Nara… Tu sais bien que je déteste le faire sous l'eau. »
Il baissa sa tête, embrassa légèrement le cou de la blonde et laissa le gant tomber pour remonter ses mains sur la poitrine qu'il massa doucement.
« Shh… Je croyais que tu t'en fichais de l'endroit.
- Mh-ouais, je peux bien faire une exception. »
La blonde se retourna vers lui et le colla au mur carrelé en fronçant les sourcils : « Ne joue pas à ça avec moi. »
Il haussa un sourcil pendant qu'elle remontait sa main le long du torse de Shikamaru. Ce dernier tenta de l'embrasser, mais elle le plaqua un peu plus contre le mur, lui intimant l'ordre de rester à sa place.
Shikamaru ne put définir ce qu'il ressentait à cet instant, un mélange d'excitation et d'amour profond. Mais qu'il pouvait être idiot ! Cette foutue blonde passait son temps à le chauffer en lui interdisant des initiatives. Merde quoi ! Il n'allait pas se laisser marcher sur les pieds indéfiniment.
« Temari.
- Oui ?
- Laisse-toi faire. »
Ne lui laissant pas le loisir de protester, Shikamaru se décolla du mur et attrapa la blonde par les hanches pour inverser leurs rôles, Temari se retrouvant plaquée à la cloison pendant que le brun descendait lentement au niveau du ventre de la blonde. Elle agrippa ce qu'elle pouvait - rien - et serra les doigts en posant sa tête contre le carrelage en geignant doucement alors qu'il embrassait son bas-ventre laissant ses doigts la parcourir plus en profondeur, juste pour instiguer en elle un changement de relation.
Mais à quoi jouait-il ? Il avait un problème ?
Cette fois, il dominerait, il n'était pas un jouet. Le Nara fit glisser ses doigts pour les remonter jusqu'aux seins de la blonde et se permit de sourire sans même la regarder.
Il profitait de la situation! Cet imbécile pensait simplement qu'il pourrait profiter d'elle comme-ci de rien n'était. Il se trompait… Cette fois, il en jouirait, mais il s'en mordrait les doigts par la suite.
Shikamaru colla son corps à celui de son amante en se relevant pour la profaner d'un coup de rein qui la raidit plus contre le corps du Nara.
O
Samedi soir. La nuit était déjà bien entamée. Vu l'heure on était même dimanche, se dit Hinata en regardant son réveil : trois heures du matin. Elle s'était réveillée sans raison apparente et se sentait un peu désemparée.
La soirée n'avait rien eu de bien mémorable. Elle l'avait d'abord passé à attendre l'appel de Shino… Puis, n'y tenant plus, elle l'avait appelé au boulot et à la maison pour tomber chaque fois sur le répondeur. Elle s'était ensuite préparé un chocolat chaud, agrémenté d'un nuage de crème au rhum, puis s'était mise au lit. Elle avait lut d'une traite Le Journal d'une Kunoichi Amoureuse et, vers onze heures, s'était endormie sur le premier tome de Chakra, réalité et fiction.
A trois heures du matin, qu'allait-elle pouvoir faire ?
« Oh oui… oui… encore comme ça, vas-y, encore… ! »
Hinata se crispa. Temari ! Temari en train de crier de plaisir. Et de plus en plus fort. Avec le même timbre légèrement grave et suave que sous la douche.
Tiens… Ca l'avait à peine étonnée de voir Shikamaru, habillé d'une serviette de bain, assis sur une chaise de la cuisine, en train de boire un jus de fruit, face à une Temari, vêtue de la même façon.
D'une certaine façon, Hinata était jalouse de la relation qu'entretenaient ces deux-là. Ils n'avaient pas à se contraindre pour savoir comment faire quand ils en avaient assez l'un de l'autre. La blonde avait vaguement expliqué à la brunette que leur relation n'était pas le moins du monde sérieuse et qu'ils n'attendaient rien de l'autre.
Il n'y avait pas à dire, Lee avait des amis sacrément compliqué.
Temari, colocataire capable de payer son loyer, certes, mais qui, une fois la nuit tombée devenait la plus furieuse des libidineuse de Suna. Ça avait de quoi laisser pantoise cette Hinata qui, à Konoha, n'avait jamais eu plus que des rapports amoureux avec son fiancé. Les choses n'entretenaient pas les mêmes rapports une fois son village quitté, visiblement.
Mais s'il n'y avait qu'elle…
Quelque chose la traversait au plus profond de son âme. Quelqu'un plus que quelque chose, d'ailleurs. Naruto Uzumaki. Il ne parlait que pour dire des choses sans profondeurs ou pour sortir des répliques de film, souriait sans arrêt même quand il n'y avait pas de quoi, passait son temps à la regarder en coin quand elle tachait d'ignorer son existence.
Gros malaise.
D'accord, il était très mignon, indépendant, capable d'être aimable… Avec des larges épaules et des yeux perçants…
Nom de non, elle pensait réellement à Naruto Uzumaki, habitant de Suna à trois heures du mat' ? Quelque chose clochait profondément et ça mettait bien à mal la capacité de Hinata à trouver le sommeil.
Ça et Temari qui criait à tout va qu'elle prenait un pied d'enfer avec un homme qui n'était pas Shikamaru.
De longues heures plus tard, dans les premières lueurs de l'aube, les bruits infâmes en provenance de la chambre de sa colocataire n'avaient toujours pas cessés ; bien au contraire, ils gagnaient en intensité.
Par pitié, faites que cela cesse ! priait ardemment Hinata. Apercevant la robe de chambre accrochée à la porte de l'armoire, Hinata s'en saisit brusquement et la jeta devant la porte, espérant ainsi étouffer les couinements infernaux qui se faufilaient sous sa porte. Mais l'efficacité de la manœuvre étant à peu près nulle, elle retourna dans son lit et, en désespoir de cause, se couvrit la tête et les oreilles d'un coussin et de la couverture en flanelle que sa mère lui avait offerte pour Noël - pour les jours de grand froid.
Hinata parvint finalement à s'assoupir en priant pour que la vie commune avec Temari ne devienne pas un cauchemar tantrique et en se maudissant d'avoir suivi les conseils de Lee.
O
Le jeudi suivant, le désespoir de la Hyûga n'était plus qu'un lointain souvenir. Elle était sur le point de terminer sa première semaine de travail ; le loyer était payé. Elle se sentait d'humeur joyeuse. Elle composa donc le numéro de Shino, ravie de pouvoir lui raconter les détails de son installation.
« Shino Aburame ?
- Shino ? C'est moi, Hinata.
- Hinata ! Comment vas-tu ? »
Sa voix était presque enthousiaste.
« Comment ça se passe dans la grande ville ? Je n'ai pas eu le temps de t'appeler plus tôt, mais je comptais le faire samedi.
- J'ai voulu devancer ton appel parce que j'ai une grande nouvelle à t'annoncer : j'ai trouvé un boulot !
- Bravo ! Je savais que tu en étais capable. Qu'est-ce que tu as trouvé ?
- Tiens-toi bien, je suis assistante comptable chez Kokoku Dairiten, l'agence de publicité où travaille Sakura. Enfin, on ne bosse pas ensemble puisqu'elle s'occupe de la conception et moi de la comptabilité.
- C'est fantastique ma chérie !
- J'ai commencé il y a quelques jours et je n'ai pas eu le temps de te dire que-
- Moi aussi j'ai été débordé de travail toute la semaine, l'interrompit Shino en poussant un gros soupir.
- Sinon, tu en es où de tes négociations avec Sarutobi ?
- Nulle part. Je n'ai plus qu'à espérer que Dosu - tu sais, celui qui m'a fait miroité le poste à Suna - va tenir sa promesse. Il m'a assuré qu'ils avaient besoin de vendeurs comme moi là-bas.
- Bien, bien, c'est un premier pas dans la bonne direction. »
Surtout, ne pas le brusquer.
« Dans quelques mois, je pourrais te rejoindre. En attendant, je n'ai plus qu'à prendre mon mal en patience, poursuivit le brun.
- Je ne m'en fais pas trop, dit Hinata d'une voix douce et chaleureuse.
- Ma chérie, je suis navré, mais je vais devoir y aller. J'ai promis d'aller prendre un verre avec Nato, tu sais, un de mes collègue qui est là avec d'autres personnes du bureau de Suna. J'en ai d'ailleurs bien besoin, histoire de souffler un peu. »
La brune se mordit la lèvre inférieure. Elle avait mille choses à lui raconter et lui avait une envie pressante de prendre une bière avec ses collègues !
« Dans ce cas…
- Ne fais pas la tête, Hinata, c'est juste quelques bières, soupira Shino, en poussant un soupir agacé. On va dans un café. Et si je vais en boîte pour me mettre en quête d'une fringante jeune étudiante, tu seras la première avertie, je te le promets.
- Je sais, je sais. Ce n'est pas ça le problème. »
Hinata se doutait bien que pendant son absence, Shino ne restait pas tous les soirs bien sagement chez lui. Ce n'était pas de la jalousie, mais plutôt de l'envie. Un peu de désir, d'empressement à vouloir l'écouter, lui parler ? Oh ! et puis, à quoi bon lui dire, il ne comprendrait pas…
« Hinata, Hinataaaaa, où es-tu ? »
C'était la voix de Temari. Hinata la vit apparaître sur le pas de sa porte.
« Ah ! Tu es là. Tu veux sortir avec nous ce soir ? On va boire un pot. »
Subitement mal à l'aise, Hinata fit frénétiquement non de la tête, tout en tentant d'éloigner Temari par des gestes exagérés de la main. Celle-ci prit la mouche et retourna dans la salle de séjour, laissant la brune dans sa chambre.
« Excuse-moi, murmura Hinata.
- C'était qui ? Je croyais que tu étais seule à la maison.
- Justement, je voulais également te parler d'un autre changement. J'ai désormais une colocataire. Elle m'aide à payer le loyer, trop élevé pour mes revenus. Même avec mon nouveau boulot. »
Silence. Shino était manifestement sous le choc.
« Écoute, il fallait bien que je me débrouille. Et puis Temari est parfaitement au courant de la situation. Elle sait qu'elle devra partir dans quelques mois.
- Temari ? C'est une femme ?
- Ou-oui.
- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Ne t'ai-je pas dis que je te rejoindrais à Suna dès que Sarutobi me laissera partir ? Alors pourquoi as-tu pris une colocataire ? »
Hinata n'en crut pas ses oreilles. Comment osait-il lui faire des reproches ? Il la laissait tomber comme une vieille chaussette, lui disait de se débrouiller, et maintenant il critiquait ses choix. C'était un comble !
« Ne réécris pas l'histoire, Shino. Tu m'as surtout dit que, contrairement à ce qui était prévu, je devais payer seule ce loyer trop cher pour moi. Alors franchement, qu'est-ce que tu voulais que je fasse ? Tu pourrais au moins reconnaître que je n'avais pas le choix.
- Je ne sais pas ce que tu aurais dû faire, mais ce n'est pas la peine de monter sur tes grands chevaux. C'est vraiment la dernière chose dont j'ai besoin. »
Mais que croyait-il, au juste ? Qu'elle était ravie de se disputer avec lui au téléphone ?
« Je ne vois pas où est le problème. Tu devrais, au contraire, être content que j'aie trouvé une solution pour payer le loyer.
- Bon, bon…, il sembla grommeler un instant. C'est vrai. Tu as raison, prendre une colocataire était sûrement la meilleure chose à faire. J'espère seulement que tu n'as pas pris n'importe qui, que tu t'es renseignée sur elle avant de lui donner les clefs.
- Mais bien sûr, mon chéri, dit la brune, tout en croisant les doigts comme une petite fille qui sait pertinemment bien qu'elle est en train de mentir. C'est l'amie d'un ami. Tu penses bien que je n'aurais pas pris une inconnue.
- Et elle est comment ? »
Le souvenir des ébats sexuels de Temari revint soudain à l'esprit de Hinata.
« Disons qu'elle est assez… mondaine.
- Mondaine !
- Oui, mais une mondaine qui a le sens des responsabilités, s'exclama vivement la Hyûga. Et elle a payé à temps sa part des factures. Ah oui, elle est décoratrice.
- Je vois, je vois. »
Mais il ne voyait rien du tout et elle sentit bien que son fiancé n'était toujours pas convaincu.
« Et elle t'a proposé d'aller boire un verre ce soir, c'est ça ?
- Elle m'a juste proposée de la rejoindre dans un café, où elle sera avec… Des amis. »
Hinata faillit mentionner le nom de Lee, mais elle n'avait aucune envie de lui expliquer qui il était. Ce n'était pas la peine de l'énerver encore plus.
« Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de sortir, dit Shino.
- Comment ça ? Tu vas bien boire des bières avec des collègues, toi. Alors je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas aller prendre quelques verres avec Temari. »
Dire qu'elle ne voulait pas l'énerver. Mais c'était lui qui lui tapait sur les nerfs ! De quel droit lui interdisait-il de sortir ?
« Je veux simplement dire que Suna n'est pas Konoha. C'est une ville dangereuse. »
Hinata songea en souriant à Temari et Lee. Avec eux elle n'avait rien à craindre.
« Je crois que ça ira.
- Tu es vraiment naïve, parfois, tu ne connais rien à rien. Enfin, fais comme tu veux, moi je dois y aller.
- En tout cas, je n'irais pas non plus à la pêche aux étudiants, répliqua Hinata, espérant que cette boutade lui rendrait un peu sa bonne humeur. »
Il éclata de rire. Ouf ! Il était encore capable de comprendre une plaisanterie.
« Je te rappelle la semaine prochaine.
- Je t'aime, glissa-t-elle rapidement.
- Moi aussi. »
Il raccrocha.
Pourquoi lui avait-il piqué une telle colère quand elle lui avait dit qu'elle sortait ? Hinata repensa à la conversation téléphonique qui venait de se terminer et se dit d'abord que c'était un instinct paternel, protecteur, qui avait provoqué chez Shino une réaction si violente.
Mais à bien y réfléchir, il y avait deux poids, deux mesures. Monsieur avait le droit de sortir avec des amis, mais il exigeait que bobonne reste à la maison. Quel macho ! Ne lui avait-il pas dit une semaine auparavant qu'il trouvait qu'elle dépendait trop de lui ? Sortir avec des amis, sans lui, n'était-ce pas le premier pas vers la conquête de l'autonomie ? Il n'en fallut pas plus pour décider Hinata. Elle allait prendre des mesures de ressortions. Et ce dès ce soir !
Elle se leva d'un bond et entra en trombe dans le salon. Sa colocataire était assise sur le canapé, pliée en deux pour lacer ses nouvelles chaussures en cuir.
« Temari ?
- Mh ?
- Ton invitation tient toujours ?
- Pourquoi ? demanda Temari en relevant la tête, étonnée. Tu veux venir ? Tu es sûre ?
- Juste pour une heure une deux. J'ai une longue journée qui m'attend demain.
- Pourtant, demain on est vendredi. Je pensais que tout le monde se la coulait douce le vendredi. »
Hinata commençait déjà à regretter sa décision. Pourquoi Temari faisait tout pour la mettre mal à l'aise ?
« Et puis c'est ta première semaine de boulot et, en général, la première semaine, on apprend, on observe mais on ne fait pas grand chose, poursuivit la blonde, apparemment déterminée à vaincre toute résistance de sa colocataire. »
Puis elle lui décocha un sourire narquois avant d'ajouter : « De toute façon, j'ai déjà dit à Lee que tu ne viendrais pas, que tu allais sûrement dormir sur les coups de dix heures après avoir lu un livre. »
Temari la traitait vraiment comme une petite fille qui a peur de sortir de son cocon. C'en était trop !
« Écoutes, tu commences à m'agacer. Est-ce qu'il y a marqué Shirley Temple sur mon front, pour que tu m'agresses aussi souvent ?
- Non, mais c'est l'image que tu donnes de toi, je n'y peux rien, se moqua la blonde avec un clin d'œil. Bon, j'arrête de te taquiner. Je suis ravie que tu nous accompagnes. On va juste prendre quelques verres et je te promets qu'on te raccompagnera, parce que demain il y a école.
- D'accord, dit la brunette, ignorant la dernière pique de Temari. Je vais chercher mon manteau et on y va ?
- Ce jour est à marquer d'une pierre blanche, clama Temari, l'air solennel. Et qui sait, je parie mes bottes que dans trois semaines, j'aurais réussi à te convaincre de danser avec des strip-teaseurs toute la nuit !
- On est bien d'accord, demanda Hinata en attrapant son manteau, juste quelques verres, rien d'autre, pas de virée en boîte ni de strip-teaseurs ? continua-t-elle d'une petite voix, un peu effrayée par l'enthousiasme de Temari.
- Attention Shirley, si tu ne montres pas un peu plus d'enthousiasme, je te laisse avec tes poupées ! rétorqua Temari avec un rire sardonique. »
O
« Le 5140 n'était peut-être pas le meilleur endroit où l'emmener pour son baptême du feu, nota Lee, un peu inquiet de voir Hinata si mal à l'aise. »
Temari s'adossa à la banquette rembourrée de coussins en vinyle rouge vif et balaya le bar d'un coup d'œil circulaire. Il fallait ouvrir grand les yeux pour y voir quelque chose. Mais c'était justement la lumière tamisée et les coussins kitsch qui lui plaisaient tant. Elle observa Hinata, blottie dans un coin, qui essayait de prendre une pause décontractée.
La blonde soupira… Elle voulait bien admettre que le 5140 était un peu hors normes, et sûrement pas de tout repos. Mais il avait en même temps un côté authentique, qui le préservait des hordes de noceurs de Kumo et des étudiants boutonneux de Suna ou de Kiri. Bref, à ses yeux, c'était au contraire l'endroit idéal pour une première sortie.
« Tu veux un autre verre ?! hurla Temari en direction de Hinata. »
Il fallait couvrir le volume sonore de la musique pour se faire entendre. Hinata fit non de la tête et se saisit brusquement de son verre de piña colada comme pour bien montrer qu'elle avait encore à boire.
« Mon verre est encore plein. Mais merci quand même ! répondit-elle, toujours aussi candide, toujours aussi bien élevée. »
Tout en adressant des sourires visiblement forcés, Hinata regardait sans cesse autour d'elle, un peu comme si elle craignait de voir le grand méchant loup. Lee remarqua son trouble, car il se rapprocha d'elle et passa un bras autour de ses épaules : « Ne t'en fait pas ma petite, Temari aime bien les bouges comme celui-ci, mais tu es entre de bonnes mains, n'est-ce pas, Tema ? demanda-t-il d'une voix douce.
- Evidement, on n'est pas dans un salon de thé. Mais Lee, qui me connaît comme s'il m'avait faite, a raison : j'aime ces endroits un peu déglingués. Ils ont une atmosphère bien à eux et ne prétendent à rien d'autre, répondit-elle en lançant un regard complice à son ami.
- Que penses-tu de cet endroit ? »
La brunette resta un instant sans voix, regardant de nouveau autour d'elle.
« Je trouve que ce bar est étonnement spacieux, il paraît beaucoup plus grand qu'il n'en a l'air, dit-elle en espérant sans doute satisfaire la curiosité de la blonde.
- Spacieux dis-tu, reprit Temari, interloquée, alors que Lee riait aux éclats. C'est une description plutôt… Synthétique. Bien, je vous laisse un moment en tête-à-tête, je vais traverser le Vaste territoire qui me sépare du bar pour aller me chercher un autre verre. Tu veux quelque chose, Lee ?
- Un autre Martini, s'il te plait. »
Elle sourit, se leva et marcha vers le bar, attirant tous les regards sur son passage. Elle était depuis bien longtemps habituée à être le centre d'intérêt des hommes et elle adorait ça. Elle avait d'ailleurs mis au point un petit jeu cruel avec ses admirateurs d'un soir : à leurs regards lubriques, elle répondait d'abord par un regard langoureux, remplit de promesse. Mais dès que le regard des hommes devenait trop insistant, elle détournait la tête avec une expression outrée puis observait une hautaine indifférence pendant tout le reste de la soirée.
Sur le chemin du bar, elle pensa à Hinata et au conseil de Lee : choisir un colocataire avec qui il était exclu de coucher. Sur ce point là, on pouvait dire qu'elle n'aurait pas pu mieux tomber. Quel contraste entre elle, reine de la nuit, et Hinata, timide écolière mal dégrossie. Temari trouvait la situation délicieusement piquante.
Elle continuait toutefois à penser qu'il ne fallait pas condamner sa colocataire trop vite. Son coup de fil avec son petit ami l'avait visiblement chamboulée et cela expliquait son envie subite de sortir. Et une fille capable de se venger d'un fiancé déplaisant avait forcément du caractère, conclut-elle.
« Une vodka et un Martini, demanda-t-elle au barman, qui la regarda longuement dans les yeux, visiblement contrarié. »
Il acquiesça et s'exécuta.
« Attends, mets-moi une piña colada bien tassée.
- Dis-moi, ma grande, quand est-ce que Shikamaru va revenir ici, il a une ardoise à me payer depuis près de trois mois, déclara l'homme tout en préparant les cocktails.
- Je pense qu'il l'a encore mauvaise, surtout.
- Le chieur. Pas ma faute à moi, s'il est mauvais joueur.
- Oh allez, décontracte-toi, Kiba. Tu es bien beau quant tu es nu, rit la blonde en le détaillant du regard, pas la peine d'en faire un plat.
- La ferme Tema. C'est la dernière fois que je joue au strip-poker avec vous et Tenten.
- Mmm… Moi, j'aime bien jouer avec toi, répondit-elle en lui faisant un clin d'œil. »
Temari s'empara des boissons et prit le chemin du retour, sans toutefois oublier de rouler des hanches. Elle déposa lourdement les verres sur la petite table par-dessus laquelle Hinata et Lee étaient en pleine conversation.
« Mes amis, à vos gosiers.
- Mais je n'ai pas encore finis mon verre, protesta la brunette.
- Dépêche-toi de finir alors. »
Hinata la regarda avec des yeux incrédules.
« Lee, tu veux bien lui montrer la marche à suivre ? »
Le brun sourit de toutes ses dents.
« Désolé Tema, ce serait avec plaisir, mais je ne peux pas puisque c'est moi qui vous raccompagner ce soir, mesdames. En plus, j'ai rendez-vous avec Gaara plus-tard dans la soirée et il n'aimerait pas que je revienne complètement ivre. »
Joignant le geste à la parole, il se contenta de siroter son Martini à petites gorgées puis, en lui mettant le verre sous le nez, lui lança : « Montre-lui ; après tout, c'est toi l'experte.
- Si j'ai bien compris, vous voulez que je boive mon verre cul-sec, c'est ça ? intervint Hinata.
- Cul-sec, tu connais cette expression ? dit Temari moqueuse.
- Qu'est-ce que tu crois ? Il y avait la télé dans mon bled ! Mais je vous préviens, je ne suis pas forte à ce genre de jeu.
- Peu importe, montre-nous ce que tu as dans le ventre. »
Hinata inspira un bon coup, puis elle prit le verre de piña colada à moitié entamé et le vida en huit franches gorgées. Temari assista à la scène avec une délectation non dissimulée à ce spectacle, gratifiant Lee d'un sourire de connivence. Hinata posa le verre sur la table, complètement hors d'haleine. Ses joues habituellement si pâles avaient pris une teinte rose vif, mais Temari n'aurait pu dire si c'était l'effet de l'alcool ou la conséquence d'un manque d'oxygène.
« Et voilà, dit fièrement Hyûga.
- Bravo ! s'exclama Lee, saluant sa performance d'un applaudissement distingué.
- Le deuxième maintenant, enchaîna Temari. Mais plus vite cette fois !
- Mais… Je travaille demain.
- Deux piña colada n'ont jamais tuées personne, rétorqua la blonde, agacée. En plus, la soirée ne fait que commencer. Après on va en boite ! Alors tu as intérêt à te mettre dans l'ambiance. »
Lee tenta de calmer ses ardeurs en lui disant qu'il avait promis à Gaara de rentrer tôt. Pendant qu'il lui parlait, Temari se rendit compte que le visage de sa colocataire commençait à se décomposer.
« Ca suffit, laisse-moi tranquillement boire mon deuxième verre, déclara a petite brune d'une voix cassée.
- Fais comme tu veux, répondit Temari, affectant un air indifférent. »
Se disant, elle s'empara de son verre de vodka et l'avala d'une traite. L'alcool enflamma délicieusement le gosier de la blonde. Elle posa son verre et sourit à Hinata avec défiance.
« Un seul petit verre et tu es déjà à ramasser à la petite cuillère ! C'est du jamais vu.
- Je n'ai jamais dis que je ne me sentais pas bien, je vous ai juste fait remarquer que je devais aller travailler demain, rétorqua Hinata.
- C'est quoi ton boulot déjà ?
- Je suis assistante comptable. Je travaille avec Sakura… vous savez, mon amie, je vous en ai déjà parlé. »
A mesure que Hinata déroulait sa réponse, son regard fuyait et se tête commençait à doucement dodeliner. Puis elle prit une bonne gorgée d'alcool de son deuxième verre, avant de continuer : « Mais si mon amie Sakura ! C'est vrai que toi, Temari, tu ne l'as jamais vue.
- Moi, en revanche, j'ai eu ce privilège, intervint Lee qui, à son grand étonnement, voyait Hinata finir doucement mais sûrement son verre. A côté de Sakura, Hinata passe pour une débauchée.
- Non ? Pas possible ? Il vaudrait peut-être mieux que je l'évite alors ! s'exclama-t-elle. »
Lee pouffa. Hinata buvait toujours.
Une heure plus tard, elle était venue à bout d'un troisième verre de piña colada et s'était transformée en véritable moulin à paroles. Mais elle était dans un tel état que Temari et son ami avaient définitivement exclut l'idée d'aller en boite. Ils durent même la soutenir pour marcher jusqu'à la voiture. Puis ils échangèrent leurs impressions sur le chemin du retour, pendant que Hinata gisait sur la banquette arrière. Temari s'amusait follement de voir sa colocataire avoir si peu de résistance face à l'alcool, tandis que Lee semblait encore d'avantage sous le charme de sa petite protégée.
« Ça change de voir une fille qui ne supporte pas l'alcool, qui est fragile. Ce n'est pas comme toi qui peux boire la nuit entière sans vaciller, déclara le brun.
- Est-ce que tu sous-entends par là que je ne suis pas féminine ? rétorqua Temari, légèrement vexée.
- Mais si, tu es la féminité même, aussi vrai que je suis la virilité faite homme ! répondit Lee d'un ton moqueur.
- Qui est la virilité faite homme ?! cria Hinata depuis la banquette arrière avant d'être saisie d'un violent hoquet.
- Holà ! J'espère qu'elle ne va pas être malade, s'écria Lee alors qu'il garait la voiture. »
Mais il fallut encore porter Hinata jusqu'à la cage d'escalier. Temari n'en revenait pas.
« Tu es vraiment impayable. Deux verres et tu es dans un état indescriptible. Allez viens, encore un dernier effort, lui dit-t-elle en la poussant dans l'ascenseur. »
Temari dut soutenir sa colocataire jusqu'à l'appartement De son côté, Hinata continuait à babiller de sa voix de petite fille : « Tu comprends, j'attends que Shino revienne ici, à Suna… Ou plus précisément qu'il vienne à Suna tout court, puisqu'il n'y a encore jamais mis les pieds. Enfin, tu comprends ce que je veux dire ?
- C'est clair comme de l'eau de roche, répondit Temari affairée à défaire les verrous et à tenter d'ouvrir la porte sans lâcher Hinata. Je dois t'avouer qu'avant de me renseigner auprès de Lee, je pensais sérieusement que Shino était juste ton copain invisible. Jamais je n'aurais crut qu'il était ton fiancé.
- Disons qu'il est mon fiancé invisible, souffla Hinata avec un rire d'ivrogne.
- C'est un peu triste ce que tu dis là, remarqua Temari en fermant la porte derrière elles.
- Oui, je sais, ça peut paraître triste. Mais en même temps, je ne veux pas me plaindre. Tout ce que je veux dire par là, c'est qu'il me manque. Et j'ai parfois l'impression qu'il se fiche que je sois là où pas. »
Hinata avait dit cela d'un ton tellement résigné que Temari sentit son cœur se resserrer. Elle se demanda si Hinata, dans son état d'ébriété avancé, ressentait la douleur sourde qui transpirait dans ses propos. Et puis, elle se rendit compte que si elle avait été sobre, elle ne se serait jamais confiée.
« Pourquoi restes-tu avec ce type alors ? »
Elle n'était sûrement pas la personne la plus indiquée pour être le conseiller ès relations amoureuses de sa colocataire, mais en même temps, elle ne pouvait s'en empêcher, tant elle avait l'habitude de conseiller ses amis en la matière. Et puis s'il y avait une personne qui avait besoin d'un peu d'aide, c'était bien cette petite fille ivre aux long cheveux de jais, perdue dans Suna.
Hinata s'appuya sur le dossier du canapé et essaya d'enlever maladroitement sa chaussure gauche en lui donnant des coups de talons avec sa chaussure droite.
« Pourquoi quoi ? Qu'est-ce que tu as dit ?
- S'il est invisible et absent, s'il te manque, pourquoi restes-tu avec lui ?
- Parce que je suis incapable de le quitter, murmura Hinata qui avait finalement réussi à enlever sa chaussure. C'est à dire que c'est assez difficile de quitter quelqu'un avec qui on est depuis quatre ans. Et puis je l'aime. Comment quitter une personne qu'on aime ?
- Je ne peux pas te donner tort, soupira Temari. »
Elle ne croyait guère aux relations amoureuses durables, mais elle comprenait qu'on ne puisse pas abandonner quelqu'un qu'on aime. La preuve en était que même si elle s'auto-persuadait que Shikamaru n'était rien pour elle, elle savait que si le choix était à faire elle ferait sa vie avec lui. Peut-être juste que c'était trop douloureux pour elle d'y penser.
« Mais lui, est-ce qu'il t'aime ? Il me semble qu'il te fait surtout beaucoup souffrir. »
Hinata parut tout à coup retrouver ses esprits comme frappée par l'appréciation que portait Temari sur sa relation.
« Non, non, il ne me fait pas souffrir, assura la brunette en essayant de se débarrasser de son autre chaussure. C'est juste qu'il est très… occupé. Il a besoin de quelqu'un qui le comprenne. Et c'est ce que j'essaye de faire : de le comprendre, d'être patiente. »
Temari analysa la situation à partir de sa propre grille de lecture et en vint rapidement à la conclusion que ce type était un franc salaud et que Hinata devait, sans plus tarder, rompre. Elle qui s'était déjà donner pour mission de dresser Hinata, était prête à s'en donner une seconde, qui aurait pour objectif de la libérer de l'emprise de son copain.
« En tout cas, puisqu'il n'est pas là, tu as bien le droit de t'accorder toutes les sorties que tu veux. Les absents sont les seuls fautifs, pas vrai ?
- Tu as raison, je suis libre comme l'air. Il n'a pas le droit à la parole. Cela dit, je comprendrais qu'il se mette en colère si je sortais tous les soirs ou si ma vie nocturne était incompatible avec mon travail.
- Ne t'en fais pas, ça ne risque rien.
- Je dis juste ça au cas où, ajouta Hinata avant de s'affaler sur le canapé. Je crois que je vais dormir ici.
- Ah non ! C'est hors de question ! répliqua vivement la blonde. Allez ma belle, ne te laisse pas aller et écoute-moi. Avant de te coucher, prends deux cachets d'aspirine vitaminés, bois un grand verre d'eau et lave-toi les dents. Avec ce traitement, crois-moi, demain tu seras fraîche comme une rose.
- On est quel jour aujourd'hui ?
- On est jeudi, ma chérie, jeudi.
- Je crois que j'ai un rendez-vous important demain mais je n'arrive pas à m'en souvenir.
- Ca te reviendra à l'esprit demain, assura Temari. »
La blonde soupira, envoya la brune dans la salle d'eau, et entra dans sa chambre pour s'asseoir sur le lit. Elle enleva rapidement ses chaussures et se déshabilla complètement pour s'endormir rapidement sous sa couette.
« Temari ressemble à une sacrée pétasse, après quelques chapitres, il faudra que j'y remédie… Et que je réussisse à raffermir ma prise sur la pauvre Hinata… »
Sandou-Soudy
