CHAPITRE III : Esprit frappeur cherche camarade de jeu
Lorsque je me réveille, un grand soleil filtre à travers les rideaux. Le dortoir est vide de bruit, comme si j'étais seule. Je me tourne d'un coté puis de l'autre et je ne vois que des lits inoccupés. Je suis bien le seul être vivant dans ce dortoir. Tant mieux, je vais pouvoir continuer à dormir tranquillement, je pense en me renfonçant dans mes oreillers. C'est alors que l'incongruité de la situation percute mes petites cellules grises ensommeillées : le seul être vivant ? Où sont les autres filles du dortoir ? Je me relève brutalement et fouille de nouveau les lits du regard, mais ils sont toujours aussi vides. Deux solutions s'ébauchent dans mon esprit : soit des elfes de maisons kamikazes ont effectué un raid terroriste dans le dortoir et, par un heureux hasard, je suis la seule survivante, soit je ne me suis pas réveillée a l'heure. Entre nous, j'espère que c'est la première solution : les filles de mon dortoir sont des vraies pestes, des pimbêches qui passent leur temps a élaborer des plans stupides pour séduire des garçons qui ne voudraient pas d'elles même si ont leur donner un gros sac de gallions en échange. Eleanor a bien de la chance d'être dans un autre dortoir Je ne sais pas ce que j'ai fait pour me retrouver avec elles, mais ça devait être sacrément mal…
Malheureusement, un coup d'œil à ma montre me confirme la seconde hypothèse : huit heures pile. Je m'arrache de mon lit à toute vitesse et m'habille avec ce qui me tombe sous la main. Oh, Merlin… Je ne vais quand même pas être en retard à mon premier cours de Défenses Contre les Forces du Mal… J'attrape mes affaires avant de me précipiter dans les escaliers. Je traverse tout le château en courant et ne ralentis qu'à l'approche de la Grande Salle ; la dernière fois que j'y suis entrée en courant, le première année qui se trouvait derrière les portes a passé deux jours à l'infirmerie. Je m'assois à la table des Poufsouffles ou, là encore, il n'y a presque personne. Non loin de moi, des élèves quittent la table en discutant avec animation d'une attaque de mangemorts qui a eu lieu pendant la nuit. Je prends trois muffins et je repars d'un pas plus calme tout en les mangeant. Je franchis la porte de la salle de Défenses Contre les Forces du Mal au moment où le prof allait la fermer. Avec un sourire embarrassé, je me glisse devant lui et me faufile entre les tables jusqu'à la place qui m'attend à coté d'Eleanor.
- Bravo, me murmure-t-elle en guise de bonjour. Tu viens de rentrer dans l'Histoire de Poudlard comme l'élève a être arrivée en retard le troisième jour de l'année…
- Je ne suis pas en retard, la porte n'était pas fermée, je réponds en sortant mes affaires. Et puis toi, tu ne pouvais pas me réveiller ?
Nell pique un fard.
- On pensait que t'étais déjà partie.
Je lève les yeux au ciel mais ne réponds rien. Le silence se fait de lui-même dans la classe tandis que le prof nous examine sans piper un mot. Il n'est pas très vieux, peut-être trente-cinq ans. Il est grand, avec des cheveux bruns ramenés en catogan et des yeux noirs impénétrables. Son visage est beau, il a des traits marqués, un grand nez, un menton saillant et une longue cicatrice en travers de son œil. Il porte un bouc et un anneau en or brille à son oreille gauche. Ses vêtements me font penser à ceux des anciens chasseurs de vampires, avec plein de cuir et de chaînes. J'aime particulièrement ses bottes en cuir de dragon noir. Son avant bras droit est dégagé, révélant un tatouage de dragon. Le parfait prototype du beau brun ténébreux… Je remarque alors que toutes les pimbêches de mon dortoir se sont installées au premier rang, rejointes par celles de Serdaigle. Elles le regardent en bavant stupidement. Si j'étais leur amie, je leur ferais remarquer à quel point elles ont l'air stupide la bouche ouverte et leur proposerais un mouchoir pour éponger leur salive. Mais comme je ne le suis pas, je me contenterais de me payer leur tête lorsqu'on sera dans les dortoirs. C'est plus marrant.
Le prof commence à faire l'appel. A chaque fois qu'un élève répond « présent », il le dévisage avec intensité. Son regard perçant me met mal à l'aise et je baisse la tête pour éviter de le sentir sur moi.
- Rangez vos affaires, prenez vos baguettes et levez-vous, dit-il une fois tous les noms appelés.
On échange des regards silencieux et on s'exécute.
- Comme vous le savez déjà, je suis le Professeur Saevus, continue-t-il.
Tout en parlant, il déplace les tables au fond de la salle avec sa baguette.
- Je ne vais pas vous parler de mon programme, parce que je n'en ai pas de précis. Tout va dépendre de vous. Durant les deux prochaines semaines, chacun d'entre vous va affronter une créature que vous êtes censés avoir étudié les années passées. Selon votre réaction face à elle, je ferai un cours dessus ou non.
Il abaisse sa baguette. Un grand espace est maintenant libre au milieu de la salle, devant l'estrade.
- Bien, le premier élève interrogé sera…
Il nous parcourt des yeux ; comme personne n'a envie d'être le premier à passer, on essaye tous de se cacher les uns derrière les autres.
- Vous ! déclare finalement Saevus en me pointant du doigt.
- Moi ?
Je me retourne, histoire de vérifier qu'il ne parle pas de mon voisin de derrière.
- Oui, vous.
La, c'est plus fort que moi, j'éclate de rire. Quel plaisantin, celui-là ! Ou alors c'est un sado-maso, au choix…
- Naaaan, vous plaisantez la…
- Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle… dit-il d'un ton glacial.
Je me tais brutalement. Attendez… Personne n'a pris la peine de l'informer de ce qui est arrivé a son predecesseur ? Bien sûr que non, sinon il n'aurait jamais accepté ce poste.
- Quel est votre nom ?
- Stéphanie Midway, Professeur. Et ce n'est pas une bonne idée de me faire passer la première. En fait, ce n'est pas une bonne idée de me faire passer tout court.
Pour la première fois, un sourire apparait sur son visage. Je commence sérieusement à douter de sa santé mentale.
- Je suis sur que vous vous débrouillerez très bien. Avancez.
Je n'ai pas très envie de lui obéir, mais Eleanor me pousse en avant en me murmurant un « courage ». Elle aussi n'a pas l'air de partager l'optimiste de Saevus. D'ailleurs, personne ne partage son optimiste, si je me fie aux regards que s'échangent les autres élèves.
- Bien, dit Saevus. Je vais faire apparaitre une créature devant vous. A vous de vous en débarrasser.
Un mouvement de baguette, une incantation, et une grenouille rouge de la taille d'un souaffle apparait de nulle part sur l'estrade. Une Croasseuse. Je concerte le plus rapidement possible les vestiges de cours que ma mémoire a daigné retenir. Je sais qu'il y a un sort qu'il ne faut pas utiliser sur ce genre de créature, mais impossible de me rappeler duquel. Sur l'estrade, le batracien commence à croasser. Son chant m'énerve, il n'a rien de mélodieux et je crois qu'il est néfaste. Impossible de me souvenir de quoique ce soit… Est-ce qu'il n'y a pas une histoire de sort de confusion ? Peut-être bien. Plus j'essaye de me concentrer, plus les informations m'échappent. A bout de nerfs, je lève ma baguette :
- Silencio !crie-je.
La Croasseuse s'arrête en plein croassement, les yeux écarquillés, la bouche ouverte, comme si une main invisible s'était refermée autour de sa gorge. Pendant quelques secondes, il ne se passe rien. Puis un sifflement de bouilloire se fait entendre et la grenouille se met à gonfler tout en s'élevant dans les airs. Plus elle grossit, plus elle s'éloigne du sol, plus le sifflement est aigu. Lorsqu'elle atteint la taille d'une citrouille, elle s'immobilise dans les airs ; le sifflement est à la limite du supportable. Et soudain…
BAM !
La Croasseuse explose. Des cris et des jurons retentissent en écho. Il y a des entrailles de batracien un peu partout dans la salle, sur les murs, sur les élèves, sur le professeur, … Tous les regards sont braqués sur moi, plus meurtriers les uns que les autres. J'aimerais bien pouvoir me transformer en vif d'or et disparaître par la fenêtre. Malheureusement, ce n'est pas possible et je dois rester dans cette pièce ou tout le monde, même Saevus, a envie de m'étriper à mains nues.
- Eeer… fais-je, les joues en feu. Il n'y plus de Croasseuse au moins… C'est ça qui compte, non ?
…
Apres mon « exploit », Saevus met fin au cours. Les mêmes pimbêches qui étaient au premier rang sortent en courant de la salle, à moitié en larmes parce qu'elles sont couvertes d'intestins de Croasseuse. Je suis sûre qu'elles vont s'installer dans les toilettes pour les prochaines deux heures pour se remettre de cette épreuve. Je ne comprends pas : elles sont prêtes à se tartiner la peau des pires produits pour séduire, mais ne peuvent pas supporter un peu de sang de grenouille ? Pourtant, je suis sûre que c'est un excellent masque de beauté… Je m'apprête à sortir de la salle à mon tour lorsque le prof m'interpelle :
- Midway, revenez ici.
Son expression a totalement changée. Il n'y a plus une trace de sympathie sur son visage, juste de la froideur et une expression qui s'apparente à du mépris ; pas de colère, mais quelque chose de plus profond… Maintenant que je suis à son bureau, il ne se préoccupe plus de moi. Il y a quelque chose chez lui qui me met mal à l'aise. Peut-être est-ce parce qu'il ne me regarde pas, tout simplement. Ou alors, Peut-être est-ce la lueur sadique dans ses yeux… Sans un mot, il fait apparaître un flacon de Nettoitou et un chiffon. Je commence à paniquer. Il ne compte quand même pas me faire nettoyer la salle à la main ? Les Elfes de Maison sont la pour ça ! Mais il ne dit rien, il ne s'intéresse toujours pas à moi. Le silence s'éternise une minute et je finis par craquer :
- Ce n'est pas de ma faute si la grenouille a explosé, dis-je précipitamment.
Il lève enfin les yeux, un sourcil arqué :
- Ah oui ? Il me semble pourtant que vous teniez la baguette ?
Sa logique est implacable.
- Oui mais… Je vous avais prévenu ! Je vous avais dit qu'il ne fallait pas me faire passer !
La mienne aussi. Saevus a l'air de prendre mon argument en considération.
- Maintenant que vous avez sali la salle, on va voir si vous êtes aussi capable de la nettoyer…
En fait non, je me suis complètement trompée. Il n'est pas prêt de me pardonner. Je jette un regard désespéré à la bouteille de Nettoitou, mais ça n'apitoie pas le prof… Je tends lentement la main vers la bouteille avec un dernier regard à Saevus qui attend de voir comment les choses vont se dérouler. Je stoppe mon mouvement : il ne m'a pas explicitement demande de nettoyer la salle à la main. Je connais pas mal de sorts, je suis sûre que je n'aurais aucune difficulté à en trouver un pour ma situation… Je sors ma baguette et il ne fait pas un geste pour m'arrêter :
- Recurvo !
Je lance plusieurs sorts de nettoyages, plus quelques uns de désincrustation. Lorsque j'ai fini, les tables sont resplendissantes et les pierres de murs brillent presque. Saevus regarde le résultat sans un mot puis se tourne vers moi, l'air presque étonné :
- Impressionnant…
Je lui adresse un grand sourire. Qu'est-ce qu'il croyait ? Que je n'étais pas capable de lancer trois misérables sorts ? Ok, j'ai fait exploser une grenouille avec un sort de silence, mais ça ne veut pas dire pour autant que je suis un boulet fini ! Il reporte son regard sur le Nettoitou, désormais inutile et le fait disparaître d'un coup de baguette.
- Je crois que nous n'avons plus rien à nous dire, dit-il. Son ton d'admiration a disparu, il est a nouveau aussi froid.
- Bien. Au revoir, professeur.
Je tourne les talons et sors rapidement de la pièce. Je peux sentir son regard planté entre mes deux omoplates. J'ai du mal à retenir un frisson et, dès que j'ai quitté le couloir, je me mets à courir.
…
La journée s'est poursuivie aussi normalement que possible lorsqu'on a éclaboussé toute sa classe avec des entrailles de batracien. La majorité de mes petits camarades ne m'adresse la parole que pour m'insulter. Je fais avec, je sais bien que dans deux jours ils reprendront un comportement normal. Enfin, j'espère car j'aimerai bien pouvoir manger de nouveau dans la Grande Salle. Ce midi, j'ai dû prendre mon déjeuner dans les cuisines parce dès que je me suis assise à la table des Poufsouffle, trois sorts ont fusé dans ma direction. Je ne dois mon salut qu'à mon voisin de droite qui m'a poussée sous la table pour me protéger – ou plutôt, que j'ai tiré sur moi pour qu'il fasse office de bouclier humain. Il faudra que je pense à aller le voir à l'infirmerie où on l'a transporté d'urgence, son nez se baladant je ne sais où et sa peau commençant à prendre une drôle de couleur. A l'heure du dîner, je ne prends même pas la peine de pointer mon nez dans la Grande Salle de peur que lui aussi ne disparaisse. Eleanor m'accompagne. Elle fait partie des rares que l'explosion a fait rire. Lorsque l'on sort des cuisines, entourées d'Elfes de Maison qui nous invite à revenir aussi souvent que l'on veut, j'ai presque oublié que je viens de passer l'une des pires journées de ma vie. Mais en repensant aux menaces de mes petits camarades, je me dis qu'il faudrait que je trouve un bon sort de protection à jeter sur mon lit pour pouvoir passer la nuit tranquille.
- Oh, Bouse ! s'exclame soudain Nell, me tirant de mes pensées.
- Mmmh ?
- J'ai oublié mon chapeau dans les cuisines…
Maintenant qu'elle le dit, je remarque qu'effectivement le couvre-chef n'est plus là.
- Je retourne le chercher… Pas la peine de m'accompagner, je connais le chemin, rajoute-t-elle en me voyant ouvrir la bouche.
- Comme tu veux… Je serais à la bibliothèque.
- Pas la salle commune ?s'étonne Nell.
- Nan, quelque chose me dit que je ne suis pas la bienvenue là-bas, je réponds lugubrement.
Nell hoche la tête et fait demi-tour. Je la regarde courir jusqu'à ce qu'elle disparaisse au premier tournant et reprends ma route. Les couloirs sont déserts : la plupart des élèves sont en train de manger. Je marche le nez baissé, perdue dans mes pensées. Soudain, un bruit me fait lever la tête avec un sursaut, et je m'aperçois que je ne suis plus seule dans le couloir : à quelques mètres de moi, Peeves flotte dans les airs, jonglant avec ce qui ressemble furieusement à des Bombabouses roses fluo.
- Tiens, mais qui voila ? Notre amie la Ratée ! Alors, t'as encore tué quelqu'un aujourd'hui ?caquette-t-il en m'apercevant.
Je ne relève pas l'insulte et, au contraire, lui adresse un grand sourire.
- Salut Peeves ! Je vois que t'as trouvé de nouveaux jouets.
- Moui, répond-t-il. Mais je ne trouve pas de camarade de jeu… Dis-moi, la Ratée, tu ne voudrais pas jouer avec moi ?rajoute-t-il avec son sourire sadique.
- Volontiers, mais dans une autre vie, si ça ne te dérange pas. Finir écorchée vive par Rusard ne fait pas parti de ma définition du « jeu », si tu vois ce que je veux dire…
Mais Peeves ne voit sûrement pas ce que je veux dire, puisqu'il continue à se rapprocher de moi, son sourire de plus en plus grand.
- Je savais que t'accepterais ! Cours la Ratée, je te donne jusqu'à trois !
Je ne comprends pas les règles du jeu et je ne suis pas sûre d'avoir envie de les comprendre. Je tourne les talons et me mets à courir comme une dératée. Derrière moi, Peeves crie en riant :
- UN !
Puis une première explosion retentit : il a laissé tomber la première Bombabouse. Le bas de ma robe est tout éclaboussé d'une substance rose douteuse, mais je n'ai pas le temps de déterminer ce que c'est. J'ai plus intéressant à faire, comme courir pour sauver ma peau.
- DEUX !
Deuxième explosion. Cette fois, la boue ne m'atteint pas.
- TROIS !
Peeves lance son dernier projectile, puis…
- ELEVE LANCANT DES BOMBABOUSES DANS LES COULOIRS DU SECOND ETAGE ! ELEVE LANCANT DES BOMBABOUSES !
L'horreur s'installe dans mes entrailles : cet idiot donne l'alerte, et la boue sur ma robe me désigne comme la coupable parfaite. Il faut que je mette le plus de distance entre moi et les lieux du crime avant que Rusard n'arrive, c'est-à-dire dans moins de cinq misérables minutes… J'ai atteint la fin du couloir, je tourne à l'aveuglette en priant pour que Rusard soit dans une autre aile. Mais que peut-on espérer d'une journée qui commence mal sinon qu'elle finisse encore plus mal ? Malgré le sang qui bat dans mes oreilles et le bruit de ma respiration, je peux déjà entendre la voix de Rusard… Je m'affole, j'accélère, je trébuche et… quelqu'un me rattrape soudain et me tire brutalement derrière une tapisserie.
