Oui je sais qu'il y a beaucoup de dialogues mais... c'est une thérapie donc il faut parler désolée.
Le jour du rendez-vous chez monsieur Sacquet arriva. Thorin se prépara et se rendit au cabinet. Il attendait dans la salle d'attente, les mains croisaient sur ses genoux.
Quelques minutes plus tard le psy le fit entrer dans son bureau. Le grand brun se posa sur la banquette que lui avait indiqué monsieur Sacquet. Ce dernier demanda:
«-Alors comment allez-vous aujourd'hui?
-Bien merci.
-Tant mieux. Alors dites moi, qu'avez-vous fait de beau depuis notre dernier rendez-vous?
-Pas grand-chose, j'ai fait ce que je fais d'habitude.
-C'est à dire?»
Thorin raconta son programme quotidien. Bilbon hocha la tête:
«-Vous faites toujours ça dans cet ordre? Ça ne change jamais?
-Non.
-Et par exemple si en rentrant vous dînez avant de vous douchez...?
-Ah non non non! Je ne veux pas de changement.
-Ou par exemple si vous courez deux kilomètres au lieu de cinq?»
Thorin commença à avoir des sueurs froides et à respirer avec difficulté. Bilbon prit quelques notes et lança:
«-Calmez vous, ça n'était qu'une supposition, vous n'êtes pas obligé de le faire si vous ne le désirez pas, mon rôle n'est pas de vous forcer à faire quoi que ce soit.
-O… oui.
-Depuis combien de temps faites vous toujours la même chose?
-Je suppose que c'est depuis que je suis adulte.
-Donc quasiment dix ans.
-En effet.
-Je vois. Et sinon, pas de petite copine qui pourrait vous aider?
-Non pas de petite copine car… je suis homosexuel, mais pas de copain non plus de toute façon. Le seul visiteur que j'ai de temps à autre c'est le chat de ma voisine.
-Oh… et vous avez des amis dans l'orchestre?
-Oui quelques uns.
-Vous ne sortez jamais avec eux? Pour dîner, pour aller au cinéma, ou pour une quelconque activité?
-Non.
-Pourquoi ça?
-Ils sont tous en couple et ils passeraient la soirée à me rabattre les oreilles avec mon «problème».
-D'accord.»
Bilbon prit quelques notes et demanda:
«-Vous ne vous sentez pas seul dans cette vie réglée à la seconde près?
-Si ça m'arrive.
-Comment faites vous pour lutter contre ça?
-Et bien… je ressors mon doudou du placard et je le câline.
-Parlez moi de ce doudou.
-Il est en forme de dragon, il est rouge avec les yeux jaunes. C'est le dernier cadeau que m'ont fait mes parents. Le contour de ses écailles est fait par de fins traits bleus, il a des griffes blanches. Il est vraiment très beau.
-J'imagine oui. À quel age avez-vous arrêté d'avoir constamment ce doudou? Du moins en dormant?
-C'est assez gênant.
-Vous pouvez parler en toute liberté. Je suis tenu au secret professionnel et je ne suis pas là pour vous juger, je suis là pour vous aider.
-Et bien… à quatorze ans.
-Bien. Et à quel age avez-vous prit conscience de votre homosexualité?
-Je dirais que c'est à environ… onze ans, douze peut-être.
-Est-ce que selon vous, vous n'avez pas continué de prendre votre doudou parce que vous n'acceptiez pas votre sexualité? Et qu'à partir du moment où vous l'avez enfin mit au placard c'est parce que vous avez accepté cette idée?»
Thorin devint nerveux et commença à se tortiller sur la banquette. Ses sueurs froides revenaient:
«-Je ne sais pas! À cet age là je ne me posais pas ce genre de questions! Je n'ai jamais été refoulé si c'est ce que vous insinuez!
-Je n'insinue pas, je demande.»
Thorin grogna entre ses dents. Bilbon demanda:
«-A quel age avez-vous eu votre premier petit copain?»
Thorin répondit d'une voix à peine audible:
«-Vingt-cinq ans.
-Je vous demande pardon je n'ai pas entendu, pouvez-vous le dire plus fort je vous prie?»
Thorin prit une grande inspiration et répéta plus fort:
«-Vingt-cinq ans.
-D'accord, combien de temps ça a duré?
-Environ deux mois.
-Avez-vous eu des relations sexuelles durant cette période?
-Euh oui… une fois.
-Hum hum, pourquoi est-ce que ça n'a pas marché finalement?
-Il trouvait que j'étais trop bizarre et que ma vie bien organisée était effrayante.
-Et pourtant vous continuez cette même vie?
-En effet.
-Pourquoi cela?
-Parce qu'elle me rassure, et c'est la seule dans laquelle je me sente bien et en sécurité.
-Parfait. La séance est terminé pour aujourd'hui.
-J'ai bien avancé?
-Disons que vous n'avez pas reculé.
-D'accord, merci docteur, au revoir.
-Au revoir.»
Thorin serra la main du psy et alla voir la secrétaire. Il paya et prit rendez-vous pour le mardi dans deux semaines. Il rentra chez lui assez tendu. Il n'aimait pas beaucoup parler de choses si privée avec un homme qu'il ne connaissait pas. C'était très gênant d'avouer tout cela.
