Chapitre 3 : drôle d'identité.

J'étais petite et il y avait Anna avec moi. Je ne saurais dire pourquoi, je sentais que j'étais dans un rêve, mais au lieu de me réveiller, je restais là, dans ce décor en compagnie de ma cadette. Au fond de moi, ce qui me maintenait ici était la curiosité de revoir mon enfance ! Je portais une robe de chanvre marron claire et mes cheveux étaient reliés en une couronne tressée. J'étais étonnée. Ce n'était ni ma couleur, ni ma coiffure habituelle. Mais après tout peut-être ne me rappelais-je pas de tous les jours de mon enfance. Anna et moi étions dans la bibliothèque du château. Nous cherchions un mot dans le dictionnaire du royaume. Nous étions dans les « F » et j'avais entouré le mot « feu ».

-Pourquoi tu as entouré celui-là ? Demanda alors Anna.

-A cause des souvenirs de ma sœur et moi répondis-je.

Anna me regarda amusée et répliqua :

-Mais nous n'avons jamais rien fait avec le feu.

Je me mis aussitôt en colère vexée qu'elle n'ait pas compris tout de suite :

-Pas toi ! Mon autre sœur…Elsa !

Ce fut au tour d'Anna d'être énervée contre moi. Sa petite bouille se contracta et elle pleurnicha :

-Elsa c'est ma sœur ! Pas la tienne ! Toi tu es mon bébé Emma !

Emma ?! Alarmée je n'eus pas le temps de lui poser plus de questions que déjà je me retrouvais dans une chambre d'enfant très simpliste. Il y avait un lit, une petite poupée de chiffon, un petit ours en peluche qui semblait bien plus vieux que moi et une commode. La maison était en bois. Le parquet craquait sous mes pas. Je tentais de savoir où j'étais. Sans trop comprendre je me fis à mon environnement. J'étais une petite fille joueuse, prenant la petite poupée de chiffon à ma disposition. Je la regardais, elle portait une robe rouge feu ! Qu'importe je m'amusais volontiers avec. Comme n'importe quel bambin de mon âge je suppose ! J'entendis alors des bruits derrière la porte.

-Encore de l'eau ! Nous venions à peine de vider la maison ! Criait une voix de femme.

-Il pleut trop fort ! Renchérit une voix masculine.

En effet des gouttes grosses comme mes poings tombaient telles des bombes sur le sol boueux à l'extérieur ! C'était d'ailleurs tellement fort que l'eau s'infiltra dans cette petite pièce qui devait être ma chambre. Je me mis à avoir peur tout à coup. Alors que les adultes continuaient de grogner de l'autre côté de la porte, je me plaquais alors contre celle-ci et gémit à mon tour :

-Mamaaaaan ! Papaaaa !

Je tentais d'ouvrir la porte mais la pression de l'eau qui devait venir de la pièce juxtaposée à la mienne était trop forte. J'appuyais sur la serrure. En vain elle était bloquée.

-Chéri ! Emma est derrière la porte ! Il faut la sortir de là.

-Recule-toi ma puce !

Paniquée j'allais aussitôt m'asseoir sur le lit sans même avoir réagi sur l'instant : Emma ? Pourquoi m'avait-il appelé ainsi ? Je sentais alors des fourmis qui me rongeaient de l'intérieur. Des plaques rouges apparurent peu à peu sur mes mains comme si j'avais touché à des orties. Elles me brûlaient !

Alors que j'hurlais de douleur des voix ricanèrent derrière moi. Je me retournais et une image apparût sur le mur représentant… Elsa et Anna en train de jouer dans une immense salle. C'était celle du bal bien sûr ! C'était ma salle de bal puisque j'étais Elsa ! Pas Emma… Emma c'était le bébé ! Voyons Elsa reprends-toi ! Tu deviens folle !

C'était le fameux jour où j'avais blessé Anna, j'en étais sure, je reconnaissais les événements. La salle était gelée et remplie de neige. J'avais construit Olaf. Anna venait de lui faire un câlin… Puis le toboggan… Les collines de neiges… Les vallées de neiges… Les montagnes de neiges… Anna qui saute de plus en plus haut. Je ne voulais pas revoir ça. Mon cœur s'accéléra. Papa et Maman cognaient toujours pour essayer d'ouvrir la porte. Mes plaques rougissaient de plus en plus. Pire elles chauffaient ! J'appelle Anna pour la faire ralentir. Je panique. Je glisse.

Et le tout se déclencha. Au moment où Elsa…Enfin moi criais « ANNA ! » je sentis alors qu'une chaleur se propageait à travers mes mains. Le jet de flamme virulent partit aussitôt.

-AIIIIIIIIIIIIIIIIIEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE ! Hurlais-je de douleur mais surtout par surprise car en réalité...Je ne sentais pas la chaleur !

Ma chambre devint bientôt un ballet de feu. Les flammes dansaient dangereusement s'emparant de mon mobilier en bois. De nouveau j'hurlais un « Papa » et « Maman » de détresse. J'étais prisonnière seule, recroquevillée sur mon lit. Je transpirais de plus en plus… J'avais aussi une très forte envie de faire pipi.

Soudain ! Miracle ! La porte s'ouvrit enfin. La pluie semblait être alors un lointain souvenir. Les flammes également. Papa et Maman vinrent aussitôt me voir. Maman me prit dans ses bras et me réconfortait.

-C'est fini mon ange. C'est fini.

Un mauvais rêve ? C'était donc ça ? Pas si sur ! Je jetais un coup d'œil à mes mains derrière son dos. Les plaques rouges étaient toujours là mais n'étaient plus aussi visibles qu'avant. Il me faudrait tout de même porter des gants, par prudence, et pour n'alerter personne ! Il faisait nuit à présent. C'était l'heure de me coucher. Mes parents me bordèrent et s'en allèrent. Je vis alors les chevaux de la garde royale passer non loin de la fenêtre...Bizarre on aurait dit que les deux montures laissaient derrière elles une trainée blanche…oui c'est bien cela de la glace ! Je comprenais de qui il s'agissait… La suite je la connaissais déjà. Je m'endormis. J'étais avec Maman- la vraie- et celle-ci venait d'accoucher de deux petites jumelles trop mimi.

-Je t'avais dit de me prévenir quand tu accoucherais ! La grondais-je.

-Tu te dois de respecter ta mère ! Allez ouste ! Rugit Papa m'invitant sévèrement à sortir !

Vexée je laissais mes parents en plan et m'enfuis sur un bateau. Après cela j'errais dans un couloir bleu quand je vis une poussette avec deux bébés identiques à l'intérieur. Me doutant que c'était les jumelles de Maman. Je m'en approchais désirant observer ces petites merveilles. Sauf qu'au moment où je voulus les prendre dans mes bras, la poussette se brisa en deux et l'un des bébés s'évapora.

Paniquée à l'idée d'avoir fait une nouvelle bêtise je me mis à la recherche du bébé manquant et arrivais bientôt dans… Une église immense et sombre. Elle ne ressemblait en rien à la chapelle que je connaissais. Il y avait pleins de gens à l'intérieur. C'étaient des ombres. Elles me faisaient peur. Nous devions tous suivre un même mouvement. Je semblais me cacher derrière Maman. J'étais beaucoup plus grande…des années s'étaient écoulées apparemment. J'étais une grande adolescente !

-Chut Emma murmurait-elle.

Sursautant en entendant le prénom, je découvris que je portais un foulard noir, moi qui ne portait pourtant jamais cette couleur. Maman aussi était enveloppée d'un châle.

-Il faut rester calme si nous ne voulons pas nous faire tuer. Ils parlent de toi chuchotait-elle.

-Comment ? De moi ? Mais de quoi ? Je ne comprends pas ? Qui sont ces gens ?

-Ne sois pas sotte Emma tu le sais très bien ! Ne m'oblige pas à évoquer tes pouvoirs de feu en public tu vas nous faire repérer !

Encore une fois, on m'appelait Emma ?! Mes pouvoirs…de feu ?! Je ne comprenais plus rien à rien ! Je ne pouvais plus me taire ! Ne pouvant m'empêcher de rester calme je parlais avec la vieille dame qui s'était introduite au baptême durant la journée et se trouvait à côté de moi sur le dernier banc de l'assistance.

-Votre Père et votre frère m'ont réveillé très tôt ce matin bougonnait-elle.

Je n'eus même pas le temps de la questionner, pourtant je ne comprenais rien à sa réflexion. Maman me fit les gros yeux agacée. Elle m'agrippa par le bras et nous sortîmes ensuite de l'église. Juste avant de sortir je posais le pendentif que m'avait remis la vieille en fin d'après midi et qui était dans ma poche à côté du bénitier. Nos deux E entrelacés m'obsédaient encore. C'était un geste de défi pour provoquer tous ces gens ! Qu'ils aillent au diable à vouloir me faire mal ! C'était surtout pour dire que j'étais contre eux. Ca ne me ressemblait guère que de chercher la querelle, mais je sentais en moi une chaleur inhabituelle. Serais-ce cela l'expression « avoir le sang chaud » ?

Quelques jours plus tard nous retournâmes dans l'église pour réparer ma bêtise car j'en avais parlé à Maman et elle était furieuse.

-Il ne fallait pas agir ainsi Emma ! Ils vont savoir que c'est nous maintenant ! On va se faire arrêter !

-Tu es contre eux ou pas ?! Criais-je.

Maman répondit :

-Mais ce n'était pas la bonne solution ! Je suis pour ta protection, je te l'ai promis alors que tu étais tout bébé, je ne t'abandonnerais jamais, je te protégerais jusqu'à mon dernier souffle ! Souviens-toi « Cache tes pouvoirs ! »

-Ne t'inquiètes pas répétais-je, il doit toujours être là ! Personne n'y aura fait attention.

Sauf que quand nous arrivâmes devant la porte de l'église il n'y avait plus qu'un mur blanc…Nous fîmes alors le tour pour voir s'il y avait un autre moyen d'entrer mais toutes les issues étaient bloquées.

-Tu vois l'église est fermée finis-je par dire pour me rassurer.

-Ce n'est pas normal murmura Maman d'une voix de petite fille.

–Allez viens rentrons ! La brusquais-je.

N'ayant l'air de rien nous retournâmes donc sur nos pas et traversâmes une grande cour blanche. C'est alors que les villageois arrivèrent à notre rencontre et nous arrêtèrent. A ma grande surprise, j'entendis pour la première fois maman pousser un juron ! Elle me regardait en pleurant et je me sentis coupable. Je voulus utiliser mon pouvoir mais ils me mirent deux gros blocs de glace sur les mains pour m'en empêcher. Le seul moment où ils m'en délivrèrent fut lorsqu'ils me forcèrent à brûler notre maison. Heureusement il n'y avait personne dedans. Je pleurais à chaudes larmes face à mon enfance partie en fumée. Les souvenirs partiraient eux aussi, le temps s'en chargerait, Ce n'était plus qu'une question d'années.

Nous marchâmes longtemps avec eux. Mais si j'avais le sentiment qu'elle fût longue, elle passa extrêmement rapidement devant mes yeux, comme si ma vie s'était accélérée La dernière chose dont je me rappelle était le fait que je tenais un journal intime et que j'écrivais avec une plume à l'encre violette sur une page blanche : 8 m… et que Papa nous avait également rejoint.

Quelques temps plus tard toujours prisonniers des villageois nous (juste Maman et moi) étions tous autour d'une table en train de prendre un petit déjeuner. C'était du pain sec. Au moins nous n'étions pas morts.

Soudain mon père arriva et nous dévisagea comme s'il était drogué. Nous remarquâmes alors qu'il avait de grosses plaques rouges semblables aux miennes sur son crâne.

-Père qu'avez-vous ? M'alarmais-je brusquement.

Je semblais être la seule à m'en préoccuper : Maman et les villageois se mirent aussitôt à courir de peur de ne pas attraper sa maladie. Je fis pareil mais il me courait après. Au loin j'entendis le crieur public qui annonçait une tragédie pour le Royaume d'Arendelle « Le souverain et sa femme étaient porté disparu en mer ! ». J'étais cependant trop inquiète par ce qui se passait autours de moi pour me rendre compte de la situation, j'étais clairement devenue cette Emma ! Je regardais mon père derrière moi, toujours à me poursuivre :

-Non Père s'il vous plaît ! Je ne veux pas mourir ! Pleurais-je.

-Tout ça c'est de ta faute Emma ! C'est toi qui m'as contaminé et m'a fait avoir cette maladie ! Tue-moi ! Tue-moi !

Notre course nous avait amené au centre du village. Face à l'heure très matinale, les rues étaient encore presque désertes. Maman appela un médecin. Il y en avait un parmi les villageois. Dès que celui-ci vit Papa il paniqua.

-Il n'y a rien à faire déclara-t-il, il va mourir.

Ayant soudain un instant d'inattention le médecin ne vit pas que Père me sauta dessus. Je tentais de m'en défaire mais il était trop puissant.

-EMMA TUE-MOI ! Hurla-t-il, TUE-MOI PITIE !

Au fur et à mesure qu'il répétait cette phrase son corps se transformait en une créature chimérique noire. Des cornes lui poussèrent, une longue queue rocailleuse vint s'abattre sur le sol. Des ailes se déplièrent dans son dos. Il se transformait en dragon !...Non impossible ! Et pourtant…

-TUE-MOI !

S'en fut trop. Les glaçons qui étaient toujours attachées à mes mains depuis des semaines fondirent en une seconde et apparu alors de mes mains un jet de flammes trop puissant pour atteindre seulement Papa. Le médecin fut également immolé ainsi que maman !

-NONNNNNNNNNNNNNNN ! Gémis-je.

-EMMAAAAAAAA ! Cria-t-elle alors que les flammes la dévoraient atteignant sa gorge puis embrasa sa tête.

EMMA… NON JE NE SUIS PAS EMMA ! Je ne me contrôlais alors plus. Mes mains se transformèrent en lance flamme. Les dernières maisons du village furent également atteintes. Les villageois sortirent paniqués me dévisageant alors que les flammes atteignaient l'orée du bois. Je devais fuir et vite ! Je pris alors les jambes à mon cou, fuyant vers les montagnes, laissant derrière moi quelques trainées de fumée. Combien de temps ai-je couru je n'en sais rien ! A quelle distance étais-je du désastre que je venais de causer ? Loin sans doute ! Je regardais en contre bas, je vis une fumée s'élever, des arbres étaient consumés. Je devinais qu'en contre bas se trouvait un village réduit en cendres, où je pouvais dénombrer au minimum trois victimes…Quelle douleur ! Je m'entendis alors chanter…un air que je connaissais ! Regardant autours de moi, cette montagne au nord me rappelait quelque chose ! Les paroles sortaient alors de ma bouche, Qui étais-je ? Elsa ? Emma ?

- Le feu consume lentement la forêt
Les flammes sont reines à leur tour!
La fournaise des enfers m'a placée là pour toujours!
Le brasier qui hurle en moi ne pense plus à demain!
Il est bien trop fort j'ai lutté en vain!
Cache tes pouvoirs n'en parle pas!
Fais attention et ne nous brûle pas!
Pas d'état d'âme pas de tourments! De sentiments!

Immolée! Carbonisée!
Je n'fumerai plus jamais!
Immolée Carbonisée!
Mais j'appelle pas les pompiers!

J'ai laissé ma famille se faire cramer!
Perdu dans l'brasier!
Le feu est pour moi le prix de la liberté!

Quand on craque une allumette!
Tout semble insignifiant
La tristesse, l'angoisse sont des quêtes
que j'ai laissé depuis longtemps!
Je veux voir ce que je peux faire
de ce lance flamme plein de mystère
les incendies moi j'ai dis oui! Oh oui!

Immolée Carbonisée!
Toutes ces flammes me tendent les bras!
Immolée Carbonisée!
Non je ne pleure pas!
Et me voila! Oui je suis la !
Perdu dans l'brasier!

Les flammes viennent des volcans et réchauffent la terre!
Mon âme maitrise ce brasier qui provient du fond des enfers!
Et mes pensées forment cet autodafé!
Je ne m'arrêt 'rai pas! Tout ça doit s'consumer!
Immolée! Carbonisée!
Désormais plus rien ne m'arrête!
Immolée! Carbonisée!
Plus de fillette discrète!
Et je suis là! Comme je l'ai rêvée!
Perdu dans les enfers!
Le feu est pour moi le prix de la liberté!

Je commençais à jouer avec le feu, créant des petites torches mais soudain, à la lueur de l'unes d'entre elles, l'image douloureuse, Maman agonisant hurlant « Emma ! » Je me mis à nouveau à paniquer ! Je reculais tremblante, m'approchant d'une pente, toujours davantage ! Non ça n'était pas moi ! Je n'ai pas fait ça ! C'est impossible ! Je ne suis pas Emma ! Je trébuchais et…

Je me retrouvais sur le tapis de ma chambre d'Arendelle. Je regardais autours de moi, je regardais mes mains…oui je suis bien moi, Elsa, souveraine d'Arendelle, et cet espace etait la chambre royale ! J'étais par terre, emmêlée dans les draps de soie, trempée de sueur. Un autre cauchemar. Je pleurais vraiment. Mon cœur battait la chamade. Jamais je n'avais eu de songe aussi puissant. Ma filleule dormait toujours au pied du lit, rien ne semblait l'atteindre. A la vue de son berceau, la panique monta en moi. Je ne voulais plus la voir ! Je ne pouvais plus la voir ! Une panique de plus en plus violente m'envahit. Il fallait qu'elle sorte de ma chambre ! Soulevant le berceau aussi vite que je pus je le déposais auprès de la chambre de Mme Gotte. Mon empressement m'avait fait remuer violemment le berceau réveillant la petite qui commençait à gémir. Peu importe je n'en ai que faire ! Et repartis immédiatement dans mes appartements.

J'eus juste le temps d'arriver et de fermer la porte à clef que mon stresse se déclencha. Mon lieu de repos se métamorphosa en une gigantesque chambre froide comme lorsque j'avais appris la mort de mes parents.

-Pa...pa, Ma...man prononçais-je d'une voix étouffée, je… Je veux…

Je n'arrivais pas à terminer ma phrase. Ma gorge était trop compressée. Je m'affalais juste au sol et pleurais, pleurais, pleurais…au milieu d'une tempête de neige.