Bonjour, amis lecteurs ! Ce chapitre un peu plus tôt parce que demain va être une journée bien remplie et que je n'aurais sans doute pas eu le temps de le faire. Et comme si ça ne suffisait pas, en plus vous avez droit au point de vue de Sanji ! ^^ Eh oui, je vous gâte pour la St-Nicolas ;-)
Encore merci à pickiline, jujud'abricot, Pauline et Rineca, RoronoaAgathou, new fan et Cactusapin pour leurs reviews enthousiasmes ! =D Vous êtes adorables !
Lorsque Sanji était revenu à lui, c'était pour se retrouver nez-à-nez avec les visages curieux de deux charmantes demoiselles, une brune et une rousse, penchées sur lui. Il cligna des yeux plusieurs fois, pour s'assurer qu'il ne s'agissait pas d'un rêve, puis laissa un sourire charmeur se glisser sur ses lèvres.
- Oh, vision céleste… murmura-t-il avec ravissement. Suis-je au Paradis, et êtes-vous les anges chargés de m'accueillir dans les cieux ?
Les deux jeunes femmes échangèrent un regard perplexe, tandis qu'un reniflement de mépris se faisait entendre un peu plus loin, surprenant Sanji et lui faisant tourner la tête en direction du bruit.
- Juste ce qu'il nous manquait ! déclara l'homme qui était sans doute à l'origine du bruit insultant, et qui toisait à présent Sanji d'un regard narquois. En plus de tout le reste, il a fallu qu'on tombe sur un joli cœur !
Sanji aurait voulu lui rétorquer quelque chose de cinglant, mais il était resté bouche bée en voyant la chevelure verte de l'individu. Oui oui, verte. Pas blonde, pas brune, pas noire : verte. Ce qui n'était pas une couleur franchement normale, pour être honnête.
- E-êtes-vous un elfe ? bégaya-t-il, complètement ahuri.
- DE QUOI ?! s'emporta l'homme aux cheveux verts, tandis que les deux demoiselles pouffaient de rire. Un ELFE ? Tu te fous de moi, c'est ça ?!
- Ignorez-le donc, intervint la brune après avoir repris son sérieux. Dites-moi plutôt, comment vous sentez-vous ?
Sanji fronça les sourcils, considérant la question, et soudain tout lui revint en mémoire. L'obscurité dans laquelle il s'était réveillé, les deux voix utilisant des mots étranges, et soudain la lumière, blanche et aveuglante, qui lui avait révélé l'endroit dans lequel il se trouvait. Un endroit curieux, rempli d'objets mystérieux, et éclairé sans qu'aucune bougie ne soit visible. De plus, les deux personnes qui s'y trouvaient (la jeune femme brune et l'homme aux cheveux verts) portaient des vêtements très singuliers également. Avec un hoquet d'effroi, Sanji chercha à se redresser, et une douleur fulgurante lui vrilla aussitôt l'omoplate gauche, le forçant à se recoucher. Mais cela avait suffi pour qu'il voie ce qui l'entourait, et qu'il se rende à l'évidence : tout cela n'avait pas été un affreux cauchemar, non. C'était bien réel, et il se trouvait toujours dans cette salle étrange, entouré d'objets dont il ignorait l'usage. Est-ce que ces gens comptaient le torturer avec ? Que leur avait-il donc fait ?
- Oh, bon sang, voilà qu'il panique à nouveau ! râla l'homme aux cheveux verts.
- Du calme, du calme, murmura la brune en lui prenant doucement la main. Nous ne vous voulons aucun mal. Nous essayons au contraire de vous aider.
- Robin vous dit la vérité, ajouta la rousse. Nous ne sommes pas des ennemis. Je m'appelle Nami, et lui, là, c'est Zoro. Et vous ? Quel est votre nom ?
Sanji ferma les yeux et s'obligea à respirer profondément, une fois, deux fois, tandis que les deux jeunes femmes continuaient à lui murmurer des paroles réconfortantes et à lui caresser la main. Il n'avait aucune raison de mettre en doute les dires d'aussi charmantes demoiselles, n'est-ce pas ? Il ne risquait rien. Personne ne lui voulait du mal. Se sentant un peu plus calme, il rouvrit les yeux et répondit :
- S-Sanji. Je me nomme Sanji.
Il pesta intérieurement en entendant sa voix chevroter, et déglutit nerveusement. Comment était-il arrivé ici ? Tout ce dont il se souvenait, c'était d'avoir voulu passer la nuit dans une auberge du côté de Ternell, et d'avoir été réveillé en sursaut par le coup de pied d'un homme d'armes, qui avait deviné sa véritable identité et avait décidé de s'amuser un peu en rossant du huguenot. Sanji avait essayé de se défendre, mais bientôt les autres occupants de l'auberge avaient été réveillés par les bruits de leur lutte, et il avait dû prendre la fuite à travers la campagne. Il se souvenait du froid mordant, de ses bottes qui s'enfonçaient un peu plus à chaque pas, des échos de leurs cris derrière lui… et puis plus rien. Un éclair de douleur, qui l'avait fait trébucher, et puis l'obscurité.
- M'avez-vous donc recueilli et soigné, gentes demoiselles ? demanda-t-il en passant une main sur les bandages qui entouraient sa poitrine. Vous êtes véritablement des anges du Seigneur, et votre bonté est sans bornes. Sachez que je suis à jamais votre obligé.
L'homme aux cheveux verts (Zoro, si ses souvenirs étaient exacts) éclata de rire, et Sanji lui lança un regard courroucé.
- Des anges du Seigneur ? On parle bien des mêmes ? dit-il d'un ton railleur.
Sanji lui aurait bien fait ravaler ces paroles d'un coup de pied bien placé dans la mâchoire, mais Nami le devança en lui donnant une claque retentissante sur le haut du crâne. Cependant, Robin se penchait à nouveau vers lui en souriant.
- Bien. Maintenant que nous avons établi que vous n'avez rien à craindre de nous, accepteriez-vous de répondre à quelques questions ?
- Aucunement, aucunement ! s'empressa de répondre Sanji, lui adressant son plus beau sourire. Je conçois que vous ayez de nombreuses interrogations, et je m'efforcerai d'y répondre dans toute la mesure du possible.
Evidemment ! Ces charmantes créatures l'avaient retrouvé seul, inconscient, blessé, en pleine campagne. Elles devaient certainement se demander qui il était, et ce qu'il faisait là…
- En quelle année étiez-vous lorsque vous avez perdu connaissance ? Vous en souvenez-vous ?
Sanji resta muet quelques instants. En quelle… année ? Ce n'était pas du tout le genre de question qu'il attendait ! Combien de temps était-il donc resté inconscient ?
- En… En l'an de grâce 1686, de toute évidence. J'avoue ne pas très bien saisir le sens de votre quest…
- En 1686, vous dites ? Je ne m'étais donc pas trompée dans la datation… Et j'imagine que vous vous rendiez dans les Provinces-Unies ou dans le Saint-Empire germanique pour fuir les persécutions subies par vos coreligionnaires suite à la révocation de l'édit de Nantes ?
Sanji en resta bouche bée. Sa foi protestante était-elle donc si évidente que cela ? Il sentit une sensation familière le prendre aux tripes, l'appréhension bien connue à tous ceux qui devaient vivre en se cachant. Et si ces gens comptaient le dénoncer aux autorités, pour qu'il soit envoyé aux galères ? A nouveau, le partisan de la Réforme tenta de se redresser tant bien que mal, et grimaça lorsqu'il sentit ses bras se mettre à trembler furieusement, peinant à supporter son propre poids. Que lui arrivait-il ? Pourquoi se sentait-il si faible ? Sanji baissa le regard vers les appendices coupables, et fronça les sourcils. Ils étaient pourtant comme d'ordinaire, alors pourquoi le simple effort de s'asseoir paraissait-il insurmontable ? Tentant de replier les jambes, il put constater que celles-ci ne répondaient pas non plus à ses injonctions. Bien au contraire, elles semblaient comme engourdies, et protestaient furieusement contre ce simple mouvement. Seigneur Dieu ! Il ne s'était plus senti aussi diminué depuis la famine qu'il avait connue enfant, et à laquelle il avait à peine survécu ! Sanji sentit que sa tête commençait à tourner, tandis que des souvenirs qu'il aurait préféré oublier revenaient le hanter. Ses bras se dérobèrent sous lui, et il crut perdre à nouveau connaissance, quand il sentit une poigne ferme et chaude se refermer sur son épaule et le soutenir.
- Oï, Robin ! T'as pas bientôt fini de terroriser ce pauvre type ? fit la voix rocailleuse de l'homme aux cheveux verts. Tu vois bien qu'il n'est pas en état de subir un interrogatoire !
- Navrée, répondit la brune, avec un sourire qui démentait ses paroles.
- Oooh c'est mignon ! se moqua Nami. On dirait que Zoro a déjà un crush sur votre homme-fossile !
Un… quoi ? Et pourquoi « fossile » ? Sanji fronça les sourcils, incapable de comprendre ce que la rousse avait bien voulu dire. Par contre, ledit Zoro poussa aussitôt un juron retentissant et s'écarta de lui, laissant le blessé retomber sur la table métallique et se cogner la tête avec un grognement de douleur.
- Je n'ai de crush sur personne, espèce de sorcière ! N'importe qui qui a un cœur se rendrait compte qu'il est bien trop faible et désorienté pour répondre à vos questions !
Sorcière ? Est-ce que Sanji avait bien entendu ? Et en plus, la jeune femme était rousse, ce qui voulait dire que…
- S-sorcière ? balbutia-t-il, de plus en plus effrayé. Que m'avez-vous fait, engeance du démon ?! Je suis un bon chrétien, et vous ne m'aurez pas avec vos maléfices ! Laissez-moi partir !
- Ohlàlà, voilà un choix de mot bien malheureux, fit Robin avec un sourire amusé.
Était-elle une sorcière, elle aussi ? Et tous ces objets mystérieux autour d'eux, étaient-ils destinés à un culte satanique ? Sanji, la respiration agitée et couvert de sueur froide, se débattit faiblement, essayant désespérément de fuir cet endroit maudit, mais le dénommé Zoro l'empêchait de se lever.
- Bon, ça suffit, maintenant, grogna-t-il à travers ses dents serrés. Robin, tu ne crois pas qu'il serait temps de lui dire qu'on est au XXIème siècle, et qu'il n'y a plus de sorcières depuis belle lurette ?
A ces mots, Sanji cessa tout mouvement et leva de grands yeux effarés vers le visage de son tourmenteur.
- Au… XXIème siècle ? répéta-t-il. Plaît-il ?
L'homme aux cheveux verts soupira, et Sanji tourna la tête pour chercher une confirmation auprès des deux jeunes femmes.
- Je crains fort qu'il ne dise vrai, fit Robin tandis que Nami, à côté d'elle, hochait la tête d'un air grave. Nous sommes au XXIème siècle, et vous avez dormi pendant plus de trois cent ans, Sanji.
- Je ne vous crois pas, murmura-t-il, fronçant les sourcils. Pourquoi vous croirais-je ? Vous ne cherchez qu'à m'embrouiller l'esprit, pour me rendre plus sensible à vos sortilèges ! Mais c'est chose vaine ! Dieu est mon seul maître, et si je dois mourir, ce sera en martyr !
Zoro poussa un grognement agacé, tandis que Nami se pinçait l'arête du nez, et que Robin secouait la tête avec amusement.
- Eh bien, puisque vous ne nous croyez pas, il ne nous reste plus qu'à vous le prouver, n'est-ce pas ? déclara-t-elle avec un sourire qui n'augurait rien de bon.
~~oOo~~
Une heure plus tard, Sanji se retrouva attablé devant un bol de bouillon bien fumant, et une gazette datée du 19 septembre 2015. Il restait silencieux, incapable d'en croire ses yeux et assez choqué par les derniers évènements.
Tout d'abord, Robin, Nami et Zoro l'avaient traîné de force à l'extérieur, après lui avoir rendu sa cape (ce qui n'était sans doute pas une mauvaise idée, étant donné qu'il était toujours nu-pieds, et sans chemise). Oh, bien sûr, Sanji avait tenté de résister, mais Zoro avait fini par le jeter en travers de son épaule pour le transporter, et le blessé n'avait malheureusement pas eu la force de l'en empêcher. Quelle humiliation ! Ils étaient donc sortis de la bâtisse, et Sanji avait pu constater que ce qu'ils appelaient la « station scientifique » était en fait constituée de plusieurs bâtiments de plain-pied, disposés tout autour d'une grande cour rectangulaire. Mais ces édifices avaient une allure assez curieuse, sans aucun élément en bois, et avec de très larges fenêtres, qui occupaient parfois presque toute l'étendue de la façade. Chauffer ces bâtiments devait constituer un défi impossible, et Sanji se demandait vraiment quel était l'architecte stupide qui avait imaginé des fenêtres aussi grandes.
Ensuite, ils avaient emprunté une route tout à fait singulière, à l'apparence très lisse et de couleur noire. A chaque pas, Sanji rebondissait sur l'épaule de Zoro et sa blessure dans le dos tiraillait, mais il serra les dents et refusa d'émettre le moindre bruit d'inconfort. Il ne lui donnerait certainement pas ce plaisir ! Néanmoins, il n'avait pu empêcher un cri de stupeur lui échapper des lèvres lorsqu'il avait aperçu l'auberge, et les étranges carrioles de fer et de verre qui étaient stationnées devant. Leurs roues n'étaient pas en bois, mais dans une matière noire inconnue, et le plus saisissant, c'était qu'elles manquaient toutes d'un timon pour y atteler les animaux de trait. D'ailleurs, il semblait n'y avoir aucune écurie attenante à l'auberge. Mais comment donc faisaient-ils pour faire rouler leurs charrettes, s'il n'y avait aucun cheval pour les tirer ?
A l'intérieur de l'auberge, c'était encore pire. Les gens étaient tous habillés avec bizarrerie, et dans un coin de la salle, des êtres miniatures et lumineux se mouvaient dans une cage noire accrochée au mur. Sanji en resta muet de stupéfaction. S'agissait-il d'une hallucination ? Les trois sorciers l'avaient-ils empoisonné pour lui faire avoir des visions ? Zoro profita toutefois de son manque de réaction pour s'adresser à l'aubergiste :
- Oï ! On a trouvé ce type dehors, il a dû passer la nuit dans la tempête… Vous auriez pas des vêtements secs à lui prêter ?
Sanji avait voulu protester, exiger qu'on le laisse partir, mais aussitôt Zoro l'avait-il reposé par terre, que Nami vint s'accrocher à son bras, le pinçant cruellement tout en faisant mine de le soutenir.
- AOW ! s'écria-t-il.
- Le pauvre homme tient à peine sur ses jambes, et il tient des propos tout à fait incohérents. J'ai bien peur qu'il n'ait pas toute sa tête… suggéra-t-elle à l'aubergiste d'un air faussement désolé. Nous comptons le conduire à l'hôpital dès qu'il aura quelque chose sur le dos et dans le ventre.
- A… à l'hôpital ? Pour qu'on me laisse crever avec les mendiants et les vagabonds ? s'exclama Sanji, ulcéré. Je ne vous laisserai pas me… !
- OK, je vois ce que c'est… le coupa l'aubergiste, tout en l'examinant d'un œil critique. On en a parfois, des gars comme lui. Je vais lui filer quelques frusques, mais il a pas intérêt à empester mon établissement trop longtemps, compris ? C'est un endroit correct, ici !
- Ne vous inquiétez pas, on partira dès qu'il aura mangé quelque chose, répondit Robin en écrasant le pied de Sanji pour le faire taire. Merci beaucoup, en tous cas !
C'est ainsi que Sanji s'était retrouvé affublé d'un ticheurte (du moins, c'est ainsi qu'il pensait que cette pièce vestimentaire étrange s'appelait), et de curieuses chausses lui descendant jusqu'aux chevilles, et qu'on semblait qualifier de « pantalon de joguine ». Peu après, on l'avait poussé dans une chaise, et on avait demandé à l'aubergiste de lui apporter de la soupe et la gazette du jour. Et voilà où il en était.
- Eh bien, qu'est-ce que tu attends ? Mange, insista Nami. J'entends ton estomac gargouiller d'ici.
- Qui me dit que vous ne voulez pas m'empoisonner à nouveau ? marmonna Sanji, tentant tant bien que mal de résister à la tentation.
Il vit le sourcil de la rousse frémir, agité d'un tic nerveux, mais sa compagne tendit la main vers le bol, le porta à ses lèvres, et en prit une longue gorgée, allant même jusqu'à ouvrir la bouche tout de suite après pour montrer à Sanji qu'elle avait bien avalé le breuvage.
- Voilà. La preuve que ce n'est pas empoisonné, dit-elle calmement. Mangez, à présent, vous devez mourir de faim.
Sanji ne se fit pas prier deux fois, et ce simple bouillon lui fit l'effet d'un véritable délice, tant il était affamé. On aurait vraiment dit qu'il n'avait rien avalé pendant des mois ! Alors que d'après ses derniers souvenirs, il avait mangé à peine la veille au soir…
Le réformé soupira, s'empara à nouveau de la gazette, et se mit à la feuilleter. Elle parlait de choses qu'il ne comprenait pas, de personnes qu'il ne connaissait pas, de sports dont il ignorait même l'existence. Les images qui s'y trouvaient étaient toutes en couleurs, et d'un réalisme saisissant. Cela ne ressemblait à aucun dessin ou aucune gravure qu'il avait déjà vue – non, on aurait plutôt dit que c'était la réalité elle-même qui avait été figée et imprimée sur le papier. Comment était-ce possible ? Refermant le journal, Sanji caressa d'un doigt la date qui y était écrite. 19 septembre 2015.
- Mon Dieu… murmura-t-il. Que m'est-il arrivé ?
