Voici le troisième chapitre de cette drôle d'histoire d'amour. Le quatrième et dernier sera bientôt publié.

Bonne lecture !


Chapitre 3 : Collaboration explosive

Sybille ne tenait plus en place. La cérémonie était terminée, et, malgré un début catastrophique, elle avait réussi !

Elle avait un rendez-vous avec le beau Xenophilius. Un peu plus, et elle parvenait à oublier son ridicule évanouissement, ses bafouillages, ses rougissements intempestifs... Elle allait le revoir, pas plus tard que le lendemain ! Et même si rien ne se faisait tout de suite, sa participation au Chicaneur lui permettrait de le revoir souvent.

Une fois que les invités avaient quitté l'école, elle avait aidé les autres professeurs et les elfes à ranger les sièges installés pour l'occasion, ainsi que les vestiges du buffet – auquel elle avait à peine touché.

Ensuite, un sourire plaqué sur les lèvres, elle était allée se coucher. Elle eut du mal à trouver le sommeil. Elle était partagée entre les souvenirs de l'après-midi, et ses espoirs du lendemain. Quand elle fermait les yeux, elle le voyait, souriant, vêtu de bleu. Il avait écrasé de son charisme tous les sorciers présents. Même lorsqu'il lui avait faussé compagnie pour aller parler à sa fille, elle n'avait pas réellement réussi à le quitter des yeux. L'amour qu'on lisait sur ses traits lorsqu'il regardait Luna était tellement touchant...

Après une nuit agitée, Sybille s'éveilla aux aurores. Fort heureusement, ses cours de la journée la distrairaient suffisamment et elle ne trouverait pas le temps trop long.

Pour l'une des premières fois de sa carrière, elle ne prédit que bonheur et amour à ses élèves. Ces derniers la fixèrent tout au long du cours sans même tenter de bavarder, trop éberlués pour cela. Avec un sourire espiègle, elle se dit qu'elle aurait dû commencer à être optimiste plus tôt, ses élèves auraient été plus attentifs.

Mais malgré sa joie de vivre, la journée passa si lentement qu'à la pause de midi, Sybille en était déjà presque découragée...

Assise à son bureau, devant sa salade, elle sentait que le manque de sommeil des deux dernières nuits nuisait à sa concentration... Sans même s'en rendre compte, elle ferma les yeux et s'effondra, le nez dans la salade et le front dans la vinaigrette.

- Voici, ma tendre Sybille, un collier de fiançailles que j'ai fabriqué moi-même, à l'aide des prunes dirigeables de mon jardin. Si vous l'acceptez et si vous acceptez de m'épouser, vous ferez de moi le plus heureux des hommes.

Le sourire de Xenophilius était rayonnant. Submergée par l'émotion, Sybille tenta tant bien que mal de le lui rendre. Elle n'avait jamais été aussi heureuse. Elle s'apprêtait à répondre quand elle sentit le sol sur lequel elle était assise bouger.

Elle baissa les yeux. Ils n'étaient pas assis sur le sol, mais sur une immense créature au cuir épais et portant au bout de son nez une corne immense. Un ronflak cornu !

Soudain, le ronflak se mit en marche, les secouant à chaque pas. Déséquilibrée, Sybille tenta de se raccrocher au cuir de l'animal, en vain. Elle jeta un regard désespéré à Xenophilius, qui était toujours confortablement assis, et qui ne faisait pas mine de l'aider.

- Mon cher Xenophilius, aide-moi ! lui cria-t-elle.

Mais ce dernier lui jeta un regard impitoyable.

- Une femme incapable de monter un ronflak cornu ne mérite pas de partager ma vie.

Il saisit le collier de prunes dirigeables et le lança vers la tête de l'animal. Sa corne explosa dans un bruit assourdissant. Sybille ferma un instant les yeux, et, quand elle les rouvrit, elle vit Xenophilius s'enfuir sur le dos du ronflak, dont la corne était déjà en train de repousser.

Quand le cavalier et sa monture disparurent à l'horizon, Sybille se retrouva toute seule. Elle était dans un espace étrange et grisâtre, et surtout vide. Pendant un moment qui lui parut durer une éternité, il ne se passa absolument rien... La solitude commençait à lui devenir pesante quand des boules de cristal se mirent à tomber du ciel pour se briser à ses pieds. Sous cette étrange pluie, elle regrettait presque le vide qui l'avait précédé.

Soudain, elle entendit une voix qui lui était étrangement familière :

- Professeur, professeur !

Sybille ouvrit les yeux. Elle avait de la vinaigrette partout sur le visage et une rondelle de tomate dans les cheveux.

- Professeur, est-ce que ça va ?

C'était l'une des élèves de Poufsouffle, à qui elle était censée donner cours après la pause de midi.

- Oui, oui... Allez-vous installer dans la salle de classe, j'arrive.

- Nous y sommes déjà depuis dix minutes.

- J'arrive.

D'un coup de baguette, Sybille retira la vinaigrette, la tomate et les morceaux de salade qui maculaient son visage, elle défroissa ses vêtements et descendit dans sa salle. Elle ne prit pas le temps d'analyser l'étrange rêve qu'elle venait de faire. Tout ce qu'elle pouvait espérer, c'était que son troisième œil ne se fût pas réveillé, et qu'il ne s'agît pas d'un rêve prophétique.

- Bonjour à tous... fit-elle d'une voix endormie. Je vous prie d'excuser mon retard.

/

C'était enfin l'heure. Sybille trépignait d'impatience. Elle avait tenté de trouver une tenue convenable, mais avait dû se rabattre sur une robe de sorcière très sobre et très simple. Elle avait tenté d'utiliser ses piètres dons en métamorphose pour la teindre en vert, couleur de l'espoir, mais cela n'avait donné qu'un horrible caca d'oie. Au diable le maquillage qu'elle avait prévu ! Elle pensait que la couleur de sa robe serait plus importante aux yeux de son cher Xenophilius... Elle avait donc fait un détour par le bureau de sa nouvelle collègue de métamorphose, pour lui demander d'arranger cela.

C'est donc vêtue d'un vert pomme seyant qu'elle se dirigea vers les Trois Balais. La sieste qu'elle avait faite à la pause l'avait reposée, mais elle l'avait aussi passablement angoissée. Elle espérait que cela ne signifiait pas que ses espoirs étaient voués à être déçus...

Elle lissa sa robe d'un geste nerveux. De toute manière, elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour séduire Xenophilius. Rêve prémonitoire ou non.

Quand elle arriva, il l'attendait déjà devant la porte.

- Sybille ! Quel plaisir de vous voir ! J'ai de grands projets pour vous.

La professeure de divination sentit son cœur s'emballer. Il était heureux de la voir !

Ils s'installèrent à l'intérieur du pub et discutèrent pendant trois longues heures de la forme dont prendrait cette nouvelle rubrique et de ce que Sybille comptait y écrire. Il eut l'air agréablement surpris de voir qu'elle avait déjà préparé les horoscopes pour le mois suivant, et une ébauche d'article sur l'art de lire l'avenir dans les feuilles de thé, qu'ils reprirent ensemble.

Au moment de partir, chacun remballa ses papiers, et Xenophilius effleura la main de Sybille. Celle-ci leva la tête, le souffle soudain très court.

- Tout va bien ? lui demanda-t-il, inquiet.

Sybille acquiesça. Elle avait sans doute sur-interprété... Elle respira profondément, tentant de chasser le trouble qui la prenait. Il ignorait tout de son existence jusqu'à la veille, puisqu'il n'avait pas reconnu son nom sur la demande d'abonnement. Elle ne pouvait pas espérer qu'il fût déjà amoureux. Il lui fallait faire preuve de plus de patience, vraiment...

Ils prirent congé, se promettant de se revoir pour le numéro du mois suivant.