Merci pour vos commentaires sur les chapitres précédents, que je trouve très intéressants, et désolé de n'avoir pas eu le temps de poster plus tôt ce week-end !
Dans lequel l'intrigue continue de serpenter tranquillement, Molly fait une apparition et Sherlock des efforts, même si ces derniers ne sont pas toujours très réguliers ou parfaitement appropriés !

:)


Séance 3

Sherlock est en retard à la piscine et son téléphone affiche trois appels en absence de la part de John. A vrai dire, si Madame Hudson n'était pas monté le réveiller, il aurait manqué complètement la séance…
Le temps qu'il passe par les vestiaires puis rejoigne la piscine tous les parents sont déjà dans l'eau depuis un bon quart d'heure et sous la nef résonnent les cris de la marmaille lâchée dans le petit bain et le brouhaha agrémenté de glapissements aigus désormais presque familier, qu'il filtre par automatisme.

Il trouve John assis dans la partie haute de la pataugeoire, dos résolument tourné à la partie la plus profonde et Rosie à quatre pattes dans l'eau entre ses genoux, en train de pousser maladroitement une balle rouge qui à sa grande frustration se dérobe sous la pression de ses mains. Face à lui, assise sur le rebord du bassin et vêtue d'un paréo coloré en plus de son très conservateur maillot de bain une-pièce noir se trouve Molly, qui repousse en riant la balle vers Rosie quand celle-ci lui échappe trop loin.
L'irritation de Sherlock pour n'avoir pas prévu que John ferait appel à la jeune femme pour palier à son absence est de courte durée : il avait toutes les informations nécessaires en tête, il ne s'est juste pas donné la peine d'y réfléchir… Mais cela a du sens : Molly est la marraine de Rosie, ses horaires sont en théorie compatibles avec la séance de torture, et John lui a par le passé mentionné clairement à quel point il était épuisant de gérer la petite et toutes ses affaires tout seul pour les bébés nageurs… (Il aurait normalement effacé cette info aussi vite qu'elle est arrivée, mais il s'agit de John… et Sherlock a tendance à accumuler les données même les plus inutiles sur son meilleur ami ces temps-ci.)

Quand John aperçoit Sherlock se dirigeant vers eux, son expression fait ce truc compliqué qui trahit son irritation, mais aussi sa fatigue, et le fait qu'il se demande si ça vaut seulement la peine de le prendre à parti pour ses manquements quand les reproches glissent généralement sur Sherlock dans l'indifférence la plus totale de ce dernier…
Avant Rosie, et Mary, et toute la catastrophe, Sherlock avait plutôt tendance à encourager ce type de réaction : plus de tranquillité pour lui... Mais c'était avant, quand un peu de charme et une bonne course-poursuite suffisaient à remettre les pendules à zéro entre eux…
Les enjeux ont changés et Rosie passe avant tout : s'il ne peut pas être là pour Rosie, il sait que le risque est grand que John décide que Sherlock ne peut pas être là du tout, meilleur ami ou non.
Mieux vaut prendre le taureau par les cornes.

"Bonjour John. Molly... Désolé pour le retard, ma dernière affaire a fini tard -enfin tôt... et j'avais oublié mon téléphone en mode silence après avoir infiltré l'entrepôt de la Triade, l'alarme n'a pas sonné… Merci de m'avoir remplacé au pied levé, Molly !"
(L'alarme en question est intitulée "TORTURE PAR L'EAU"... mais ça John n'a pas besoin de le savoir…)
En voyant Sherlock, Molly s'empourpre et remonte son paréo contre sa poitrine, créant le paradoxe intéressant qu'elle découvre du coup un peu plus ses jambes. Il doute que ce soit le résultat désiré… Mais elle se reprend, carre ses épaules et sourit, manifestement décidée à ne pas se laisser maltraiter par l'inconfort rémanent entre eux.
"Ho, de rien, ça faisait longtemps que je n'avais pas été à la piscine… et ça m'a donné l'occasion de voir Rosie, n'est-ce pas mon coeur ?"
Sherlock ne fait aucune remarque sur le fait qu'elle a l'air d'aller mieux, ni qu'elle a recommencé à sortir (nouveau petit ami, s'il faut en juger par sa manucure récente et le fait qu'elle ait été suffisamment épilée pour envisager un passage à la piscine au pied levé…) A la place il sourit quand elle fait une grimace à Rosie, qui éclate d'un rire aigu et frappe l'eau du plat de la main avec excitation, éclaboussant son géniteur et envoyant le ballon voguer hors de porté.
John semble désarçonné par les excuses, et il hausse finalement les épaules.
"Je me suis douté que c'était un truc du genre, convient-il finalement avec un soupire.
Sherlock entre dans le bassin et va récupérer le ballon.
- Ock, Ock ! piaille Rosie en tendant les bras.
L'attention positive d'un bébé pour lequel les critères principaux d'évaluation du genre humain sont "est-ce que c'est Papa", et "est-ce qu'il tient une barquette à la framboise ou mon doudou" ne devrait pas être flatteuse, mais Sherlock ne peut s'empêcher un petit sourire. Cette enfant a décidément des goûts très sûrs.
- Elle te mène à la baguette, rit John.
- Absolument pas !"

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Après la séance ils s'arrêtent au pub le plus proche, Rosie endormie dans sa poussette, et ils jouent au jeu des déductions sur les clients le temps d'un demi. John n'est toujours pas très bon malgré toutes ces années passées à observer un pro absolu à l'oeuvre et il ne doit son score pas totalement abyssale qu'à quelques intuitions bien placées et sa bonne connaissance des symptômes de la jaunisse ; Molly invente à ses cibles des histoires rocambolesques et romantiques si absolument et manifestement infondées que Sherlock ne peut même pas s'en offenser ; et ils se disputent tous les trois pour déterminer si la femme qui boit un coca alors que le reste de son groupe d'amis tourne à la bière est a) enceinte (Molly), b) allergique (John), c) alcoolique anonyme (Sherlock).
Au bout d'un quart d'heure, ils l'entendent expliquer à sa voisine qu'elle est venue en voiture, et que de toute façon elle n'aime pas trop le goût... Il y a toujours un truc !
(Mais Sherlock n'en démord pas, elle est bel et bien sevrée de quelque chose.)

Le ciel Londonien vire au bleu profond au dessus d'eux quand Molly repart par le Tube. Le temps que Sherlock raccompagne John jusqu'à sa maison trop grande la nuit est complètement tombée et les éclairages urbains ont pris le relais. Sherlock dépose son manteau sur le dossier d'une chaise, aide à décharger Rosie et à ranger biberons, serviettes, doudou, jouets, couches, maillot, paquets d'encas, lingettes, etc etc...
Une fois la petite nourrie et couchée, John propose du thé et Sherlock accepte, laisse l'autre homme oeuvrer dans la cuisine et lui ramener sa tasse exactement comme il l'aime accompagnée de cheddar et de crackers dans lesquels il se laisse convaincre de picorer. Ils restent assis en silence dans le salon, les mains larges de John crispées sur son mug Royal Army Medical Corps. Sherlock contemple le gouffre qui les sépare, choisi puis élimine dix, vingt, trente répliques avant de finalement tendre la carte de visite à John.
"Tiens, pendant que j'y pense… Tabitha est habituée à travailler avec des clients riches ou détenant des information confidentielles : elle prend la sécurité très au sérieux. Son bureau n'est pas très loin de la clinique, et j'ai passé son profil au crible, elle est aussi clean que possible…
John saisit la carte de visite offerte, hausse un sourcil en direction de Sherlock.
- Et je suis censé croire qu'elle a des créneaux disponibles comme ça ?
- Elle me doit une faveur…
- Ou que ses services ne sont pas absolument hors de mon budget ?
- … Elle a accepté de faire une entorse à sa grille tarifaire. Tu dois vraiment tout rendre si difficile ?
- Et c'est toi qui dit ça… rétorque John, mais il paraître malgré tout vaguement contri.
Il soupire, passe ses mains sur son visage.
- Désolé, je vais prendre contact avec elle. C'est juste que…
- Que ?
- Tu sais…"
Et évidement qu'il sait, sans même avoir à le lire dans le milliard de détails qui trahissent l'épuisement de John, son inquiétude -l'argent, Rosie, les assurances, le notaire, son travail…
- Tu devrais vendre la maison.
- Quoi ?
- Tu devrais vendre la maison, répète Sherlock. Ou la louer et déménager ailleurs. Elle est beaucoup trop loin de la clinique, tu perds une heure et demi tous les jours en transit ; et elle est beaucoup trop grande à entretenir pour une personne seule avec un bébé sur les bras ; et- il hésite.
- Et ?
- C'est la maison que tu as acheté avec Mary... Je sais que tu n'as pas envie de l'entendre et encore moins de ma part… Mais ça ne te fait aucun bien de rester ici.
John expire bruyament.
- En effet, je n'ai pas envie de l'entendre et encore moins venant de toi. Et je suppose que dans ton scénario rêvé je reviendrais habiter à Baker Street et on irait chasser les criminels ensemble pendant que Rosie est à la crêche ?
(C'est exactement le cas.)
- Absolument pas, proteste Sherlock avec tout le mépris hautain qu'il est capable d'exprimer par son intonation (une quantité considérable). Tu serais insupportable sur les histoires d'hygiène et la sécurité de mes expériences, je ne pourrais plus rien faire chez moi… Mais une amie de Madame Hudson a un appart sur Paveley Street qui va se libérer dans deux mois… C'est à cinq minute de Baker Street -dix max pour Madame Hudson avec sa hanche et si tu loues la maison tu pourrais totalement te permettre le loyer et mettre de l'argent de côté pour les études de Rosie en prime.
- Tu y as beaucoup réfléchi… commente John, sans que son expression ne laisse filtrer si c'est positif ou négatif.
Sherlock hausse les épaules en guise de réponse et mange un cracker.
- J'appellerai la psy, annonce finalement John d'un ton qui n'ouvre pas à la discussion. Merci de t'être renseigné. Pour le reste je préfèrerais que tu ne t'en mêles pas.
Sherlock hausse les épaules une seconde fois et cède sans plus insister pour l'instant, ça ne mènerait à rien.
- Tu veux que je te raconte mon enquête sur la rock-star qui s'est révélée être son frère qui avait usurpé son identité ?
Les sourcils de John grimpent, mais il accepte le rameau d'olivier pour ce qu'il est.
- … Okay."